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Full text of "Revue de L'Art Chretien"

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KEVUE 



DE 



L'ART CHRETIEN 



REVUE 



DE 



L ART CHRETIEN 



RECUEIL MENSUEL 



T)'c4%CHiOLOGIE %ELIGIEVSE 



DIUIGR PAR 



M. L'ABBH J. CORBLBT 

Chanoine honoraire , 

Hiftoriographe du diocăfe d^Amiens , 

Correfpopdant de la Socidt^ des Antiquaires de France 

& du Minijlăre de P Injlruction piiblique. 



DIX-SFMIP.ME ANNtH 



f55^Ig>« 



•^ODLiLiBn;-; 



AR RAS 

Dnrcaitx de la Revue 
TLANQî -E & C»% IMPRIMEURS 

tll£ PES O^ZE-MllLK-VIKIIGKS 



PARIS 
ALLARD, LlBRAlRE-fiDlTEUR 

S' l>K PUTOIS-CHKTTÂ 

rue de VAbbaye^ iS. 



Mncrci.xxix 



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i^ 



LA CATHEDRALE 



DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 



PilEMlKR ARTICLR 



CHAPITRE PREMIER 

HISTORIQUE 

L'ancienne calliedralc de Boulo>:ne-sur-Mer a dispăru pendant 
la periode revolutionuaire. Comme le plus grand nombre de nos 
c^iîses metropolitaines, elieavait remplaceuneanciennecliapellc 
ciont Torigine remorUait aux premiers Icmps du Cliristianismc 
dans la contree, Versceltc epo |ue, se place une legende qui donua 
par la suite naissance h un {lelerinage longtemps celebre ; aban- 
flonnc â la (In du dernier slecle eu meme temps que perissait le 
sanctuaire qui en elait le but, le souvenir en a ete ravive et la 
splendeur reslauree avec uu nouvcl eclat par la plete ot i'ardente 
foi du prelat venerable qui avait enirepris de reedifier, sur un 
iiouveau plan et dans des proportions beaucoup plus vastes, 
Tancien temple de la Vierge boulonnaise. 

Vers 633 ou 636, pendant le regne, lui-ni6me un peu Icgendairc 
sous certains rapports, du roi Dagobert I", vini aborder au port 
de Boulogne un esquif que ne montait aucun equipage, sans 
mât, ui voiles, ni rames^ portant « une image de la Ste Vierge^ 
faite de bois en relief, d'une cxcellentesculpture, d'environ trois 
pieds et demi de hauteur, tenant Jcsus-enfant sur son bras gauche. 
Cette image avait sur le visage je ne sais quoi de majestueux et 



6 LA CATHKDRALK 

de divin, qni Frmhlîiitii'un cole reprimer Tinsolence des vagues, 
etde Tanlre sollicilor icnsihlementleshommesălui rendreleurs 
Teneralions ». Au mame in^lant, la Vierge ellc-mcme apparaissait 
au peuple alor< reuni dans ]a cbapellc de la viile haute et lui 
commnndait d'allcr au port recevoir son image, de la deposer 
dans celle meme chapelle el de la lui consacrer « On tientm^me 
qu'elle leur commanda de fouir dans un endroit qu'elle leur 
decouvrit, Ies assurant qu'ils y trouveraient de quoi fournir aux 
frais necessaires pour mettre celle eglise en sa perfection * ». 

Fluslard, sur le point culminanlde Telroit plaleau quecouron- 
nait Tenceinle gallo romaine du Castmm de Bononia^ s'eleva, 
faisant face ă la mer, une plus vâsle Eglise, dedice â la Vierge 
merveilleuse, patronne parliculiere du pays et des pâcheurs qui 
rhabitaient. Elle en devint meme comlesse et suzeraine par 
rhommage (jue lui fit LouisXl, en U78, du comic de Boulogne. 
Cel acte de vasselage, Tun des plus curieux que nous fournisse 
rhisloirc feodale *, avail, de la pari d'un aussi fin politique que 
Louis XI, un but tont mondain sous une apparencc religieuse. 

* Hist. de N.-D. de Boulogne, parAnt. Le Roy. Paris, CI. Audinet, lG8i. 
et J. Couteiot, 1682. Plusieurs fois reeditee. 

C*est une legende analogue que noi.:s rencontrons â la fondation de la 
chapelle du Saint-Esprii â Rue ; voici corament la raconte rhistorien du 
pays, M. Louandre : c Des ou\riers de Jerusalem qui travaillaient aupres 
des ruines de la porte du Golgotha, trou\erent dans laterre, en 1100, un 
crucifix sculpta par Nicodeme. Ce crucifix fut expose dans le port de Jafla, 
ă la merci des flots, sur une barque sans rames, sans voilcs, sans gouver- 
nail, et sans pilote, et Ie premier diniancbe d'aout de la m6me ann^e, elle 
vint 6cbouer sur la plage de Rue; on s'ernpressa de batir une Eglise pour 
y deposer la sainte imogo; Ies papes accordercnt des indulgences â r.eux 
qiii la visiteraient, et, de tous Ies points de la France, des pclerins accou- 
rurcnt. » 

* En voici un autre exemple assez curieux aussi. Le comte de la Fert6- 
Alaii ^tait un fief de la sainte Vierge, patronne de la catbddralc de Paris, de 
mame que ceux de Montlbery et de Corbeil, et â ce titre, l'hommnge en 
^tait oflertă P^veque de Paris; en signe de vasselage. Ies (rois possesseurs 
de ces fiefe devaient porter ce prelat â son entrde solennelle dans Paris, le 
jour de son installation. Le Roi, en etant devenu seigneur, designa trois 
che* aliers pour remplir ă sa place ce devoir feodal envers la sainte Vierge 
et Tarchev^que, son reprezentant. (Gu^rard. Cartul, de N.-D. de Paris). 



DE XOTRE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER ^ 

A la mort de Charles le Temenire, Berlrand de La Toiir, comle 
d'Auvergrie, etait rentre en posscs^ion da comle de Boulo- 
gne. Mais cette possession ne fui qne nominiile, car Louis XI 
enlendait bien faire comme Ies ducs de Bourgogne, c'est-â-dire 
conserver una position d'une anssi grande imporlance : a Boulo- 
gne, le plus precieux anglet (angulm) de Ia chrpslienle, c'etoit la 
chose au monde que Louis XI ayant nne fois prise eut le moins 
rendue • ». Aussi s'empressa-l-il d'offrir et de faire acce|)ter en 
echange a Bertrand de La Tour, le comte de Lauraguais qui 
pouvait plus aisement se reunir au comle d'Auvergne. Mais le 
comte de Boulogne relevait des ducs de Bourgogne en leur qua- 
lit^ de comtes de Flandre et d*Artois ; afin de se soustraire ă un 
liommage qui lui etait parliculieremenl desagreible, Tastucieui 
compere joua i\ son suzerain un vrai Icur de procureur : ii offrit 
son nouveau comtâ ă la Vierge de la(|uelle ii elait assez difQcile 
k riieritiere de Charles-le-Tem6raice d'exiger la foi el l'liommage 
f^odaux. (Leltres patentes delivrees a Hesdin au moisd'avril 1478, 
enregistrees au parlement le 18 aout suivant). La condition de ce 
contrat fcodal fut que la sainte. Vierge acci'ptait le roi de France 
comme arrierc-vassal, â charge de foi et hommage; mais, en 
devenant suzcraine du comte vis-â-vis de Louis XI, elle ne pou- 
vait le recevoir qu'ă la charge de vassalite envers la duchesse de 
Bourgogne, sauf ă celle-ci ă s'arrangcr avec sa divine vassale 
comme elle Tentendrait pour exercer ses droits feodaux; quant ă 
Iui, Tavise donateur, rien ne lui fut plus aiscî que de remplir Ies 
devoirs qui dccoulaient de cette cession. En cons6quence, ii se 
presenta dans Teglise « deschaux et ă genoux, presents Tabbâ, 
Ies religieux, mayeur, esclievins et habitants, et donna pour 
îivoir ce droit, devant Timage de ladite Vierge, un coeur de fin or, 
pesant deux miile escus (13 marcs), et ordonna (|ue tous ses suc- 
cesseurs, roys de France, liendroient d'ores en avani ladicte comle 
de la Vierge Mărie et feroient oblalion pareillenient * ». 

Ainsi « le voeu de Louis XI ne fut pas, comme plus lard celui 

• Chastelain, cite par Michelet, Hist. de France, t. iv, p, 438. 

* Chrou. de Jehan Mojinet. Cette donation etuit fort avantageusc pour 
Tabb^ et Ies religieux de Notrc-Daine, puisque Ies droits do Justice, s'ils 
avaient M exactement perţus, i»ouvaient s'elcvcr â 10,000 livres par an. 



8 LA CATH^DRALK 

de Louis XIII, une consecration ă Mărie : ce fiit une Teritable in- 
vestiture feodale, Nolre-Dame de Boulogne fut nommee suzeraine 
et comtesse du pays, ayant droit â l'hommage du roi comme 
vassal. C'elail ă elle que devaienl elre payees toules Ies amendes, 
conDscalions el exploils de juslice, tous Ies profils, cmolumenis 
des greffes, etc. «Par tonte ladicte comte, ressorls et enclave- 
incnlsd'icclle,par quelconque juge, siegc etaudiloirc que ce soit 
ou puisse elre, ă quelque valeur elestimation qu'elles puissent 
monter * ». 

Le sanctuaire elait devenii de bonne heure un lieu de peleri- 
nage trcs^frequente de tous Ies poinls de Ia France, de TAngle- 
terre, des Flandres. Son imporlance ala fin du Moyen-Age est 
attestee par Ies documenfs ies plus aulhenliques el Ies plus 
divers : Ad ecdesiam Bcloniae supra mare concursus populorum 
omnium confluit incessaniery porte une cliarle de donation de 
Charles V en faveur de celle ej;li?e. 11 clnit un de ceux que Ton 
imposail aux hereliquesrevenus ă lesipi^cence, parîiculierement 
aux Albigeois; on sait en eOet que Ies pelcrinagos elaient au 
nombredes penitencesquel'Eglise infligeaitauxgrandîipecheurs. 
Mais ceux que Ies fideles enlreprenaient pour oblenir une faveur 
du Ciel, conjurer un perii, ou dans tout aulre but pieux,ctaient 
encore plus nombreux. La devolion des Parisiens notamment 
pourla Vierge miraculeuse elait si grande, que, pour venir en 
aide aux nombreux pelerins pour lesquelsles frais d'un aussi long 
voyage, non moins que Ies dangers dont Ia guerre de cent ans 
avait seme Ies routes, elaient devenus des obslacles prcsque 
insurmontables, ii se forma une confrerie ayant pour objet de 
lui edifier et de Iui consacrer un nouveau temple au lieu appele 
Mesnus-Iez-Saint-Cloud. L'eglise, placee sous Tinvocation de 
Nolre-Dame de Boulogne, existe cntore et le village (|ni se forma 
tout alentour cbangea son nom de Mesnus pour celui de Bou- 
logne-la-Petite ou sur-Seine. 

Celle eglise ne ful pas la seule qui, dans ces temps de fervente 
devolion, rappelâlle culle particulier dont Nolre-Dame de Boulo- 
gne elait l'objel. Dans plusieurs villes el villages des pays envi- 
ronnanls, des chapelles, des eglises meme elaient dediees a la 

* 1). Ila'gncrd. Hist. de Notre-Damc de Boulogne, p. 143. 



DE NOTRi:-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 9 

Vierge mcrvcilleuse, a Arras, a Montdidicr, ă Blois, ă Voreppe 
prfes Grcnoble; des h6pitaux,affectes specialement au service des 
pelerins qui s'y rendaient, avaient ele conslruils ă Abbeville, h 
Audisque, preş Boulogne, et ă Boulogne mame. De nos jours, 
lorsque la ferveur de ce culte s'est rallumee, des consecrations 
nouvelles ont ele faites en plusieurs endroits ă Notre-Dame de 
Boulogne : dans Tâglise des marins ă Naples, h Leitb, en llcosse, 
et jusqu'ă Woosang en Chine. 

Le concours incessant des pelerins, surtout aux XIV* et XV* 
siecles, avait singulierement enrichi le tresor de TEglise.D'apr^s 
un inventaire dresseversle milieu du XVI* siecle, Ies reliquaires» 
Ies c(Burs d'or et d'argent, Ies robes d'or, Ies etoffes precieuses, 
Ies diamants, Ies saphirsetaient sinombreuxque le tout occupait 
Ireize armoires placees dans autant d'arcades soutenues par des 
pilicrs. Une aussi riche proie elait faite pour tenter Ies Anglais, 
recemment separes de l'Eglise romaine et animes de l'esprit de 
proselytisme qai enQamme d'ordinaire Ies adeptes de toute nou« 
Telle croyance ; en ditruisant l'eglise de Boulogne, ils avaient 
pour double but de faire disparaitre ce qui etait pour euxle foyer 
d'une superstition papiste^ et de s'approprier Ies tresors qu'elle 
renfermait. Ce dernier point surtout, si conforme ă leur goât 
pour le pillage, etait loin d'âtre inditTereat ă leur roi Henri VIII 
en parliculier, dont Tabjuration, on le sait, n'avait eu pour 
mobile que la satisfaction de ses passions et de son avarice. 
Lor8(]u'a[)res un siege heroîque, ou la population civile, conduite 
par son maire Eurvin, donna des preuves glorieuses d'un 
patriotisme trahi par la garnison qui devait la defendre, la viile 
de Boulogne tomba, en 1544^ au pouvoir du roi d'Angleterre, le 
tresor de l'eglise fut livre au pillage^ Teglise elle-meme saccagee, 
la chapelle renversee et cbangee, dit Guillaume Paradin c en 
magasin de Vulcain, et sanguinaire ofQcine de Marş , c'est-ă- 
dire en redoute et en arsenal. 

Quand Boulogne, sixans aprfes, rentra sous raiitorite du roi de 
France (1550), Ies dons et Ies offrandes afflu^rent de toutes parts 
pour concourir ă la restauration de l'eglise. Elle sortait a peine 
de ses ruines, que Ies buguenots y porterent de nouveau le pil- 
lage et ia devastation. Elle ne se releva i»as de ce nouveau desas- 



TOME XTII. 



10 LA CATHÂDRALE 

tre. Cest cependant ă celle mdmc epoque qu'elle (levint eglise 
calbedrale, d'abbatiale qu'elle avait ete jusqu'alors. Tcrouanne, 
Ie siege de l'^vâclie des Morins, \enait d'Stre prise et delruite de 
fond en comble par Ies Impâriaux ; le plus grand nombre des 
cbanoines s'etaient refugies ă Boulogue dans l'abbaye de Notre- 
Dame (4553). Du territoire de Tancien diocese de Terouanne fu- 
reni formes trois nouveaux diocâses, ceux d'Ypres, de Saint-Onier 
et de Boulogne (1567). Cette circonstance aurait d(i âlre favora- 
ble ă la nouYeile calbedrale ; mais deja la foi etait bien aUiedie ; 
Ies pelerioages se faisaient moins frequents, moins nombreux el 
surlout moins fruclueux; Ies rois de France eux-mâmes ou- 
bliaient facilement qu'ils etaient Ies \assaux de Nolre-Dame. 
Aussile tresor demeura-l-il fort pauvre, comme Fatlestent Dom 
Martine et Dom Durând dans leur Voyage littiraire. L'^vâcbe fut 
8Upprim6 & la Revolulion^ et Ia Calbedrale, transformee d'abord 
en magasin, fut yendue aux encberes le 21 juillet 1708, comme 
bien naţional, sur la mise ă prix de 18,000 fr., et adjugee moyen- 
nant la somme Enorme de 510^500 fr. Ce prix inouî lemoigne 
de la yaleur que devaient encore avoir Ies materiaux, car Ies 
acquereurs ne TaTaient acbelee que pour la demolir \ Nous ne 
saTons d'ailleurs que bien peu de chose sur ce monument ; ii ne 
nous en reste aucune description complete, aucun plan, sur- 
tout aucune yue.[| Celle que la Topographte de Merian donne 
comme repr^sentant Nolre-Dame de Boulogne-sur-Her, nerepro- 
duit en effet que l'eglise de Boulogne-sur-Seine '• 
C H. Fabbe HatTreingue a donc trouye table rase et n*avait aucun 
touvenir pour le diriger lorsqu'il entreprit de reiablir le sanc- 
tuaire de la Vierge merveilleuse de Boulogne et d'y ramener le 
coucoursde pelerins qui en avait autrefois fait la gloire et la 
fortune; aussi n'etait-cc pas ă une restauration, mais a une 

* U fout ^videmment tenir compte aussi de la deprăciation du papier 
monnaie, pour avoir le prix r6el de cetle vente. 

* La bibliolheque de Boulogne poss^de plusieurs plâns de Tancien em- 
placement de r6vâch6 et de la calbedrale, mais ces plâns, dressăs apr^s la 
destruction de T^difice pour servir â un lotissement de terrain, sont tout â 
fiiit insuffisants pour douner une id^e tant soit peu exacte de ce qu'^tait la 
G^^drale. 



DE NOTRÎi-DAME DR BQULOGNE-SUR-MER 11 

rcedificalion complete, de fond en comble, sur d'autres plâns, 
dans uu autrc slyle, qu'il allaii consacrer son patrinooioe, ses 
veilles, sa vie enli^rc, j'oserais presque direjusqii'â un certaîn 
point son genie, car ii y eut de cela dans roeuvre du respectable 
et saint prelat. 

H. Haffrcingue elaît un pretre du Boulonnais; ii elait nâ ă Au- 
dinglien, canton de Marquise, ea 1785^ d'une familie de cultiva- 
feurs. A quelques anneesde la se fondait,dans le yillage d'Audin- 
ghen, une maisou d'education dirigee par un ecclesiaslique, 
rabbo Compiegne, qui avait groupe autour de lui Ies trop rares 
enfants auxquels leurs familles voulaient alors donner quelque 
instruction. L'enseignemcnt des lettres avait pcrdu Ie seul ^ta- 
blissement qui y fut consacra dans le pays, lors de la dissolution 
du college de fOratoire de Boulogne, dont le dernier professeur 
avait eiA Tillustre Daunou. deve d'abord de Tabbe Compiegne, 
puis associe ă son oeuvre, M. Haffrcingue se trouva, au dec&s de 
celui-ci, designe ă Tadministration pour lui succeder^ Le 
pensionnat avait ete transfere ă Boulogne en 1806, en execution d'ua 
decret imperial sur Ies maisons d'education ; sa prosperite s'en 
etait accrue, et, en 1818, M. Haffrcingue rinstalla dans Ies vastes 
bătiments de Tancien £vScbe. A Fextremite des cours s'eţendait 



' Le jeune Haffreingue avait accompagne dans Tintervalle, â Paris, pl«- 
sieurs enfants de Boulogne que leurs parents avaient envoy^s ă Tinstitution 
dirigee par un prStre, M. Liautard, et ii avait 6tâ attachâ comme maltre 
d'dtudes â ce pensionnat. Me permettra-t-on de placer ici, â ce propos, 
ane anecdote qui, bien certainement, n'est connue de personne, et que je 
tiens de mon p^re qui en fut t^moin : c'est un trăit de caractere qu'il n'est 
peut ^tre pas indiffărent de recueillir, puisque Toccasion s'en pr^sente. 
On se rappelle que Napoleon, en organisant FUniversit^, avait obliga Ies 
institutions libres ă suivre Ies cours des lyc^es. L'abbă Liautard conduisait 
donc, au lyc^e Napoleon, ses pensionnaires, dans le costume de s^mina- 
ristes : Tun d'eux, Ani^ră, avait une petite infirmitâ qui le d^flgurait un 
peu. La soutane dea Liautard et la grosse joue d'Ani^râ ^talent, chaque 
jour, robjet des quolibets des autres lyc6ens. Un jour, impatient^, le sou»- 
maitre HafTreingue s'avanţa vers Ies mauvais plaisants, â peine plus jeunes 
qae lui, et en susissant deux des plus bruyants, leur cboqua assez rude^ 
ment la t^te Tune contre Tautre. La le^n fut profitable et, depuis ce jour, 
OQ laista tranquilles Ies ^l&ves si bien gordes de Tabb^ Liautard. 



12 LA CATIlfeDriAL:: 

rcmplaceinenl desert oii s'elait elcvee la catlieJralc. La vue de 
ces ruines etait pourla fervente piele du jeiine elief d'inslitiition 
un sujet de douleur chaque jour renaissante. Cest au milieu des 
tristes retours de sa pensee sur uneepoque qu'il avait ă peine 
entrevue dans ses jeunes annees, mais ou le temple dctruit se 
redressait dans son imagination avec la majeste et la splendeur 
que nos plus lointains souvenirs d'enfance pretent d'ordinaire 
aux objcts dont nous a scpares im long intervalle de temps, quil 
conţut la pensee premiere de l'oBuvre h la realisation de laquelle 
n'ont pas cesse depuis de tendre tous ses efforts, toutes ses medi- 
iations. Le premier pas qu'il fit vers ce but fut de se rendre ac- 
quereur, en 1820, du palais episcopal et de ses dependances com- 
prenanttout le terrain adjacent; ii le fit deblayer et reconnaîlre 
-Ies fondations; puls ii attendit le moment de commencerle grand 
CBuvre. 

Cependant, ă cette ipoque, M. Haffreingue, dans ses plus ambi- 
tieuses aspirations, n'avaitpas abandonne son imagination ă yne 
conception aussi vaste que celle ă laquelle ii fut amene par le 
succes croissantde son entreprise. Pcut-eire bieu,au fond de son 
coeur, le deşir ne lui en avait-il pas fait defaut, mais Ie dessein de 
reconstruire une calhedrale complete, avec des ressources privees, 
eut, ii faut en convenir, ete bien de nature â paraître chime- 
rique: Tedification d'un dome auquel serait annexee une cba- 
pelle de la Vierge, telle etait alors toute son ambition. Expliquer 
comment ii fut conduit ă developper son projet primitif de faţon 
a aboutir au r^sultat actuel nous enlrainerait dans de trop longs 
details ^ Du reste le mobile vulgaire d'attacher son nom ă l'edi- 
flcation d'un vaste monument n'entrait pour rien dans sor^ projet ; 
ce serait se meprendre etrangement sur son caractere que de lui 
soupQonner de telles preoccupations. Retablir le pelerinage de 
Notre-Dame de Boulogne, contribuer ă la restauration du Siege 
Episcopal, surtout cooperer â ramener l'Angleterre au catholi- 
cisme, voilă le but vers lequel n'ont jamais cesse d'etre fixes ses 
regards, et ii est mort avec la conviction qu'il serait un jour 

* Voir rilistoire de Notre-Dame de Boulogne, par Tabbe Haignere, et 
toutes Ies brochures publi^es par lui, â diverses repriges, ă roccasion de 
cette construction. 



DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 13 

atteint *. Abstraction faitc de la yaleur de roeuyre que iious 
apprecierons dans un instant, n'y a-t-il pas de la vraie grandeur 
dans un tel dcssein, poiirsuivi pendant une existence presque 
seculaire par un humble pr6tre sans fortune, place loin de ces 
grandes yilles oii, seulement, Ies entreprises gigantesques peuvent 
avoir quelque cbancc de reussir? 

11 fallait, en effet^r^unir des millions pour conduire k bien une 
oeuYre aussi considerable. Une telle somme etaitdebeaucoupau- 
dessus des ressources que pouvait offrir le pays et la viile elle- 
mânne, malgre le concours vraiment surprenant qu'elle lui ap- 
porta. A ce point de vue, Mgr Ilaffreinjţue flt reellement des pro- 
diges. Bien longue serait Tenumeration des moyens auxquels ii 
eiit recours pour y interesser depuis le plus pauvre artisau jus- 
qu'au souverain. Sous ce rapport, la legende a deja commence 
pour lui : on raconte que la premiere offrande fut celle d'une 
femme qui lui apporia, toui emue, un roulcau de gros sous, pro- 
duit d'une collecte faite parmi dos indigents cominc elle. Quoi 
qu'il en soit, en quelques annees, ii reunii une somme sufflsanle 
|)our commencer Ies travaux. Un seul don, offerl par le dernier 
des senechaux du Boulounais, M. Patras de Canipaigno, s'eleva ă 
96,000 francs. Le 1" mai 1827, fut posec la premiere pierre du 
dome ; deux ans apres, la cljapelle de la Vierge etait terminee et 
livree au culte. Depuis coite epoquc Ies travaux n'ont pascessede 
suivre leur cours et, en certaines anndes, Ies depenses ont excede 
cent miile francs. 

Avânt de donner â sa conceplion sa forme definitive, Mgr Haf- 
freingue voulut s'eclairer par l'etude des monumenls. Partout ii 
chercba des modcles, â Paris, en Belgique, ă Londres oii ii se li- 
vra â un examen special et approfondi de St-Paul. De 1831 âl836 
ii visila successivement Aix-lii-Gliapelle, Colognc, Lyon, Nîmes, 
Monlpeilier, Bordeaux, Tours, Orleans, Genes, Pişe et cnfm Rome 
ou ii arriva â la fin de janvier 1837. Son plan etait alors arrâte â 
peu preş definiţi veraent dans son ensemble ct ses principaux 
delails. Un peintre boulonnais, artiste d'un caractere, plutât que 
d'un talent orij^inal, M. Betencourt, avait, sur ses indications des- 
sine une vue en elevation de la cathedrale du futur diocfese 

' Sa eorrespondancc et ses m^moircs en font foi. 



14 LA CATHfiDRALE 

restaure de Boulogne. Cest sur ce plan sommairc quc Texecution 
ful commencee. En 1839 la premiere pierre de la nef fut solen- 
nellement posee avec le concours de toules Ies autorites ; l'entre- 
prise rcvfitait ainsi un caractere d'ulilife generale. L'inlerfit 
public et le concours offlciel lui furent des lors acquis, jusqu'au 
jour od la cathedrale fut consicrec et ou elle devint paroisse de 
la viile (1866). 



CHAPITRE II. 

DBSCRIPTIOIf SE l'ÂGLISE. 

§ 'V . — Tlan g^n^ral 

Avânt de passer ă Texamen critique du monument, penetrons 
dans la pensee du fondateur, detcrminons le but qu'il s'est pro- 
pose et Ies moyens qu'il a voulu employer pour Talteindre. 

Nousavons vu quele projct primitif necomporlaitqu'undâmc 
avec une cbapelle pour abside: une reminiscence ou une imila- 
tion libre du Panthcon d'Agrippa ; ă rexlerieur, un edifice qua- 
drangulaire, sans jours ni croisees, mais dccore de niches pour 
Ies flgurer el en marquer la place, el destinees ă recevoir des 
slatucs ; Tinterieur devait presenter Ic m6me aspect que la cou- 
pole acluellp, avec celle differencc qu'une galerie circulaire, for- 
mee des colonnes, qui depuis ont ele placees â Texterieur pour 
soutenir le dftme, devait recevoir sur sa corniclie une vâsle lan- 
terne eclairee par le haut, de faţon â rcpandrc la liimiere dans 
tout Tediflce. La cbapelle de la Vierge en formail le cbevcl. L'idec 
s'eLint agrandie et compliquee,le premier projet, quant au ddnie 
fut nfiodifle de lout point, el une eglise achcvee, complete, avec 
tous ses el6menls constilulifs, vini s'ajouler, s'adosser au d5me 
et former avec lui un vaste edifice qui ne reunii pas sins doute 
Ies condilions d'unile etde regularile metbodiques exigees par le 
style adople, mais qui est loin ccpcmlanl de manquer d*origina- 
lite. Ainsi se completa, bien qu'en Tabsence de lout plan, la pen- 
see du crcateur; elle s'est develojipei; ot a pris corps, pour ainsi 
dire, au jour le jour ; mais ii est impossible, malgre cel affran- 



DE NOTRB-DAMB DE BOULOGNE-SUR-MBa 15 

chissement de rigles que tan t d'autres auraient considerâes coinme 
fondamentales de ne pas lui reconnaltre Ie caractere du grandiose 
ă plus d'un titre. 

Le projet originaire âcartait toute râminbcence de la grande 
epoque a laqueile la France et particulierement la Picardie doi* 
yent ces catbedrales et ces eglises qui sont une si vivante expres» 
sion du genie religieux et des aspirations du Moyen-Age. II faut 
reconnaitre que Tiniitation de ce style exige avânt tout des con« 
naissances techniques, une science arclieologique qui semble- 
raient moins indispensables, ou quMl serait plus facile de supplâer 
aux yeux des profanes, — Mgr Haffreingue en serait au moins un 
exemple, — quand ii s'agit d'imiter i'architecture greco-latine ; 
plus qu'elle, Tart ogival, dans la variete infinie de ses forraes et 
de ses details, presente des problemes architectoniques, de sta- 
tique, de decoration, dont la solution plus minutieuse et plus 
compliquee âtait faite pour arrSter des le dâbut, s'il eut b^sitâ un 
instant dans son cboix, le naîf et audacieux 6dificateur de Notre- 
Dame de Boulogne. Mais son objectif etait d'uu tout autre ordre 
que celui qui inspirait Ies Thomas de Cormont et Ies Eudes de 
Montreuil. Une pensee de proselytisme le dominait; ii voulait 
placer sous Ies yeux des nombreux residants anglais qui babitent 
Boulogne, ii voulait dresser en face de Ia protestante Augleterre 
un temoignage imposant de la vivacite toujours nouvelle de cette 
foi catholique, de laqueile souvent elle paratt vouloir se rappro- 
cber, un monument qui fut une excitation a perseverer dans 
cette pensee de r^conciliation ; pour Iui rendre Ia route plus fa- 
cile et plus courte, ii voulait rapprocber d'elle la basilique ro* 
mâine ^ et n lancer dans Ies airs une coupole sublime de laqueile 
se detacbât sur Tazur des cieux une statue colossale de VEtoile de 
la mer, benissa^it d'une main TOcean sans limites dont Ies flots se 
brisent respectueusemcnt ă ses pieds * ». 

Que telle fut bien sa pensee, si Ton pouvait encore en douter, 
un des disciples et coUaborateurs de Mgr Haffreingue nous en 
donnerait Ie plus probant temoignage. Voici comment^ dans une 

' Lettre de Bfgr Hafifreingae au P. Bresciani, 28 d^. 1861. 
* Description du maitre-autel de la cathidrale de Boulogne par Ie P. 
Bresciani, p . 19. — Borne, 1864, in-f*. 



16 LA cath£drale 

des instructiTes brochures qu'il amultipli^es pour populariser 
et faire connattre Toeuyre de son maître, H. Tabbe Haignere nous 
explique Ies procedes et Ies moyens qui devaient donner une 
forme ă son projet ; on y verra Taveu de la temerite ingenue et 
de la presomption naive d'un homme simple et depourvu de toute 
vanite qui a pu croire que sa foi et ses aspirations lui tiendraient 
lieu d'^tudes positives, conyiclion dont on reconnaitra ă chaque 
pas la marque imprim6e sur tous ies murs de son ediGcc : 

c Domine par La pensee cbreticnnc du principe vertical dans 
Tarchitecture, M.l'abb^ Haffreingue n'apas adopte Ies proporlions 
reduites de l'art antique. On sait ()u rcste que Ies ancieus etaient 
loin d'apporter dans leurs constructions cette regulariic que Ies 
modernes ont creee en prenant la moyenne des differences remar- 
quees dans Ies monuments de la Grece et de Rome. Sur Ies co- 
lonnes, M. Tabbe Haffreinşue n'a pas fait passer le niveau ecrasant 
des corniches grecques; ily a dresse Tare plcin-cintre. De plus, 
afin d'elancer encore son edifice, ii a imite Ies galerîes de Tepoque 
gothique et superpose Tune a l'autredeuxvoutes dont Tune, per- 
c6e ă jour, laissera voir Ies peinlures qui couvriront Yinlrados de 
Tautre. Cette disposition toute nouvelle lui permettra de repre- 
senter dans un mysterieux et symbolique eloignement le sejour 
des bienbeurcux. 

« Sous l'empire de ces idees, dont nous ne faisons qu'esquisser 
Ies principales, M. l'abbe HalTreingue avoulu,en relevant Teglise 
de Boulogne, y figurer ies trois iglises qui vivent dans le temps 
pour s'absorbcr en une scule dans Teternite. L'^g'/we proprement 
dile, ou sociele des fideles militant sur la terre pour acquerir de 
regner avec le Christ dans Ies âges sans fin ; YJ^glise des saintSy 
qui deja triomphe avec TAgneau dans Ies splendeurs du Ciel ; et 
plus bas, sous Ies |)ieds des fidfeles, dans la cry pte, YEglise souffrante^ 
Ies âmes detcnues dans Ies prisons du purgatoirc, loin du sejour 
de la lumiere et de la paix. Dans cette erypte, ii a en outre re- 
trace Ies exemples des saints qui nous ont precedes et l'liisloire 
des dix-ncuf sietles de la cile cliretienne sur la terre. * » 
Nous sommes dcsormais initics ă la pensee de l'architecte, 

^ Note arch6ol.,etc. siar la crjpte de T^glise Notre-Dame de Boulogne, 
par Tabbe Haigner^. 



DB NOTRB-DAME DE BOULO^NE-SUR-MER 17 

nous connaissons le but qu'il s'est propose ; visitons maintenant 
ces trois eglises qu'il a youIu figurer en restaurant le temple de 
la Vierge de Boulogne, et apprecions-en Texecutiou inat^rielle et 
artistique. 

§ II. — Descrtption de rextSrieur. 

U n'est pas donne ă riiomme de pouvoir exprimer dans ses 

OBUvres toule sa pensee dans ce qu'elle a de plus ileve; — 

quelques rares privilegies font-ils a peine exception? on n'oserait 

guere TafOrmer. — C'esl que nos aspiralions precedent de Tes- 

sence superieure de notre âme, taiidis que nos cEuvres partici{>ent 

de Timperfection de notre nature malerielle. Ttl fut le sort du 

monument execute par Mgr Haffreingue qu*il n'a Iraduit que bien 

incomplelement, sur plusieurs points, Tidee qu'il avait conşue. 

En face de sa cathedrale, râppreciation premiere est defavorable; 

et en effet la pensee a souvent i»ris une forme lellement en debors 

des principes de l'art et des precedonts, Ies details fourmillent de 

lanţ d'incorrections, Texecution s'est livree a tant de faiitaisies 

d'un goât suspect, qu'une impression penible, un sentiment de 

mauvaise humeur sont tout d'abord bicn excusables. Cest une 

OBuvre de băute fantaisie qui aurait, a ce titre, du trouvcf grâce 

devant Ies adeptes du genre, si elle n'avait etc peut-filre au-dessus 

de la porlee d'une appreciation superficielle : ceux-lâ precisemcnt 

ont ete des plus ardents a la denigrer. M. HafTreingue a-t-il subi 

rinfluence du mouvement artistitjue qui dominait â cetle e|)0(|ue? 

Un ecbo de la rdvolution romaiitique est-il venu le frapper au 

milieu de ses meditations? Nous n'oserions le supposer; cer- 

tainement au moins ne sV*n est-il pas rendu compte. 

L'eglise a la forme d'une croix latine, et regardeTOccidcnt, 
c est-a-dire la raer. Elle com|)orte en elevation un seul vaisseau 
comprenant trois nefs, plus deux bas-c6les moins 61evcs conte- 
nant des contre-nefs ; le portaii osl flanque de deux ailes surmon- 
tees de clocbers. Au sommet de Teglise est place le d6me contre 
kquel est adossee la cbapclle de la Vierge sur le mame axe que 
la nef centrale. Ainsi le d6me, au lieu de se trouver a Tintersec- 
tioQ des branches de la croix, est rejete en debors de son plan, et 
a un niveau superieur. Ce sont deux edifices distincts placâs Tun 



18 LA cath£drale 

ă Ia suite de Tautre : le temple, qui presente un tout complet, 
et, derriere la coupole, ayec son annexe, la chapelle de la Vierge, 
qui, dans le projet primitif, devaient seuls composer le monu- 
ment. 

Deux ordres d'arehitecturc ont ete choisis pour concourir a 
Tedification du monument : pour la pârtie superieure, celle qui 
excede le comble de Teglise, c'est-ă-dire le dame et Ies cloche- 
tons, Tordre cotintbien; Tordre toscan a pris possession de tout 
le reste de Tediflce. Cet ordre^ sobre et severe, qui s'appropriait 
tres-bien auxtemples de proportions plusreduites de Tantiquite, 
ne convenait que mediocrement ă un monument de cette nature 
et de ce developpcment dont ii laisse dans toute laur nudite Ies 
bautes murailles, alors surlout qu'aucune ornementation acces- 
soire ne devait temperer la simplicite severe qui est le propre de 
ce style. 

La fagade est lourde ct âcrasee, en m6me temps qu'exigue 
comparee a l'ensemble de l'ediQce : c'en est assurement la pârtie 
la plus defectueuse ; ce qui tient sans doute bien un peu ă la faţon 
gaucbe dontellese presente, encastree qu'elle est dans d'enormes 
maisons qui doivent probablement disparaitre un jour, et aussi 
ă l'etroitesse du parvis qu'elle domine du haut des marcbes 
de son perron ; ii resulle de cette position defavorable une 
absence complete de perspective. Mais on voit trop aussi que le 
portail n'a pas &ie pour l'auteur une pârtie essentielle comme 
11 Tetait pour Ies architcctes anciens, aussi bien que pour ceux 
du Hoyen-Age ; nous sommes loin de la majeste grandidse ă la- 
quelle nous ont habitues nos cathedrales du style ogival. La sim 
plicite par trop rigide de ces grands murs n'en est que plus bles* 
sânte pour nos ycux accoutumes aux merveilles que la Picardie 
nous prodigue. 11 est manifeste que pour Testerieur de sa con* 
struction, H. Haffreingue s'est inspire de l'austerite des basiliques 
de r^glise primitive, dont ii a pu etudier ă Rome Ies disposi- 
tions. On chercberait vainement sur cette faţade divisee vertica- 
lement en trois parties, la plus petite arcature en application, une 
frise feuillagâe, le moindre ornement. Huit colonnes toscanes 
geminees, reposant sur le perron, soutiennent Ies tours ou plutdt 
Ies deux ailes et Tentablement des clochers. Entre ces deux ailes 
est resserree une faţade dont la nudite complete est ă peine dis- 



DE NOTRE-DAME DE BODLOGNB-SUR-lfBR 19 

simul^e par quelques filets de pierre et des fendtres ă plein-cin- 
tre. Le fronton seul est orne d'un bas-relief qui represente 
la Vierge Miraculoase arrivant au port de Boulogne , rnais 
rien ne le fait ressoriir et Teffet en est pr^sque nul. Sur le som* 
met du tympan s'eleve la statue de Notre-Dame. Dans le bas 
s'ouvre une porte cintree d'assez maigre apparencc. Deux portes 
laterales plus basses sont aussi perc^es entrc Ies colonnes. Les 
ailes ne sont qu'indiquees par une legare saillie sur le mur; elles 
sont divîsees horizontalement en trois parties en retrăit les unes 
sur les autres; Ies deux superieures n'ont pas de colonnes; la 
pârtie la plus ele\ee est couronnee d'une frisc et d'une cornicbe, 
au-<lcssus desquelles sont places deux clochetons d'ordre corin- 
tliien. Le comble de cesclochers et les flecbes qui les surmontent 
rappellent la forme du ddme et de la lanterne qui s'eleve au- 
dessus ; ils sont elegants, mais ils font trop petite figure au- 
dessous de la masse enorme du dd;ne qui les domine, et les 
ecrasc. 

Les murs de chaquc cdte de la ncf presentent la m£me nudite 
que Ic portail; ii semble quc Ton n'aie rien voulu conceder â 
Teffet exterienr et que Teglise doive ă toujours roster enj^agie 
dans cette gangue de constructions civile.') qui l'enveloppent et 
s*opposentă ce que Ton en puisse avoir, d'aucun cdte, une vue 
d*ensemble. La difficultc, pour ne pas dire Timpossibilitâ, de 
jamais debarrasscr le monument de l'ilot de maisons du milieu 
desquelles ii surgit, et qui s'y adossent, la depense considerable 
qui cn resulterait, ont sans doutc decide Bl. Haffreingue ă sacri- 
flcr les murs exterieurs [jour concentrer tous scs cfforts ă Tinte- 
rieur. Soit! Mais n'oublions pas que les artistes du Moyen-Age ne 
s'arrfitaient pas ă ces considerations ; ils soignaient toutes les 
parties egalement, alors meme qu'elles etaient moins en vue. 
Du reste la rigidite de l'ordre arclnlecloniquc adopte contribue 
dans une assez large mesure ă rendre plus sensiblc la nudite des 
murailles. 

Aussi, l'aspect de l'ediflce considere de preş et ă pieJ-d'oeuvre, 
de quelque c6le que Ton prenae son |)oint de viie, n'est pas 
agreablc; TefTet en est ou nul ou mauvais. Pour bien saisir l'en- 
semble, ii fiaut sortir de la viile, dominer le monument. Mais 
rinstant n'est pas encore vcnu de formuler cette apprâciation de 



20 LA CATH^DRALE 

Tensemble au double regard du pittoresque et de Testbetique; 
continuons notre examen analyti(|ue pour faire d'abord la part 
de Ia critiqueet du blâmc; la syntUese nous fournira Ies elements 
d'4in jugement moins severe. 

Le soîn avec lequel le ddme a 6te trăite justiGe rappreciation 
qui vientd'Ătre formulee pour Teglise. C'elait, nous nous le rap- 
pelons, dans la conception de Tauteur, la pârtie capitale, celle qui 
devait s'offrir le mieuxă la Yue, celle h laqueile ii voulait aussi 
donner le plus de relief. Dans un plan bien coordonne, suivant Ies 
regles de Tart et du gout, le dome n'aurait pas du recevoir un 
developpement hors de proporlion avec le reste du bâtiment. 
Aussi se ressent-il, quant a TelTet, de Texiguite relative, de la 
gracilite dos formes du vaisseau ; et sa masse, qui presque seule 
fixe le regard, a-t-elle trop facilement appele une comparaison 
vulgaire, qui n'a ete epargnee du reste ă aucun des edifices de 
cette foime. 

Le socle sur lequel ii s'appuie est un massif carre dont Ies an- 
gles sontcoupcs; Ies murs en continuent Ies proOlements et Ies 
details de ceux de la nef, corniches, filets, croisees, nicbes. De 
ce massif quadrangulaire se degagc la rotonde du ddme. Quatre 
clocbetons, accoles ă sa base sur Ies quatre anglcs coupes du 
socle, remplissent un office analogue aux pinaclcs du stylc ogi- 
val; ilsregoivent Ia surcharge qui pese sur ce soubassement et 
corrigent la durete de lignes qui resuUerait de sa renconlre ă 
angle droit avec la plate-forme du socle. lls ferment autant de 
nichcs en coupoles, ouverlesen plein-cintre, sur Ies trois cotes 
opposes au ddme ; cbacune d'elles contient une statue en pied; 
Ies sommets des quatre coupoles servent eux-memes de piedes- 
taux ă des sujets repr^sentant Ies evangelistes avec leurs atlributs. 
Des edicules, dont le plus im|)ortant est la cbaiielle de la Vierge, 
s'appuient sur ce massif et en dissimulent la lourdeur. 

Le soubassement contient douze niches oii sorit placees Ies 
statues en pied de N.-S. Jesus-Christ et des apâlres; Ies niches sont 
separees entre elles par des pilastres gemines, d'onire toscan. 

Le ddme appartient a un autre ordre d'arcbitecture que la 
pârtie inferieure et la nef de Teglise. L'ordonnance corintbienne 
convenait mienx que la toscane au caractere de beaut6 elegante 
que Ton voulait lui donner. 



DB NOTRE-DAME DE BOULOr.NE-SUR-MER 21 

Le (idme 'se decoinpose en trois parties : une colonnade, la 
coupole et la lanterne. 

La colonnade, formee de colonncs corinthiennes d'une belle 
proportioD^ reţoit Ies arcs pîein-cintre surbaisses qui soutien- 
nent Tentablement. La frise, la corniche sont du meilleur goilt. 
Cest celle colonnade qui avail ^te prefiarce pour la galerie inii- 
rieure que comporlait le projel primitif. Le mur place en dedans 
est perce de vastes fenâtres a plein-cinlre s'ouvranl enlre cbaque 
colonne. L'espace qui s'interpose enlre le mur et ces colonnes est 
trop etroit pour merilor le nom de galerie ; la purete de Ten- 
semble et surlout la solidile de la construction auraient gagne h 
Fadoplion d'une disposilion difTerenle, sans nuire ă sa legferet^. 
Le ddme, augmenlanl son diamelre de la largeur d'une galerie 
Terilable, aurail pris plus d'ampleur a sa base el acquis de plus 
justes proporlions, tandis que sa masse aurail pese d'un poids 
moins lourd sur la corniche circulaire, qu'â Tinterieur on ne voit 
pas sans quelque effroi suspend ne au-dessus de sa lele. Halgre 
celle defecluosile el quelques autres bien accessoires,loute celte 
pârtie est bien trailee et se recommande par sa lâgerete et son 
slyle. 

Appuyee sur la colonnade, s'elive la coupole formee d'une se- 
conda galerie en retrăit sur la premiere et de moindre elevation, 
et d'un toii ovoîde. L'enlablement de la galerie repose horizonta- 
lement sur ies chapileaux des colonnes, suivant Ies regles du 
slyle grec, el supporle la calotte de la coupole. Celle calolte ou 
toii a le profil d'une ogive aiguS; elle est faile loule de pierre. 
Des chalnes egalement de pierre, faisant saillie^ Ia divisent en 
c&les ornementees do grands lustres, d'etoiles et de croix enlail- 
lees dans la pierre ; bien que le ddme des Invalides pr^senle un 
modele de celle decoralion, je n'essaierai pas de defendre contre 
la crilique qoe Ton serail lente de lui adresser, l'imitation qui 
en a ele faite ici. II a^ du resle, ete question de recouvrir celte 
coupole d'une calolte de plomb, afin de combatlre l'aclion des- 
truclive des venls de mer. 

Enfin, sur le sommel de ce toii et placee comme sur un pivot, 
s*elance une lanterne a jour» formant une nicbe enorme d'oîi la 
Vierge Mărie, Urbts et Orbis konos^ suivant Tanlique inscription, 
etend ses regards, par de la la mer, sur Ies enfants separes de Ia 



22 LA CATHEDRALE 

terre anglaîse qu'elle doit ramener â cile. Celte lanterne ost d'un 
caractere particulier, sans aucune analogie avec le monument 
de Diogfene \dont rordrecorintliien, adopte pour lout le resle du 
ddme, aurait pu suggerer rimitation. C'eut ete une faute; moins 
âlancee que la lanterne de Saint-Clouâ ou d'Athenes, celle de 
Notre-Dame de Boulogne a cependant plus de leg^rete que n'en 
aurait pu avoir, mise ă cette place, une reproductipn de ces gra- 
cieux edicules, et elle y convient assuremcnt mieux. Cinq arcades 
ă jour portent un toit pointu termine en fleche et surmonte 
d'une croix. Ce toit assez original evoque un lointain souvenir 
des pagodes chinoiscs, sans compromettre TefTet general. 

En d^pit de toutes Ies critiques possibles, el qui ne lui ont du 
reste pas manque, le ddme, dans son ensemble ct ses details, est 
veritablement en lui-mâme un remarquable morceau d'arclii- 
tecture ; ce qui lui fait Ie plus de tort, ce sont Ies autres parties. 
En face de Tcsuvre de Mgr HafTreingue, ii est convenu qu'il faut 
faire abstraction de beaucoup de regles. Avec une liberte d'inspi- 
ration tout-ă-fait originale, ses conseils et lui se sont aifranchis de 
bien des entraves et ont pris leurs franches coudees. Quelles que 
soient Ies objections,'il ne faut considerer que le resultat ; s'il est 
satisfaisant, s'il repond k la fln qu'on s'est proposee, a la destina* 
tion du monument, ainsi qu'aux principes du beau, ii doit 6tre 
absous de toutes Ies fautes de d^tail. Loin de moi la pensee que 
Ton puisse arriver h la perfection en dehors de toutes Ies regles 
de Tartl On risquetoujourstropă repousser leur appui tutelaire, 
et notre France voit bien souvent s'elever des eglises qui temoi- 
gnent de cette verite; maisil y aurait injustice ă comparer le 
d6me de Boulogne ă ces produits bjbrides de Tignorancc et du 
mauvais goât. Fius developpe, plus elance que le ddme du Pan- 
ttieon et surtout que celui de Saint-Pierre de Rome, ii manque ă 
coup sâr de justes proportions avec Ies parties qui le completent, 
mais ii repond bien â TefTet voulu. Cet effet, c'est celui des cathe- 
drales gothiques, produit par un tout autre ordre d'architeclure. 
Sans doute la pârtie infdrieure de Tedifice manque d'ampleur, et 

' La lanterne de Diog^ne au parc de Saint-Cloud, d^truite pendant le 
si^ge de Paris, ^tait la reproduction de la choragie de LysicratCt ă 
▲th^nes. 



DE NOTUE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 23 

c'est un defaut considerable, niais cncore ce defaoi se trouve-1-il 
pallie, pour le spectateur qui se place ă distance, par Tentourage, 
par Ie cadre du tableau. La catbedrale se degage alors d'uue faţon 
pittoresque et avantageuse du milieu des arbres qui couronnent 
Ies remparls; leur longue ligne, le cdleau qui se developpe en- 
dessous lui serTent en quelque sorte de piedestal. Cest de la c6te 
de Saint-Harlin-lez-Boulogne, d'ou la catbedrale parait comme 
sortit de Toade, ou de cclles des Moulineaux ou de TAve Măria» 
d'ou se developpe en amphitbeâtre le magnifique panorama de la 
irille, c'est-ă-dire a quelques centaines de metres du monument, 
qu'il fant en juger Tensemble ; c'est encore de la băute mer d'od 
fl se presente, suivant l'intention de son fondateur^ comme un 
appel adresse du băut de la falaise bouloniiaise, ă trayers le d^ 
troit, ă la protestante Albion^ afin que la premiere pensee de ses 
enfants, en venant visiler la terre de France, leur rappelle, du 
plus loin qu'ils aperţoivent sa coupole, un culte auquel Ies tou- 
draient ramener ses yceux Ies plus ardents. 

§ 111. — Description de rintdrieur. 

10 L'Eglise. 

L'ordonnance corintbienne regne ă Tintericur de notre catb^ 
drale, ou^ pour mieux dire^ cette ordonnance sert de base a 
un genre particulier qui a pris un peu partout ses inspirations ct 
ses elements, et dans la creation duquel la f antaisie s'est donne 
le cbamp libre. Disons tout de suite que cette fantaisie n'a rien ă 
faire avec celle a laquelle nous devons Tcpoque de Ia Renais- 
sance. 

Apres ayoir francbi le seuil de l'eglise, on passe sous un nar- 
thex forme de trois arcades soutenues au milieu par deux colon- 
nes ioniques et de cbaque^cdte par des contre-pilastres. Au-dessus 
86 trouve une plate-forme avec balustre sur lequel est etabli le 
buffet d'orgues. 

La grande nef s'ouvre ensuite, formee par deux rangăes de co- 
lonnes cannelees, d'ordre corintbien romain, cinq de cbaque 
c6te;Ieur bauteurexc6de tres-scnsiblement Ies proporlions typi- 
ques, et le diametre des luts, ă Ia base, au milieu et au sommet 



24 LA CATHEDPwALE 

n'y est pas davaniage conforme. Aiipres du narthex et ă Tinler- 
section du Iransept, deux autres colon nes, engagees dans des pi- 
liers, dâtermiuent Ies deux extremites de la nef. Les chapiteaux 
de ces colonnes rejoivenl la retorabee d'arcs plein-cintre qui 
concourent ă la formation de rentablcment; le tout presante, de 
cfaaque c6te, une elegante colonnade. Tout le long de la frise, 
regnent des inscriptions pieuses^ versets des Livres saints, pre- 
ceptes, etc. ; ii en est de mame du resle pour toutes les frises 
de Tedifice; on relrouve ces inscriptions, un pcu repandues par- 
tout, le long des murs et jusque sur les dalles du pavage, en re- 
lief et en creux, eouvent raâme en peinture, avec une profusion 
du plus mauYais goâL Cest en superbes bas-reliefs se deroulant 
sur les frises et les metopes de leurs templcs, et non pas en vulgai- 
res caract^res d'enseignes, que les Grecs celebraient leslouanges 
des dieux auxquels ils les consacraient; c'est avec de delicates 
peintures, de gracieuses arabesques ou des guirlandes de fleurs 
ou de feuillages que les maitres du Moyen-Age dissimulaient la 
nudite de leurs murs et que les artisles modernes, par une heu- 
rense imitation, ont decofe jueme les murailles dks ediflces Grccs 
ou Romains, dedies dans Paris au culte catholiquc. 

Les nefs laterales sont formees, du c6le interieur, par l'entre- 
colonnement de la grande nef, et du c6te exterieur, par des pi- 
lastres faisant saillie sur les murs. Entre chacun de ces pilastres 
b'ouTre une arcade d'ordre dorique romain donnant sur les 
contre-nefs ou bas-cdtes qui s*etendent le long des nefs laterales. 
Au-dessus de ces arcades, ii en existe un second rang de sem- 
blables, au milieu desquelles sont percees les croisees ă plein- 
cintre et ă meneaux de pierre depouiilees de toute ornementation. 

Le transsept n'a qu une nef formec ă Tinterseclion de la grande 
nef par quatre piliers dans lesquels s'engagent les colonnes de Ia 
nef et du cboeur ; tous les chapiteaux de ces piliers, comme ceux 
des quatre angles internes de la grande nef et du cbceur, sont 
surmontesde statues placees dans des nicbesd'une simplicite qui 
contraste desagreablement avec la richesse des chapiteaux et de 
Tentablement. L'arcbitecture gotbique et celle de la Renaissance 
attacbaient plus d'importance ă ces sortes de details, et elles 
avaient raison. Dans le monument que nous examinons, ces ano* 
nialies sont trop frequentes pour les passer sous silence : ă c61e 



di: NOTUE-DAME de DOULOGNI>i>UR-MER 25 

deparlies cliarg^esiraccossoiros inutiles, d'aulres se rcnconirent, 
â cliaque pas, depoiirviics des orneraents qui devraient leur ap- 
parlenir. Le Iranssepl n'a qu'iine issue sur la rue, ă Tune de ses 
extremiles; Taulre est fermee par un mur plein et occupee par 
unc chapelle. 

Le choîur de Tcglise csl le prolongement de Ia prande nef au- 

deli du Iranssept; ii est forme par deux arcades s'appuyant au 

milieu sur une colonnecorinlUienneet, des deux autresc6t6s, sur 

des colonnes de infime ordre engageesdans Ies piliersdu centre et 

du fond. Ce fond s'uuvre, sur la rotonde du dome, par une vaste 

arcade ayant Touveiture et la hauleur de la nef. Cette ouverlure 

n'est du reste que pour la decoralion, car le maître-autel s'y 

adosse pour ainsi dire, et une vaste tenlure de velours la ferme 

complclemont ; mais cette tenture est disposee en porliere, de 

faţon k pouvoir s'ecarlcr dans cerlaincsoccasions, et ă permettre 

ala vue de plongerduseuildeTfiglisesouslacoupoleetjusqu'au 

fond de la chapelle de la Vierge. Le developpement que presente 

alors Tedifice, l'eloignement des horizons, produisent un effet 

grandiose. 

L'eglise communique avcc le ddme, pour Ies besoins journa- 
iiers du service, par deux perrons suivis de couloirs places ă 
rextremite des nefs laterales. 

De chaque c6te des nefs laterales jusqu'au transsept, s'etendent 
deux contrc-nefs, deux galeries qui rcţoivent le jour par cn haut 
an moyen de lanternes rondes percces au-dessus de la voute. 
L'ordre de cette pârtie est le dorique ; Ies traveesen sont formccs 
par des arcades placces sur Ies quatre c6tes et opposees deux h 
deux.Celles qui s'appliqiient le longdu mur sontplcinesetornces 
de grauds medaillons et de sujets, le tout peint en grisaille. Ces 
galeries ne conliennentpas de chapelles laterales, mais des con* 
fessioiniaux y ont ete disposes ; elles servent de degagement aux 
nefs ou de deambulalorium. 

Le pavage est en marbrc noir parseme de quelques carrcaux 
blancs. 

A Texception des colonnes et de leur entablcmcnt ,tous Ies 
murs sont peintsde faţon ă imiter le marbre. On ne sauraittrop 
blâmcr celle pratique qui est plus qu'une conccssion au mauvais 

lOMK xvii. 3 



26 LA CATHEDÎIALE 

gout; c'est roubli d'une regie essenlielle en fait d'art, la conve- 
nance, la sincerite. Le pays fournit en abondance un marbre 
d'un gris jaunâtre qui aurait ete parfaitement approprie k la 
construction de cei âdiDce, comme ii a servi â Tedification de la 
colonne de la Grande-Armee que Ton aperfoit â quelque distance 
de la Tille ; c'est, du reste, ce marbre que la peinture qui enduit 
Ies murailles a la pr^tention d'imiler. A c6te de celle pierre, on 
trouYe aussidans le pays une aulre maliere similaire, le stinckal, 
qui est tellement commun qu'il n'est point de bâliment prive, de 
simple maison oh ii n'en aii ele fait usage pour certaines parlics 
de lacoDslruction. L'une ou Tautre de ces matieres s'imposait 
donc, etant un produit boulonnais, comme la plus appropri^e ă 
la construction d'un monument boulonnais. On est, d'ailleurs, 
endroit de se demander si le prix de revient du veritable marbre 
de Harquise; ou meme de la pierre de slinckal qui coiile moins 
clier, employes Tun ou Tautre seulement comme revfilement, 
aurait elâ plus eleve que celui des enduils dont a fait usage 
Mgr Haffreingue, et de la peinture qui Ies couvre; alors surtout 
qu'il faut tenir compte des frais d'enlrelien et de restauration de 
cette peinture ; elle est, en effelappliquee sur plâtre ; sousdiverses 
influences, celui-ci se boursoufle et s'ecaille, en sorte que, dans 
certaines parties de l'edifice, Tenduit est deja assez serieusement 
endommage pour necessiter des reparations prochaines. 

Ledetail de la voute des nefs est tres-complique. Sur chacune 
des colonnes viennent s'appliquer, de chaquc cd(e de la grande 
nef, des arcs transversaux dont la porlee ou Timposte se confond 
avec celle d'auties arcs d'un diamclre plus petit qui, allant d'une 
colonne ă Tautre sur chacun des deux rangs, ferment Tenlre- 
colonnement. Sur ces quatre arcs se reunissant a angle droit ă 
leur retombees, s'appuie une voute hemispherique; ii resulle de 
cette disposilion autant de voutes qu'il y a de travees entre Ies 
colonnes ; chacune de ces voâtes particuliferes en reţ oii la forme 
d'un oeuf coupe dans le sens de sa longueur ; en d'autrcs termes, 
ii n'y a pas une voâle unique pour toule la nef, mais autant de 
berceaux que de travees. Le fond de chacun de ces berceaux est 
perce d'une ouverture egalement ovale qui laisse apercevoir 
au-dessus une seconde voute, ou, pour parler plus exactement, 
la veritable voute couvrant Ies trois nefs, et dont la rctombee 



Dli NOTilH-DAMli DK nOUL03NE-SUR-MER 27 

va s'appuycr sur Ies gros inurs du vaîsscau, en passant au-dessus 
des nefs laleralcs au soinmet desquelles ou l'aperţoit ă travers 
Ies ouverlures circulaires pratiqueesdans leurs voutes particuli^- 
res. L'arcde Ia grande voute superieure mesure de Ia sorte un dia 
mitre egal ă Ia largeur de la grande nef et des deux coUaterales. 
L'intrados en rcpreseule, « dans un mysterieux et symbolique 
eloignement le sejour immateriel des bienheureux. ^ » Quand 
nous passerons en revue lespeinturesrepandues sur Ies murs de 
la cathedrale, nous aurons a revenir sur cetle decoration. * 

La voAte des nefs laterales, plus basse que cclle-ci, offre la 
mame dispositiou, avec cette difference que chaque section de 
voute ne met pas a dccouvert la voute superieure, mais laisse 
apcrcevoir par Touverture ronde qui y est pratiquee Tintrados 
d'une petite voute, une sorte de calotte yenant s'appuyer sur Ies 
bords de rorifice. Cet intrados est aussi decore de peintures en 
grisaille representant des scenes de la Bible ou de la vie des 
Saints. La pârtie de Ia voute des collateraux qui longe le cboeur 
offre une disposition plus complexe. Les collateraux prenant leur 
jour par en haut, la lumiere leur est fournie par une lanterne 
qui remplace la calotte dont i! vientd'âtre question, et reproduit 
la disposition de lacoupole du transsept a laquellenousarrivons. 

Au point de rencontrc des quatre branches de la croix, les voA- 
tes des nefs se brisent et au-dessus s'ouvre une coupole de pro- 
portions tres-sufOsantes pour Tcffet interieur, mais qui, vue de 
l'exterieur, passc presque inaperţue, tandis qu'elle aurait exigâ 
un ddveloppement et des acccssoires dont Tarchitecte aurait pu 
tirer un tresbon parti au profit de Tharmonie de son edifice. 
Quatre pendentifs peints cn grisaille, (la grisaille rigne partout 
sans qu'aucune autre couleur essaie de protester contre cette at- 
tristante monotonie), precedent dans le sens de l'elevation un seg- 
ment de coupole a six lobes, toujours grisaille, au-dessus duquel 
est une galerie de huit colonnes dont la cornicbe soutient la ca- 
lotte de la coupole, decoree au moyen de TinJispensable grisaille, 
toujours dans l'intenlion de representer « le sejour immateriel 
des Bienheureux. » 

En faisant abstraction de toute la decoration picturale sur 

» Vid. Sup. p. 16. 






28 LA cathi'duale 

laquellejemereserve de revenii toni specialemcnt, TefTet interieur 
est bon ; Ia grande nef est belle ; tont le vaisseau a de l'ampleur 
et n'est point depourvu de majestc. 

2® Le Dfime. 

La rotonde de la coupole est fornieo, ă la pârtie inferieiire, de 
huit arcades entre lesquelles huit piliers corinlhiens, s'clcvant 
jusqu'au niveau du sommet des cintres, souliennent Tcntable- 
ment. Les murs ici sont cn pierre de taille peintc d'une couleur 
unie se rapprochant de leur naturel ; c'est deja un progres 
sur le procide applique aux murs de Teglise, niais pourqiioi ne 
pas avoir laisse â la pierre son apparencc nalurelle? Les arcades 
fort simples n'appartiennent â aiicun style; ellcs n'ont d'autre 
decoration que des tâtes d'anges a ia clef. Six de ces arcades cn- 
cadrent des celke en fond de four, demi-circulaires : quatre servent 
de chapelles. Au milieu des deux autros, s'ouvrent deux couloirs 
servant ă communiquer de cliaquc c6tc de Teglise dans Ia ro- 
tonde; awpres de Tentree de ces passages, sont deux reposoirs qui 
se correspondent. Ces six grandes travecs ont ele, quant â la deco- 
ration, l'objet d'une prâdileclion toiiie [)articuli5re. Des fresques 
qui en couvrent Ies parois appellent tout d'abord Taltention du 
visiteurqui penetredans celle pârtie du monument. Comme nous 
Ie verrons plus loin, quand nous nous livrerons a Icxamcn spe- 
cial des peinlures qui concourent ix la decoration de TcHliflce, un 
peu plus de modestie sierait mieux â leur mediocri^e, surlout cn 
presence du magnifique autel en mosaîque qui est place au milieu 
de Ia rotonde : nous aurons ă lui consacrer aussi unc descriplion 
speciale et detaiilee qu'il merite ă tous egard?. 

Dans Taxe de Teglise, deux aulres des arcades s'ouvrent, Tune 
sur la chapelle de la Vierge, l'autre sur Ie fond de la grande nef 
dont elle n'est s6paree que par une portiere ou tenture dont ii a 
ete deja question. 

Sur la frise circulaire de cette arcature se deroulent des ins- 
criptions; des inscriptions encore surle bandeau qui couronne 
la corniche, abus regrettable que nous avons eu deja aussi I'oc- 
casion de signal er. 

En retrăit, derriere ce bandeau, s'appuie une sorle d'entable- 



DK N0TRE-DAM2 DE BOULOGNE-SUR-MER 29 

meat ciiitre ou segment de voute divise comme un immense 
damier circulaire en une quantite de cases impossibles ă nombrer. 
Cliacune d'ellcs contient le portrait en buste d'un Pape ou d'un 
Pere de TEglise, le tout peint cn grisaille suivant le mode con- 
venu. L'ideo est peut-âtre originale, mais elle est certainement 
mal traduile ctTeffet n'en est |)as licurcux; quant ă Texecution, 
elle vaut celle de toutes lesgrisailles devantlesquellesnous avons 
deja passe. 

Au-dessus de ce damier et de la corniche qui termine son en- 
cadrement, est un autre bandeau couvert d'inscriptions en letcres 
d*or. Toute celte pârtie, dopuis l'aire pavee en marbre du pays 
(Ferques) jiisqu'au second banjeau, remplitrinterieur du massif 
carre qui forme le socic du ddme. Au-dessus^ correspondant au 
spubassement du dftme, regne une galerie en retrăit sur le seg- 
ment de coupole qui \ucal d'etre decrit^ autour de laquelle sont 
rangees dans leurs niches douze statuos representant Jesus-Cliiist 
et sos Apotres. Les statues sontdisposees de fafon ă reproduirc ă 
rinlerieur celles qui sont rangees tout autour de la pârtie exte- 
rieure, en sorle que chaciue personnage est double : les cfflgies 
placees dos a dos, de chaciuc c6le du mur, regardent Tune le de- 
liors, Tauire rinlerieur. Un cntablementappuyesur des consolcs 
separe celle galerie d'une secondc beaucoup plus elevee, percce 
de bautes fenelres ciulrees, ă mencaux de pierre, entre lesquel- 
les est une arcalure de pilastres corinthiens. Celte galerie inle- 
rieure correspond exactenient â celle que nous avons remarquee 
â Texterieur. La frise est decoreede que Iques moţi fs. 

Viennentensuile deux aulres segmenls de voiites concentriques 
et places en retrăit Tun sur Tautre, de maniere ă produire une 
perspective fuyante. Leur ouverture laisseâ decouvertle dessous 
d'une troisienie voule, celle qui forme Tintrados de la coupole; 
enfin, au fond de celte voule,on aperşoit au-dela, par une ouver- 
ture roiîde, une aulre voiito beaucoup plus pelitc qui figure 
l'empyree. Toutes ces voules et parties de voClles su[>erpoî^ces sont 
tres-haniies : elles seniblent suspendui^s sur la tâte des Qdeles et 
preles ă se delaclier. Le fond peint en blanc est senie de petils 
rcdan;:ies cn bleu, simulant des cases creusecs dans la pierre (jui 
vout en diniinuant de la circonference au somniei de la coupole, 
de maniere ă eloiguer toujours la perspective. Cest une sorte 



30 LA CATHÂDRALE DE N.-D. DE BOULOGNE-SUR-BIER 

d*effet de phânakisticope, Tertigineux comme celui qu'il produit. 
L'on se demandc, en contemplant cette coupole de pierre, si son 
poids enorme trouye, sur Ies murs perces ă jour qui Ia soutien» 
nent, un appui sufOsant pour resister ă une pression augmentee 
par Televation du d6me et ă Tebranlement qu'une masse aussi 
itendue reţoit du souffle presque incessant des vents d*ouest si 
Tiolents sur cette c6te *. 

En ardere du ddme, est une chapelle absidale dediee â la 
Vîerge, elle n'offre rien de remarquable au point de vue archi- 
tectural ; ies murs sont pleins, revâtusde marbre boulonnais. Le 
chevet de la chapelle est ouvcrt sur une sorle de cellule dont la 
fonction est de faire penelrer lejour â Tinterieur ă Iravers un 
transparent, et de produire un trompe-roeil suivant une mode 
trop repanduc dans nes eglises ct que rcprouve le gout. Mais ces 
details appartienncnt ă Ia dccoration que nous avons reservee 
pour cn faire Tobjet d'un examen special. 

E. Drahard. 

[La suite au prochain numiro.) 

^ Les avis des hommes spăciaux sur ce point sont partag^s. Uarchitecte 
d^partemental, M. Epellet, dans ses rapports au Profet, a conteste la soli- 
dit4 du d6me. Au contraire un architecte du Louvre, apr^s avoir, ii y a 
une douzaine d'ann^es, visită avec soin toute cette pârtie de Tedifice, 
aurait declare qu'il ne connaissait pas de d6me plus solide. Du reste, 
Mgr Ilaffreingue n*a eu aucun guide, et si cette derni^re appr^ciation ^tait 
fondee, 11 semblerait avoir răsolu d'inspiration les plus difQciles probl^mes 
de statique. 



LES CROSSES 



DU MVStE CHRETIEN DU VATICAN 



La crosse, aa Moyen-Age, se composait de cinq parties distino- 
ies : la volute^ qui s'arrondit h la pârtie sup6rieure ; le nosud^ qui 
fait saillie ă la base du crosseron ; la domlle^ dans laquelle s'en- 
foDce la hampe ; la hampe, qui sert de support et de baton ; enfln Ia 
pointe qui termine la pârtie infârieure, celle qui pose sur Ie sol. 

Les archâologues, en cr6ant cette terminologie qui leur est spe- 
ciale, ont cntendu d6velopper l'id^e des symbolistes, pour qui la 
crosse n'a que trois parties, et ce sont, en eCfet, Ies plus apparentes : 
la volute^ le rueud et la pointe^ trois choses qui correspondent aux 
trois 6tats de la soci6t6 chr6tienne et & la triple mission de Tâvâ- 
que, pasteur des âmes. 

Les p6cheurs sont attlrds par la volute recourb^e, Ies justes con- 

duits avec la hampe droite, les retardataires stimul6s par Ia pointe 

aigne. 

€ In bacuU format proBsul, datur hcec ttbi norma i 

Attrahe per pi^mumj medium rege^ punge per ymum ; 

Attrahe peccantes^ justos rege, punge vagantes. » 

( Textus sacramen torum . ) 

Dans Ia crosse du Moyen-Age, la pointe 6tait en mâtal, pour 
qu'elle offrît plus de r^sistance et 8*usât molns promptement. La 
heunpe 6tait ordinairement en bois, quelquefois sculpta ou moulurâ, 
mais le plus souvent simplej^ient peint et decora de l^gers orne- 
mentSf comme dlaia, feuillages et anneaux ^ 

^ On consultcra a?ec fruit, sur les crosscs, les savantes recherches du cba« 
Haine Barraud, du R« P. Martin et du comte de Bastard. 



32 LBS CROSSES 



I. 



Le Mus6e chr6tien du Vatican, fonda par Bcnoît XIV et aug- 
menta par Pie IX^ possâde sept crosses que j'al sommaircment d6- 
crites dans ma Bibliotheque Vaticane (Rome, 1867, pages 67, 68, 
69, 82 et 85). 11 importe de revenir avec quelques d6tails sur ces 
oeuvres d'art peu connues. 

Le X* ou le XI* silele fournit deux petites volutes en ivoire, ter- 
minăes Tune par une tete de b61ier broutant un feuillage et Tautre 
par une tâte de veau. On sait, sans qu'il soit besoln d*insister sur 
ce point, sur lequel j'aurai occasion de revenir ailleurs ă propos 
de la crosse dite de S. Gr6goire, que le b6Iier, chef du troupeau, 
et le veau immol6 en sacrifice, sont des emblemes tr^s-anciens et 
trfes-expressifs de Thumanitâ du Sauveur, chef de T^glise et vic- 
time de propitiation pour notre sedut. Sur la scconde de ces deux 
crosses on remarque de petits ornements circulaires, disposâs en 
forme de croix. 

Une troisiemc crosse en ivoire, qui date du XIV* siecle, a 6t6 
traitde par une main habile. L'ceil de la volute est rempli par 
deux sujets d6coup6s ă jour ; d'un c6t6, la crucifîxion de Notre- 
Seigneur, qui a pour tămoins la Ste Viergc et S. Jean ; de Tautre, 
le couronnement de Ia Vierge, qu'accorapagnent deux anges tenant 
des cierges allumăs. Ces anges symbolisent ici la cour căleşte, 
toute briliante de lumiere, et aussi le poavoir donnâ alors ă la 
M6re du Verbe, que la liturgic nommc Reine et Souveraine des 
anges. Regina Angelorum^ Domina Angelorum. 

II. 

La quatrieme crosse, que je vais d6crire, est en cuivre dor6, 
rehauss6e d'6maux champlev6s de Tdcole de Limoges. Sur mon indi- 
cation, elle a servi de modele â celle que porte Mgr Mermillod, 
ăvâque d'H6bron et vicaire apostolique de Genăve. C*est, en effet, 
un beau specimen de l'art du XIII* siecle. 

La pointe manque ă la crosse du Musăe du Vatican, et la hampe 
aura subi la loi commune des hampes analogues que Ies tombeaux 
montrcnt presquej^toujours răduites en poussiere. Mais nous 



DU MUS^E CHRETIEN DU VATICAN 33 

somines bien d6dommag6s de cette dooble perte par Ia conservation 
remarguable de la pârtie sup6rieure. 

Un treillis d*or sur fond d'ămail bleu convre la douîUe et se pro- 
longe jusqu*au feuiUage qul termine la volute. Deux 16zardssans 
pattes rampent, la tSte en bas, et, de leurs queues recourb6es, sou- 
tiennent le ncEud. Des clous, h grosses tâtes, rivent ces reptiles sur 
la pârtie ext6rieure de la douille. 

Le noeud est une bouie ronde, aplatie sur Ies pAles supârieur et 
inf6rieur, coupăe horizontalement par une bande que rehaussent 
des quatre-feuîlles inscrits dans des cercles et d'ob jaiULssent des 
jrînceaux h feuilles trilobdcs. Avec ces raădaillons alternent des per- 
sonnages ă mi-corps et ii tete en relief, que leur nimbe et leurs 
livres d6signent comme apâtres, car ii leur a 6t6 dit, et par eux 
^ux 6veques, d'enseigner Ies nations : « Euntes, docete omnes gen- 
les. » Des feuilles vertes 6gaicnt le fond d*6raail bleu. 

Une collerette fcuillagăe domine la boule et relic harmonieuse- 
ment cette pârtie avec la base de la volute plus 6troite. 

Unedouble armaturedorâe, qui s'6panouit ă rextr6mit6 en feuil- 
les et en fruit, comprime la volute en dedans et en dehors; cette 
double arete se fait remarquer d'une part par un pointill6 et de 
Tautre par une s6rie de crochets h pcine indiqu6s. 

A Toeil de la volute, deux porsonnages debout repr6scntent TAn- 
nonciation. Mărie, immobile dans son ătonnement^ 6coutc TAnge . 
Gabriel qui, le sceptre cnmain, lui intime la volontâ et le choix du 
Giel. EUe tient dans sa main, mais ferm6, le livre des Proph^tes, dans 
lequel elle a Iu bien des foîs, sans comprendre le myst^re, qu'une 
Vierge concevra et enfantera un fils nommâ J6sus. 

U y a un contraste frappant cntre la silhouette mouvementâe du 
messager celeste et la pose raide de Mărie : leurs yeux saillants, 
formăs de pcrles d'ămail noir, ajoutent encore quelque chose de 
s6v6re et de dur a r6tranget6 de la reprăsentation. 

Les crosses de ce genre sontfort communes en France, oi la fa- 
briquc si renomm6e de Limoges les produisait en quantitâ consi- 
d^rable pour les răpandre dans le monde entier et par Venise dans 
toute ritalie. Năanmoins la crosse du Vatican n*est nuUement d6- 
plac6e dans une coUection d'6maux et^ je la signale d'autant plus 
volontiers que quelquesăcaillures permettentii Tobservateur atten- 
tif d'^tudier la maniere dont T^mail se combinait avec le mâtal. 



34 L£S CROSSES 

Gette observation la range dans Ia categoric des 6maux champ- 
Iev6s ou en taille d'^pargne, et son style bien caract6ris6 pennet 
de Tassigner k la premlăre moitiâ du XIII* silele. On palpe pour 
ainsi dire sur cei ustensile sacra Ies r6miniscenccs de Tart roman 
quis'6teint et Ton soupQonncles hardîesses de Tart ogival qui va se 
manifester. Gomme oeuvre de transition, cette crosse m6ritait cer- 
tainement une description h part. 

III. 

Le m£me musăe chr6tlen du Vatican possfede une autre crosse, 
6galement 6maill6e, mais de quelques annâes plus recente. Le XIII* 
siăde s'y fait mieux sentir, surtout aux crochets qui sont plus fer- 
mement accus^s. 

La volute se termine par une tSte de serpent, que pourfend de sa 
courte 6p6e l'archange S. Michel. Je ne dis rien du noeud, parce 
qu'il me paraît d'originc suspecte. Quant ă la douille, elle fait ab- 
solument d6faut. 

Au lieu d*isoler ces deux objets ct de Ies tcnir ă des distances trop 
grandes, îl importerait extremement de Ies rapprocher, car Tun 
fait valoir Tautre, et le second completa parfaitement le premier, en 
manifestant la marche ascendante de Tart. L'avantage des mus6es 
sur Ies tr^sors dispersăs des 6glises est pr6cis^ment de permettre 
Ies rapprochements, qui rendent r6tude de Tarchâologie plus facile 
et plus suivie, puisque cette science se base sur Tobservation et 
Tanalogie. 

IV. 

Simple, basse ct en mati^re vulgaire, la crosse ne diffărait pas, 
dans Ie principe, du pedum ou baton pastoral des ancieifâ. 

Plus tard, Tivoire succede au bois, et la volute regoit quelques or- 
nements. 

Aux XII* ct XIII* sifecles, ces deux grandes 6poques de l'art chr6- 
tien du Moyen-Agc, Iem6tal disparalt presque sonsTâmailaux cou- 
leurs vari6es. 

Au XV* siecle, r6mail a cess6 et le m^tal seul subsiste. L'art de 
V^inaiUeury uni autrefois ă celui de l'orfâvre, va continuer h part et 



DU MUS£E CHRâTIBN DU VATICAN 35 

s'essayer bientdt par la peintare. Comme transition, ii fait des 
nielles. 

La crosse da patriarche d'AquiI6e date de cette 6poque, oii Tor- 
Kvre, n'ayant plus aucune ressource dâcorative qui Iui soit propre, 
envahit le domaiue de rarchiteciure, et supplăe par des emprunto 
trop 6vidents h son impuissance personnelle. 

Dans le cours des ăges, la crosse a successivement grandi et, au 
XV* silele, elle a atteint son maximum de hauteur. En plein Moyen- 
Kge, le dignitaire qui la portait, ne latrouvait ni pesanteni 61ev6e| 
car elle montait tout au plus k la ligne de ses yeux. Mais sur la 
fin de r^re ogivale, la crosse a pris des proportions inusitâes et at- 
teint, sinon â6pass6, le sommet des mitres Ies plus pointues. 

Qu'on en juge par le spăcimen du Vatican qui pr6sente un d6ve- 
loppement exag6r6, puisquMl mesurc, du noeud ă la volute, un tiers 
eo plus des crosses d'autrefois. 

Ici, le besoin de grandir, hausser, allonger le baton pastoral est 

manifeste. La volute, maigre et 6triqu6e, s*6lanQait du noeud avec 

nne trop grande vigueur de jet, commc la tige flexible d'un ăglan- 

tier. Pour dissimuler ce que cette forme pouvait pr6senter h Toeil 

de disgracieux, rorf6vre Ta coup6e en deux par unsecond noeud. 

Ces deux noeuds h pans coup6s entourent la tige et se modellent 

sur elle, accusant tout ă la fois ses angles, ses saillies etses surfaces 

plates. Soud6s au bas de la volute et retenus par des collerettes 

perl^es, ils appuient leurs contreforts, termin6s en clochetons, sur 

des feuilles repliăes. Ghaque courtine de ce petit bastion offre un 

f enestrage h ogive trilob6e, que couronne un pignon bas ct fleu- 

x^onnă. En haut. Ies fenâtres sont ouvertes et & jour; au noeud infâ- 

f^eur, elles sont gamies de vitraux simulăs par des nielles flns et 

^lăgants. 

Ges nielles reprâsentent des Saints et des Saintes, que Tabsence 
'attributs caract6ristiques ne permet pas de nommer. Et vraiment, 
«ans un espace si restreint, oh Ies personnages s'allongent, faute 
'espace pour s'6tendre, ii ătait difficile de complâter riconographie 
^iT des signes conventionnels. 

Des crochets k feuilles tr^flâes sortent du dos de la volute et,apr6s 
^itre repliSs sur eux-mcmes, vont s'y rattacher par une vriile re- 
-oiirb6e. Sur Ies c6t6s, des globules ou baies entr'ouvertes rompent 
a monotonie des lignes et des surfaces, Enfin, au oeaţre de U 



36 LES CROSSES 

volute, un nielle figure, d'un c6i€, TAgueau de Dieu, et, de Tautre, 
un pape tiara, chap6 et b^nissant. 

Cest surtout en Italic, au XY* sî6cle, que Ies nielles ont conquis 
une răputation m6rit^e, et leur importance s'est d'autant plus ac- 
crue qu'on leur doit la d6couverte du tirage sur soie et sur papier, 
des planches qui, depuis, ont ăt6 râpandues h profusion sous Ies 
noms de gravures et ă'estampes. 

Le nielle est une esp^cc d'dmail noir, coul6 dans Ies tailles d'une 
grayure. Mais, si la gravure suppose du talent, r^maillure en noir 
n'en nâcessite nullement. Et, quand on compare Ies nielles du XV* 
silele aux 6maux champlev6s ou peints, on trouve, des uns aux au- 
trcs, la mame difTiârence qu'entre une peinture cbaudcment color6e 
et une grisaille aux tons ternes et froids. 

La hampe, dont ii existe encore ă peu pr^s la moiti6, est en ar- 
gent dor6 comme la volute. Taillâe ă pans, elle est divisâe de dis- 
tance en distance par des anneaux perl^s qui accidentent un peu 
ses surfaces planes. 

Gette crosse doit tont son int^ret, non ă Tensemblc g6n6ral qui 
est maigre d'effet et mesquin de conception, mais ă Texâcution 
soign6e et ă Fabondance des dâtails ; aussi ccs miile peiits riens 
absorbent tellement l'attention qu'ils donnent un cbarme particulier 
ă cette (Buvre d'orf^vrerie italienne, qui pcut compter certainement 
parmi Ies plus prScieux objets anciens du mus6e du Vatican. 



V. 



G'âtait assez Tusage en Italie d'historier et de nieller Ies noeuds 
de crosse. Le Vatican m'en fournit un second et bel exemple. 

Par un heureux hasard, la meme armoire contient la crosse d'A- 
quil6e et des fragments d*orf6vrerie, que j'avais longtemps cru em- 
prunt6săunccbâsse, carils sont dispos6s sur un plan horizontal et, 
& une âpoque recente, on Ies a adapt^s sur un socle en cuivre cisel<3, 
qui cherche ă imiter le stylc de la pârtie sup6rieure. 

Mais, avec de rattention et de la sagacit6, on râtablit prompte- 
ment par la pensăe Ies sept pans du noeud et on enl^ve le socle ba- 
tard qui raidit Ies panneaux niellăs etfausse, ă premiere vue, Tid^e 
du spectateur. 



DU MIJSfeE CUR^TIEN DU VATICAN . .'H 

Cest bien 6videmment un nceud de crosse, mais plus riche, plus 
dătaill6 qu'au baton pastoral d*Aquil6e. 

La date de confection est h peu pr^s la meme et, de Tune ă Tautre, 
ii n'y a gufere qu'une diffărence de vingt-cinq ans au plus. Le noeud 
est plus jeune que la crosse et aussi moins soign6, tant pour la ma- 
tiere, qci est du cuivre dor6, que pour Tart, qui a vis6 surtout ă 
TefTet. Quant aux nielles, je pr6fere Ies derniers. 

Ghaque panneau, flanquâ de contreforts qui pyramident au som- 
met, s'amortit en fronton, fleuronnâ aux rampamts. Une pierre de 
couleur, peut-etre de la verroterie, briile sur un fond de feuillages 
au milieu du tympan. Une baie trăflăe s'ouvre en manifere de fenâ- 
tre et se cl6t par une plaque d'argcnt bistori6e et niell6e. Sur ces 
^itraux opaques figurent le Christ et ses saints ; h droite, S. Henri, 
S. Louis de Toulouse et S. Pierre ; h gauche, S. Paul, une reide 
martyre et S. Etienne. 

Au-dessus de ces personnages, debout, et dans le trefle terminal, 
se montrent a mi-corps Ste Lucie, S. Frangois d'Assise, Ste Apol- 
line, Ste Gatherine d'Alexandrie et deux saints qu'aucun signe spă- 
cial ne m'autorise ă dănommer. 

Je m*arreterai, pour ne pas trop m'6tendre, h riconographie du 
Prince des Ap6tre3. S. Pierre est caract6ris6 par trois attnbuts : la 
croix, la cbasuble et Ies clefs. 

La croix rappelle sa mort et le genre de supplice quil choisit ; la 
cbasuble fait allusion au Sacerdoce dont ii eut la plănitude, etles clefs 
symbolisent le double pouvoir spirituel qui lui fut annonc6 par ces 
paroles proph6tiques : « Et tibi dabo claves regni coelorum. » 
[S. Matth. XVI, 19.) 

De telles crosses valent un livre pour l'enseignement qui en d6- 
coule et, si la forme n'en est pas exempte de d^fauts, au moins y 
trouve-t-on Texpression d'un sentiment religieux, Voilă des modfe- 
Ies cxcellents que nous ne saurions trop vivoment recommander 
aux orf^vres de nos jours, afin qu'ils rehaussent par la beautâ de la 
pensie la ricbesse de la forme. 

X. Bărbier db Montault, 

Camerier de Sa Saintete. 



ESSAI 



SUR L'HISTOIRE DU VERRE ET DES VITRAUX PEINTS 



PUEMIKK AIITICI.K 



Notre intention« n*est pas, en (^crivant ccs quelques lignes, 
de venir annoncer la dccouverle de documeuts nouveaux sur 
Tancienne fabricalion du verre et sur la peinture sur verre, 
mais de faîre simplemenl une revue rapide de lenr historique; 
c'est donc en quelque sorte une compilation de ce qui a eld 
^crit de plus inleressant sur ce sujet, que nous faisons aujour- 
d'hui. ' 

Le verre qui, de nos jours, est d'un usage et d'un emploi g^- 
D^ral dans Ie monde entier, soit qu*il naus protege contre Ies 
intemp^ries de l'air, ou qu'il^erve & nos besoins domestiques, 
ou encore aux sciences et aux arts, dtait connu des la plus haute 
antiquil^, car son origine se perd dans la nuit des temps, sans 
qu'aucun auleur en ait pu preciser la date certaine. 

II en est question dans Ies Livres de Job et de Moîse,et,si Ton 
en croit l'autcur de YEssai sur rhistoire ginirale^ Ies Chinois 
savaient le fabriquer depuis^,000 ans. 

La composition chimique du verre est un silicate de soude^ de 
potasseel de chaux*, ces matieres se rencontrentsouventăTetat 
de mdiange dans la natura et c'est grăce ^ cetle circonstance 
ainsi qu'au hasard, que nous devons la ddcouverte du verre, 
s'il faul en croire le râcit qu'en fait Pline dans son Histoire na* 
turelle. 



ESSAI SUR l'hISTOIRK DO VERllK liT DES VITRAUX PEINTS 30 

On raconte en effet, dil-il, que des marchands Phiniciens^ 
ayant relâche sur le liitoral du fleuve Belus, priparaient^ dis^ 
persSs sur le rivage, leur repas^ ei que ne trouvantpas depierres 
pour exhausser leurs marmites, ils employerent des pierres de 
natron {carbonate de soude) de leur cargaison. Celle soude, m^- 
langee et soumise â la chaleur, se ripandit en ruisseaux trans* 
parents d'une liqueur inconnue^ qui itait le verre. 

D'autres auteurs pretendent encore ^ue c'est par Tincendie 
de grandes forfits, que la mati^re vitreuse fiit decouverte. Dans 
l'une et Tautre circonstance» tous Ies âleraentsdu verre (la silice 
de la terre avec la soude d'un cdte, ct de Tautre la potasse con- 
tenue dans Ies cendres des plantes] se sont trouvcs r^anis et 
Tondas ensemble par le feu; mais le verre existait certainement 
svant que Ies Iiommes eussent remarqud le phenomene qui se 
ţroduisit sur Ies rivages de la Phenicie ou sur Templacementdes 
fbrets incendides^ car personne n'ignore que la foudre, en tom- 
lant sur le sabie des bords de Ia mer^ forme sur son passage une 
sortc de conduit vitrific. 

Mais enfin, suivant Leviel [Art de la Peinture sur verre), Sau- 
laj (auteur de Touvrage de la Verrerie depuis Ies lemps Ies plus 
recules jusqu'â nosjours)^ L^iuglolsXEssai historique sur lapein^ 
lure sur verre) et Payeu {Chimie industrielle) , la Phenicie est 
considerce comme le berceau de la fabrication du verre. Mous 
pensons du reste que leur opinion n*csl basde quesur le rdcit de 
Pline que nous avons cite plus hant. 

Les Egyptiens, qui furent Ies hommcs Ies plus industrieux des 
tempsanciensy se livrerent, nous apprcnd Thistoire, avec un grand 
succes a la fabrication du verre. Nous nous faisons ici celte r^- 
flexion : comraent se fait-il que, dans toutes les recherches ar- 
cheologiques et scienlifiques qui ont cu lieu dans ces contrdes, 
on n'ait pas encore retrouvd quelques ruines des fours qui ser- 
vaient a cette industrie ; necessairement, ii devait y en avoir, 
puisque la fusion du verre n'a lieu qu'li 1,000 ou 1,500 degres 
de cbaleur^ qu'il est impossible d'obtenir ă l^air libre 7 Espdrons 
qu'un jour ce point interessant pour Tbistoire du verre sera 
eclairci 



40 ESSAi SUR l'histoire du verrb 

II est ă presumcr quc Tart de teindre le verrc en diverscs 
Duances dans sa masse, suivit d'assez pr6s sa d^couvertc. Nous 
pensons, cn effet, que Ies Egyptiens durent essayer le melange 
de leur pate vilrifiable avec Ies couleurs dont ils decoraient leurs 
temples et leurs monuments. Ges essais ne purent probablement 
pas, suivant nous, demcurer longtemps infructueux, puisque 
leurs couleurs etaienl a bases mctalliques. Nous citeronsa Tap- 
pui de cette opinion, ce quVcrivait Strabon (geograpbe grec, qui 
^ivait 50 ans avânt Jesus-Glirisl et qui avait rcside longtemps 
en Egyple) : La couleur de certains verres ^tait celle de Vhya- 
cinthe^ du saphir et du rubis. 

Les Egypliens exdculaient des pavagcs en verre, remarqua- 
bles par leurs mosaiques, dont Ies diverses nuances produisaient 
une tres-belle richesse de coloration. 

Rome ne tarda point ii apprecicr celte industrie, et une por- 
tion du tribut dâ par TEgypte fut payee avec ces nouveaux pro- 
duils ; mais bientdt le peuple romain, qui aimait les arts et lc&* 
richesses de decorations, voulut lui-meme fabriquer le vcrre; cc^ 
fut, d'apres Pline, sous le regne de Neron, qu'il commenţa ă cui — 
tiver cette industrie. Get ecrivain cite meme un certain Dcmo — 
crite, comme sacliant conveftir, par Taction du feu, les caillou^ 
en couleur d'emeraude. 

Au temps oi vivait S. J^r6me (IV* siicle), ii y a^ail des car^ 
reaux aux fenelres. Nous ne pretendons cependant pas dire g 
cet usage fut alors gdndral, mais enGn certaines demeures 
avaient, car ii nous Tapprend dans son Commentaire, cb. x 
d'Ez<!chiel, ▼. 16 : Fenestrce quoque erant factce in modum re 
ad inslar cancellorum^ ut non speculări lapide nec vitro sed ^ 
gnis interrasilibus el vermiculaiis includerentur. 

II est encore certain qu'ils savaient decorer le verre, le toum i 
ner el mSme le graver ainsi que le couper ; en effet, on conas» 
Ies fragments de vase de vcrre dont les premiers cbr^tiens ^ 
servaient dans leurs repas, sur lesquels etaient peintes ou ic 
crustees desfigures repr^sentant quelques sujets de TBistoi' 
sainte. 



KT DES VITKAUX PKINTS 41 

On peot dire que, comparativement ă ce qoi existait do 
temps de S. J^r6me, cet art a fait bien peu de progr&s, car Ies 
fioles et Ies coupes romaines qui ODt 6i6 retrouvees sont d'une 
composition etd*une richesse que rien ne surpasse aujourd'hui. 

Par suite des victoires et des conqu£tes ues Romains dans 
TEspagne, Ies Gaules et I^Occident» de nombreuses verreries 
s'etablirent dans Ies contr^es qu*ils avaieni soumises *, mais 
celies-ci ne durerent gencralement que peudanl Ia domination 
romaine; car, ii est certain qu'au moment de la clu.te de Rome, 
cette industrie se pordit petit k petit dans TOc cident ^ ce fait 
o'a rien de surprenant, puisque la iabri('a:io:î da vcrre ne ser* 
Tait que pour le luxe, cliose inconnue clicz ucs ^)v?u;)!es bar- 
bares, qui reprirent, sans aucun doute, i(u:rs ancieanes babi* 
tudes des qu'ils eurent recouvră leur iibcr: '. 

Sauzay, que nous avons dejk cite, dit oa'â cette cpnque^ les 
verreries de r Occident tomberent en decade jiCi et que cefut alors 
en Orient, qu'elles commcîicerent, sous Consttuiiin 7" qui^ ayant 
transporte le siige de rempire â Byzance [fan 330) y attira les 
meilleurs artistes et ouvriers de l'Occident ; ii nous apprend 
cncore : que Thiodose llexempta les verriers de tout impdt per* 
zonneL 

Hăis, comme Rome, Byzance ne garda point le monopole, car 
au XIV* siecle, TOccident ressaisit son ancienne industrie. Ce 
fut alors Venise qui devint le centre de la fabrication du verre ; 
cette viile s'acquit dans cet art une rcputation qu'elle conserva 
longtemps. 

Saivan t Saozay, le gr and conseil difendait l'exportation des 
matiires premiires servant ă la fabrication du verre, et, sous 
pretexte (fincendies probables quepouvaient occasionner les nom* 
breux foumeaux des verriers ^ ii leur ordonnait de quitter Venise 
pour aller s'etablir dans la petiie ile de Murano^ qui n^etait 
separie de la viile que par un espace de mer peu itendu. On 
comprend facilement que de cette agr/lomeration de tous les 
ouvriers, ii rSsultait naturellement un sy steme cTespionnage, qui 

OJI£ xirix 4 



42 KSSAI blK l'hISTOIRE DU ViIRUE 

rendait la tâche de la police plus facile, et assuraU cTune 
maniire bien plus certaine le monopoie que la Republique tenait 
ă conserver. Si on ouvrier transportait son art en pays etranger, 
on Ie sommait de revenir ; s'il n'ob^issait pas, ses plus proches 
parents dtaient mis en prison, et si malgre ce recours, ii ne 
revenait pas, on depâchait quelque dmissaire cliargd de le 
tuer. 

Nous n'avons & faire ni l'eloge, ni la critique de ce fait, mais 
DOQs constaterons seulement que ce sysl^me draconien avait du 
bon, en ce sens, qu'en empfichant la crealion de trop nom- 
breuses fabriques, 11 rendait impossible une concurrencequi nous 
aurait prives assurement de ces chefs-d'oeuvre artisliques que 
nous a lăguds Venise. Aujourd'hui, pour eeouler leurs produits, 
combien de fabriques ne sont-elles pas obligees de donner des 
objets d^pourvus de lout cachet arlistique, et cela ^ cause du bon 
marche que Ton reclame partout. Nous serons peut-£tre accus^ 
d'âtre Ies ennemis du progres ; ce serait bien â tort, car nous 
savons fort bien que remuiation, dans Ies arls, est un levier puis- 
sant ; mais nous savons aussi que la concurrence tue Tindus- 
trie et encore bien plus Ies arts industriels \ nous deman* 
dons pardon de cette petite digression et nous revenonsa notre 
sujet. 

Au XV* sîecle, Venise avait encore le monopoie de verreries 
prâcieuscs et des glaces, mais, peu ă peu, TAUemagne et Ia 
Bohâme eutr^rent en lice et fabriqu^rent des verrcs extr^me- 
ment remaquarbles dont nous croyons inutile de parler^ car ces 
cristaux sont assez connus. 

LaFrance, la Belgique et TAngletcrre suivirent cet elan, et 
ne restferent pas en retard. A propos de cette derniere contrde^ 
nous signalerons une dissidence d'opinions entre MM. Levieil, 
Langlois, d'une part, et M. J. Labarte, de Taulre (Introduction 
ă la Description de la collection Debruge-Dumesnit) ; Ies pre- 
miers disent, en effet, qu'avant la fin du VII* siecle. Ies Anglais 
ignoraient encore le verre, mais que, vers cette epoque, 
S. Wilfridi ^v6que, le leur tit connaitre (679)| et que quelques 



y ■ 



BT DBS VITRAUZ PEINTS 43 

aoD^es plus tard, S. Benoit Biscop ainena en Ângleterre des 
Terriers. 

H. J. Labarte, au contraire. pr^tend quc rintroduction du 
verrct tţui mauquaiC pendant tout le (emps du Moyen'.4ge en 
Ângleterre» y avait ete introduit par un eertain Corndiius De 
Lanoy, appele par la reine Elisabetb (lo331G03) et qu'ilfabri- 
qua Ies premiersouvrages de verre. 

Pour notre part, nous n'admettons aucuncment le dire de 
M. J. Labarte, et nous nous rangeons li Topinion de MM. Levieil 
^1 Langlois. 

Et d'abord, M. Levieil s'est bas^ sur TRistoire ecclesiastique 
^a T^n^rable B^de (edition de 17&0), tome viii, et sur Ies Actes 
des ^vâques d'Yorck, ou on lit : ce fut S. Benoit Biscop qui rame- 
na de France des verriers quelques annees aprăs que S. Wilfrid 
j fftt all(^. Iui-m6me. 

La citation nous paralt bien claire et n*a pas besoin de corn- 

mentaires; nous ignorons sur quels fails s'est bas^ M. J. La- 

liarte, mais ii nous semble prâsumable que S.Wilfrid, qui avait 

TU en France^ ainsi qu'k Rome, des yerreries, et qui avait mame 

rapport^ du verre en Ângleterre, dut engager Ies Anglais k 

8'addonner k cette industrie. Qu'y a-t-il par consdquent de sur- 

prenant queS. Benoit Biscop y ramenât, quelques annees plus 

tard, des verriers de France? Le verre coloriâ dans lamasse,est-il 

restăfComme le dit Sauzay, le monopole de la Bobâme, jusqu*en 

l'ann^e 1837 ? ii le pretend et voici ce qu'il ajoute : « En 1837, 

c l'opinion dtait tellement accredităe que la Bohâme possedait 

• Ies secrets de la coloration du verre, qu'il ne fallAtrien moins 

c que l'autorită scientifique du nom de M. Dumas, pour renverser 

c CC pr^jug^; un concours fut donc annoncd, pour cette ann^e, 

« et ce fut MM. de Fontenay et Bontemps qui obtinrent Ies 

« prix. » 

Ce monopole devait 6trepartag6 avec l'AIIcmagne, d*apr&8 Le- 
vieil, cbapitre viii, dont voici un extrait : «Enfin,les Allemands 
« ont pu donner du verre de toules Ies couleurs aux Franţais, 
« aux Flamands et aux Anglais. » 



44 KSSAI SUR l'hISTOIRK du V£UUK kt DliE VlTllALX l'iilNTîJ 

II faudrait donc supposer que Levieil eât rnnge rAllemagne 
avec la Bohfime, chose qui n'est pas admissible \ au surplus, 
nous croyons avoir vu quelque part» dans le grand ouvrage de 
M. Bourasse, la mame opinion qu'avajt 6mise Levieil : mais, 
dans tous Ies cas« le fait rapport^ par M. Sauzay est indiscutable. 

Dans Ie courant du XVII* silele, fut fondee la celebre manu- 
facture de Saint-Gobain^qui jouit k bien juste titre^ depuislong- 
temps, d*UDe repulation universelle pour ses giaces. 

Âujourd*hui, des verreries de toute cspece ont pris, en 
France, une eitension considerable/elles se sont gcneralement 
localisees dans Ies bassins bouillers. II va quelques annees, celte 
industrie comprenait dans notre pays l&O verreries qui occu- 
paient 17,000 ouvriers : ces chiffres sont sans doute doubles au- 
jourd*hui. 

Les verriers ont encore gard6 un souvenir de Tancien mono- 
pole de leur corporation, car ils s'entendent admirablement 
bien ensemble pour falre Ie prix du verre, et c'est grâce k un 
pareil accord qu'en 1872 on payait le verre plus du double de 
sa valeur normale. 

En terminant Tbistoire du verre, nous dirons quelques mots 
de la decouverte du docteur Fuchs de Munich; ii trouva, en 1825, 
un verre eitraordinairement fusible et dont Ia plus grande pro- 
pri^lă est de pouvoir âtre applique sur Ies bois et de les rendre 
incombustibles. 

M. Paris a trouve egalement une composition vitreose qui, 
s'appiiquant sur les mâtaux, les garantit contre Toxidation. 

Nous aimons k penser que Tavenir nous reserve encore, pour 
les arts et les sciences, de nouvelles appiications du verre. 

{A suivre). L. Latteux, 

Peintre verrier au Mesnil-Saiat-Firmiii 
Membre de la Societe franţaise d'Archeologie. 



VOCABULAIRE 



DES SYMBOLES ET DES ATTRIBUTS 



empîoyis dans VIconographie chritiennt 



SlZli^KI AATICLE * 



fablmvx. — AnXIlI* sicclc, on representa,clans Ies bas-reliefs,un 
certain nombre de fabliaux ayant un but moral, tels que le lai 
d'Aristote, oJ!i le philosophe, bride comme ua âae, marche â 
quatre pattes en portant une couriisane sur. son dos. 

Faon. — A. de S. Henri VI et de Ste Withburge* 

Faucon, — Oiseau symbolique du droil de chasse et, par cela 
memc, de la noblesse. 

Faux, — A. du Tcmps, de la Mort ; de S. Walstan. 

Femme rongâe par des serpents ou des crapauds. S. de la 
Luxure. 

Fenetre. — Picrre de Chartres s'exprime aînsi : t Les fenfitres 
qui arretent la pluie el le venlet inlrotiuisent la lumiere du soleil, 
se rapporleiil au\ etrivaiiis sacres. Elles î>onl plus lar}i:os cn de- 
dans, parce ipie li si^niticatiou iiiterieure niy>ii4|U(ţ s'etend plus 
loin que t'a[>i>iirence toxlu iile. M.iis elles represeiitcnt encore les 
sens corporeis ooniprinies exleriui.rcnienl, afin que la mort, la 
Tanite, la frivoliledu nionden'y i»uissunt {)enetrer. Elles s'agran- 
dissent inleneurement,aiia que uous prenions plaisir auxcboses 

* Voir Ic numero de Decembre 1873. p. 632. 



46 VOCABULAIRB 

spirituelles. EUes sont quadrangulaires vers le bas, parce que Ies 
docteurs des fideles ont besoin d'une quadruple vertu ; arrondies 
vers le haut^ pour Iscryir Dieu en perfection. EUes se montrent 
inegales, plusgrandes ou plus petites, parce que Ies capaciles sont 
diverses; elles portent un vcrre fragile, pour nous faire souveiiir 
que nous portons notre tresor dans des vases de terre. » 

Le triplet roman ou ogival rappelle Tunite dans la Triiiite des 
personnes divines. « Cbaque fenâtre, dit Guillaume Durând, est 
souyent divisee par deuxmeneaux : ce sont Ies deux preceples de 
charitâ,ou bienils signifieut queles Ap&tres furent envoyesdeuz 
ă deux dans leur mission. » 

Fer. — S. de la severit6, de la fermele, de la colfere. 

Fers de captîfs. — A. de S. Felix de Valois, de S. Jean de Halba» 
de S.Yincentde Paul, et, en general, des Saints qui ont delivre 
des capiifs. 

Feu. — S. de Dieu, de TEsprit-Saint, de l'ănie humaine» de la 
charite^ du martyre, de la vengcance, de lacolere. 

Fevrier. — Ce mois personnifie, selon Ies provinces,se chauffe, 
taille des arbres, bâche la tcne, cult le pain. 

Figue. — S. de TEncbaristie. — * A. de Ste Rite de Cascia. 

Figuier. — S. de l'abondance spirituelle, de la doucear, de 
Tonction. 

Fiole. — A. de S. Adalric, S. Cdme^ S. Damien, S. Janvier, S. 
Ifacaire d'Alexandrie, S. Hatburin, S. Remi, Ste Walburge. 

Flamand. — S. de rentetement, 

Flammes. — Dans Ies anciennes peintures italiennes, une petile 
flamme rayonnc au front des saints, independamment du nimbe 
quientoure leur tete. — A. de la Cbarite, dos Scrapbiiis, de S. 
Antoine, S. Anloine de Padoue, Sie Brigitle, S. Elme (l*Esj»agne. — 
V. Enfer. 

Flambeau.'^S. de J.-C.,de ri':glise,de laFoi,derâmeediOanle, 
de la predication, de la pruiience. Un flanibeau eteint fiţ^ure l'a- 
Teuglement des Juifs ; le flanibeau renveri^6 est un attribut de la 
Synagogue> de la Mort. Ou donne un flanibeau ă S. Rene, â S. 
J6rdmc, etc. 

Fleche. — S. des vicloires de Dieu sur Ies mechanls. Les saints 
suivants sont perces de flecbes ou bien tiennent une flecbe ă la 
maia : S. Ganut d'Angleterre, S. Christopbe» Ste Christine de 



ras STBCfiOLBS 47 

Toscane, S. Edmond le Martyr, S. Gilles, S. Othon de Bamberg, 
S. Sebastien, S. Tbomas apdtre, Ste Therâse, Ste Ursule» etc. 

Fleurs. -* S. de J.-C, des vertus, des richesses spirituelles, des 

qiualites de Tâme, de la virginite. Les fleurs gravees sur Ies mar- 

breschretiensrappellcntcellcs donton decoraitles cimetieres et 

lescryptes. Une fleur, au milieu d'une couronne, placee entre S. . 

^ierre et S. Paul, a ele i)rise pour un symbole de J.-C. Les fleurs 

aquatiques soni le S. du baptâme. La flore murale |du Moyen- 

Age est souvent symbolique : mais cctte etude est moins ayancee 

«t plus douteuse que celle de la zoologie mystique. — A. de Ste 

Casilde, Ste Gatberine de Sienne, Ste Dorothee, S. Dominique, 

Ste Elisabeth de Hongrie, Ste Flore, S. Hyacinthe, S. Louis de 

Toulouse, S. Narcisse de Jerusalem, S. Nicolas de Tolentino. — 

T. Couronne^ Itose, etc. 

Fleurs de li's. — On a cherche Torigine de ce symbole dans la 
lleur du lotus, dans la pomme de pin,*dans le crapaud, dans Ta- 
beille, dans le fer de lance» dans rimitation du lis de nos jardins» 
dans la pure fantaisie d'un peintre. M. Eug.Woilleza cruen trouver 
letypedans les plantes nroîdes qui sont (îgurees dans les monu- 
ments peints ou sculptes de l'epoque romane. D'apres H. Adal- 
" bert de Beaumont {Reeherches sur V origine du i&tion), dont nous 
nousbornons ă consignerTopinion, la fleur de lis serait d'origine 
orientale et apparaîtrait dans quelques-uns de nos monuments 
meroTingiens. Ce serait une plante aquatique originaire du Nil, 
qui serait devenue Tembl^me du pouvoir royal dans les grandes 
monarchiesde TOrient et qui auraît eu la mame valeur symboli- 
que cbez les rois mdrovingiens, que les Cesars ayaient faits patrices. 
On donne la fleur de lis comme attribut anx saints qu'on 
rattache, & tort ou a raison, & la maison de France : S. Adelard, 
S. Gloud, S. Felix de Valois» Ste Jeanne de Valois, S. Louis, S. 
Louis de Toulouse, S. Mauront, S. Riquier, etc. ' 
Fleuves. — V. Evangelistes. 

FloUe. — Une flotte apparalt dans les images de S. Gildas, S. 
Guennole, S. Pie V, Ste Ursule. 

Foi. — Vierge assise, la tâte couverte'd'un voile et portant un 
calice. 

Foin. -— S. des Juifs, des plaisirs du monde, de Ia brieretâ de 
la y\e. 



48 VOCABULAIRE DES SYMBOLES 

Folie. '^ On la repr^sente marchant snr des plerres roulantes 
et en recevant une surla tete. 

Fontaine ou source jaillissante. — A. de Ste Bathilde, S. Boni- 
face, de Mayence, S. Fiour, S. Fursy, S. Gautier, S. Gomer, S. 
^Gengoul, S. Isidore^ S. Josse, S. Juiiea du Mans, S. Lasdilas^ S. 
Landelin, S. Omer, S. Quentin, etc. 

Fcrce. — Cette yertu est figuree par une femme decbirant la 
gueule d'un lion. 

Fitrge. — * A. de S. Eloî, S. Dunstan, S. Othon. 

Foudre. — A. de Ste Barbe^ S. Donnat, S. Fragan. 

fouet. — A. de S. Ambroise, S. Eleuthere, S. Gregoire-le-Grand, 
Ste Leocadie, S. Harcellin pape, Ste Paule romaine; des Sibylles 
Agrîppa, de Samos et de Tibur. 

Foulque, — S. de la charite, du diretien fidele. . 

Fourmi. — S. du travail, de la prevoyance. 

Fournaise. —A. de Sie Aure, Ste Austrebcrle, S. Eleuthere, S. 
Franţois de Paule, S. Janvier, S. Marin, S. Paul de Verdun, S. 
Victor de Milan. — V. Bucher. 

Frein. — A. de la Modcration. 

Fruiis. — S. des bonnes oeuvres, des merites de J.-C. et des 
Sainis. — \. Cerise^ Figue^ Amitn, etc. 

Fimee. — S. de la vanite, des paroles vaines, des fausses ver- 
tus. 

Fuseau. — Emblome de la mere de familie sur Ies pierres tom- 
bales. — A. de la Ste Vierge, de Ste Anne, de Ste Genevieve, de 
Ste Gertrudc, de Slo Solange, etc. 

J. CORBLET. 

fA siucrcj. 



LA CHAPELLE DU CARDINAL GOUSSET 



A REIMS 



MlMMHI* 



Lestravaux d'embellissement de Ia chapeHe deTâglise Saint-Tho- 
mas, oii se troaTe dâposâ le corps du cardinal Gousset, seront soas 
pen terminus. 

On se rappelle Ia g^nârositâ avec laquelle se coavrirent, & Reims, 
leslistes de souscriptions oavertes pour Târection d'un monument 
an cardinal Gousset. Quand Ia statue fut terminâe et pos6e, ii res- 
tait ă employer une somme de 4, 617 fr. 45 c. La commîssion r6so- 
Iot alors de faire dScorer la trav6e de Tăglise oii 6tait cette statue. 
3)000 fr. fnrent ajout^s depuis. 

L'antel de saintLiguori vient d'âtre replac6 en face da cardinal, 
igenoux sur la pierre de son tombeau, qui, de son vivant, disait : 
• Si je suiş cră6 Cardinal, vous suspendrez mon chapeau lă-haui| 
et yoDs ferez creoser une tombe lă, au pied de Fautel de saint Al- 
phonaedeLJguori. n 

Les murs de Ia chapelle sont peints, couleur amarante, et enri* 
chis d'un semis de crosses en or, Ie tont soutenu par une riche bor* 
^, fond gris, rehan8s6 d'or. Sous Ia fenâtre principale, sont trois 
I^qoes de marbre, dans des cadres en pierre aux annes du d6fant. 

Dans Ia plaque du haut, on lit ces mots : 

THOMiE • GOUSSET 
PRESB • CÂRD • S • E • R • ARCHIEPISC • REMEN • 

CIVTTAS • REMORUM 

ANTISTITI • SANCTISSIMO 

PATRI • BENEHCENTISSIMO 

^citi rjmoise — • & Thomas Gousset — • son ancien Archev6que, 
*• 8on gio^reux bietifaiteur» 



50 CHAPBLLE DU CARDINAL GOUSSBT 

La seconde plaque, plus grande, plus large, est âivis6e ea deu 
compartîmeots : dans celui de gauche, on voit cette inscrîption : 

THOMAS • GOUSSET 



NATUS • K • MAXI • A • M DCC XCII 

VESUNTIONE • SACRIS • INITIATUS 

DOCTOR • THEOLOGUS • CLERICIS • INSTITUENDIS 

VICARIA • POTESTATE • IN • EA • ECCLESIA • FUNCTUS 

PETROCORENSIS ' EPI SC ■ FACTUS - E ST 

KAL • FEBR . AN • M DCCG XXXVI 

ÎNDE • AD • SEDEM • REMEN SEM - TRAN SLATUS 

IDIB • JUUIS • AN • M DCCC XL 

IN • CONLEGIUM • PATRUM • GARD SER 

TITULO • CALLISTI • COOP TATUS • E ST 

PRID • KAL • OGT • AN • M DCCCJ L 



DECESSrr • XI • K • JAN • AN • M DCGG LXVI 

DEP • EST • IN • iEDE • THOM^G • APOST • 

QUAM • A • FUNDAMENTIS • CONDIDIT 

ET • IN • QUA • VOLUIT • SEPELIRI 

SANCT^ • PLEBIS • DEI 

PREGIBUS • SE • COMMENDANS 

Thomas Gousset^ n6 le !•' mai 1792 — ordonn6 prStre k Besan- 
Qon — professeur de thăologie au Grand-S6minaire — vicaire-g6- 
n6ral de cette viile et de ce diocfese — pr6conis6 6veque de P6ri- 
gueux, le !•' Kvrier 1836 — transf6r6 au si6ge archiăpiscopal de 
Reims le 13 juillet 1840 — agr6g6 au coll6ge des cardiuaax de la 
sainte Eglise romaine — le 30 septembre 1850 — avec le titre de 
Saint-Callixte — mourut h Reims le 22 decembre 1866 — II fut În- 
huma dans r^glise de Saint-Thomas — qu'il a fondâe et £rig6e — 
et dans laquelle 11 a voulu reposer apr^s sa mort — au milieu des 
priâres de son peuple fîdăle. 

Une trois^me inscriplion se trouve gray6e dans le second com- 
partiment de la table de marbre : 

THOMAS • GOUSSET 

EPISC • PETROC • ARCHIEP • REM • 

PRESB • GARD • S • E • R • 

SINODOS • VI • PROVING • CONCILIA • III 

INDIXIT • COEGIT 

ROMAM • QUATER • PROFEGTUS • EST 



CMAPILLB DU CARDUfAL (I0U88BT 51 

UT • VENERARETUR • LIMINA • APOSTOLORUM 

ET • CATHEDRAM • PETRI 

ERGA • QUAM • EJUS • EXIMIA • PIETAS 

TOTA • MAXIME • VITA • ENITUIT 

DE • THEOLOGIA • DE • MORIBUS • DE • LEGIBUS 

PLURA • ET • EGREGIA • VOLUMINA • EDIDIT 

VIGILANTIA • PRUDENTIA 

EFFUSA • IN • OMNES • CARITATE 

SE • PASTOREM • BONUM 

GREGI • EXHIBUIT 

DE • ECCLESIA • CATHOL • MERITUS • EST 

PLUS • QUAM • TITULO • DICI • POSSIT 

Thomas Goasset — EvSque de Părîgueux, ArchevSque de Reims 

•• Gardlnal-Prâtre de la sainie Eglise romaine — a convoqu6 et 

prtsidă — six synodes diocâsains, trois Conciles proviaciaux — II 

fi entrepris quatre fois le voyage de Rome — pour y v6nărer le 

*OiL»beau des Ap6tres — et la chaire de Pierre — pour laquelle ii a 

®D tonte sa vie — une trăS'grande pi6t6 — II a 6crit plusieurs ex- 

^Ileots ouvrages — de thăologie dogmatique, morale etcanonique. 

^^11 s'est montr6 bon pasteur — par sa vigilance — par sa pru- 

fSence — par sa charitâ qui s'6tendait ă tous — II a bicn mărita de 

llE^lise cathoilque — aucune âpitaphe ne peut le dire assez. 

Ges inscriptions ont ăt6 composâes par Thabile 6pigraphiste ro- 
Uain, rarchăologue distingă^, le c615bre auteur de la Roma sotterra' 
mea Cristiana, des Jnsctnptiones christianx et du BuUettino di Archeo- 
iogia cristiana^ le savant commandeur Jean-Baptiste de Rossi. 

Elles ont 6t6 sonmises d'abord ă la haute approbation de son Ex- 
cellence Mgr Landriot, Archevâque de Reims, puis adopt6es par 
la Commission du monument. 

Ce qui a surtout attirâ notre attention dans Ies embellissements 
de Ia chapelle, c'est la grande vernere^ oii sont reproduits Ies prin- 
cipaux traits de la vie de Mgr Gousset. On pourra ne pas savoir 
lire Ies inscriptions grav6es sur le mur, mais Ies tableaux de la fe- 
sfitre seronty au contraire, comprâhensiblespour tous Ies visiteurs. 
La verrîăre est divisâe en onze compartiments. Dans celui du 
milieu apparait le dăfunt, de grandeur naturelle, revâtu de la 
grande cape de cardinal. II porte entre ses mains Tâglise de Saint- 
Thomas, donn6e par lui ă la viile... A part la figure, qui peut-âtre 



52 CHAnXXB ou CARDIICAL G0U8SST 

n'est pas-a88e£ caract£ris6e| oa plutdt qni est trop finement modelte, 
le personnage est d'un effet saisissant. 11 est entourâ de dix m6dail- 
lons carr6s. 

En bas, en commenQant par Ia gauche, on voit le jeune Gousset 
ă la charrue. Un ange lui apparidt dans Ies nuages, tenant an oha- 
peau de cardinal avec ces mots : qux seminaverit homo hsec et meiet : 
— ii regoit Ia prâtrise ; — - 11 est consacra 6vâque. 

Au-dessus, k ganche, Mgr Gousset fait son entr6e h Reims, 
comme cardinal : ii est en grande cape rouge ; dans le haut du m6- - 
daillon apparaît la Gathâdrale ; — » le cardinal cause de son figlise --^ 
avec Tarchitecte ; ii en examine et discute le plan. 

Dans Ies deux m6daiIlons sup6rieurs, Mgr assiste ă Rome ă 
proclamation de rimmaculâe Gonception de la Tr6s-Sainte 
et pr^sideun Concile k jReims. 

Les trois derniers panneaux de Ia fenâtre reprâsentent Ies funâi^— 
railles du Cardinal : ă. gauche, le cort6ge sort de la Cath6drale don ^ 
on aperQoit les tours; — au milieu, des I6vites portent le cercueH_ 
du d6funt, qui est k d^couvert et donton voitparfaitementlafigur^^H 
blanche etosseuse; le cortege se trouve alors dans le quartier d^^ 
Saint-Thomas ; — le cercueil est sur le point d'entrer dans cett^^ 
6glise. Cette verriere n'est pas trop belle pour la place qu'elle oi 
cupe au-dessus de la stătu e si remarquable du d^funt, mais elle 
certaineînent aussi parfaite que possible. 

Les sc^nes sont admirablement compos6es ; Ies figures soignei 
sement dessinâes. Un coloris riche et varia, une ornementation 
bon goiit, de la vie, dlieureux ă.-propos, font de cette fenetre ui 
composition hors ligne. 

M. Marquant a d6jă produitde trăs-remarquables vern^res, m 
certainement ii n'a jaraais rien donn6 de comparable. Deux 
sailles tr^s-riches du mame artiste, sont plac6es ă. c6tâ de la verri^ 
principale. M. Marquant a encore & exâcuter quelques peinta 
murales et lachapelle sera termin^e. Elle fera honneur ă. la viile ^^ 
ReimSi honneur k la Conmiission et surtout ă. son genireux pr6side<3. ^ 
qui, un jour, remit solennellement : « sous la garde de Diea, ^Q 
clerg6, de la population prâsente et future^ ce monument que ^ 
reconnaissance des R6mois avait 61ev6 au cardinal Gousset. » 

Ch. Cbm?. 



J 



CHRONIQUE 



I>ouAi. — L'infatigable M. E. de Coussemaker a publi6, dans le 
dernier volume de la Gommission hîstorique du d6partement du 
Nord, une notice descriptive du Manuscn't de Sainie-Catherine de 
S^'enne de Douai, dont ii est Theureux possesseur. Voici comment ud 
<^^lebre bibliophile, M. G. Duplessis, alors recteur de rAcadâmie de 
J^ouai, s'est exprim6 sur ce manuscrit : 

<c Le troisieme manuscrit de M. E. de Coussemaker est un livre 
^ pT^cieux, puisqu'on peut le consid^rer comme un monument 

* nuique en son genre. Ce volume, in-folio, ex6cut6 sur v61in vers 
^ le milieu du dix-septifeme siecle, compreod Ies archives histori- 
^ qnes et religieuses du couvent de Sainte-Gatherine de Sienne, de 
^ l*ordre de Saint-Dominique, h Douai, et renferme une suite con- 
^ sîd6rable de peintures ex6cut6es par des artistes habiles, entre 
^ autres par Vaast Bellegambe, qui 6tait do Douai, et que Ton croit 
^ avoir 6tudi6 sous Rubens. Ges peintures offrent la suite k peu 
^ preş complete des ascendants et des dcscendants de saint Domi- 

* Uique, une s6rie d'embl6mes applicables k Tbistoire de ce Saint, 

* et la repr^entation de tout ce que le couvent de Sainte-Gatherine 
^ de Bouai ofifrait de remarquable en tout genre. Un pareil volume 

* i&Mterait une description dâtaill6e qui ne sauraittronver place ioi; 

* iKiais nous dirons que nous ne connaissons qHe bien peu de ma- 
^ tiQScrits anssi pr6cieux et aussi remarquables que celui*ci et que 
^ OouB le consid6rons comme un v^ritable trasor pour son heoreax 
^ possesseur. » 

Cette description d6taiU6e, M. E. de Coussemaker Ta tentâe et Fa 
^toitte avec le soin et le talent que nos lecteurs lui connaissent. 
^n travail comprend Ies divisions suivantes : A qnelle ocoasion le 
^^'^uscrit a-t-il 6i6 ex6cutâ; description du manuscrit; doouments 



54 CHRONIQUK 

historiques ; 6tade sur Ies peintures, 1** serie : gâaâalogie spi 
tuelle de saint Dominique ; 2* s6rie : aI16gories de la processioQ < 
11 mai 1631 ; 3* s6rie : g6D6alogie temporelle de saint Dominiqa 
4* s6rie : objets d'art du couveDt de Sainte-Catherine de Sienn< 
recherches historiques sur Ies peiutres Vaast Bellegambe et B 
Leuglet. Plusieurs aunexes int6ressantes complătent cette public 
tion ; un fac-simile offrant Ies signatures des peintres, dont Tune i 
curieusepar son originalit^, etunereproduction du sceau de Georg 
Bellegambe, le pare du căhhre auteur du retable d'Anchia, ooi 
pl^tent cette publication. 

(BuUetin du dipartemmt du Nord.^ 

PuissAUCON. — Le cimetiâre de Puissalicon (Hârault) possddft 
specimen tris-curieux des tombeaux apparents du moyen-Age, 
consiste en une arcature bris^e, tr^s-bien construite, en pierres < 
taille, dont Ies extr6mit6s reposent sur des d6s cubiques & comici 
chanfreinâe. Celle-ci abrite la fosse, maţonn6e en entier, ouver 
aujourd'hui et vide du triste d6p6t qui lui avait 6t6 confîâ. La mi 
lation paraît ancienne ; sans doute Timportance du monument ezcil 
de bonne heure la cupiditâ des chercheurs de trâsors. — Lesdinţei 
sions principales sont : 616vation au-dessus du sol, 2 m. 17 cent. 
ouverture de Tare k la base, 2 m. 13 cent. ; largeur de la fosse, 6 
cent. Si la forme g6n6rale est ogivale, tous Ies dâtails sont bie 
romans. La surface int^rieure de Tarceau est plane, comme cell 
des arcs doubleaux de nos dglises du xii' siecle. Seulement Ic 
arfites sont amorties par des boudins, pratique usit^e dans 1 
p6riode de transition. — Les deux faces apparentes sont dăcor6< 
d'une s6rie de fleurons ou ătoiles h quatre pointes, motif fr^quen 
ment reproduit sur les âdifices romans de la râgion, notamment a 
portail de Tâglise d'Espondeilhan et k la maison dite l'Hdtel de 1 
monnaie de Villemagoe. Cette double ornementation prouve qu'3 
toujours &i6 isol6, ce qui constitue sa v^ritable originalitâ. Ac 
ipoques romane et ogivale, les tombeaux de ce genre, c'est-ă-dL 
ind^pendants de toute construction, âtaient rares. Le plus soov^ 
ils 6taient adoss6s aux murs, soit & Tintârieur, soit & rext^rienr S 
£glises. Varcosoltum des catacombes de Rome peut en âtre coius 
d6r6 comme le type primitif. — U est ă croire que la pierre to£ 
bale qui couvrait la fosse portait quelque symbole chrâtien et ion 



ClUtONIQUB 55 

oait Ie nom du personnage qui y £tait inhum6. Tont cela a dis- 
păru; iln'en reste plus dans Ie pays aucun souvenir. — La con- 
serTatîon de ce qui existe est, d'ailleurs, extraordinaire ; elle est 
dae a cette circonstance que le cimeti^re du village est âtabli dans 
ce lieu depuis Ie xi* siăcle tout au moins, ainsi que le constate Ia 
fflag;nifique tour romane qui s'ălfeve dans le milieu. 

A d6faut d'autres renseignemcnts, Ies d^tails que nous avons 
felev^s permettent de placer Ia construction du tombeau de Puis- 
s^ieon dans Ia seconde moitiâ du xiii'' silele. Avânt 1250, ii est 
P^olable que l'arceau eât âessin6 un plein cintre, tandis qu'apris 
^'^o 1300, Ies moulures, plus nombreuses^ auraient affect6 Ies 
foi^xnes prismatiques 6vid6es, qui caractărisent Ie style ogival. 

Xj*air et Ia lumifere jouent k merveille ă travers cette ogive I6g6re 
^ont Ies ornements, en parfaite harmonie avec Tensemble, n'im- 
pliquent aucune prătention. Cette oeuvre modeste, mais d'un excel- 
l^iit gofit, pourrait servir de modale h nos entrepreneurs de s6pul- 
^i'es, partout si pauvres d'invention. Les morts de notre temps 
^Ot, h^las ! beaucoup plus mal log6s que ceux des si^cles passâs. 
^^oi de plus pitoyable que la plupart de nos tombeaux modern es, 
^^it au point de vue monumental, soit au point de vue 6pigra- 
P*^îque, {Soctete archiologique de Biziers). 

^ARis. — La tour de rh6tel do Bourgogne, rue aux Ours prolon- 
ff^c, sera conserv6e comme monument historique. Le palais ou 
' liftei, dont elle fai?ait pârtie, appartcnait ă Jean-sans-Peur, Tau- 
^ tir principal des raaux qui accablerent la France sous les r^gnes 
*^ Charles VI et Charles VII, maux dont le r^cit produisit un tel 
^ttet sur rimagination de Jeanne d'Arc, alors simple paysanne. 

Cet hdtel de Bourgogne touchait au mur d'enceinte 6tabli sous 
^hilippe-Augusle, et, dans des fouilles faites pour Ies fondations 
^*ime maison particuliere, on a retrouv6 les traces de ces murs qui 
^i^touraîent Ie Paris d'alors. 

Sous le rtgne de Franţois P', des bâtiments d6pendant de Thâtel 
Curent dâmolis, et on tragă sur leur emplacement une rue qui porta 
*® nom du souverain : c'est la rue Franţoise. 

^ans une grande palie qui n'avait point 6t6 d^truite, s'^tablirent 
^^ com^diens dits de Thâtel de Bourgogne ; dans ces derniers temps» 
^te salle 6tait devenue la balle aux cuirs ; le sort a de ces ironies. 



56 CHEONiguii: 

^- On vient de dâcoavrir dans Ies fouiUes de l'HOtel-de-Yille un 
document tr^iuţâressant pour rhistoire du yieil Edifice municipal. 

Eu dâmoniautles pierresde l'imposte mur6e sur laquelle se d6ta- 
cbait la statue d'Henri IV, on a trouvâ une magnifique arcade dă- 
cor6e de plusieurs salamandres, — deyise de Frangois I*', — et de 
plusieurs F couronuâs. 

La prâsence des F ei des salamandres montre clairemeut que 
4^tte pârtie de la fagade avait &i& exâcutâe avânt le 31 marş 1547, 
date de la mort de Frangois P', et que, par cons^queut, c'âtait bien 
1& l'oeuvre de Dominique Boccado^e, ant^rieure ă la reprise ordon- 
n6e par Henri II (1549). {Evinement). 

CoMifiâGNE. — La Soci6t6 historique de Compiăgne se propose d'6- 
xiger un monument au cardinal Pierre d'Ailly, le plus illusire des 
enCants de cette cit6. 

Une commission, compos6e de ftM. Aubrelicque, de BiequiUey, 
Laffolye, Leoot et Sorel, a £tâ nommâe et elle s'est d6jă occup6e 
activement des moyens de răalisation de ce projet, cherchant ă 
concilier dans Texâcution du monument, le style, Ies proportionS| 
le caractere du personoage et Ies ressources disponibles. 

Dans cette circonstance, la Commission a pcns6 qu'elle devait 
s'adresser & tous Ies membres de la Societâ et solliciter leur bien- 
veillant concours, afin de donner surtout ă ce monument le carac- 
t6re d'une oeuvre r6alisâe par la Soci6t6 historique de Gompi^gne. 
Aussi a-t-elle d6cid6 que Ies noms de tous Ies souscripteurs fîgure- 
raient dans ses publications avec le dessin du monument. 

Pierre d'Ailly fut chancelier de TUniversit^ de Paris et Tun des 
hommes Ies plus savants de son siecle. Par son seul mărite, ii s'ăleva 
aux plus hautes dignităs ecclăsiastiques qui conduisaient alprs aux 
honneurs poUtiques. Nous n'avonspoinţ, ă juger le fond de sa doc- 
trine, mais nous devons rappeler que s'il combattit avec ^rdeor 
pour l'unitâ de foi, c'est qu'il ătait ă cette âpoque soutenu par 
oatie conviction qu'il combattait en m£me temps pour Tunită 
frangaise, et ce doit âtre un de ses plus prâcieux titres au souvenir 
qu'on lui consacre aujourd'hui. 

Les şouscriptions peuv^jt âtre adressăes ă M. de Marst, Beorâ- 

taire de la Sociâtâ, rue Saint-Jacques, ă Qompiâgne. 

j. c. 



LA CATHfiDRALE 



DE NOTR&DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 



Dvnaftm AaTiCLv * 



ob 



GHAPITRE m. 

AMBnBLEKBNT. — DfiOORATIOll. 

§ !•» Autels. — Autel Torlonia. 

7*^ineublement de la cathidrale n'est pas encore complet ; Ies 

J^Iq qai lui manquent sont de ceux qui temoigaent, ii est Trai, 

1^ foi et de la gin^rositâ des fidiles, mais qui ne sont pas des 

^^plements indispensables d'une âglise, mfime de cette impor- 

. *^^e. Si celle-ci manque de ces superfluitis qui contribuent 

^^^^ ane large mesure ă la dâcoration interieure, elle possede une 

^^veille dont Tont dot^e la pieţe et la magnificence d'un prince 

^ ^ain et qui sufflrait ă elle seule pour illustrer un sanctuaire; 

^t UD mattre-autel en mosaîque, un ex-voto comme Ies souve- 

^^^B euxHinâmes n'en decorent plus Ies temples. 

^-■^ commandeur romain, Charles Torloniai aussi cil&bre par 

^ immense richesse que par le gânireux et philanthropique 

^Ploi qu'il en a fait, ayant eu connaissance, par un jeune prelat 

^Bioaire de Boulogne et residantă Rome, de roBuvre entreprise 

^^ BIgr Haffreingue, et du succes avec^lequel ii en poursuivait la 

^lir U dernier nomiro, page 5. 

lOliZTU. 



58 LA CATHl^DRALE 

realisation, resolut de s'y associer. La mort TempScha d'accom- 
plir ce projet (1847). Mais son frere et son successeur, le prince 
Alexandre Torlonia, se fii un pîeux deYoir d'executer ce qu'il 
avait arr£tă dans sa pensee. Un arcbitecte en renom, le chevalier 
Carnevaliy en dessina le plan et en dirigea Ies travaux avec au- 
tant d'art que de gout. Le plus celebre mosaîste de Tltalie, Cons- 
tantin Rinaldiyle marbrierLeonardi et le bronzier Latini, concou* 
rurent âsaperfeclion; ils produisirentun veritable cbef-d'ceuvre, 
un autel unique peut-Stre dans le monde, Rome excepţie» par sa 
dimension, par la perfection du travail et par la richesse de la 
matiere. Promis depuis longtemps et impatiemment attendu, ii 
ne devait âtre livri que lorsque Teglise serait prfite a le recevoir. 
Jusqu'ă l'epoque oii celte condition devait âtre accomplie, ii at* 
tendit dans le palais Bramante, a Rome, expose ă Tadmiration 
generale. Enfin arriva le moment si vivement hale par la sollici* 
tude de Mgr Haffreingue, et le maitre-auiel ful dres^ au milieu 
du d6me (1860). Bien des traces de precipitation et d'execution 
hâtive, qui se remarquent dans roeuvre de Mgr Haffreingue, 
trouYent leur explication dans son impatient deşir de voir sa 
basilique entrer en possession de son plus magniflque ornement. 

Le style de cet autel, son ampleur, ses proportions sont en har- 
monie parfaite avec la pârtie de Tedifice qui devait le recevoir : 
iloccupe majestueusement le centre de la coupole. U est d'or* 
donnance corinthienne romaine la plus pure; la masse en repose 
sur un soubassement de marbre blanc de Carrare ; la table est 
supportee par vingt colonneites monolithes de serpentine sma- 
ragdine, pierre d'une si grande durele qu'elle ne donne pas 
prise au fer et que le ciseau de la trempe la plus fine peut seul 
Tentamer; chacune d'elles exigea deux mois de travail; Ies cha* 
piteaux et Ies bases en sont en bronze dore. Derriere sont autant 
de pilastres de lumachelle violette, symetriquement agenc^s et 
encadrant un fond de marbre nummulitbe rose, d'Egypte, sur 
lequel ressortent des ecussons en mosalque. Les colonnes smarag- 
dines, disposees en saillie et elegamment distribuees tout autour 
de l'autel, forment comme le majeslueux porlique d'uh petit tem* 
ple, semblable au portique du tem[)le de Tbesee, dans l'Attique, 
ou ă celui de Neptune ă Pcestum. 

Sur les deux faces, au second plan, les arcades sont occupees 



DE NOTRE-DAMB DE BOULOGNE-SUR-HER 59 

I)ar d'admirables statuettes de saints, rangees d'un c&tâautonr du 

SauTeur et de Tautre autour de la sainte Vierge. Ces statuettes 

Teprfeentent sur la face tournee vers Tabside et Ia Chapelle de la 

Tierge, Ies quatre J^vangelistes, et, sur l'autre face, quatre doc- 

leurs, deux de Ti^glise latine, deux de r£glise grecque. Ces dix 

tableaux en mosaîque sont admirables; Ies teintes en soni si 

douces et si bien fondues qu'on Ies dirait faits au pinceau; ils tâ- 

moignent de la superiorite du talent de Constantin Rinaldi ; ii Ies 

a reproduits avec une menreilleuse .habilete sur Ies dessins des 

artistes romains Gagliardi, Catalani et Bartolani, qui ont su don- 

ner aux flgures un caractere de noblesse et de beaute rendues 

avec souplesse et un profond sentiment de Tart par le maître mo- 

saXste. Les quatre docteurs surtout meritent d'âtre places au rang 

des meilleurs morceaux du genre. (Voir la plancbe ci-jointe]. 

Les deux parties laterales sont ornees de mosalques aux armes 
des maisons Torlonia et Colonna, marque de vanitâ mondaine 
qa'on n'ose gu^re releyer en face de Ia splendeur d'un tel pr6« 
sent. Quatre inscriptions^ placees de cbaque cdte de ces ecussons 
en lettres d'email jaune, se detachant sur ua fond rouge antique 
corallÎD, contiennent rhommage de la reconnaissance des Bou- 
lonnais pour leurs deux bienfaiteurs et en perpetueront le sou- 
Tenir. 

Derriere la table s'alignent les deux gradins, au-dessus des- 
quels s'ileve le tabernacle en forme d'arc-de-triomphe, copie sur 
Ie modele de l'arc de Titus, au Forum romain, et de celui non 
i&oins remarquable que construisit Vitruye en faveur de la fa* 
miile Ga^ia ă Verone. 

La description ne peut donner qu'une idee imparfaite de la ri- 

chesse de cet autel. A la base, aux angles, aux ressauts des «or« 

niches, aux frises des gradins, aux faces, aux cdtes, brillent des 

ecbantilions de ce que les carriires d'Europe, d'Asie, d'Afrique 

et d'Am^rique fournissent de plus recbercbâ en marbres brillants 

et en pierres precieuses. « 11 y en a tant et de telle qualite que 

jamais la fastueuse opulence des anciens Cesars ne connut de 

semblables decors pour les temples de ses dieux. Ainsi Tautel de 

Motre-Dame est constelle de jaspes veines de toutes couleurs, verts, 

rougeSy jaunes et de fantaisie \ de calcedoines violettes, bleues et 

lilas; de spinelli rouges, blancs et yermeils ; de sardoines incar- 



60 LA cath£:drale 

nates, azur6es, verdâtres et jaune safran ; d*agate8 borax^brunes, 
bleu-ciel, jaspees gâminies, ondees, ă veines circulaires, â reflets, 
& itoiles et a semis d'aigues-marines; d'onyx de Sib^rie lacheii, 
perl^s et chatoyants ; de cbrysoprases; de plasmes ; d'byacinthes & 
teintes claires et varides ; de galets d'Egypte de ce yert cantbaride 
qui a des reflets et des nuances si multiples ; de cristal de roche, 
de couleur foneme, jaune topaze, hyacinthe limpide et doree ; de 
bois agatises, avec des ondes et des anneaux gris, azur, pourpre, 
lilasy Tert-pomme et rerre-d'eau ; d'amâtbystes unies, tachetees, 
bariolees, pointillees; de spath-fluor violet, bianc-de-lait, rou* 
gefttre, verdâtre, yermiculâ; de taics de toute espece, vert, opale, 
sapbir, rubis, reticul^s et pointilles ; si nous sortons des gemmes, 
nous trouYons dans Tensemble de Tautel Ies serpentines. Ies co- 
quilles, Ies granits, Ies porphyres, Ies albâtres, Ies brficbes, Ies 
madrepores, Ies giades de Chine, Ies pegmatites, lesquartz, et plu- 
sieurs marbres precieux, tant unis que varies et db touie espece. 
Mais Leonardi Ies a si ingenieusement combines, assembles, 
ajustes, que leurs raccords et ieurs joints sont imperceptibles ă 
Toeil le plus attentif, et qu'ils paraissent produits par le mar» 
bre dans lequel ils s'encbâssent, comme une fantaisie de la na- 
ture *. » 

Hăis ii faut saroir nous borner, sinon Tenumâration et le dâtail 
de ces pierres prâcieuses qui feraient, ii est vrai, iprouver de vM^ 
tables diUce$ aux Itthographes *, nous entraîneraient bien au-delă 
des limites que nous avons fixâes ă cette âtude. Un mot suffira 
" pour donner une idee de leur variate : le catalogue des pierres 
et marbres entrâs dans la composition de cbacune des parties du 
maltre-autel de la cathedrale de Boulogne a ete dresse par Fran- 
ţois Belii, etil n'en Enumere pas moins de 147 variâtes. 

Ce chef-d'oeuvre magniflque est evalue au prix de !K)0,000 fr. 

Que dire maintenant des autres autels 7 A c6te s'en trouvent 

^ D$$cript%on du maître^utel offertpar S. Exc, le prinee Don Alexandre 
Torlonia ă la caihâdrale de Boulogne-sur-Mer, traduit de ritalien par 
M. X. Bărbier de MontauU, chanoinc de la basiliquu d'Ânagni. Rome, typo- 
graphie de la Civilta cattolica, 1864, in-f» 44 p. et 5 pi. Cette belle publU 
cation a ete imprimee a petit nombre sur papier fabrique exprds, doDt le fili- 
grane represeutc la Yierge miraculeuse dans la barque qui Ta amenee. 

• Ibid. 



DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE-SDR-MER 6t 

cepcndant encore qui feraient rornement de plus d'une iglise. 

Pious ne pouYons passer sans dous arr£ter devant celui qui a et6 

^ler6 au bienheureux Labre. Benott-Joseph Labre est un enfant 

du pays : ii est nâ ă Amettes, au diocise de Boulogne, en iTiS, et 

nort ă Rome en 1783, apres avoir mene une vie de p^nitence et 

de mortification; ii a ite beatifle le 20 mai 1860, dans la cbapelle 

du Vatican, et des autels lui ont iie dedies dans Ies principales 

^glises du d^imiiement, â Arras, ă Saint-Omer, etc.; celui de 

Koulogne s'eleve au fond de la nef laterale de droite; ii est du 

plus beau marbre blanc, le devant et Ies pilastres en marbre de 

fiuances variies ; la paroi de mur contre laquelle ii s'adosse est 

^galement rev£tue de marbres des especes Ies plus precieusesi 

f ormant une decoration arcbitecturale dans le style de Tepoque 

de Louis XV. Au milieu du retable, dans un encadrement de 

Knarbre grenat, surmontâ d'une corniche cintrâe et ornee d'ac- 

c^essoires, est un tableau rappclant un episode de la vie du Bien- 

lieureux. Au-dessus, dans le cintre de Tarcade qui forme le fond 

de cette nef, est un tryptique en mosalque representant, au milieu, 

dans un m^daillon, le portrait de Benoit Labre et,de cbaque cdte^ 

le village d'Amettes et Saint-Pierre de Rome. Cet autel est magni- 

fique, en d^pit du style, celui du XVIU* siecle^ si peu convenable 

a la decoration des eglises, quoique si frequemment employe. 

Citons encore, pour âtre complet, un petit autel de marbre 
dans une des chai)elles du ddme, et Tautel qui decore Ia cbapelle 
de la Vierge, en marbre blanc, avec details en marbres de diffe« 
rentes couleurs. La table en est soutenue par des anges agenouil- 
les; dessous est un sarcophage en marbre vert et bronza dori. 

Tous Ies autres autels, mame celui du cboBur, ne sont encore 
<]uc provisoires. 

II. — Boiseries. 

Le bois sculpte appiique ă Tameublement et ă la decoration in- 
rieure des eglises se prâte aux productions Ies plus artistiques. 
.'industrie moderne, en Belgique surtout, a rivalise en ce genre 
%Tec Ies bucbiers du Moyen-Age et de la Renaissance. La cathe« 
drale de Boulagne, k peine completement achevee, dispose de 
^rop i)eu de ressources pour avoir pu s'accorder le superflu, 



62 LA CATHEORALE 

alors qu'elle manque encore, en beaucoup de points, du neces- 
saire. Cependant on y peut remarquer deja quelq\ies confcssion- 
naux et une grande boiserie en châne qui garnit la porte laterale 
et 7 forme ă Tinterieur un porche rentrant. Hăis Tobjet le plus 
remarquable en ce gen re est la chaire; elle provient de Teglise 
Saint-Josepb et a ^te transportee dans la cath^drale quand celle-ci 
est devenue eglise [)aroissiale, en 1868. Cette chaire, en cb£n6 
sculpte, est du style en honneur sous Louis XV. L'ambon est 
hexagone ; la faţade presente aiix regards des fideles trois pan- 
neaux encadres, sur le fond desquels se detacbent trois sujets 
sculptes d'une bonne execution ; Ies pilastres qui Ies divisent sont 
surmont^s de tetes d'anges formant consoles pour soutenir Ten- 
tablement de l'appuie-niains ; des figures d'anges ornent egale- 
ment Ies pilastres du double escalier par lequel on accfede de 
cbaque c6te ; la rampe est decoupee â jour en feuillage d'une 
excellente facture. Le dossier est forme par un tres-beau panneau 
sculpte reprâsentant une SainteFamille. Entre Ies deux escaliers 
s'eleve, sur un piedestal, une belle statuc en ch£ne, de grandeur 
naturelle, d'un saint qui est sans doute le patron de Tancienne 
paroisse^ S. Josepb, mais qu'aucun attribut ne caracterise. Le 
baldaquin est un peu lourd, malgre la hardiesse avec laquelle 11 
est suspendu au-dessus de Tambon, sans autre appui que le 
dossier; ii est surmonte d'une staluette, aussi en chene, d'ange 
emboucbant la trompette. Cette chaire est une tres-belle piece de 
sculpture en bcis, du XVIII* siecle, d'un gout pur, d'une compo- 
sition severe et d'une execution soignâe. Elle fait honneur ă l'ar- 
liste qui l'a executee. 

Le bufTet d'orgues n'a rien de remarquable; quant aux orgues 
elles-memes, Ies bommes compelents s'accordenlâ en proclamer 
Ies qualitos. 

Enfin, le choeur est borde de chaque cote de deux rangs de 
stalles en chene, qui le meublent d'une faţon convenable, mais 
sans en faire l'ornement. 

UI. — Teintures 

Co genrc de decoration et d'ornemenlation a ete prodigue dans 
Tinlerieur de la calhedrale, au grand deplaisir des yeux ct au 



DE NOTRE-DAME DE nOULOr.NE-SUR-MER 63 

Srand scandale de l'art et du gout. Les murs, Ies ))lafonds sont 

couverts d'un badigeon qui a pris toutes Ies formcs, depuis celle 

du marbre jusqu'ă celle de bas-reliefs et de fresques. Nous 

sommes, aussi bien que personne, convaincu que la peinture 

doit apporterun large tribut ă la decoration des âglises, mais i 

condition que Tintelligence et le sentiment du beau en dirige* 

ontremploi; que la convenance et la sincerite y presideront : 

inon uoe eglise nue est cent fois pr^ferable. Oa ne saurait trop 

'elever contre cctte funeste habitude qu'ont les ecclesiastiques 

France de deflgurer Ies parties reinarquables de leurs âglises 

des peintures etdes enjolivenicntsque reprouvent Ies notions 

les plus elementaires du gout et de la convenance. a Voir TJ^glise 

s'associer avec une perseverance si cruelle au triomphe d'un 

Sout anti-chretien, la Yoir renier les inimitables inspirations 

du symbolisme des âges catholiques, pour introniser dans Ies 

liasiliqaes les pastiches d'un paganisme recbauffe et batard; Ia 

^oir enfin chercher ă cacher sa noble pauvrete sous d'absurdes 

ireplâtrages, c'est un spectacle fait pour navrer une âme qul veut 

le catholicisme dans sa sublime et antiquc integrite, le catboli- 

eisme» roi de l'imagination conime de la priere, de l'art comme 

de rintelligence ^ » U y a quarante ans que M. de Montalembert 

Jetait cette plainte aux eclios de Ia presse periodiquc; elle n'a 

^uere ele entendue de ceux auxquels elle s'adressait, car elle est 

't.oujours presque aussi fondee et aussi Ojiportune. Ce n'cst, en 

^ffet, qu'en epurant le goâl du peuple que Ton eleve ses pensees. 

'est une veritâ qui a ele de lout temps proclainee dans TEglise, 

S. Gregoire le Grand considerait comme esscntiel ce mode 

^'enseignement des verites de la religion. « Pictura in ecclesiis 

^idhibetur, ut bi qui litteras nesciuntsaliem in parietibus videnda 

JKegant quae legere in codicibus non valent *. » Et que l'on ne 

"^ienne pas pretendre que Texeculion est sans importance, sous 

pretexte que Ie peuple est iiicapable d'apprccier les oeuvres de 

* Du Vandalisme en France, {Rcvue des DeuX'Mondes, 1833, 1. 1, p, 601 , 
<^ Faire rhistoire des ravages du badigeon, disait encore le meme critique^ 
«e gerait faire la Btatistiqiie ccclesiastique de la France. » (Ibid. t. xvi, p. 524. 
J)tt Vandalisme en 1838.) 

^ GaEOOB. Regist, Epist. lib. vii, cxi. 



64 LA CATHÂOaALB 

Tartl Du premier coup-d'oeil, con, sans doute, mais ii se sent 
aitirâ Ters elles de pr^firence et ce n*est pas en ne lui presentant 
que du laid qu'on peut lui apprendre k connattre et k aimer le 
beau. Mettre sous ses yeux des images grossiferes, dignes quel- 
quefois du fetichisme espagnol, ne mine qu'â le corrompre. 
Cest surtout dans un temps de scepticisme comme le n&tre, qu'il 
faut eviter des representations dont le grotesque court trop de 
risque de tourner ă la raillerie et ă la derision des taits ou des 
dogmes qu'elles pretendent expliquer. ţ'a etâ la sans doute une 
erreur du respectable abbâ qui a tout fait dans son temple 
pour pinetrer l'âme des fideles de pensees religieuses, et cette 
erreur, nouslalui pardonnons bien Yolontiers, mais nous som- 
mes obliga de dire qu'il a ete contre son intention, et qu'il a de 
plus compromis Ies qualites incontestables de son oeuvre. II a, sous 
certains aspects, donne a sa cathedrale Uapparence d'une eglise de 
campagne et dâtourne Ies yeux des beautes serieuses du monu- 
ment, pour Ies attirer sur une decoration criarde qui blesse la 
raison et laisse le coeur froid; ii a repandu partout Ies trompe-roeil. 
Ies jeux âquivoques de lumiire et Ies eifets d'optique. Ce n*est 
pas k Taide de pareils moyens que nos peres r^pandaient dans 
leurs catbddrales cette lumiere mysterieuse, dont Timpression 
est si protonde; de magnifiques yerrieres aux nuances yariees, 
tels eiaient leurs procedes. Est-ce trop dire ? Le jour n'arrive 
guere ici que par Ies plafonds pour en dissimuler Tentree. Les 
plafonds eux-mâmes. les yoiites, les travees des bas-cdies, offrent 
aux regards attristes un nombre incalculable de compositions 
peintes en grisaille d'un effet d^plorable et d'une execution plus 
dâplorable encore, oeuvre non d'un artiste, mais d'un peintre 
decorateur, excellent si l'on yeut dans sa profession, mais plus 
qu'insuffisant a une semblable tâche. Eh quoi^ dirons-nous en- 
core avec H. de Montalembcrt, c cette serie de scănes fantasma- 
goriques, oii je reconnais sous des babits d'emprunt et dans des 
attitudes de tb^âtre les flgures que je rencontre cbaque jour dans 

les rues, c'est la Tbistoire de la religion ? * • Mais passons et 

arriYons au ddme ot nous attend un spectacle moins navrant, 
quoique p^nible encore. 

< Loc. cit. 1837, t. xn, p. 596. 



DE NOTRB-DABfE DE BOULOGNE-SUR-MER 65 

Les six trayees demi-circulaires pratiquees autour de la ro- 
londe du ddme sont âgalement decorees de peintures ă fresque. 
Sur un soubassement, que Ie peintre a figure au fond de cbacune 
de ces niches, ii a etabli des colonnes et des pilastres ornes de 
«culptures etde peintures polycbrdmes. c Leur destination nous 
apprend-il, est de soutenir arcbitecturalement la decoration de 
la pârtie superieure ou calotte, et de presenter & Tceil du specta- 
teur comme des galeries ouyertes qui lui font voir, en ardere, le 
tableau principal*. > Ainsi au lieu d'un symbolisme trouvant son 
commentaire dans les enseignements de la religion, unc mise en 
ficene dont l'effet immediat, Teffet recberche est un trompe-roeil, 
etrien de plus, tel est le programme que s'est trace le peintre 
pour dessiner Ie cadre de ses compositions, programme dont 
plus d'une fresque cel&bre a pu lui suggerer Tidee, mais dont la 
convenance ici etait douteuse et dont I'execution a, dans tous les 
cas, exagere les defauts. 

Dans la premiere travee, ă d roite de la chapelle de la Vierge, 
le sujet represente estlemysterede l'Immaculee-Conception. «La 
sainte Vierge, nous dit le livret *, entouree de gloire et revetue 
tun soletl^ remercie Dieu du privilege (lu'il lui accorde. Des 
nuiges forment autour d'elle une sorte de grotte airienne et mys- 
t^rieuse, demeure inaccessible â touie creature mortclle, et qui 
la preserve de tout contact avec les souillures de ce monde. » 
Cette explicatijon pourrait donner une idee de la fa^on dont les 
peintures ont ele conţues et executees, si Tarliste n'avait fait 
preuve d'un peu plus d'intelligence que son maladroit interprete, 
Malgre cela, cette composition est sans contredit la plus mauvaise ; 
le sujet etait, ii est vrai, le plus difQcile ă traiter, surtout apres les 
ckefs-d'oeuvre qu'il a inspires. L'execution aussi est au-dessous 
du mediocre; le ciel, les nuages, les membres du personnage 
principal n'existent pas plus dans la creation que la caverne ae- 
rienne que Tauteur a eu Tidee bizarre de figurer. D'oii viennent 
ces anges et ces demons ? ii est impossible de le dire. La voute 
represente le Pere fiternel dans une gloire d'une couleur indefl- 
Qissable; deux anges recueillent sa parole dans Tattitude de l'ado- 



* Honographie de$ peintures, etc, brocb. in-S». 



66 LA CATHlâDRALB 

ration. A droite et a ganche du tableau principal, differeots su- 
jets en rapport a-vec lui; tout autour, sur Ies bandeaux de Tenca- 
drement, des inscriptions font connaître Ies paroles prononcees 
par Ies personnages I 

Le sujet de la deuxieme trahee est la Puriâcation .Au centre,le 
grand prâtre Simeon reţoit la Vierge; ă droite saint Joseph et un 
prfitre; a gauche, Anne la prophetesse et un groupe de jeunes 
fiUes. La composition est bonne, Ies groupes bien distribues, la 
couleur beaucoup moins defectueuse que dans la precedente 
fresque, quoique toujours d'un aspect desagreable, mais )e des- 
sin laisse encore beaucoup trop a reprendre. Pourquoi la sainte 
Yierge est-elle tr^s-sensibleraent plus gr^nde que Ies autres per- 
sonnages qui l'entourent, sans que d'ailleurs une proportion 
exacte ait etâ obsenr^e entre tous ses membres? Pourquoi aussi 
cette enfilade de colonnes se prcsentant dans Taxe du tableau? 
Sans doute pour s'harmoniser ayec un autre portique, egalement 
en enfilade, faisant le fond du reposoir qui est place au-dessous; 
ce reposoir represente une statue de S. Pierre dans une barque 
qui parail Tenir de la haute mer^ figuree en peinture sur la 
muraille, de ni^me que la galerie elle-mâme ou ii est cense 
aborder. Toujours le trompe-roeil. 

La Yisitation occupe Ia troisieme travee. Quoique inferieure â 
la precedente, cette composition est sat isf ai sânte; mais ii est dif* 
ficile d'admettre ce pnysage sans perspective, aux tons violaceset 
indefinissabics qui fait le fond de la scene. 

Dans la quatrii^me chapclle, le peintre a represente le mystere 
de l'Annonciation. Cette composition est d'une {^randc sobriete ; la 
Yierge agenouillee est d'une belle expression; c'est certainement 
ce qu'a produit de meilleur sous ce rapport le pinceau de l'ar- 
tiste; ii aurait offert moins de prise a la critique s'il eutete aussi 
bien inspire dans ses autres sujets. 

L'^pisode represente dans la cinquifeme travee, faisant face ă la 
Purification, est la Presentation. C'est la meilleure composition de 
Tartiste : Ies groupes sont bien poses, ii y a de l'ampleur, de Tair, 
de la vie, du mouvement; Texecution et la couleur elles-mâmes 
sont moins d^fectueuses. La Yierge-enfant toutefois n'est pas heu* 
reusement rendue; elie se presente au grand-pr^lre qui la reţoit 
sous le portique du temple ; sainte Anne et saint Joachim Tac- 



DE NOTRE-DAMB DB BOULOGNE-SUR-MBR 67 

compagnent; ils sont suivis par divers personnages attires par la 
curiosite. Derrifere le grand-prâtre, un groupe de lâvites dont Tun, 
ă droite, est represenie sous Ies traits mâmes de Hgr Haffreingue. 
Le fond du tableau laisse apercevoir la viile de Jerusalem et ses 
moDuments. Que cette fresque et la precedente ne sont-elles Ies 
seules ! Eotourâes de morceaux plus serieux, elles se seraient 
fait accepter sans trop d'hâsitation. 

Enfln, dans la sixifeme travee, la premiere a gauche de la cha- 
pelle de la Vierge, Tartiste a reprisentâ la Nativite de Harie. Ce 
sujet est un des moîns heureusement traites; bien que le groupe 
des personnages soit plus nombreux que dans celui de TAnnon- 
ciation, le tableau choque par sa nudite et la erudite des tons. 
Nous ne parlons pas de la decoration des voâtes et des bas-c6- 
Hs de ces chapelles ; ce qui a ete dit de la premiere suffit pour 
Ies faire toutes apprecier. 

L'auteur de ces fresques, M. Charles Soulacroix, est un scuip- 

teur ! Atteint d'une ophthalmie causee, paraît-il, par la poussiire 

clu marbre, et menace de perdre la vue, ii quitta le ciseau pour 

la brosse, et Ies fresques de Notre-Dame furent son debut dans 

1 a peinture. II a dâ regretter depuis, sans doute, nous aimons du 

Aioins a le penser, qu'une plus modeste eglise ne se soit pas 

'abord offerte a lui pour cet essai, au lieu du monument qui a 

la mauvaise fortune de servir ă ses experiences. Mais ce qui 

«st plus blâmable encore, c'est la precipitation avec laquelle, 

^intre tout-ă-fail novice et inexperimente,il a accompli la tftche 

«onsiderable et particuli^rement ditficile qu'il avait cru pouvoir 

accepter. S'il est vrai que la pâintqre murale soit ia premiere des 

|[>eiotures, ii a fait preuve, en s'y attaquant sans preparation plus 

serieuse, d'une bien condamnable presomption. II n'a en etfet 

employe a ce travail que deux annees ! Aussi l'oeuvre porte-t-elle 

Ies marquestrop visibles des condiiions dans lesquelles elle a ete 

accomplie. Ses fresques produisent le plus fâcheux etfet et pro- 

voquent toutes Ies ş^vdrites de la critique. 11 en est bien peu qui 

ne Ies vouent ă la destruction la plus procbaine et ne pensent 

que « la nudite d'une eglise pauvre parle plus fortement â Târne; » 

personne qui n'accepte ces peintures que comme un provisoire 

et ne Ies considere que comme « Ies jouets de la pauvrete qui se 

tait illusion, mais qui ne demande pas mieux que d*avoir de ve- 



68 LA CATHJ^DRALB 

ritables beautes d'ornemeDtation. » Le jugement est unanime 
sur ce point, ou peu s'en faut, tant est spontane le sentiment qui 
s'impose tout d'abord quand on se trouve tout-ă-coup,en entrant 
sous le ddme, en presence de ces peintures. Hăis elles sont bien 
definitives, et l'oeil des connaisseurs devra se resigner ă ce 
fftcbeux spectacle. 

Et cependant ..! au risque de paraître y attacher plus d'impor* 
tance qu'elles n'en meritent en soi, la place qu'occupent ces 
fresques, le r6le qu'elles remplissent dans l'ensemble du monu- 
ment, nous obligent de Ies considerer autrement que comme le 
produit ă la toise d'un decorateur vulgaire. Nous avons etudie 
pendant plusieurs mois roeuvre de H. Soulacroix, et 11 nous en 
est reste unc impression persistante qu'il aurait pu mieux faire, 
et que sous son badigeon se cacbent des qualites serieuscs dont 
ii aurait pu tirer un meilleur parii. Ses tableaux indiquent un 
bomme habitue ă vivre en Italie, au milieu des seuls maîtres ca- 
pables d'initier au vrai style de l'art monumental, et qui a con* 
serve de cette frequentation des souvenirs et des traditions ; ii a 
du style, de Tampleur, ii sait composer, ii sait grouper ses per* 
sonnages; Texpression mame, le plus souvent, ne lui fait pas 
difaut, malgrâ ime evidente gaucherie et rinsuffisance du des- 
sin. Mais l'execution le trabit : execution trop bâtive et de plus 
tres*inex|jerimentee ; on sent qu'il n'est pas mattre de son piir- 
ceaii, qu'il ne connait pas Tusage et Ies ressources de sa palette. 
Habitue a manier la gouge etle marteau,iltient d'une main trop 
pesante l'instrument plus delicat du coloriste. Si nous faisons 
abstraction de la couleur, nous trbuvons dans Ies fresques repre- 
sentant la Presentation, la Purification, de bons carions qui au* 
raient pu servir d'esquisses a des peintures murales estimables. 
II est inconteslable, d'autre part, que Ies trois autres fresques, la 
Yisiiation, la Nativite, l'Immaculee-Conception surtout, par leur 
de[)lorable execution, font tort aux deur autres en mettant en re* 
lief des defauis qui, sans elles, auraient păru moins cboquants 
dans Ies premieres. Si elles n'existaicut pas. Ies deux composi- 
tions que nous avons nommees d'abord auraient recueilli plus 
aisement le profit de leurs qualites. Nous avons au Musee du 
Louvre plus d'une madone de Sassoferrato ou de tout autre 
peintrc de la decadence italienne qui ne vaut pas mieux qoe 



DE NOTRB-DAME DE B0UL0GNE-8UR-MBR 69 

l'Annonciation de M. Soulacroix, et nous troavons dans la Prâ- 
Mntation et la Puriflcation plus d'une reminiscence de la ma- 
niere et de la couleur de Ghirlandajo et des preraphailites, qu'il 
semble s'âtre de preference don nes pour modeles. 

En re8ttme,les defauts Ies plus apparents de M.SouIacroix pro« 
cedent de son inexperience en peinture murale, de sa maladresse 
& employer la couleur et aussi de la rapidite avec laquelle ii a 
execute son oeuvre. A ces divers titres, on ne peut que le blâmer 
d'aYoir entrepris une tâche bien au-dessus de ses forces, de l'a*- 
"voir abordăe sans âtudes prealables serieuses et de l'avoir accom- 
plie ayec une prestesse qui ressemble fort h de Toutrecuidance, 
ainsi qu'en tâmoignerait contre lui la complaisance avec laquelle 
ml a partout etale sa signature pritentieuse et vulgaire comme 
l'aurait pu faire un peintre d'attributs, satisfait de son oeuvre et 
qui en fait une reclame. 

L'eglise posside en outre quelques tableaux estimables, mais 
ce genre d'ornementation n'appartieut pas ă l'art monumental. 
Ce seraitsortir de notre sujet que de nous 7 arrâter; citons seu- 
lement un saint Sebastien^ donne par le roi Louis-Philippe, qui 
siurait coate 6,000 fr. ; un tableau ornant le fond de Taulel du 
l)ienheureux Labre, oeuvre assez faible d'un peintre italien ; un 
^ryptique et quelques autres toiles provenant de l'ancienne eglise 
Saint-Joseph. 

IV. — Sculptures. 

Si, dans la dâcoration de la catbâdrale, la peinture vise â repre* 
senter Topulence, assurâment la sculpture sa soeur 7 figure bien 
la pauvretâ ; toutes deux cependant ont des droits egaux ă se 
partager cet hiritage. Cest au contraire ici une exclusion de parti 
pris; pas la moindre frise, pas mame la moindre guirlande, soit 
au^dedans soit au defaors, pas le moindre bas-relief ; tout ce qui 
etait de ce domai ne, chestie badigeon quis'en estempare.Ce n'est 
pas toutefois que la statuaire ne soit representee ; ii y a deja ac- 
tuellementun certain nombre de statues en place; plus nom- 
breuses encore sont celles qu'attendent leurs niches toujours 
veuves de leurs saints; mais elles n*ont de remarquabte que leur 
bon marche. Rappelons cependant que la statue de la Vierge, 



70 LA CATHiDRALB DE N.-D. DB BOULOGME-SUfi-lCBR 

placfe au gommet du d6me, est de Bonassieux ; mais on comi 
qu*ă cette hauteur ii soit impossible d*en juger le merite, ei 
nou8 a pas ete donnâ de Texaminer avani qu'elle ait ete pr 
son poşte a6rien« 

E. Dramai 

/La fin au prochain numiro.) 



ESSAI 



SUR L'HISTOIRE DU VERRfi £T DES VITRAUX PEINTS 



DlUXlitl» ARTICLB * 



Apris avoir esquissă k grands trails Ies differentes phases de 
^^bisloire du verrc, dous allons dire maintenant quelques mots 
^c la peintare sar verre, k laquelle dous devons ces anciens vi- 
Iraox^ chefs-d'oeuvre admirables qai orneni quelques-uues de 
sosjcalh^drales et de nos vieilles dglises. 
*" Jusqu'ici, ii a 6i6 impossible d'assigner une date bien precise 
a ForigiDe de la peintare sur verre ; mais on peut cependant 
croire qu*il s'^coula un certain laps de temps entre T^poque des 
mosaîques colori^es (en pavage de verre) employ^es par Ies £gyp- 
tiens, et ceiles des vases k deux coucbes de couleur, dont Tune de 
nuance foneme faisait ressortir le dessin ex^cut^ en couleur plus 
claire S et T^poque od fut d^couvert le proc^d^ de peindre sur 
verre, d'une maniere ind^l^bile, Ies grandes sc^nes du nouveaa 
etde Tancien Testament. 

Saint J^rdme« Comm. in lib. Joh. c. iv, dit formellement : 
« qu'il etait d'usage de peindre la iigure des apdlres sur deft 
« vases de terre \ » mais ii faisait, sans aucun doute, allusion 



* Voir le namcro pricident, pige 38. 

^ II existe un fort beau ■pecimen de ce genre^ c*eit ie vue dit dia PorîloMdf 
tctueUement au Muaee britanniqoe* 



72 ESSAI SUR l'hISTOIRS'dU VIRHB 

k des oeavres artistiques du genre du vase de Portland. Dans 
tous Ies cas, ii est prouvâ qu'avant F^poqae oji Ies ^glises da 
Moyen-Age furentorn^esde vitraux peints, leurs fenâtres ^taient 
enrichies de mosaîques, c'est-â-dire de morceaaz de verre de 
nuances vari^es qui, juxtapos^s^ produisaient un trte-brillant 
effet de coloration. 

Aurdlius Prudens, qui vivait au Y* silele, dans Ie r^cit qu*il 
fait des merveilles existant dans .la ba$ilique de Saint-Pauk 
hors*les-Murs, s' exprime ainsi : a Dans Ies fenStres cintr^es sa 
« deployaient des verres de diverses couleurs : ainsi brillent Ies 
« prairies ornees des fleurs du printemps. » Ce serait donc Ik 
r^poque de transition entre I'application des verres coloridsaux 
fen£tres des monuments religieux el la d^couverte de Ia pein- 
ture sur verre. 

Mous sommes porte k croire qu'elle commenţa quelques si6- 
cles plus tard ; serai t-ce sous le thgue de Charles le Chanve 
(840-847), comme Ie pretendent certains auteurs? Le plus 
ancien vitrail, si toutefois ii convient de Iui donner ce nom, 
car rien ne prouve d'une roaniăre irr^futable sa composition» 
aurait ^t^ celui de Sainte-Pasebasie, â Dijon. — Yoici ce qu'en 
^crivait i'historien de saint Benigne -, nous devons ce texte â 
l'amabilite de M. Guignarif, bibliothdcaire de la viile de Dijon, 
qui l'a copie sur Ie manuscrit original du XP sfecle : 

« Hec (S. Paschasia) a sancto Benigno edocta et baptizata, 
« post eius martirium, seviliapaganorum raptaest ad suppiicium; 
« cumque immobilis in flde Christi persisteret, primo carceris 
« aiOicta squalore \ postea pro confessione Deitatis sententia 
« fuit multata capitali *, ut quedam vitrea antiquitus facta, et 
« usque ad nostra perdurans tempera, eleganţi premonstrabat 
« pictura. » 

Ainsi donc, apr^s le martyre de S. Benigne, qui Tavait instruite 
et baptiste, Ste Pascbasie fut trainee au supplice par un peuple 
en fureur. Comme elle restait in^branlablement attachde â la foi 
du Cbrist, elle fut d^abord jetee dans une horrible prîson; puis, 
k cause du t^moignage qu'elle avait rendu kDieu, elle fut punie 



ET DES VITRAUX PEINT8 73 

de la peine capitale : c'est ce que repr^sentait une ancienne ver- 
riere, ^legamment peinle, qui dure encore de nos joars. » 

Et d'abord, nolre traductioa rend-elle fid^lement le texte et 
la pensee de l'auteur? en le supposant, s'agirait-il biea de la 
Tdritable peinture sur verre? Ne serait-ce pas plutdt un travail 
analogue k celui dont parle sainl Jerdme, et dont le vase de 
Portland nous oiTre un modale? Le vitrail de sainte Paschasie 
pouvait £tre compost de plusieurs feuilles de verre, de couleur 
fonc^e« sur lesquelles un verre plus clair, rapporte ensuite^ for- 
mait, en quelque sorte, la peinture du martyre de la Sainte. 

La plupart des archeologues croient que cette verri^re n'^tait 
qu*une mosaîque ; mais alors, ii nous seroble impossible qu'elle 
ait pu rendre le sujet d'une faţon comprchensible ^ en effet, ii 
ne s'agit pas ici de ces mosaîques en pierres precieuses avec 
lesquelles Ies artistes font de leur travail une veritable peinture 
(commedans l'aulel donnt^ paria familie Torlonia ă lacath^drale 
de Boulogne-sur-Mer), mais bien d'une mosaîque en ver(e, dont 
Ies morceaux, reiaţi vement grands, sont encb&ss^s dans des 
plombs ou encadres par de petites cloisons de pl&tre. (Voir la 
description de la mosquee d'Omar dans Touvrage de M. Melchior 
de Vogu^ ; on y trouvera des plancbes de fenetres en mosaîque» 
oii Ies plombs sont remplac^s par du pl&tre ; Ies dessins ont 6{i 
relev^s par M. Duthoit^ architecte.) En somme, on ne saurait, 
dans cette circonstance, faire que des conjectures, puisque la 
feu^tre de sainte Paschasie n'existe plus. 

La Chronique de Bicher, que nous citerons plus loin, dit 
« que r^glise de Reims fut, en 989, orn^e de fenetres o& 
« 6taient repr^sent^es diverses histoires. » Cette ^glise est sans 
donte celle de Saint-Remi, construite par Hincmar \ mais nous 
ne pouvons Taffirmer. En 1049, l'abside de cette âglise, reb&tie 
par H^rimar et Tbierry, fut orn^e de vitraux. 

H. l'abb^ Tonrneur, s'appuyant sur Topiniou de Tarchăologue 

Gh. Lenormand, de Tlnstitut, n*h^site pas k reconnaltre ces 

anciens vitraux pour ceux qui odt dtd plac^s k la fin du XI* silele, 

Sauzay ci te Ies verriires de l'abbaye de Tegern&se« cu 

TOMB XVII. 6 



74 . ESSAI SUR L*HISTOIRE DU VERRE 

Bavi^re, qui furent executdes, de 1081 ă 1091^ par le moine 
Wernrher. 

Mais, comme nous le disions plus haut, ii est bien diflicile d^ 
fixer line date precise aux premiers vitraux. Yoici commentL 
s'exprime M. A. Lenoir (tom. viii, Aperqu historique des arts^ 
et du dessin) relativement h la decouverle de Ia peinture sur 
▼erre: 

<c Je n*admets pas que la decouverle de la peinture sur verre 
« date du r^gne de Charles Ie Ghauve, mais elle fut posterieure 
« a cette epoque. » 

Dans le discours historique de la peinture moderne, M. £me- 
ric Davidy parlant egalement de Ia decouverte de la peinture sur 
Terre, fix^e au regne de Charles le Chauve, reroarque fort judi- 
cieusement : « que s'il en avait etc ainsi^ Ies poetes et historiens 
« du temps n'auraient pas manque d'en faire mention, et ils 
« ne parlent, dit-il, que de vitres peintes, et non pas de la pein- 
« ture «ur verre. » 

M. Viollet-Le-Duc, dans son Dictionnaire d'architecture fran^ 
faise^ dit : « II nous faut prendre Tart du verrier au moment oh 
« apparaissent Ies monuments, c'est-h-dire vers la fin du XI* 
« siâcie. D Mous commencerons donc a etudier la peinture sur 
verre ă partir de cette Epoque, mais auparavant nous nous faisons 
cette question : quel est le pays od fut trouve Tart de peindre 
sur verre, car plusieurs nations revendiquent la gloire de sa de- 
couverte. 

D'aprăs tous Ies documents que nous avons compuls^s, c'estă 
la Frailce qu'elle doit revenir *, voici, du reste, rappreciation de 
quelques savants ^ cet t^gard. 

IMM. Ies chanoines Bourass^ et Maiiceau, dans leur Monogra- 
phie des verri^res du choeur de T^glise m^tropolitaine de Tours^ 
s'expriment ainsi : « Doit-on placer ă Limoges Ie berceau de 
cet art naţional^ dans lequci Ies Franţais excellaient, au ii- 
moignage du moine Thăophile, au commencement du Xllb sift— 
ele, parce que, dans cette viile, on fabriquait des emaux, et qu'iL. 
y a une certaine analogie entre eux et Ies verres peints? V^t^ 



ET DES VITRAUX PEINTS 75 

de la peinture est originaîre de France» voila ce qui est incon- 
testable au temoignage du v^n^rable Bede et du moine Tb6o- 
phîle, sans que l'on puisse prouver qu'il soit d^ k Saint-Denis 
ou au Mans, parce qu'on y voit des restes assez considărables 
de vitraux duXII*' siecle^ Ies plus anciens connus. » 

Suivant M. Langlois, c'est en France que fut d^couvert l'art 

de peindre sur verre. Gependant M. Labarte [Hisioire des arts 

4ndustriels du Moyen-Age^ tom. iu, page 343) nous dit : « que 

« cette gloire pourrait bien £tre revendiquee par TAllemagne, 

« car Ies vitraux Ies plus anciens proviennent des provinces du 

« Rhin. » II cile alors un passage de la Chronique de Richer, 

moine du monast^re de Sainl-Remi : « Âdalb^ron, allemand de 

« naissance, etant tout ă la fois archev£que de Reims et cha- 

€ noinc de Hetz (viile appartenantk TEmpire), ayant fait restau- 

« rer Teglise de Reims (989), lui donna des cloches de bronze 

« et Teclaira par des fenâires oii eiaient representees diverses 

« histoires. » 

Corome nous Tavons fait voir, l'art de peindre sur verre dtait 
sans doute encore inconnu a cette dpoque; mais admettons 
m6me qu'il fât decouvert, la circonstance relatee parM. Labarte 
n'a rien de concluant en faveur de l'AIlemagne ; car Adaibdron, 
parce qu'il elait allemand, n'a pas 6i6 forcement obliga de faire 
ex^cuter en Allemagne Ies vitraux dont ii gratifia la cathddrale 
de Reims. Considdrons donc la France comme le berceau de cet 
art^ et dtudions sommairement Ies cbei's-d'oBuvre qu'elle a pro- 
duits. 

Les premiers peintres, dont nous admirons encore Ies tra- 
vaux, possedaient des connaissances approfondies de I'agence- 
ment des couleurs, et de Ia valeur des differcnts tons de verre ^ 
i's savaient egalement en calculer les rayonnements. II faut dire 
que la fabrication des verres leur permettait d'obtenir des effets 
de lumiâre qu'il nous serait aujourd'hui impossible de pre- 
ţuire : car Ies verres anciens, d'une epaisseur extremement va- 
^iable dans Ia mame feuille, tamisaient d'une faţon plus douce et 
plus inegale les rayons lumineux, tandis que Ies verres modernes, 



76 ESSAI SUR L*HISTOIRE DU VERRE 

d'une surfaceparfaitemenl uni3, laissent pdn^lrer ^ travers tou 
Ies points de leur roasse la mame intensite de lumiere. 

II est facile de comprendre le parti que d'babiles artistes oi 
su tirer de cette circonstance, qui Ies aidait puissamment ^faii 
ressortir leurs peintures. 

Vers la fin du XI*" silele et le commencement duXII% ia peir 
ture sur verre n'avait que fort peu de modeid ; la ligne (ou trai 
formait, pour ainsi dire, toute la peiuture. Les draperies â pli 
nombreuxel raides a'avaient aucuneampleur el laissaient senti 
les formes du corps, dont ranatomie eiail forceedaus tous U 
iDouvements. 

En general, les fonds de ces vitraux etaient en petites m< 
saiques, ou la couleur bleue etait dominante -, les sujets et l'o 
nement s'etalaient d'une maniere symelrique dans les fenetn 
qui, le plus souvent, Etaient de petite dimension. Les arms 
tures, quoique nombreuses^ ătaient si bien distribu^es et con; 
bin^s qu*elles ne coupaient point Ies verriăres d'une manier 
disgracieuse, mais qu'elles contribuaient, au contraire, ^ en faii 
ressortir les lignes principales. 

Les vitrauz de cette epoque representaient principalementde 
sujets l^gendaires, encadrds par de riches galons perles ; le tov 
âtait enchâss^ dans une mosaîque resplendissante de couleur c 
de richesse ; de magnifiques borduresâ entrelacsentouraient le 
fenâtres, qui repandaient dans les monuments une lumiăr 
douce et myst^rieuse, en mame temps que des tons chauds qu 
en faisaient valoir tout le detail architectural. 

En dehors de ce genre de vitraux, dont Teglise abbatiale d 
Saint-Denis et les cath^drales du Mans, de Chartres, de Poi 
tiers^ de Reims, possident des sp^cimens bien complets, o: 
garnissait encore les fenâtres des eglises^au XII« silele, d'une vi 
trerie incolore, priv^e de toute peinture, mais formantde trăs-joli 
cnlrelacs, au moyen des plombs qui en indiquaient les con 
tours. Les ^glises de Bonlieu (Creuse), d'Abarnie (Corr^ze), pos 
s6dent quelques (ypes remarquables de ces vitraux. 

Poor un inslans on put craindre que Tart de peindre sur verr< 



ET DES VITRAUX P2INTS 77 

encontrăt de puissantsadversaires dans Ie clerg^ lui-mâme. 
^i^ en effet, ce que nous lisons \k l'article LXXXII des Capi- 
ires de TOrdre de Citeaax (113A) : Viira alba fiant et sine erw^ 
9 et piciuris. Les cisterciens considdraient lesvitraaz comme 
vânt nuire k la vie contemplative. Mais sMl y avait rdellement 
inconvenient, quel enseignement pour Ies masses que ces 
eaux sur verre, resplendissanl de lumi&re et de vie, od se 
ivaient relatds les principaux faits de la religion chrdtienne. 
peinture sur verre ne tomba ipoint heureusement en ddca- 
ce, et nous la retrouvons au siăcle suivanl plus florissante 
jamais. 

lU XIII* silele, les vitraux se composent cncore de scfenes 
îndaires en mădaillons, sur fond mosaîque, dont la gamme 
gendralemenl plus rouge. Vers cette dpoque, nous corn* 
iţons ă trouver dans les fenâtres, des personnages de haute 
ure, le plus souvent disproportionnde -, ils sont raides, 
ves, et drapes a plis scrres. Cette nouvelle disposition de 
aii fut amenee par celle des grandes fenetresqui, dăsle mi- 
i du siecle, furent divisees par des mencaux en plusieurs 
ipartiments. Les jours des tympans furent garnis de mddail* 
i I^gendaires ou d'arabesques. 

[ous trouvons deja un peu plus de perspective qu'au XII" si6- 
Les ombres sont plus accentuecs et Ia composition a plus 
nitd, moins de raideur. Des soubassements et dais d*archi- 
lure accompagnent les sujets, qui se detachent sur des gri- 
les, reliaussces simplement de quelques petits fleurons de 
leur, que des bordures a entrelacs encadrent et font valoir 
leur riche coloration. 

^0 XIII* siecle nous a Iaiss6 beaueoup plus de vitraux que le 
;le precedent; ceux de Tours, par exemple, qui ont h eux 
îs une supcrticie de 505 m^tres carres. Les calliedrales de 
irges, deReims, de Chartres, de Chălons, nous offrent encore 
I nombrede magniliques vitraux de celle epoque, quifutTune 
plus fecondes pour les arls. 
[ous voici au XIV* silele : les vitraux ne se ressentent plus 



78 ESSAi SUR l'histoire du verre 

du toat du genre romaDo-byzanlin des siecles pr^c^dents. Les 
artistes copient la nature dans lears compositions, et, comme 
le dit Levieil (chapitre X, Art de la peinture sur verre) : « Ils 
« commencirent â tenter Tart du clair-obscur des ombres, des 
c reflets dans les ornements comme dans les membres et Ies 
« draperies quî, auparavant, n*avaient ^te peintes qu'au trăit, et 
« releT^es ensuite que par quelques hachures. » 

LesTitrauz, par eux-mâmes, sontbien sup^rieurs dans tous 
les ddtails k ceux des XIP et XIIP siecles, mais ils lenr sont in- 
fdrieurs au point de vue de la decoration monumentale. Les m^- 
daillons legendaires, avec leur mosaîque, sont delaisses pour 
les grands sujels. Les architectures et nxonumenls occupent 
peut-6tre mame une trop large piacedans les fenetres. Lesfon- 
dateurs d'^glise et donateqrs de vitraux font placer leurs por- 
traits et leurs armoiries dans les soubassements> ou les tympans 
des vitraux. 

Le ton gdn^ral de la coloration est moins soutenu ^ en un mot, 
la peinture sur verre, sans etre precisement en decadence, tend 
vers le genre de la peinture k Tbuile. On use largcment des 
^maux qui viennent d'âtre decouverts par Jean de Bruges, pein- 
tre flamand, et du jaune d'argent trouv^^ dit-on, par un moine. 
La peinture sur verre devient un engouement general : les fcnâ- 
tresă meneaux des chăteaux sont ornees de petites verrieres 
histori^es, la Cour elle-m6me subit Tinfluence du temps : les 
rois Charles VI et Charles VII accordent des privileges aux ver- 
riers, qui sont declares : « francs, quittes et exempts de toute 
taille, aides, subsides, gardes de porte, guets, arriere-guels et 
aulres subventions quelconques. » 

Nous avons recherch^ ce qu'^taient ces gentiishommes ver- 
riers dont ii est souvent question, et, d'aprcs les differents docu- 
ments que nous avons consultes, nous croyons devoir affirmer 
que la profession de verrier n'entrainait pas un titre de no- 
blesse ; on peut, du reste, k ce sujet, lire avec interet Tou- 
vrage de M. Sauzay, que nous avons dejk citd. 

Les vitraux de Sainl-Severin, a Paris, de Saini-Nazaire, des 



ET DES VITRAUX PEINTS 79 

catliedrales de Carcassonne^ Beauvais, Cbartres, ^vrenx, Limoges, 
Narbonne^ Sirasbourg, Toulouse, etc, sont Ies plus remar- 
qoables de ceuz qui dous restent du XIV» silele. 

Au XV* silele, ecrit Levieil : a Les peiutres verriers admet- 
« talent rarement dans chaque pan de leurs vitraux plus d'une 
« figure, ^ moins qu'ils ne fussent dans le cas, suivant l*usage 
« de ce temps, d'y introduire quelques symboles propres i ca- 
« racteriser le saint ou la sainte qu'ils s'dlaient propos^ de re- 
c preseoter. » 

La peinture des vitraux, â celte ^poque, est d'un flni extrâme 
et pour ainsi dire lech^ dans les moindres d^tails. Les peintres 
commencent k se servir, pour certaines draperies, de verres 
doubl^s, et ils abandonnent les verres leg^rement teintc^s en 
rose dans Ia masse, qui servaient auparavant pour les figures; ils 
les remplacent par du verre blanc auquel ils donnent, par un 
email d'application, le ton de la carnalion. 

Les differents morceaux composant le vitrail deviennent 
moins nombreux, et, par cons^quent, beaucoup plus grands. Le 
jaune d'argent est employe ă profusion et nuit generalement, 
par son grand ^clat, k TefTet de coloralion. 

Dans la premiere moitie de ce silele, les fonds des sujetssont 
souvent en tentures gaufr^es, aux couleurs vives et ornees de 
franges d'or, qui sont elles-memes abandonndes plus tard pour 
des niches en architecture ddiicatement dessini^es et rehaussiies 
d'or dans Ies ornements. 

Jusque vers le milieu du XV silele, la peinture sur verre 
vdgete sous le coup des tristes anndes que vient de traverser la 
France, et ce n'est meme que vers la fin du siecic qu'elle reprend 
un nouvel essor. 

Trois ecoles se formferenl alors, nous apprend M. Viollet- 
Le-Duc, celles de TIle-de-France, de Troyes et de Toulouse; 
voici, pour chacune d*elles, Tappreciation de cet homme dminent 
dans les arts : 

« Celle de Toulouse est la plus elevde certainement au point 
« de vue ou Ton doit se placer, lorsqu'il s*agit de la peinture 



60 ESSAi SUR l'histoire du TERmC 

« translucide. L'^cole de llle-de-France reporte sur verre de 
« compositions qui conviendraient aussi bien et mieux, m6me 
« peiutes sur snrfaces opaques : tels sont, par exemple, Ies vi 
c traux de la rosace de ia Sainte-Cliapelle, qui datent de la fii 
c du XV* siicle* L*6cole de Troyes est moins eloignâe des con 
fc ditions qui convieunent ă Ia peinture^translucide ; elle pos 
c s^de encore un sentiment assez juste de Tharmonie des tons 
c et Ies sujets sont Irait^s de faţon ^ profiter des qualit^s essen 
« tielles au vitrail. Quant ^ l'ecole de Toulouse, elle attein 
« parfois ă la perfection ; son style, comme dessin, est large 
« ^lev^ ; sa Taleur, comme emploi de couleurs translucides, rl 
€ valise avec Ies belles annees du XIII" siecle. » 

Nous poss^dons encore quelques vitraux remarquables du X\ 
si&cle : ceux de Saint-Michcl, d'Âymouiieis, de Saint-Ouen 
Rouen, de THâtel-de-Ville de Bourges^ ele, etc. 

Le XVI* silele fut pour la peinlure sur vcrre une dpoque re 
marquable. Nous ne dirons pas cependaut qu*elle fut sup^rieui 
au XIII* silele, car ii n'est point facile d'^tablir de comparaiso 
entre Ies vitraux de ces deux ^poques. Le XIII* silele n'ava 
pas, a vrai dire, de compositions artistiques, en quelqc 
sorte; mais ii savait donner un eclat de coloration et une eh; 
leur de tons quc rien n'a surpassd, m6me dans le XV« siicl 
qui nous a legu^ cependant des oeuvres d*un rare merite. 

Nous avons dejh parl^ de la faveur et des encouragements pr< 
digues aux peintres-verriers du siecle precedent; au XVI* si^cl 
Ies rois. Ies papes et Ies grands se disputent la gloire de souten 
Ies arts et, en particulier, la peinture sur verre. Le pape Le( 
X, Charles-Quint, Franţois II, Henri VIII, rivalisent de gener 
sit^ pour Ies oeuvres d'art : aussi peul-on dire que le XVI* sicc 
fut le rigne des artistes. 

Sous une semblable impulsion, la peinture sur verre dev: 
faire d*immenses progr&s; c'est, en efTet, ce qui arriva. L 
dessinateurs devinrent plus nombreux, ils form^rent des i'col 
et se perfectionn^rent ', la peinture sur verre s'adressa ai 



ET DES VITRAUX PEINTS 81 

oieilleurs ariistes^ quî lui fournircnt de magniGques cartons^ 

et alors elle produisit Ies vitraux incomparables que nous 

connaissons. Ceux de celte epoque sont d*une coraposition 

reinarquable ; on y trouve tanldt ie g^nie de Raphael, tantdt 

celui de Micbel-Ange, de Leonard de Vinci, d'Albert Durer, 

de Jean CousiD et de tant d'autres arlistes celebres. La richesse 

descostumes permetlait du reste aux peintres de ddployer loute 

la spleudeur de leur palette. 

Les vitraux du XVI* siecle nous ont laissc beaucoup de por* 

iraits bisloriques de rois et de grands seigneurs,que les peintres 

▼erriersse plaisaientă introduire dans leurs compositions, par 

complaisance, et surtout par flatlerie ; ii est malbeureusement 

regrettable qu'ils en aient souvent abus^ ; ainsi, dans Ic magni- 

fique arbre de Jessâ, d'Engudrand Leprince» ^ l'eglise de Saint- 

Elienne de Beauvais, sur [quaiorze personnages. quatre seule- 

mentappartiennenth la tige choisie de Dieu : Jesse, David, Sa- 

lomoD, Mărie ; les dix autrcs sont des rois de France, parmi les- 

qoels on reConnalt saint Louis^ Louis XII, Franţois I^. 

. Aq nombre des vitraux qui nous restent du XV* siecle, on peut 

citerceuxde la cath^drale d'Auch, de Teglise deSaint-Hilaire^ ^ 

Cliarires, de Saint-Gervais, ă Paris, de ia catbedrale de Melz, 

deceiles de Limoges et de Troyes, des eglises de Sainte-Foy de 

Conques,de Saint-Godard, hRouen, ele, ele, ' 

De la spiendeur k la decadence dans les arts, ii n'y a sou- 
^eniqu^un pas, c'est ce que, maliieureusement, nous constatons 
unefois de plus a la (in du siecle dernier el au commencement 
^oXVip. L'architecture ful atleinte la prcmifere, vint ensuite ia 
peiniure sur verre. 

Bernard de Palissy Tatait abandonnde vers 1570, parce qu'eile 
(ombait en discredit, pour s'occuper de la peinture cmaill(^e sur 
'^vasesde terre. 

I^lusieurs motifs furent cause de la cbute d'un art qui dtait si 
"^rissantaux siecles prdcddents ; ies guerres de religion el les 
^roubles de la fin du XVP siecle et du commencement du XVII» 
P^flfcrcnt d'abord la plus grave atleinte i la peinture sur verre ; 



82 ESSAi SUR l'histoirb du vbrre et des vitraux peints 

de plus^ comme le dit fort judicieusement M. Tabbe Texier : 
« On avaitintroduitle m^tierdans Tart. » 

L'idâal chretien se perdit, et, avec lui, le sens catholique \ 
Ia beaut^ du nu, ă Tinstar des arlistesgrecs, est alors recbercb^ 
dans toutes Ies compositions par nos eleves de Tecole romaine. 
Les architectures sont lourdes et mal dispos6es pour la peioture 
sur vcrre, car elles sont alors presque toujours de profil. 

Autrefois les plombs ^talent subordonnds aux sujets, aujour- 
d*hui c'est toutie contraire> car les vitraux sont coupes «ym^ 
triquement par des plombs qui enchâssent des verres reclangu- 
laires de O"» 25 sur 0'° 20 generalement. 

La peinture elle-meme ne ressemble plus k celle des siăcles 
precedents, elle devient en quelque sorte une peinture k Thuile, 
par la profusion des dmaux qui convrennent bien aux petits 
vitraux suisses, mais nuUement aux grandes scenes. Les om- 
bres manquent de vigueur et Tensemble est d'une excessive 
mollesse de ton. 

Nous sommes cn pleine decadence^ et vers la fin du XVII* 
silele, les vitraux li sujels deviennent tr6s-rares ; bientdt meme, 
Ies grisailles sont abandonnees pour des dessins geometriques 
en verre blanc, ou les plombs s'aligncnt et se coupent suivant 
des angles, au lieu d'avoir ces courbes et ces entrelacs gracieux 
du XIP silele. 

On peut citer^ en Tait de vitraux de cetle triste epoque du 
XYII* siecle, ceux des anciens cbarniers de Saint-Etienne-du- 
Mont, et de Saint-Paul, a Paris, et ceux de Teglise Saint-Merry* 

(La fin ă un prochatn numeroj. 

L. Latteux. 

Peintre verrier au Mesnil-Saint-Firmio, 
Membre de la Societe fran9ai8e d'Archeologie^. 



VOCABULAIRE 



DES SYMBOLES ET DES ATTRIBUTS 



employds dans Vlconographie chretienne 



SEFTiiMK ARTICLE * 



Gants. — Signc de noblessc, surtout ă lâ main gauche, parce 

uele gant servaitde perchoir au faiicon que portaient Ies sei- 

neurs,en signe de droitde cliasse. — Lcs ganls lilurgiques sont 

'^ ^S. de la prudence et du bon exemple. — La sibylle de Tibur 

^ icni dos ganls de chair, parce qu'elle a, diton, prophetise Ies 

^oufllcls que dcvait recevoir Nolre-Seigncur. 

Gargouilles, — Une idee fondameutule du Chrislianisme est 
^xprimee par cetle foule de gargouilles, de.dragons, de singes, de 
^^onstres qui peuplenl Ies parlies extcrieures des egUses el y font 
\jn frappant contraste avec ies anges el Ies saints des porlails et 
fjes contreforts. Cest Topposition des bons et des mauvais 
f^sprits qui veillent autour de la maison du Seigneur, animes de 
ciesseins conlraires. 

Geai. — S. de Tindiscrelion. 

Giant, — S. Cliristophe esl represenle sous la forme d'un geant, 

^raversant un fleuve, et portant rEnfant-Dieu sur ses dpaules. 

Dans un grand nombre de monumenls religieux, on voit une 

slalue plus ou moins colossale de S. Cbrislophe soit ă Tun des 

* Voir le dernier numero, page 45. 



84 VOCABULAIRE 

portails, soit dans une cbapelle situec ă Tenirce de Teglise. L'ii 
tention primitive des artistes,ă une epoqueoâ tout etait symbo 
dans l'art comme dans la liturgie, etait de rappeler aux fidel 
qu'ils devaient porter Jesus-Christ dans leur coeur ^vec autant < 
soin que, selon la legende^ Cbristophe l'avait porte sur ses r 
bustes epaules. Plus tard, une nuance de superstition vint ent 
cber ce culte, et le populaire s'imagina qu'on etait ă Tabride to 
danger, pour le reste de la journee, quand pn avait jele un cou 
d'oeil sur la statue de S. Cbristophe ; c'est ce qu'exprimait c 
adage : 

Christophorum aspicicis, postea iutus eris. 

Genâvrier. — S. de la protection divine. 

Glatve.^ Embleme de la royaule, des guerriers, de la force, (i 
la justice, de Tautorite de la foi, de la puissance de la parole d 
vine, de la mort par le martyre. Cest Taltribut, pour Tun de ce 
motifs, des sibylles d'Erytbree et d'Europe, de Salomon, de î 
Albertde Liege, Sie Calberine, S. Emilien, S. Jacques-le-Majeu: 
S. Geminien, S. Hieron, S. Kilien, Ste Lucie, S. Maurice, S. Ha 
tbias, S. Nicephore, S. Pierre de Vdrone, S. Paul, Ste Reine, eti 
— Le Desespoir se perce d'un glaive. 

Globe de feu. — A. du prophete Malachie, de S. Adalbert, ! 
Franţois de Sales, S. Germain de Capoue, S. Martin. 

Globe du monde. — On le voit entre Ies mains des deux pr 
mieres personnes divines, des empereurs S. Cbarlemagne et j 
Henri et quelquefois de S. Micbel. 

Gloire. — M. Didron donne ce nom generique au nimbe et 
Taureole, qu'il considere comme deux vari^l^s. II vaut mieu^ 
avec M. Grimouard de Saint-Laurent, reserver ce nom ă tous l 
rayonnemenls plus ou moins derives du nimbe et de Taureole < 
qui Ies ont remplaces â parlir du XVP siecle jusqu'ât nos jours. 

Gloutonnerie,— Figuree par une femme ă cheval sur un poui 
ceau. 

Goupillon. — A. de S. Evermode, S. Exupere, S. Fiutan, Si 
Hartbe, Ste Marguerite, etc. 

Gourmandise.— Figuree par un jouvencel cbevaucliant sur u 
loup et tenant un mufle. 

Grelots. — A. de la Folie. 



DES SYMBOLES 85 

.Grenade. — Ce fruildoni Ies grains sont si nombreux, dit Ie 
j)ape S. Gregoire, sjnibolise la cliarite qui contientlant de vertus. 
Cest Taltribut de S. Jean-de-Dicu. 

Grenadier. — S. de Jesus-Christ, du juste. 

Grenouille. — S. des deinons, des mechants, des insulteurs, des 
lieretiques, de Tavarice, de la colere, de la loquacite. Cetanimal, 
Temarque M. Auber, est un de ceux qui ne sont jamais envisages 
â un bon point de vue. C*est Taitribut legendaire de S. Uieul de 
Senlis et de Ste Ulpiie d'Amiens. 

Griffbn. — Quadrupfede fantastique ayant Ies pieds et Ies griffes 
d'un lion, la tâte et le bec d'un aigle. Ce qu'en a dit l'antiquitâ 
devait sa source^ d'apres Cuvier, ă une connaissance imparfaite 
du tapir oriental. Pris en bonne part, c'etait, au Moyen-Age, 
Tembleme du Sauveur; en mauvaise part, 11 representait le de- 
mon, Ies oppresseurs, Ies bypocriles (d*Ayzac). 

GriL — A. de Ste Blandine, Stes Donatile et Seconde, Ste Cres- 
cence, Ste Foi d'Agen, Ste Juliette, S. Laurent, S. Hac^donius, 
S. Vincent diacre. 

Grtllon. — Embleme de Tbomme occupe h cbanter Ies louanges 
du Seigneur. 

Gris. — Ce melange du blanc et du noir fut, cbez Ies chretiens, 
Tembleme de la mort terrestre et de rimmortalite spirituelle 
(Portal). Cest aussi la couleur des tribulations et des epreures. 

Grue. — Symbole de la vigilance, de la prudence. — Attribut de 
S. Agricole. 

Guem'ers. — Sont en babits de guerriers : Gad, l'arcbange S. 
Michel, S. Adrien, S. Georges^ S. Lievin, S. Louis, S. Martin, S. 
Kaurice> S. Siverin, S. Victor, etc. 

Guillotine. — Get instrument de supplice, bien ant^rieur au 
docteur Guillotin, est reprăsente sous des formes diverses, dans 
des images des XV* et XVP siâcles. 

1. GORBLBT. 

(A suivrej. 



LE TRESOR DE CAILLY 

(Seine-Inf^rieare) 



On n'a peuirâtre pas oubli6 qu*â la fin de 1821 on ddcouvrit ă 
Cailly, au lieu dit la C6te du Floquet, un tr6sor romaîn composfi 
d'iin beau collier d'or, de vingt-sept pieces en or du Haut-Empire, 
de quelques nîonnaies d'argent, d'unebalance enbronze et de quel- 
ques autres objets de m6tal. Ces pieces furcnt alors recueillies par 
leur propri6taire, M. Esneault, de Rouen, homme ais6 qui Ies garda 
soigneusement. Toutefois le collier et la plus grande pârtie des 
monnaies furent dessinds et grav6s par M. Hyacinthe Langlois. Le 
c61^bre Mionnet estima Ies pieces et un m^moire fut composâ et Iu 
par M. L6vy, h la s6ance publique de la soci6t6 d'Emulation de 
Rouen, Ie 10 juin 1822. 

On n'y pensait plus, et dăjă plusieurs ignoraient Texistence de ce 
tr6sor dont la d6couverte avait fait du bruit, lorsque le propri6taire 
actuel, M. Esneault, a bien voulu donner ce qui lui restait de cette 
dăcouverte au mus6e ddpartemental des antiqultâs de Rouen oix on 
le verra bientât. 

Nous ne saurions assez remercier M. Esneault de la bonne pens£e 
qu'il a eue de faire profiter le pays d'un trdsor sorti du sol normand 
et qui fait pârtie de son histoire. Nous voulons espârer que ses 
neveux, MM. Morel et Maillet du BouUay, de Paris, Ies cohSriiiers 
des dix-sept autres pieces, voudront imiter un si bel exemple et 
faire ainsi profiter le pays d'une d6couverte inutile entre leurs 
mains et dont le public leur serait reconnaissant de b6n6Qcier. 

Bon nombre de nos lecteurs sont peut-etre d6sireux de savoir ce 
que fut ce trasor de Cailly en 1821. Le bruit qu'il fit alors est bien 
elTacâ aujourd'hui. Mais heureusement^ Ies documenta nous resteot 



LE TRASOR DE CAII.LY 87 

et nous irons en puiser le d6tail dans le m6moire de M. L6vy, qui 
publia alors la description et le dessîa des objets. 

Ge trasor coDsistait surtout en un collier compos6 de trente-six 
amandes d'or bomb^es d'un c6t6 et aplaties de Tautre. Sur le c6tâ 
aplati r^gnaicnt des agrafes artistcmeot soudâes qui enlagaient en- 
scmble toutes Ies parties du joyau. Deux amandes ăgalement d'or, 
xnais distingu6es par le listei cisel6 qui Ies borde, servaient proba- 
iDlament de fermoirs. Nons ignorons si le collier est complel tel que 
nous le poss6dons. 

Ce collier, long de dix pouces, ne p^se que 14 grammes, maîs le 
rn^tal n'est que son moindre m6rite. L'anciennetâ de Torigine, la 
perfection du trayail et la raretâ de Tobjet en sont Ies principales 
qualitds. 

Avec ce collier, on a recueilli 27 mădailles d'or du Haut-Empire 
dans un ătat parfait de conservation. Frappdes ă Rome, aucune 
cî'elle n'est inedite ; mais par leur beaut6 native et la particularit^ 
cîe leur revers, elles sont toutes remarquables. Comme nous Tavons 
^6j& dit, Tantiquaire Mionnet Ies avait connues et ii avait estima 
X*une d'elles jusqu'ă 150 fr. 

Pour la plupart, elles furent dessin6es par Hyacinthe Langlois. 
"Toutes repr^sentent des C6sars, des empereurs et des imp6ratrices. 
Jîous citerons particuli^rement Domitien, Antonin le Pieux, Marc- 
-Aurfele, Lucius Verus, Faustine la Mfere et iElius-Adrien. 

Avec ces pieces d*or furent recueillies quelques monnaies d'ar- 
^ent et des mădailles de bronze, parmi lesquelles on distingue Ies 
^oms d'Auguste, de Nerva, d'Adrien, de Vespasien et de quelques 
«utres. On a 6galement trouvd une balance en bronze qui se trouve, 
j'e crois, au mus6e d'Antiquitâs. Dans le nombre on remarquaitune 
cassolette carrăe en cuivre qui dut servir h faire brWer des par- 
fams. Un vase beaucoup plus beau et destină au meme usage a 6t6 
rencontrâ en ces derniers temps ă Sainte-Beuve-Epinay. Gette se- 
conde cassolette 6tait damasquinâe en argent dans certaines par- 
ties. 

M. Lăvy fit une dissertation sur la balance antique h propos de 
celle de Gailly; M. Pottier a fait un m6moire beaucoup plus complet 
sur la meme matiere dans la lievue de la Normandie, a propos de la 
balance trouv6e a Archellcsen 1863. Gelle-ci, en efTct, poss6dait 
tous ses poids et contre-poids. 



88 LE TRlgSOR DE CAILLT 

Du tr£sor de Cailly, partagâ comme bien de familie, ii ne 
plus dans Ies mains de M. Esneault que Ies dix aurei dont nous 
parlă. II a bien voulu se d6sister, en notre faveur, de cette 
de rh6ritage de son pere. U a donn6 lă un rare exemple de 
t6ressement etde patriotisme qui, nous Tesp^rons bien, trouvc 
imitateurs dans notre contr6e. A Ia v6rit6, c'6tait chose inutil 
lui que de poss6der un objet rare et antique. II est plus beai 
faire profiter ses concitoyens et la post6rit6, ses compatrio 
Tavenir. De cette maniere. Ies objets sont pour toujours sou 
aux hasards de la propri6t6 priv6e, et le fruit du g6nie h 
devient ainsi une chose publique : Ingenia hominum rem pu 
fecit. 

L'abb6 Cochet. 



UNE MISSION ARCHEOLOGIQUE 

EN ALG^RIE 



RAFPOBT A K. LE MINISTRE DE L'lNSTaUCTlON PtBLIQUB 



I^ aiT£t6 minisiâriel en date du 14 mai 1872, M. Dnthoit fîit 

^^^6d'aller explorer rAlg6rie pour y reconndtre etdessiner Ies 

^^Uuments d'architecture musulmane offrant quelque iniârfit poup 

^^^. Gette mission lui avait 6t6 confi6e sur Ia demande de la Com- 

^^^ion des monuments historiques, k laquelleil estattachâ comme 

^^^hitecte. M. Duthoit se mit immâdiatement en route, et parcourut 

^^^*aQt trois mois, le crayon k la main, Ies d6partements d' Alger et 

Oran; maisles chalcurs accablantcs du mois d'aoât TempSchărent 

^ poursuivre ses recherches dans la province de Constantine. 

^^Uxeusement, cette province, si riche en souvenirs de l'antiquitS 

^^itiaine, ne posside quebien peu de monuments arabes de la bonne 

*Poque. 

liliistoriqne de cette mission constitue le rapport de M. Duthoit. 
^^ rapport, qm*, dans la pensie de son auteur, s'adressait plus, 
^^Ot-âtre, k la Commission des monuments historiques qu'au Comitâ 
^^ Socî6tâs savantes, a 6t£ renvoyâ par M. le Ministre k notre sec- 
^ot^ d'archtologie, qui n'aura qa*k se f61iciter de cette intâressante 
^^nimunication. 

lies principaux monuments visitâs et relevăs par M. Duthoit sont, 
^ Alger, la grande mosquâe proprement dite, la mosquâe Hanâfi 
^ eeUe dite de la Marine, la maison Kasnadji, la maison dite le 

TOHB xni . 



90 UNE MISSION ARCHâOLOGIQUE 

Dar-Souf ;|& Oran, le minaret du Campement. A Tlemcen, M. Duthoit 
signale particuliărement la mosqu^e Djama-el-K6bir, celle de Sidi- 
Aboul-Hacen, le marabout et la mosqu6e de Sidi-Brahim, le mina- 
ret et la mosqude des Ouled-el-iinam. Aux environs de Tlemcen, 
Tartiste a dessinâ la mosqu6e-palais de Sidi-Bou-M6dine, qu'habi- 
taientles sultans venus en pălerinagc ; lamosqu6c dci Sidi-el-Hallong 
celle de Bou-Issac, le minaret d'Agadir, la porte, Tenceinte et le 
minaret de Mansourah, etc. 

M. Duthoit donne, dans sonM6moirc,des ddtails int6ressants sur 
la structure et la destination pr6cise de ces 6difices ; ii explique, 
par exemple, que la mosqu6e n'est pas seulement un temple pour 
la pri^re, mais un centre de r6union et un lieu d'asile. On s'y rend 
le jourpour s'y reposer et dormir au frais, prendre sanourriture et 
causer affedres, tandis que le magistrat y rend la justice et que Ie 
pretre y tient 6coIe. Pendant la nuit, la mosqu6e sert de refuge aux 
voyageurs et aux pauvres gens sans foyer. 

Les 616ments essentiels d'une mosqu6e sont : 1^ le m'rad, sorte 
de niche dont Taxe indique approximativement la direction de la 
Mecque ; c'est tourn6 vers le m*rad que les pretres r6citent leurs 
priăres et que les fîdeles font leurs d6votions ; 2"* la djama, salle cou- 
verte plus oumoins grande, plus ou moins d6cor6e, qui, s'6tendant 
devant le m'rad, est pr6c6d6e d'une cour d6couverte, la m'salla : 
dans les villages pauvres, cette cour seule remplace la djama des 
mosqu6es plus importantes ; 3® le minaret ; 4° la fontaine d'ablu- 
tions; 5® la salle des morts, oh sont expos6s, lay6s et ensevelis, selon 
Ies rites^ les cada vi es musulman s. 

Ces dispositions sont partout les mâmes ; elles ne difT^rent, entre 
eUes que par les dimensions ou par la nature des matârîaux em- 
ploy6s k leur r^alisation. On les rencontre souvent dans la campa- 
gne ă r^tat rudimentaire : ainsi, M. Duthoit avu, ă demi-enfonc6es 
dans le sol, de grossi^res poteries remplagant les fontaines de por- 
phyre ou d'onyx, ou quelques pierres ă peine âquarries, superpos^es, 
figurant r616gant et altier minaret des croyants plus puissants ou 
plus riches. 

Autour de la mosquăe viennent ordinairement se grouper des 
6tablissements de charit6 ou d'utilit6 publique, tels que des mara- 
bouts ou chapelles servant de s^pultures a de grands ou de saints 
personnages, des logements pour Ies pMerins riches ou pauvres. 



BN ALGÂRIE 91 

des bains manres, des 6coIes et des collâges, des latrinespubliques, 
des fontaines et des lavoirs. Souvent aussi se trouve, parmi ces bâ- 
timents, Thabitation d'uae familie privilâgi6e k qui est confi6e h6- 
r6ditairement la garde des saints lieux. Chaque mosqu6e est pour- 
Yue d'une pârtie au moins de ces âtablissements, maisils se trouveut 
lOTisrâanis aux eavirons de Tlemcen, k la mosqa^ede Bou-Mâdine, 
ouvrage du XIV sifecle, type le plus complet et le mieux conserva 
de ce genre d'idifices. 

Je ne soivrai pas M. Duthoit dans Ies descriptions qu'il donne 
de tons Ies monuments musulmans qu'il a âtudlds ; ii faudrait, pour 
eela, pcuvoir transcrire ici in extenso son savant mdmoire. Qu'il 
me soit permis seulement de dlre quelques mots du style et du 
mode de construction de ces monuments. En Alg6rie, de la fin du 
tn* sifecle au commencement du XYP, toutes Ies constructions ci* 
iles ou religieuses appartiennent k ce qu'on appelle Tdcole anda- 
Oase. Deux savants et saints personnages, Sidl-Bou-M6dine et Sidi- 
1-Hallong, tous deux n6s en Espagne et y ayant longtemps v6cu, 
urent âvidemment une grande influence sur l'architecture du lit- 
oral afric€un de la Mdditerrande, car Ies deux grandes mosqudes 
levâes en leur honneur aux environs de Tlemcen ont servi de types 
^ndant plusieurs sifecles, c'eBt-ă-dire jusqu'ă la conqufite de Bar« 
».roosse et k la domination des Turcs. C'estă cette dpoque que se 
rdirent Ies vieilles traditions : Ies 6difices âev6s par Ies deys, 
^c Faide d'artistes persans, n'ont plus, tant s'en faut, la simpli- 
S et Ie grand caractere de l'art des Arabes. Au XVII* et au 
in* silele, ce n'estplus seulement une transforraation qu'on peut 
Btater dans l'architecture musulmane, c'est la ddcadence : k la 
et dSlicateornementation de l'dcole persane ont succ6d6 l'exu- 
nee et Ies floritures italiennes ; Ies Algdriens font travailler leurs 
^res k G6nes et k Marseille, et vont chercher en Hollande Ies 
lires carreaux de falence destinds au rev6tement du sol et des 
illes de leurs Sdifices. Chose curieuse k noter, une sorte de re- 
jice de l'art arabe se manifesta k Alger au commencement 
silele : le palais dit Dar-Souf, affectâ aujourd'hui k la cour 
es et qui date de cette 6poque, ofCre un exemple frappant de 
Sactipn contre Ie mauvais go&t des deux premiers sifecles. 
)ute ce palais, k peine termina en 1830, au moment de notre 



92 UNE BaSSION ARCHâOLOaiQUB 

conquSte, se ressent encore des influencesexotiques ; maia ii appar- 
tient bien par son style h Tart arabe primitif. 

En sa qualitâ d'architecte, M. Duthoit ne pouvait 6tndier tous 
ces documents sans tenir compte des matâriaux qai Ies composent 
et des proc6d6s d'exâcution employfe par Ies architectes ; aussi 
entre-t-il h ce sujet dans des dStails int^ressants que je dois indi- 
quer sommairement ici. 

Les pierres k batir, Ies roches. Ies marbres, le granit, abondent 
en Algârie ; cependant les monnments construits en matârianx de 
grand appareily sont fort rares.Le minaret colossal de Mansoorah, 
ouvrage du XIV* siăcle, n'est qu'une exception ă cette răgle ; on ne 
tronve pas d'autre exemple de ce mode de construction parmi les 
âdifices âlevâs antârîeurement ă l'arrivâedes Turcs,au XVI* silele. 
La brique et le pisa sont les matâriaux le plus g6n6ralement em- 
ployâs ; senlement le pis6 africain n'est pas simplement^ comme 
obez nous, un mortier de terre comprima au piloir : c'est un amal- 
game d'argile, de cailloux et de chaux, battu sur place dans des 
caisses dispos6es ă cet effet; c'est, en r6alit6, un v6ritable b6ton fa- 
briquS par blocs ou par assises et revStu d'un enduit ă rext^rieur. 
Ce pis6 rasiste si bien ă Thumiditâ, qu'on^trouve encore, aux envi- 
rons de Tlemcem, et dans un parfait âtat de conservation et de 
fonctionnement, des piscines et des citemes datantdes XIV* et XV* 
si^cles. 

Les bois employ^s pour la couverture des anciens monuments 
musulmans civils et religieux sont ordinairement le cadre et le m6- 
l^ze. M. Duthoit a remarquâ que ces bois sont employ6s en brins 
assez grSles et trăs-courts. La plus forte piăce qu'il y ait rencontrăe 
n'avait pas 20 centimfetres d'6quarrissage ni 4 mătres de longueur. 
On ne sait & queUe cause attribuer les faibles dimensions des piăces 
de charpente dans les constructions arabes ; mais, queUe que soit 
cette cause, ii est certain qu'elle a influ6 sur la disposition des 6di- 
fices. En consultant les plâns si nombreux qu'il a relevâs en Alg£- 
rie,'M. Duthoit a pu constater que la largeur des nefs, des galeries, 
des piăces principales des mosqu6es ou des habitations, a toujours 
pour mesure la longueur si restreinte, que je viens d'indiquer, des 
pi5ces de charpente. 

Je ne crois pas devoir insister sur cette pârtie du rapport de M. . 
Duthoit; ii me faudrait entrer dans des dâtails tout h fait techniques 



BN ALGÂRIE 93 

quine seraient pas ici h leur vraic place, et qui, d'ailleurs, seront 
publi^s. D'autrcs d^tails non moins int6ressants se rapportent ă la 
dâcoration'des 6difices musulmans, h cettc riche ornemen talion de 
plâtre sculpt6 qui compl^tent des applications de peinture et de 
dorore ; ă des ouvrages en fonte de bronze; k ces faîcnces 6mail- 
16es, aiabes ou persanes, d'une si riche coloration, et dont plusieurs 
si^cles n'ont terni ni raclat ni la fraîcheur. 

M. Duthoit ayant bien voulu me communiquer Ies dessins qu'il 
a rapport6s de notre colonie africaine, j*ai pu juger de Tintârfit 
que prâsentent Ies monuments qu'il a visit^s, mesur6s et tr^s-habi* 
lement dessinâs. A mon avis, Ies questions d'art que viennent 6vo- 
quer ces consciencieux travaux devront avoir, par T^tude qui en 
sera faite, sinon par leur solution, Ies plus heureux râsultats pour 
la science archăologiquc. On en jugera par le M6moire que jc yiens 
d'analyseret qui doit 6tre imprima prochainement dans Ies ArcAives 
des Missions, 

Ad. Lance, 

Membre du Comite des Societes Mvantes. 



L'ARCHITECTE 



I 



Le premier ădlfice fut un temple, le premier architccte fut un 
prStre. 

L'6v6que des premiers si^cles ordonnait T^rection d'une 6glise ; 
Ie moine de ThdbaYde dressait le plan, et Ies fîdeles, princes et su- 
jets, servaient de manoeuyres. 

De nos jours, le prâtre n'est plus artiste et Tartîste n'est plus 
chr6tien; la g6om6tric gouvcrne. Nos 6difioesne sont que lescopies 
de ces tableaux g6ants contresign6s par Icur auteur, 1^ sacerdoce. 

D'abord timide, pauvre et săvere comme Tapâtre descatacombes, 
Tarchitecture cbr6tienne se borna h Timilation des grandes li- 
gnes du romain primitif ; mais h mesure que le sacerdoce augmenta 
de nombrc, de puissance et de richesses, ii agrandit son 6glise, 
copia Byzance, mit du luxe, du temps et de la science h ornemen- 
ter la correction du dessin et Tharmonie des lignes. Cette seconde 
pâriode de Tart s*6tend du neuviăme au douzicme silele. 

A dater de cette âpoque jusqu'au quinziăme siecle, nous voyons 
Tarchitecture chrâtienne rejeter ses modeles et se transfigurer, 
comme le monde, sous la pcns6e 6vang61ique ; elle n'est plus copte, 
ni hindoue, ni arabe, ni grecque, ni romaine, ni gallo-romaine : elle 
est chr6tienne comme TOccident qu*elle repr6sente ; le nom de go- 
thique ne lui convient pas, cile est 6vang^lique ; c'est un type qui 
n'a rien de comparablc dans le pass6 ct qui ne peut avoir que de 
pâles imitations dans Tavenir ; un apog6e ne se repete pas. 

Les âglises de cette 6poque sont des po^mes spirituels, des m6di- 



L ARCHITECTE 95 

tations et des extases ; rarohitecte qui Ies signe s'appelle Moine. II 
a calcula dans le cloitre tous Ies caprices de la pierre et tous Ies 
symboles de la fonne : frSIes chapiteaaz,a6riennes comiches, lignes 
qui partent sans retour; Ies coionnes ne portent plus V6dif\ce^ elles 
Temportent sur des paraboles qui se croisent et se perdent dans rin« 
fini. L'ogive ou arc en tiers-point caract^risc ce troisifemc groupe 
d*un art ou le g6nie de rhomme semble avoir atteint sa limite. On 
ne i^fait plus des 6glises comme celles de Cologne, Chartres, 
Reims, Amiens, Beauyais, la Sainte-Ghapelle, Notre-Dame de Pa- 
ris, Tabbaye de Westminster, Salisbury, York, Burgos et Tolâde. 
Ces prototypes de la splendeur chrătienno resteront uniques: ces 
Toiites de d20 ă 140 pieds avec 4 ă 6 pouccs d'^paisseur, ces trois 
miile statues de Reims, ces cath^drales qui ne sont pas achev6es 
apr&s trois si^cles de travaux, ces incalculables mervcilles n'auront 
peut-âtre jamais de pendanis. 

Pourquoi? c'est que Tarchitecture est Texprcssion de la Soci6t6 
tout conmie sa soeur, la litt^rature : plume ou ciseau, c'est un 
style ; Ia main qui le porte traduît son siecle et disparaît. 

Les papes du quatorzidme siecle commcncercnt la r6action contre 
Ie gothique populaire en favorisant Ie g6nie de Raphael et de Mi- 
ohel-Ange; et voila comment lespremiers âdifices dits de laRenais- 
sance s'6Icvărcnt en Italic. La France rcfusa longtemps les copistes 
^recs et n6o-romantiques. En Espagne, la r(5action fut encore plus 
lente, et Ton ne rencontre chez elle aucun synchronisme dans ses 
t:«mples modernes, qu'il est souvent tres-difficilc de classer. 

Gette dcrniere p6riode nous a ramenâs au silele des copistes, 
X'AIe humiliant qui pese encore sur Ie gdnie de Tarchitecture. 

Nous sommes loin de cet Eudcs de MontreuiI quijeâinait etpriait, 
fsn rfivant cette perle gothique de la Saînte-Chapcile I 

Comment se fait-il que notrc silele, si abondammcnt pourvu de 
^essources, de g6nie, de talents et de d^couvertes, reste, sur le ter- 
^ain de Tarchitecture chr6tienne, d'une vulgarit6 d6sesp6rante? 

Onditque Ton cherche, que Ton tâtonne, que nous sommes h une 

^poque de transition, qu'un type nouveau sortiră, aussi difTdrent du 

neologisme grec que nous sommes distants du paganismc, aussi 

Cearta du gothique que nous le sommes du moyen-âge. Esp6rons ! 

Mais, pour abrăger les tortures de l'art, les essais malheureux et 



96 l'architecte 

Ies vaines aapirations, ii y aurait un moyen, ce serait de mettre h, 
rceuvre la main et le coeur d*un artiste chr6tien. 

L'architecte lalgue doit se faire moine ou le pretre doit se faire 
architecte. 



II 



^ Copier Ie chef-d'ceuvre de Tarchitecture chr^tienne, imiterle 
gotbigue, est une chose impossible aujourd'hui, disait M. du Som- 
xnerardy Tillustre archâologue de Cluny. 

— On ne peut âlever de pareilles cath6drales, dit V. Hugo, 
parce que la cath^drale est un milliard. 

— Les philosophes qui murmurent contre nous sont des id6alistes? 
râpondent en choeur les architectes d^partementaux, dioc6sains el 
autres. Est-ce que le plan d'un 6difice ne doit plus etre en rapport 
avec les goâts, les habitudes et les moeurs de celui qui doit Thabi- 
ter ! Yous demandez tous une 6glise spiritualiste,comme si elle 6taif 
possible avec les exigences du clerg6 actuel. 

La belle figure gothique, je vous prie, que le prâtre-architecte du 
XIX' siăcle I Imaginez un instant Pierre deMontereau ou Jehan de 
Chelles se pr6sentant au concours avec les plâns de leurs cath6- 
drales. Quels immenses cartons ! des lignes sans fin, des sculptures 
id^ales I et, dans Tensemble, quelle harmonie, quelle distinction 
Rien ne s'est vu de pareil, le projet est sorti tout entier d'un râv( 
et d'une extase. 

(( — Cest admirable I r6pond M. le cura, vice-pr^sident du ju- 
ry; seulement, ii me semble qu'il manquera un peu de jour; qu( 
deviendront les marbres,les plastiques, les tableaux, les dorures,lei 
velours et les gazes, dans ces obscurităs ? 

— - Et ces colonnes, ne les trouvez-vous pas un peu 16g5res 
ajoute un marguillier. 

— Cette obscuritâ I Mais c'est le calme de la pri^re etla solitudi 
du coeur! râpond Tailiste. Ces colonnes? mais leur 16geret6, c*es 
mon r6ye ! Je les voyais, gracieux fuseaux, s'61ancer conmie un( 
aspiration de Tâme, ardentes comme un soupir, perdues commc 
ane extase 1 

— Certainement I Tidăe est belle, reprend M. le Cur6; mais 



l'architecte 97 

pourra-t-on Ies crenser, Ies percer? U ne faut pas oublier que ces 
colonnes doivent contenir des tuyaux, porter des becs de gaz, des 
pendoles et des bronzes ? 

*— Des tuyaux de gaz I Qu'esUce que cela dans Tfiglise I Les rites 
asLcrfy ne parişnt que de cire et de torches en souveuir des cata- 
coiTLbes ? 

— - Sans doute ! sans doute I m^^is aujourd'hui ce n'est plus qa. i 
Que vas-tu parler de catacombes I mon pauvre Jehan de Ghelles I 
Ecoute jusqu'au bout. 

^Quel dommage que ces neryures soient fouiliăes avec tant 

- — Comment, quel dommage ? 

^— Cest que Ton devra poser justei cette hauteiir une galerie 
^onrante qui viendra masquer et âcraser ces sculptures. 

— Impossible ! ces galeries ressembleraient h des loges de 
thâAtre, mon plan de vo&te no Ies comporte pas. 

— On les appellera tribunes, si vous voulez; quant h Ia voAte, on 
pouirait Tabaisser, Taplatir mame ai cela est nâcessaire: 

— Un plafond I grand Dieu î 

* — Oh I entendons-nous ! ce plafond serait garnl de sculptures en 

pl&tre et en bois dor6s; ii serait peint par Ies grands maîtres; ii y 

aux^it des carrăs, des triangles, des ronds, des guirlandeSi des 

fleurs ! Ge serait splendide ! ii faut bien que la voâte soit en harmo- 

^o avec les bas-cdt^s et la mosaîque du plancher. 

— • On ne pave donc plus avec la grande dalie? 

«— Youlez-Yous, mon ami, que Ton pose sur une pierre nos fau- 

t^viils rembourr^s et nos prie-Dieu d'acajou? (^est d'ailleurs trop 

glacâ une dalie I et tous nos calorif^res ne sufDraient pas. Vous avez 

Vair sorpris? mais je suiş obliga de vous faire observer encore que 

les niches sont trop 6troites, nos saints d'aujourd'hui ne sont plus 

^aîgres et ^tiques; nos vierges ne sont plus a^riennes et de conven- 

tioQ; elles sont joufQues, grassettes ou râveuses, mais largement 

^p^es; ii leur faut de l'espace I Avec ces modifications, votre plan 

Qoos convient, et tout cela peut s'arranger. 

*^ Tout cela peut s'arranger I conmie vous le dites h Taise, Mes- 
^eurs? Vous dâtruisez la vo&te, vous 6paississez Ies colonnes, vous 
^'^fevez Ies dalles, vous masquez les sculptures, vaus percez de 



98 l'architecte 

larges fenâlres, tous badigeonnez Ia pierre, vons Ia convrez de 1 
bleaax, de fresques et de tapis, et vous demandez uae architecto 
religieuse ! 

Adressez-vous plutdt h Hostein, Ie directeur du Châtelet ! Yoilă 
poete qui conTient h vos goâts artistiques; celui-lă vous donnc 
des jours âlectriques, des ciselures en carton, des luminaires p 
tiches, des trucs merveilleux, des âcharpes soyeuses et des mode 
pour vos statues I 

— Mon pauvre Jehan de Chelles I 

F^LIX BOBART. 



EPITAPHE 

DE PROSPER PUBLICOLA DE SANTA-CROCE 
O^rchevSque cPo^rles^ ă ^B^me 



Prosper Publicola de Santa-Groce fut fils de Tarquin et seigneur 

Ie Castel-San-Gregorio. Ag6 seulement de seize ans, ii pronon^a 

*vec succes ă Bologne un dloquent discours en pr6sence de C16- 

«^ent VII et de Charles- Quint. Paul III et Jules III qui rhonorerent 

de leur estime, le nommereDt auditeur de Rote, et, aprăs l'avoir sacr6 

6veque de Kisame in partibus infidelium^ renvoyerent en qualit6 de 

'^onee apostolique en Allemagnc, en Espagne, en Portugal et en 

Prance. II s'employa surtout auprăs des princes pour l'extirpation 

^e rh6r6sie et la r6union du Goncile de Trente. Pie IV Tayant d6- 

cor6 de la pourpre, lui donna Tarcbevechâ d'Arles. puis 6tant de 

^^tour ă Rome, ii obtint r6v6cb6 suburbicaire d*Albano. II mourut 

^'^ 1589, ^g6 de 76 ans, et fut inhum6, preş de ses ancetres, dans 

l'^glise de Sainte-Marie m Publicolis. 

En 1729, Scipion Publicola de Santa-Groce, prince d'Oliveto, 
d6dia h, sa m6moire l'dpitaphe suivante : 

D. o. mJ 

PROSPER PVBLICOLA DE S. CRUCE 

S. R. E.* CADDINALIS 

TARQVINI FIUVS 

■ ET CASTRI S. GREGORII DOMINUS 

XVI. an'. NATVS INGENIO IAM MAXIMVS 

Keo oplimo maximo. 
Sanctoe Romauie Ecclcsiab. 
-^nnos. 



100 triTAPHR DE PROSP£R PUBLICOLA DE 8ANTA-CR0CE 

AD CLEMENTEM VII. ET CAROLVM V. 

BONONI£ EGREGIE PERORAVIT 

ROM.' ROT-E AVDITOR ET EPISCOPVS. KYSAMEN.* 

SVB PAVLO ET IVILO III. 

AD GERMANOS HISPANOS LVSITANOS 

BIS AD GALLOS APOSTOLIGVS NVNCiVS 

EXTIRPANDIS HJERESIBYS 

SACRO COGENDO TRIDENT.' CONCILIO 

MAGNA APVD PRINCIPES OPERA IMPENSA 

A PIO IV. PVRPVRA DECORATVS 

ARELATENSIS. PRIVS 

MOX IN VRBEM^ REGRESSVS 

ALBANEN/ PR^FVIT ECCLESIiE 

VITA. DIGNVS IHHORTALI 

MIGRA VIT AN.* MDLXXXIX. 

iETATIS SViE LXXVI. 

APVD MAIORVM CINERES 

niC TVMVLATVS 

SGIPIO. PVBUGOLA. DE. SANCTA CRVCE. ANTONT. F.'' SANGEMINI. 

PRINGEPS OLIVETI GENTIUBVS SVIS 

REST. ET POS. AN. DnI.' MDCCXXVII 



X. BĂRBIER DE M0NTAUL1 



* Romanţe. 

' Kysamensis. 

» Tridentino. 

^ Rome, urbs. Ia viile par exoellence. 

^ Albanensi^ Albano prte Rome. 

* Anno. 
"^ Filius. 

* Restauravît et posuit, anno Domini. 



BIBUOGRAPHIE 



•VAN61LE, £iudes iconographiques et archMogiquea^ par M. Charles 
BoHAULT DB Fleurt. 2 vol. tfi-4<*. Tours, A. Mame, 1874 (50 /r.). 

^es livres de luxe, destinâsjsurtout aox cadeaux d'âtreaiies, oat 
gtemps p6ch6 par la frivolitâ ou Tinsignifiance du texte ; mais, 
>cu8 quelque temps, l'art se met au service de Târudition et la 
^ixlarise dans des ouvrages qui ne sont plus condamn6s & une 
stence 6ph6m6re. Au premier rang de ces publications, nous 
^ODS signaler Ies iOudes iconographiques sur fâvangile. Les Livres 
Eits ont souvent 6tâ iilustr^s par des compositions de fantaisie^ se 
^prochant plus ou moins de Ia râalitâ historiquei et, pour ne ci- 
ici que les essais les plus râcents, chacun connaît Ies ricbes 
i.cepiions de H. Gustave Dor6 et de M. Dida. Hăis jusqu'ici on 
'>rait point entrepris d'illustrer TJ^vangile par les monuments au- 
^niiques que nous a lâguăs Tantiquitâ clir6tienne ; U fallait pour 
« an artiste doubl6 d'un archâologue, et personne ne pouvait 
QQx que le savant auteur des Instruments de la Passion^ mener h 
Kine fin ce multiple travail d'art et d'ârudition. 
Bf. Rohault de Fleury procâde toujours d'une maniere uniforme. 
> rfcit 6vang6Iique est divis6 en 165 chapitres qui sont une excel- 
ate concordance des quatre J^vangâlistes. Chaque chapitre est 
Ivi d'abord de notes archSologiques et ex6g6tiques; ensuitei 
Land ii y a lieu, de notes iconographiques qui, Ia plupart du temps, 
ut Texplication raisonnâe des planches. 
Poor Tagencement de Ia concordance l'auteur a pro&tâ des nom- 
^Qz travaux qui ont 6t6 faita depuis Tbâopbile â'Autioobe (U* 



102 BIBLIOGRAPHIB 

siăcle} jasqu'ii nos jours, mais surtout des 6tudes du P. Lamy. Ea 
ce qui concerne la g6ograpUie de TEvangile, M. Rohault de Fleury 
a utilis6 non-seulement Ies publications r^centes du P. GSramb, de 
Mgr Mislin, de MM. de Sauley et Guărin, mais aussi Ies anciens iti- 
n6raires en Terre-Sainte, ces rares et curieux ouvrages dont la Bi- 
bliothăque d'Amiens est si richement pourvue^ depuis Ie legs g6n6- 
reux que lui a fait M. le comte de TEscalopier. 

Au point de vue religieux, ce splendide ouvrage pourra rendre 
des Services signal6s : car ii est parfois n6cessaire de connsutre ia- 
timement Ies moeurs, Ies coutumes, Ies monuments du peuple joif. 
pour bien saisir le sens de certains passages 6vang61iques, et nou2 
ne sommes pas <§tonn6 d'entendre M. L6on Gautier nous dire & ci 
sujet : a Yous verrez que cet ivangile aura plus d'une Sditiou et qu'i 
convertiră des milliers d'âmes, surtout parmi nos frferes s6par6s 
Ies protestants de toutes Ies sectes, parmi Ies libres-penseurs e 
meme parmi... Ies arch^ologues. » 

Ce qui constitue ia pârtie essentiellement neuve de cette publica 
tion, ce sont Ies cent planches grav6es sur acier, reprdsentaat en 
viron 300 sujets, expliquds et commentâs par des notes iconogra 
phiques, dont quelques-unes sont de v6ritables dissertations. Le: 
monuments, si bien dessinăs par M. Rohault, sont empruntâs aui 
peintures des catacombes, aux sarcophages, aux ivoires sculptâs 
aux mosaîques, aux peintures murales des basiliques et des 6glise9 
aux miniatures des manuscrits de TOrient et de TOccident, depuii 
Ies premiers essais de Tart cbr6tien jusqu'au XIP silele inclusive- 
ment. Toutes Ies contrâes ont fourni leur contingent, mais c'est 
surtout ritalie, et principalement Rome, que Tauteur a âtudides 
avec une pr^dilection marqu6e. 

Rien de plus intâressant que de comparer comment un m£me 
sujet a ât6 interpretă par des ăpoques successives ; d'examiner ce 
qui a toujours subsistâ de la donnăe primitive, et ce qui, au con- 
trăire, a k\A lentement modiflâ, soit par l'initiative individuelle de 
l'artiste, soit par Ies conceptions g6n6rales d'un sidcle, inspirâes 
ordinairement par Ies nouveaux commentaires des textes sacr£s el 
Ies raffinements des ăcrivains mystiques. Cette 6tude comparative 
aurait pr6sent6 encore plus de charme, si Tauteur, au lieu de se 
renfermer exclusivement dans Ies ăpoques hiăratiqucs, avait voula 
faire quelques excursions dans Ies XIII*, X1Y« et XV* sitoles, 0& 



BIBUOaRAPHIB 103 

one pios grande libertâ d'allares artistiques donne beaucoup plus 

de variata h riconographie. 

Les notes iconographiques, par la multiplicitâ meme de leurs ob- 

jets, 6chappent ă toute analyse. II ne nous est point possible de 

faire apprâcier tout leur iLtârât, mais nous recommanderoDs sur- 

toQt celles qui ont trăit h rAnnoQciation, ii Tadoration des bergers 

et des mages, b. Ia fuite en j^gypte, au baptâme de Notre-Selgneur, 

&QX noces de Cana, h la pâche miraculeuse, aux divers miracles du 

Sauvenr, & Ia Samaritaine, k Ia d^collation de S. Jean, ă la trans- 

^goration, & Ia răsurrection de Lazare, aux vendeurs chass6s du 

Temple, et enfin h toutes les sc&nes de la Passion, de la B6surrec- 

tion et de TAscension. Pourquoi M. Rohault de Fleury ne compl6- 

terait-il pas son oeuvre par Ies Actes des Apdires. IIs Iui fourniraîeut 

âes sujets d'6tudes iconographiques, moins nombreux, ii est vrai, 

i^nais d'autant plus curieux, qu'ils sont gân^ralement moins con- 

nus. 

Les deux magnifiques volumes dont nous yenons de rendre 
compte sont richement cartonn6s en toile rouge gaufr^e, avec do- 
rures sur plat. On s*6tonnerait h bon droit qu'un tel chef-d'oiuvre 
de tjpographie p&t âtre liyrâ ă un si bas prix relatif, si on ne se 
fappelait que M. Alfred Mame, en concentrant dans ses vastes ate- 
Kers tout ce qui tient & Ia confection du livre, peut opârer non-seu- 
lencient d'incomparablesmerveilles de luxe, mais aussi des prodiges 
de l)0Qmarcb6. 

L'abbâ J. Gorblet* 

I^ Soci6t6 d'Arch6oIogie du d6partement de Seine-et-Mame 

^entde publier son sixidme Bdlletin. Ce volume, qui se compose 

de travaux historiques lus dans Ies diffărentes sections de Ia Soci6t6, 

contient 472 pages. Nous y avons remarquâ : Chelles aux temps 

^"^^vingiens^ par M. Tabbâ Torchet; Guy et ffugues de Crâcy^ par 

H. lecomte A. de Moustier; Documenta sur la familie de Jacques 

^^yoty par G. Leroy ; Nottce historique et archiologique sur la corn" 

mnderie de Beauvais-en-Gâtinais, par T. LhuiUier; j^tude sur la vie 

itles auvres de Sauvide Lanoue^ par Boquet-Liancourt; Recherches 

^^^oriques et archeologiques sur Jouarre et ses environs, par G. Re- 

*'"'f6, etc. 



CHRONIQUE 



Une future academie naţionale des Beaux-Arts. — Le non- 
veau directeur des Beaux-Arts, M. de Ghenneviâres, vient d'adresser 
k M. le Ministre de Tinstruction poblique un rapport concemant 
Texposition annuelle des (Buvres des artistes vivants, et un projet 
de statuts pour une Academie naţionale des Beaux-Arts. 

La mesure que M. de Ghenneviăres propose au Ministre & l'^gard 
des expositions annuelles n'est pas une innovation, ainsi que le tait 
remarquer le nouveau directeur des Beaux-Arts. Depuis la fin du 
XYIP silele jusqu'au conunencement du XIX^, Ies artistes eux- 
mâmes ont pr6par6, organisâ et administra Ies expositions de leurs 
oeuvres. Cest le retour h ce systfeme, dont Ies avantages ont 6t6 
confirm6s par cent quarante ans de succes, que M. de Ghenneyiăres 
vient de proposer. Que TEtat laisse d^sormais Ies artistes s'occuper 
des expositions, sans youloir en assumer Ies soins et la responsa- 
bilitâ. On sait que, pour s'aventurer dans cette Toie, mal lui en a 
pris, puisqu'il s'est expos6 de gaiet6 de coeur ătant de critiques,par- 
fois fondăes, souvent injustes, sur la composition du jury, raccep- 
tation ou le refus des oeuvres d'art, leur placement et Ies rteom- 
penses d6cern6es. 

Cette ann6e, le temps năcessaire manquerait aux artistes pour se 
r^tinir au moment mame oii ils sont occup6s h Tach^vement des 
oeuvres qui doivent figurer au prochain Salon. M. de Ghenneviăres 
se voit donc dans la n6cessitâ de suivre, mais pour une derniâre 
fois, le syst^me qui a pr^valu depuis Ies premi5res ann6es de notre 
si&cle. Et ii va soumettre au Ministre le reglement de Texposition 
qui ouvrira le 1*' mai, s'efTorgant, dit-il, de faire en sorte a que Ies 



CHRONIQUB 105 

^utistes n'aient pas ă se plaiadre trop am6rement de la sâvâritâ de 

ses prescriptioDS ; » mais, d^s l'an prochain, ce ne sera plus T^tat 

quî pr6parera, organisera et administrera le Salon ; ii se bomera & 

pretcr le local, le palais des Ghamps-Elys6es. L' Academie naţionale 

des Beaux-Arts revivra, et c'est elle qui s'occupera des expositions 

^imuelles, sans Ting^rence de TEtat. Les artistes reprendront ainsi 

I& devise de leur ancienne Academie, sur laquelle se model^rent 

<^llcs de la plupart des grandes villes de TEurope : Libertas artibus 

Cette Academie se composera provisoirement de tous les pein* 
^^s, sculpteurs, dessinateurs, architectes, graveurs et lithographes 
/'^o^ipOM, qui ont €i6 r6compens6s pour leurs ouvrages,soit par Tad- 
'^i^sîon dans la 4^ classe de Tlnstitut^ soit par la d6coration dans la 
^^SÎon-d'Honneur, soit par Tune des m6dailles d<§cern6es k la suite 
^^a expositions d*art de Paris, soit par le grand prix de Rome. 

X' Academie 61ira chaque annâe, pour organiser et gârer les ex- 
positions, une commission qui dâsignera parmi les exposants, et 
^^x^ limite de nombre, ceux qui lui paraîtront dignes de faire pârtie 
^^ TAcadâmie. Et celle-ci, tout enti^re, statuera sur Tadmission 
^^finitive. 

Dq retour du prât du palais des Ghamps-iâlysâes, TJ^tat n'impo- 
^^:ia d'autre obligation k cette Academie chargâe du reglement et 
^^ Torganisation du Salon, que celle d'ouvrir, comme par le passâ, 
^^Xaque exposition nouvelle aux artistes fran^ais et ătrangers, avec 
l«^o ressources qui r&ulteront des recettes provenant du prix d'en- 



^^^ des yisiteuTS. 

D6jă, depuis 1870, quatre cents artistes, parmi lesquels on voit 
^es noms trfes-favorablement connus dans le monde des artSi ont 
^dh6r6 au projet de statuts de la nouvelle Academie. 

Plus tard, quand TAcadâmie naţionale des artistes fran^is aura 

^onn6 des preuves de sagesse, de bon ordre, de son zale et de son 

^piitade k conduire les affaires, M. de Ghenneviăres ne dâsespâre 

ţ>as de la voir autoris6e par le Ministre & s'immiscer peu k peu aux 

choses d'enseignement qui intâressent si fort et son recrutement et 

la rânovation de notre Ecole. 

n £tait grandement temps de sortir de cette routine k laquelle 
VEtat n'avait qu'ă voir s'amoindrir le prestige de son autoritS, et 
VoQ ne saurait assez fâliciter le nouveau directeur des Beaux-Arts 

TOUS XVII. 8 



106 CIIRONIQUE 

d'avoir pris franchement ct courageasement Tinitiative d'une 
sure qui rend aux artistes leur libert6, et qui exonere TEtat d' 
lourde respoQsabilit6. 



Paris. — On termine en ce moment des r6parations devena 
trăs-urgentes dans Ies trois escaliersconduisantau faîtedestours 
^otre-Damc-de-Paris. 

Depuis des sifecles on a livr6 aux curieux Tentr^e ext^rieure q*----^ 
est h la base de la tour septentrionale, ruc du Cloître. Le premi 
escalier dont la cage n*est engag6e qu'â moiti6 dans T^paisseur d. 
la tour, 6tait ii peu preş intact, la longueur des marches laisi 
plus d*espace aux. pieds des visiteurs; cependant on a r6par6 c 
marches. Mais, h compter du deuxieme escalier pratiqu6 dans V 
paisseur de la tour, ă Tendroit oii Ies marches se resserrent. Ies d 
gradations ătaient plus consid6rables. Cela se congoit : Ies marchi 




6tant plus 6troites, Ies pieds des passants portent toujours aume 
endroit et usent la pieire, surtout en descendant, lorsque le pi 
frappe de tous le poids du corps. 

Ce dernier escalier s'arrete ă la balustrade qui est au-dessus 
la belle galerie h colonnettes et^ si Ton continuait son ascensi 
on parviendrait au sommet de la tour septentrionale. Mais on 
que Fentr^e de ce dernier escalier est interdite depuis longte 
au public. On lui fait parcourir toute la balustrade de la galerie j 
qu'ă Tangle de la tour meridionale, et ii monte au faîte de la tc=>v 
du midi, oii est Ie bourdon. Ce dernier escalier, le plus 6troit det^z^i: 
avait livra passage ă tant de curieux qu'il n'âtait plus praticabl^. • 
y avait des marches dont le milieu n'existait plus, et qui formai^i=i 
des creux si profonds que plus d'un visiteur, en descendant, 9^* 
donnâ une entorse. Toutes Ies marches ont 6t6 r^parâes ; ii n'i 
restait pas une entiere. C*est la premiere fois, depuis six sifecles qvM^ 
Ia faţade de Tâglise est termin6e, que Ton repare Ies divers esc^*-- 
liers dont ii vient d'etre question. On n'y voyait auparavant aucuu^ ^ 
trace de remaniement. 

Ces travaux terminent enfin la restauration de Notre-Dame, coi 
menc^e depuis plus de trente ans. 

— Lcsarts viennent de faire une perte regrettable en la personn»*— -^ 
de M. Victor Baltard, architecte dminent et membre del'Institut. 



CHRONIQCE 107 

ava.! fc beaucoup etudi6 h Rome. II fut tres-li6 avec Flandrin. Ilavait 
le sentiment de Tari catholique, et parmi Ies travaux qu'il a ex6cQ- 
i6s^ se trouvent Ies embellissements des 6glises de Saint-Roch, de 
Saînt-Merri, de SaintEustache et Ia construction de T^glise Sâint- 
Aug'Qstin, ou ii fit entrer pourla premiere fois Temploi de la fonte 
dans rarchitecture monumentale. II ^tait d6vor6 de la soif da salut 
des âmes ; en voici un exemple : Un jour, Baltard reunit Ies ouvriers 
qvki Tenaient de terminer, sous sa direction, des travaux importants et 
p^rîUeux, ii leur fit servir une abondant* collation, et, le repas fini 
îl leva le verre, puis, ia tete haute, ii dit : « Mes amis, ă la gloire de 
Dien I » Et le toast fut port6 par tous Ies assistants 6tonn6s et 6mus. 

— Le mus6e du Louvre vient de s'enrichir de quatre-vingts des- 
sins. Cest M. Gatteaux qui a fait ce cădeau ă notre collection na- 
ţionale. La plupart sont importants. 

^OQS ne citerons qu*un croquis charmant de Raphael pour le ta- 
bleau du couronnement de la Vierge, et un Ghrist en croix d*A. Du- 
rer. On sait la valeur et le prix de ces reliques, devenues chaque 
iour plus rares. 

II y a quatre ans, Ies h6ros de la Gommune brulaient Thâtel de 
M. Gatteaux, avec la plus grande pârtie des chefs-d'oeuvre qu'il 
'^nfermait. 

Cette collection avait 6t6 16gu6e au pays par son propriâtaire; II 
en livre peu ă peu Ies restes aux amis du grand art, le seul que 
^- Gatteaux ait jamais aim6. 

ViuENEUVE. — L'Etat vient d'acheter la belle et antique chapelle 
, ^îte du pape Innocent VI, au milieu des ruines de la chapelle de 
"'^leneuve (Vaucluse). Cette chapelle, qui afîecte la forme absidale, 
cst levetue de fresques admirables, 6chapp6es au pinceau de 
9^^1que 6mulc de Giotto, du quatorziăme siecle. EUe servait de 
^^aierâfoin et d'6curie. Elle va etre promptement restaurde et 
*^**ee au culte. Le clerg6 paroissial de Villeneuve en aura la jouis- 
^*^ce. C*est la une bonne nouvelle pour Ies hommes vraiment reli- 
Sie^jx et Ies amis s6rieux et^clairăs des beaux-arts. 

^^ARSEiLLE. — Nous lisous daus le Bulletin de la Societi de statisti- 
^^e de Marscille : 



108 CHRONIQUE 

Honseigneur Bărbier de Montault fournit udo note au sujet d'unc 
sible encastrăe dans un mur de maison, ă la place de Lenche. a C( 
a basrrelief, dit-il, ne reprăsente nuUement rarriv6e de saint La 
d zare h Harseille. Ce monument est romain ct repr^scnte un nau 
a tonnier dans sa barque et au-dessus ses deux protecteurs qui si 
c reconnaissent facilement ă leurs attributs caract<^ristiques. L 
« torse nu et la come d'abondance d^signent VHercule champetre 
« comme le chien le dieu Sylvain; Neptune n'^tant pas favorabl 
CC ă ce nautonnier, ii s'est adressâ aux divinit^s protectrices du so 
(( De Ia prâsence d'Hercule et de Sylvain, je conclurais qu'il n'hi 
tt bitait pas Marseille,'mais la campagne ; car ii fait appel aux diec 
« des champs et des bois. » 

L'honorable correspondant demande que, vu rimpossibiiit6 
tout au moins la diff]cult6 qu'il y aurait ă transportor ce^monum^ 
au Mus^e, un dessin en soit fait et ins6r6 avec la description d^ 
Ie R6pertoire des travaux de la Soci6t6. 

Gette proposition est mise aux Toix et acceptâeparrassembl- 
sur roffre que font M. Saurel de photographier le monument , 
H. Laugier d'en transportor le dessin sur la picrre. 

Nantua. — On lit dans le Salut public : 

« Un int^ressant procăs a 6t6 dcrnierement tranchâ en appel ]>« 
1q Gour de Lyon, dans Ies circonstances suivantes : 

« Un tableau d'Eug^ne Delacroix, repr6sentant Saint S^basti^ 
ayait 6t^ achetS par le Gouvernement ă l'Exposition de 1835. S ^ 
la demande de M. Girod, de TAin, d^pulâ, le Ministre de Tlntdriei 
l'envoya ă T^glise de Nantua, au mois de septembre 1837. 

(( En 1869, un marchand bien connu, M. Brame, de Paris, pr« 
posa ă la fabrique d'acheter le tableau 25,000 fr. La fabrique 6ta 
6harg6e de dettes. Gette raison fit approuver le projet, et la ven 
fut r6ialis6e. 

« Gette op6ration commerciale d6plut au conseil municipal « 
Nantua, qui n'avait pas 6t6 consult6, et la commune assignalec(^ 
seil de fabrique, Ies fabriciens individuellement, et M. Brame, 
r6int6gration du Saint Sebastien de Delacroix. 

«Le 3 aoilt 1870, un jugement du Tribunal civil de Nantua c: 
clara non recevable la demande do la commune. Le Tribunal ^ 
mettait que le tableau avait ât6 donn6 par TEtat ă T^glise deN^ 



CHaONIQUE 109 

tvJtSLj poar Ia d6coration int^rieurc de r<^difice, et que si cette con* 
)o venait h d6faillir, Ia vente se trouvait par lă mame r^solue. 
is ii ne pensait pas que Ia communo eHi qualit6 pour agir contre 
IsL Tabrique et M. Brame, acqu6reur. 

a Appel de cette d6cision a 6t6 interjetâ par Ia commune, qui se 
pi*^tend, en r6alitâ, b6n6flciaire de la donation de 1837. 

« La fabriquc a soutenu, au contraîre, qu'elle avait agi dans Ia 
limite de son droit, qu'elle avait pu vendrc le tableau qui lui avait 
ât6 donn6, et que, d'aillcurs, elle 6tait, d'apres Ic droit commun, 
ipropriâtaire des objets d6coratifs mobiliers. 

« Quant k M. Brame, ii se joignait aux conclusions de Ia fabrilţue 

ot se pr6valait^ en tous cas, de Tarticle 2279 du Code civil : En fait 

45Le meublesy Ia possession vaut titre, car ii avait achet6 un effetmo- 

"l>ilier avec juste titre et bonne foi. Enfin, s'il 6tait 6vinc6, ii deman- 

dait 10,000 fr. de dommages-int^rets. 

o Apres avoir entendu Ies plaidoiries de M* Gamier pour la com- 
mune, et de M® Jacquier pour Ia fabrique, de M" Duquaire pour 
M. Brame, et sur Ies conclusions conformes de M. Tavocat g6n6ral 
I^oy6 Belliard, Ia Cour de Lyon vient de d6cider que Ie tableau 
^ont ii s'agit, acquis par TEtat, donn6 par le Ministre de Tlntdrieur 
^ la commune de Nantua, avait le caractere de chose du domaine 
public, d6s lors inali6nable. 

*f Elle a, en cons6quence, condamm6 la fabrique, qui en a op6r6 
la Vente, et le sieur Brame, acqu6reur,k en faire la reslitution h Ia 
'^^Ue de Nantua, et dit qu'ă diifaut ii sera fait droit ; Ie sieur Brame 
^^ la fabrique condamn6s h tous Ies d6pens. » 

I^APYRUS feGYPTiEN. — Un papyrus d6couvert ii y a quelques mois, 
^^Os un tombeau, en Egypte, par I'âditeur du fferoglyphlical'Sian- 
^^'cf, a 6t6, depuis ce temps-la, entierement expliqu6 par le docteur 
^^onlohr^ de Hcidelberg, savant de premier ordre, trcs-vers6 dans 

6tude des antiquit6s 6gyptiennes. Cette pi^ce, qui 6tait pli6e en 
'Of'xxie de rouleau, est une allocution de Rams6s III adress6e â son 
I^^^ple et ă tous Ies hommes de Tunivers, dans laquelle ii raconte 
grands 6v6nements qui avaient eu lieu sous Ies răgnes de son 
P^^^ Sebinecht et de son grand-pere Maneptaph II. On y dit que, 
^^^s ces deux rfegnes, Ies sentiments religieux de TEgypte avaient 

^ troubWs, car Moîse avait import6 ou r6tabli dans le pays le 



110 CHRONIQUE 

culte d'un scul Dieu ; maîs lorsquc Tauteur de la chronique 6 
mont6 sur Ie trâne, ii avait r6tabli rancienne religion des Egyptii 
(ridolâtrie) ; ii avait restaura Ies temples, et s'^tait ainsi attirâ 
bounes grâces du dieu Astharot et de sa suite. 11 entre dcuis 
longs d^tails pour expliquerles causesqui, sclon lui, auraient ami 
d'abord Ia chute de Ia reforme religieuse op6r6e par Moîse, et 
suite la soilie d'Egypte des Israelites. Cette ddcouverte est d 
plus haute importance au point de vue religieux et au point de 
scicntifique, et on attend avec empressement la publication a 
plete qui va en etre faite. Ce papyrus est tres-fin, tres-large, el 
plts ii est le mieux 6crit et le mieux conserva de tous ceux qui 
6t6 d6couverts jusqu'â pr6sent dans le pays des Pharaons. U pa 
qu*il n'y a aucune espfîce de doutesur rauthenticit6 de ce pr6ci 
documeut. 

Amiens. — La collection d'objets d'art et de curîosit6 de 
Bouvier, d'Amiens, a 616 vendue a Paris, hâtel Drouot, la senu 
dernidre. — Cette collection, qu'on estimait au moins 400,000 
n'a produit que 180,000 francs. Mais nous croyons savoir quc 
objets Ies plus rares avaient 6t6 vendus ant6ricurement, â Tamia 

Laon. — Une d6couverte int6rcssante a 6i6 faite ă Laon, dat 
rue des Casernes, surremplacement ou existaitl Y*glise Saint-Juli 
on a d^couvert une crypte vo(it6e en berceau, termin6e carr6E 
h Fcst et â Touest. La tradition veut que saint Genebaud, prei 
6veque de Laon, au VI® siecle, y soit rest6 volontairement enfc 
pendant sept ann^es. Une niche est crcus6c dans la roche, a; 
dii servir de tombcau, et l'on a reconnu un tuyau carr6 en t 
cuite, descendant de la voute au-dessous du sol apparent. Un t 
bre de la Soci6t6 a 6mis Topinion quc ce scrait peut-etrc Vem 
d'une piscine baptismale. Dans tous Ies cas, la Soci6t6 a prc 
Tex^cution de fouilles h ses frais. 

{Revue des Societes savantes) 

Vervins (Aisne). — A quelqucs centaines de metres de cette -" 
au lieu dit ia Planchette^ entre Ies routes deTenailles et de Rabo 
des fouilles op^r^es par Ies soins de la Soci6t6 arch^ologique de 
vins, ont amen6 la d<?couveite d'inti^ressanles constructions 



CHRONIQUE 1 1 1 

Lontent aux premiers sii^clcs de T^re chrâtienne. La plus impor- 
te consiste en une chambre s6pulcrale dont Ies parois construites 
5n pierres blanches de moyen appareil, offrciit encore, tout-ă-fait 
mtactes, trois des niches destin 6es h recevoir Ies urnes cin6raires. 
ce caveau se rattache une s6rie de substructions qui ont r6v616 
l*e3tistence d*une habitation et d'un cimetiere m6rovingien. Quinze 
t;oxnbes ont 6t6 reconnues ; elles ătaient s6par69s Ies unes des autres 
descloisons en cailloux ; une tete de jeune m6rovingienne pr6- 
te encore une admirable denture, 
X^armi Ies objets recueillis, Ies plus inti^ressants sont : une bague 
châton en pierre bleue sur laquelle est gravâe une Lada ; des 
f"ragments d'enduit color6 ; uneboucle de ceinturon orn^e de dessins 
ct recouverte d'un briliant dtamage ; un eoUier de femnie compos6 
âe verroteries et de grains en terre cuite ; quelques armes ; enfin 
-pltisieurs vases en terre brune. 

Ouant ă rbabitation, son importance n'a pu encore âtre constatăe. 

Hocen. — Nous lisons dans le Nouvelliste de Rouen : 
c( Depuis quelques jours on procăde au levage du comble en 
cliarpente qui doit surmonter la tour Jeanne-d'Arc. Ce comble sera 
luî-meme termină par un 6pi gigantesque orn6 d'une girouette ; des 
S^Ieries couvertes en bois en hourds, et reposant sur Ies corbeaux 
de pierre, feront saillie h l'extârieur, et continueront la pente de 
* urunense toit qui prot6gera le sommet de ce curieux vestige de 
^ ^xxîhitecture miliiaire au temps de Philippe-Auguste. 

*^ A cette 6poque, en effet, toutes Ies tours 6taient recouvertes de 
^*ts pointus et effîl6s, n6cessaires pour d6fendre des intemp6ries 
^®s dîff6rents engins et Ies machines de guerre qui garnissaient ces 
^onjons et pour couvrir le chemin de ronde qui, sans cette pr6cau- 
^on , eM 6t6 k ciel ouvert. 

^ Plus tard, Ies excessives dăpenses de ces combles et Tinvention 
^® l*artillerie rendirent leur emploi inutile. D6s lors, Ies combles 
^^sparurent, et Ies dessins de Le Sieur, reprăsentant Tensemble du 
^*^Ux château, qui date pourtant de 1525, nous montrent cette 
^c>sse tour, ce donjon, termină seulement par des crăneaux. 

^* La tour Jeanne-d'Arc, ainsi restitudc ă Textărieur, n'en sera 
P^s moins restaur6e int6rieurement. Les voMes du premier 6tage, 
^^ construction post&ieure, ont 6t6 remplacăes par des planchers 



112 CHRONIQUE 

en charpente, dont râchaDtUlon a M foarai par Ies traces des 8c£ 
lements dâcouverts pendant Ies travaux, et Ies chemin6es sero :3 
ritablies sous leur aspect primitif. 

1 Ge donjon, ainsi restaura, sera un de nos monuments Ies pl« 
intâressants au double point de vue de Tbistoire et de rarcbitectua 
militaire au Moyen-Age. j» 

Un tableau d'ISrasme. — On vient de retrouver, assure-t-OE 
runique tableau qu'Erasme, 6crivain c61ebre du seizieme siecL 
ait jamais £ait. Cest un triptyque sign6 : P. Erasmus 1501. Plu£ 
connu comme 6crivain que comme peîntre, son nom răel 6ta 
G6rard Gerardsz, qu'il cbangea dans sa jeunesse en celui de D6s5 
Erasme. Les iconoclastes dâtruisirent ses tableaux. On a suiyi, jk. 
qu'en 1800, la trace de Tunique tableau cit6 d'Erasine, lequel [^: 
prâsente J6sus-Cbrist crucific et ă ses cdtăs la Yîerge et saint Jes 
II est actuellement h Lisbonne ou ii a 6tâ envoyâ de Belgique ap:i 
avoir 6t6 restaura. 

J^RUSALEM. — D'importantes dâcouvertes arcbâologîques ont ^ 
faites ă J6rusalem par un savant frangais, M. de Clermont-Gannea 
II a 6t6 envoy6 par la Soci6t6 anglaise de Palestine Exploraţi 
Fund, II a trouvâ une trentaine d'ossuaires en pierres, 616gamaie 
orn6s, dans un caveau s6pulcral du mont du Scandale. Ges ossu* 
res sont couverts d'inscrip tions bâbraîques, donnent les noms c 
personnages dont ils contenaient les restes. La plupart de ces noi 
sont 6yang61iques : E16azar le Prâtre, Judas le Scribe, Simon, M^ 
tba, Salampîon, Barnatbaî, Natbaniel. 11 y a meme le nom de J6î 
en b^breu sous sa forme yulgaire et abrăg6e. Quelques-uns de ^ 
textessont accompagnăs de croix et autres symboles cbrâtie^ 
appartenant ă la premiere p6riode de Thistoire du christianisoG 
Ges dâcouvertes ont une grande importance, et sont un fait uniQ 
comme remontant peut-âtre ă Tâpoque mfime de J6sus-Cbrist. 




i 



LA CATHEDRALE 



DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER 



TROISl£ll£ KT DBRMEft ABTICI.K *. 



CHAPITRE IV. 

DESCRIPTION DE LA CRTPTE. 

Sous la calhedrale s'6tend une Taste crypte de forme irregu- 
l*fere,composee de subsiructions rem9ntant â des epoquesdiver- 
^s. Sadimension en longueur est de plus de 100 mctros; elle 
cotiiprend trois nefs, un cliceur, des transsepis, des chapelles 
l^terales el absidales. Une monographie savante et delaillee qu'en 
^ ilonne M. l'abbe Haignere mc dispensera de m'etondre sur ce 
sujet inieressant ă plus d'un titre pour Ies archeologues ^ II me 
surfira,[K)ur completer cette etude sur Notre-Dame de Boulogne, 
d*iiidiquer Ies principaux caracteres de ces constructions, et d'en 
^^gnaler Ies elements Ies plus remarquables. 

En 1827, en fouillant le sol joncbe de debris qui formaient 
^Q6 sorte de tertre sur Templacement du cbceur pour y etablir 
^ fondations de la chapelle, point de depart de la catbedrale» on 
f^oanut Texistence ă cet endroit d'un vieux sanctuaire souter- 

Voir le Bumero precedent, p. 67. 

-Gotice archiologique^ historique et descriptive de la crypte de Vâglise 
^'**>e-Dain« de Boulogne^ par M. Fabbă Haigner^. Boulogne, Aigre, 

Toai£ XVII. — Marg 1874. 9 



114 LA CATHEURALE 

rain, qui n'offrait lui-meine que des ruines. Cest la pârtie 
plus anlique des substruclioiis (]ue iio'.is voyons aujourd'bu 
elle mesure 14 nielres de longiieiir sur 9 nietres 65 cent. 
largeur, et s'ouvrait sous Ie chocur de rancicnne calhedralc. ■ 
voiite est soutenue par de massives coloiincs romanes, dont 
style permet de reporter Tereclion de cet edifice au XI* ou au XK 
siecle. On a mfimc cru pouvoir y reconnaître la chapelle primiti" 
elevee au Vil* siecle, dont ii a ele precedemmenl queslion da — 
rhistoire de notre monument, chapelle qui n'aurait du re^ 
laiss6 d'autre Testige que ces debris d'une attribution assez i^ 
certaine. Cette premiere crypte n'est donc elle-meme, dans s^ 
etat actuel,qu'un essai de restilution etfectue seulement plusiei^ 
annees apres la decouverle. Cesta Taide d'elements epars, r — 
trouves sur place, cnfouis au milieu d'autres ruines, que l'oi^ 
pu reconstituer â peu preş cette anlique pârtie du preceilent ec^ 
fice *. Les voutes en onl ele failes par M. Hatfreingue, au ^ 
bien dans cette crypte que dans toutes les autres, avânt que K 
terres aient ete deblayees ct pour prevenir de grands acciden "^ 
Sa decoration actuelle et le badigeon grossier qui en recouv^ 
les parois, ne sont pas non plus en harmonie avec Tâge qu'^ 
lui atlribue. 

Au nord se trouve une crypte laterale egalement ires-ancienr"3 
de li metres sur 7, dont les murs exterieurs etaientrecouverts 
peinlures d'ornemenlation que Ton a relrouvees encore fraîck ' 
sous les decombres au milieu dosquelles elles etaient enfouies..^ 
estdifflcile d'en determiner Tâge, mais plusieurs savants des pB^ 
competents, enire autres M. Cesar Daly et le R. P. Artbur Mart M 
ont cru pouvoir indiquer avec quelque certitude le XII* siec^ ^ 

^ Lorsque ces substructions furent mises au jour, on n'y fit aucune ^ 
tention; Tătat n*en fut robjet d'aucune constatation. Ce ne fut que p^^ 
tard que Ton songea â les utiliser, et en 1852 seulement que la Soci^t^ ^ 
Antiquaires de la Morinie se pr^occupa d'elucider le probleme archâd^ 
gique soulev^ par cette d^couverte. Elle confia ce soin â M. Courtois, 1. ^ 
de ses membres, ancien professeur de Tinstitution de M. Hafifrein^'^ 
apr^s avoir fait dresser un plan complet des cryptes par M. Morey, arcss- - 
tecte du Gouvernement. 11 ^tait d^jâ bicn tard pour reconnaitre Ti 
ancien qui s'etait sensiblement modific depuis. Le rapport de M. Cour' 
a ^t^ ins^r^ au t ix, 2' part., p. 335, des M^moircs de la Sod^t^. 



DE NOTRE-DAMB DE BOULOGNE-SUR-MBR 115 

Une autre crypte laterale, n'offrant aucun Testige qui permette 
l'apprecier, mame approximativement, Tepoque de sa construo 
ion, s'ouvre du cote oppos6. 

Sous le dome et Tabside actuels, a ete construite une crypte qui 
loit son existence aux grands travaux souterrains que Ton a dii 
aire pour etablir Ies fondements de cette pârtie de l'âglise; elle 
;n reproduit la disposition. Mgr Haffreingue a fait peindre sur 
es murs de cette cliapelle Ies portraits des Evâquesde Boulogne; 
m-dessous de chacuii d'eux, une inscription indique leurs noms 
3t Ies dates des principaux âvenements de leur existence. En 
construisant cette pârtie des substructions, on a trouTe beaucoup 
de caveaux ayant servi a des sepultuires, mais aucun d'eux n'a 
Tourni de renseignements precis. 

Sous le transsept s'etend egalement une pârtie de crypte divisee 
en deux compartiments et ayant la mfime origine que la pre- 
miere. Elle ne presente aucun vestige d'antiquites. Les murs soni 
couverts de peintures informesqui ne meritent pas dedescription. 

En reinontaut sous les nefs, on entre dans une salle plus basse, 
corres[)OHdant a la nef centrale et aux deux collat^rales, et divisâe 
comme elles. Sans nous arrâter aux peintures qui entourent les 
murs et qui rappellent Tliistoire des dix-neuf siecles de r£glise, 
nous arrivons ă parler de ce que cette crypte a de plus interes- 
sant, c'est-ă-dire les objets d'antiquite qui ont et6 reunis dans les 
cbapelles laterales, et en font une sorte de musee archeologique 
de Tancienne catliedrale. Je n'en ferai pas plus la description 
detailiee que je n'ai fait celle de tonte la crypte; on la trouvera 
dans rouvrage de M. Haignere. Disons seulement que Ton y re- 
marque des debris d'un'ancien Jube en marbre, qui, par leur el6- 
^nce, meritent de flxer l'attention des visiteurs. Cette (Buvre pa- 
Tsli pouToir âtre attribuee ă deux artistes du pays, Gregoire Wan- 
ier^ tailleur de pierre, et Antoine Liesse, sculpteur, de Calais. 
D'autres restes d'arcbitecture gallo-romaine ont conduit Tauteur 
le la description que nous suivons a penser qu'il existait sur cet 
emplacement un temple paîen, qu'un incendie, dont les traces 
Bont encore visibles, aurait detruit a une epoque tres-recul6e. 
Ce sont notaniment un tres-beau cbapiteau et un fragment de 
base du IIP siecle; le torse d'une statue de guerrier, et une ins- 



116 LA CATHliDRALE 

cription funeraire latine *. Qudques autres f>ierres scniptees, ( 
slyle romano-bysantin, appartenant â rancienr.c eglise, et en£ 
des lombeaux, constituent Ies trop rares debris qu'ii a 6te perm 
de recueillir. Tont le reste a ete disperse pendant la longi 
periode durant laquelle rem[)lacement de la catbedrale et l 
materiaux precieux qui en provenaient ont ete exposâs ai 
depredations des passants, et Ies murs des constructions YoisiD< 
doivent receler plus d'une pierre provenant du monument. 



CONCLUSION 

Le moment est Tenu de porter un Ijugement deQnitif sur Ten 

semble de Toeiivre. La tâche est delicate, et si, dans Texamei 

qui precede, nous n'avons pas marcbande le blâme ă des pârtie 

capitales de Tedifice, tout en expliquant Ies defectuosites et ei 

rendant justice â desqualites serieuses, nous devons reconnaitr 

que dans son ensemWo ii ne repond que bien incompletemen 

aux exigences que Ton est en droit d'avoir quand on a affaire i 

un monument de cette importance. II a, en etfet, nous ne pou 

vons pas trop le redire pour fitre juste, la mauvaise fortune qu- 

Ies qualites s'y trouvent masquees par Ies defauts ; loin de s 

dissimuler, ces derniers s'afQcbent pour ainsi dire, et obligen 

tout d'abord Tatteution a se porter sur eux. Oui, ii n'y a pas ; 

le cacber, quelque sympathique que Toif soit ă roeuvre, 1; 

premiere vue ne s'arrete que sur des choses qui la cboquent 

elle ne decouvre que des marques d'inexperience et de inauvăi 

gout; mais j'ai demontre qu'il ne faut pas s'en tenir ă cet examec 

superQcicl; une etude plus serieuse et plus reflechie, sans fain 

disparaitre lestaches, meteo lumiere des qualites incontestables 

qui, bien qu'elles soient insufQsantes a classer la cath^drale de 

Boulogne imm^diatement apres Ies chefs-d'oeuvre Ies plus vant^ 

de l'architecture religieuse, et la laissent mame derri^re quel- 

ques-uns des meilleurs temoiguages de i'art au XIX* siecle, la 

* Voir une Disscrtalion de M. Le Blant sur cette inscription, dans Io 
t. VI II (Ic la Jicvue de i'Art chritien. 



DK NOTRE-DAME DB BOULOGNESUR-MER 117 

i^^couimandent cependant ă ratieation ei ă Texamen des arlistes 
ussi bien que des amateurs, en meme temps qu'elles lui as- 
vrent une place honorable dans leur estime. 
Cest qu'en effet ce monument s'impose â Tetude serieuse par 
ne originalite veritable ei se caracterise par TaiTrancbissement 
e toutes Ies regles, soit de Tart grec, soit de Tart romain. A l'e- 
;i:K>que ou ii commenţa a s'eiever, ii se formait une ecole qui, loin 
e declarer la guerre ă leurs traditions, travaillait au contraire ă 
es faire d'autant mieux prevaloir que la signification intime en 
;erait plus exactement comprise, et l'influence moins subordon- 
ă Temploi de certaines recettes, de certaines formulcs inva- 
iables ; ce que cette ecole entendait s'approprier par Tetude des 
^rands monuments du passe, c'etait le secret, non des procedes 
^xterieurs^ mais des principes, pour agir ensuite plus surement 
dans le sens de nos moBurs et de nos besoins, cherchant a s'af- 
X'ranchir autant des temerites romantiques que de l'inerte despo« 
^isme exercâ depuis la fln du XVIII* siecle par Ies apâtres d'une 
f ausse eruditioQ ^ H. Haffreingue a-t-il cru pouvoir s'autoriser 
c5es doclrines â I'aide desquelles M. Puban, H. Vaudoyer et quel- 
c]ues autres poursuivaient alors la renovation de l'art architec- 
'tonique, et, Ies appliquant a sa maniere, a-t-il voulu, lui, qui 
n'avait pourtant pas Ja pretention d'etre un adepte, s'ouvrir une 
^oie oh ii ne pouvait d'ailleurs pas esperer que personne le sui- 
^ît? Qui pourrait Ie dire? II n'y aurait sans doute pas temerile ă 
«yancer que son imagination eprouva un contre-coup de toutes 
ces theories qui remplissaient alors le domaine des Beaux-Arts 
du bruit de leurs lutles. Quoi qu'il en soit, son ceuvre n'en de- 
meure pas moins un temoignage des efforts tentes de nos jours 
pour creer un genre qui ne fut pas une servile imilation de la 
Grece et de Rome, sans que cette liberte d'allure dont je parlais 
tout ă rheure, cet oubli, peut-etre mame cette ignorance des 
secrets de l'art classique, aient nui au resultat autant que Ton 
aurait du s'y attendre. En depit des nombreux defauts qui pro- 
cedeul de ce parti pris, tout contribue a faire de notre cathedrale 
une (Buvre interessante ; la grandeur du mobile et celle du but, 

• H. Delaborde, VArchâologie et VArt. 



118 LA CATH^DRALE 

Ies moyens d'ezecution, Ies proportions de Tediflce et jusqu'ă ses 
imperfections mame. 

M. Haffreingue a 6te son propre architecte : beaucoup Ten blâ- 
meront, ct, en principe, ils auront raison ; mais en admettant que 
dhs le debut ii e&t adopte ce parti, que Iui durent conseiller sa 
prudence non moins que sa modestie, qu'en fut-il advenu? L'ar- 
chitecture religieuse semble en France depuis longtemps frappee 
d'impuissance, et se trouyer reduite ă Fimitation trop souvent 
inintelligente de modeles qui ne sont en rapport ni avec notre 
temps, ni avec nos mceurs^ ni avec notre climat. N'est-on pas 
alors en droit de se demander, en presence de tant de monu- 
ments religieux, nes depuis trente ans, si M. Haffreingue aurait, 
au point de vue de Tart arcbitectural, obtenu un resultat beau- 
coup plus satisfaisant en s'adressant ă un homme special. Ou 
bien, dans ce cas, ii aurait absorbe Tartiste de son choix, si tant 
est qu'il en eut trouve un qui acceptat ce r61e, car dans ces con- 
ditions ii ne pouvait renconlrer qu'un praticien : ou bien ii au- 
rait ete lui-mâme absorbe par son architecte, et ii ne Tentendait 
pas ainsi. Plutdt que d'en courir la cliance, ii a voulu etre lui- 
mame le maitre de fosuvre^ ou, pour mieux dire, ii ne se considerait 
que comme l'instrument, le manoeuvre du grand Architecte : A 
Domino factum est istud eiOiii sa devise. II ne fut pas, d'ailleurs, sans 
âprouver parfois Ies plus poignantes angoisses sur la solidite et 
la duree de son ouvrage. Le dome surtout etait pour lui un con- 
tinuei sujet d'alarmes ; mais dans ces moments de trouble, ii al- 
lait mediter bien avânt dans la nuit aux pieds de sa Patronne. 
Ensuite, reconforte, ii continuait ses travaux avec une nouvelle 
conflance, «ne reculant, comme ii I'ecrivait en 1850, devant 
aucune difficulte soit d'argent, soit de sanie, bien decide ă ne 
plus se laisser, comme cela lui etait arrive tant de fois, abattre et 
decourager au point de regrelter d'avoir enlrepris Tcsuvre de 
Notre-Dame de Boulogne ». II avait la foi, cela suffisait ă toui ct 
ripondaită tout ^ 

1 C*est k propos du d6ine que le P. Charles, de la Retrăite chrătienne, 
auquel 11 le faisait visiter dans tous ses d^tails, se retournant tout a coup 
vers raudacieux architecte, lui dit : a Vous 6tes fou, Tabbe, ... ou vous 
^tes inspire ! » 



DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE-SUR-MER lt9 

Ce n*est pas toutefois qu'il aii meprise Ies enseignements des 

maitres ei dedaigne Ies exemples de ses devanciers. Nous ayons 

TU, au contraire, qu'il a fait tout ce qu'il lui etait donne de faire 

en cela, et ii ii'esl guere dans TEurope occidentale de cbefs- 

d'oeuvre de Tart religieux qui n'aient ete etudies et medites par 

Iui; mais ii s'est propose des modeles, non pour Ies imiter ser- 

vilemenl, mais pour s'en inspirer. Cela dit, et etant bien compris 

qu'il ne faut pas obstinement cbercher ou reconnaître dans la 

cathedrale une imitation ou un pasticbe, on ne peut pas mecon- 

Daître que sa bonne fortune n'ait bien servi son inexperience el 

qu'une Tolonte ferme, la grandeur du but ă atteindre, Tinspira- 

^ioQ d'une foi profonde n'aient suppiee chez lui, dans une cer- 

^^ioe et assez large mesure, aux connaissances indispensables k 

''architecte. 

£st-ce donc, apr^s tout, chose si commune que cette entre- 
Prise d'un humble pretre qui/sans ressources ou au moins â Taide 
^e ressources hors de toute proportion avec le travail ă execu- 
^^'i a resolu de reedifler un antique sanctuaire et n'a pas voulu- 
'^ourir que sa tâche ne fut accomplie? Que Ton n'oublie pas que 
^*^ cathedrale a ete achevee en moins de quarante ans; que Ton 
^ rappelle qu'au Moyen-Age, â une epoque de foi active et uni- 
^^r^elle, alors que, richeset pauvres, seigneurs et artisans, fem- 
^©s, vieillards et enfants, tous Ies (ideles enfln contribuaient, ă 
"envi Ies uns des autres, de leurs sueurs a la fois et de leur or, 
^ l'erectidn de nos plus belles cathedrales, ii a fallu des siecles 
Pour Ies edifier, et qu'elles portent ecrites, sur leurs diverses 
Parlies, Ies datcs extrâmes de leur long achevement. Ah 1 sans 
^oule, le temps ne fait rien en pareille affaire ; sans doute 
cncore Ies CEUvres Ies plus remarquables sont celles que le temps 
^ iriurics durant de longues anneesl Oui, ii eut mieux valu peut- 
^tre faire moins hâtivement, et mieux faire. Mais quoil N'etait- 
^^ pas la une tâche toute personnelle? Nous ne sommes plus au 
Moyen-Age, ou une ceuvre semblable se pouvait transmettre, 
^'^s qu'elle fut compromise, de maître en maître, soutenue par 
ia foi (le tous, par une conlinuile de volonles et de traditions qui 
faisaii abstraction de tonte individualite. M. Haffreingue Ie com- 
P^'enuit bien : lui mort, son eiitreprise courait risque de finir 



120 LA CATHJ^DRALB 

aTec lui^ s'il ne laconduisait au point ou elle pouTait se suffire ă 
elle-meme et oix elle devait lui survivre. El cet aulei Torlonia, ce 
prix de la lâche accomplie, pouvait-il prendre place dans un 
sanctuaire inacheve? Et puis, enfin, ii se senlail vieillir et ii avait 
hale aussi de jouir de son oeuvre. 11 ne faul peul-elre pas chercher 
d'aulres causes a la precipilalion avec laquelle a ele achevee la 
decorationde T^difice; mais pouvons-nous bien blâmer celle fai- 
blesse dans un homme dont nous avons lous pu apprecier Tele* 
valion de caractere, la modestie et le detachement de toute 
preoccupation de gloire mondaine. Apres lout, ii y a bien des 
erreurs de delail auxquelles ii sera possible de remedier; la. 
decoration picturale en particulier ne peutguereelre consideree^ 
en majeure parlie,que comme provisoire; le lemps Ta d'ailleurs 
en maint endroit touchee deja de son doigt deslructeur. La calhe— 
drale est desormais la propriele de la viile de Boulogne, quî 
tiendra â perfectionner Tun de ses monuments Ies plus conside— 
rables et â faire disparaître le plus possible Ies incorrections quî 
le deparent. Mais Tedifice reslera, dans sa substance, comme le 
temoignage des conviclions, des e£forts et de la perseverance de 
son fondaleur. 

Mais que dis-je? rediQce n'etait lui-meme dans sa pensee 
qu'un accessoire ou plul6t qu'un moyen. Son but, ii allait plus 
loin qu'â elever un monument, dont a cause de cela meme ii ne 
s'est peut-6tre pas assez preoccupe d'assurer la duree seculaire. 
Ce n'etait pas un monument de pierre seulement qu'il voulait 
construire; mieux encore que le poete latin, ii aspirait ă se 
rendre ce temoignage : 

Exegi monumentum cere percnnitis 

C'etait un monument de foi qu'il avait entrepris d'elever ; c'elait 
unc grande pensee morale qui Tinspirait. II avait la conviction 
qu'il etait dans Ies decrels de la Providence de restaurer Tanti- 
que eveche de Boulogne ; cet eveche qui, conformement â ce 
que la tradilion, sinon Tbistoire^ nous apprend a avait ele fonde 
pour faciliter la conversion de la Grande-Bretagne au chrislia- 
nisme ; et, dans Ies desseins de Dieu, son relablissement devait 
contribuer â ramener dans le sein de la verilable Eglise Ies 



BE NOTRE-DAME DE BOULOGtlE-SUR-MER 121 

enfants de cette mfime île egaree dans Ies sentiers de Terreur *. » 
III tjisioii peut-dtre 1 mais ă coup sur illusion d'autant plus respec- 
table qu'en acceplant le titre d'evâque de Boulogne, ii aurait 
peut-âire fait faire un pas ă la realisation de son ideal, ei qu'il a 
toujours refuse un honneur qui aurait semble obscurcir, par 
Tapparence de preoccupalions personnelles etun semblantd'am- 
bitioD raondaine, la serenite de ses aspirations '. 

E. Drahard. 

* Hist, de N,-D, de BouloQne^ par Vabb^ D. Haigner^, p. 187. 

* Voici, entre Ies nombreux t^moignages que Ton pourrait citer, la let- 
^* pleino de franche bonhomie, qu*il ^crivait sur ce sujet â Tun de ses 
^ousy le 4 janvier 1852 : 

< Sans nul doute le siâge de Boulogne sera un jour rStabli, 

< Mais quand et comment? Dieu seul le sait. 

* Ces sortes d^affaires se traitent longuement et vont surtout lentement 
avânt d'arriver & bonne fin. 

* Quant â moi, jo n'ai jamais eu la pr^tention d*occuper le siege, et 
aucune conud^ration ni puissance ne pourrait me faire changer de râ- 
«olution. 

^ Je ne vous en remercie pas moins^ quant â Tintention, des voeux que 
^ous m'adressez. • 



LES CLOCHES 



DE ROME ET D'ANAGNI 



J'avais commenc6, des i853, ă recueillir Ies iDScriptions des 
cloehes de Rome. Le sujet 6tait int^ressant en lui-mâme ct mes 
recherches personnelles servaient h compl6ler Ies documents du 
mame genre publiăs dans diff6rents recueils en France, en Angle- 
terre et en AUemagne. De plus, pour r6pigraphie contemporaine 
quî cherche des mod^es dans le pass6, îl se pr6sentait lă une veioe 
qui mâritait d'âtre explor6e. 

J'ai ăfi, apres un grand nombre de tentatives infructueuses, c^der 
devant rimpossibilitâ de continuer : aussi Ies notes que je publie 
aujourd'hui sont-elles moins importaates par le nombre, qui n'est 
pas en rapport avec celui des 6glises, que par leur valeur intrin- 
săque et Ies enseignements qu'elles fournissent. Les clochers sont 
en g6n6ral d*un acc5s difficile. Souvent on n*y monte qu*au moyen 
d'6chelles; d'autres fois les cloehes sont inabordables ou parce 
qu'on ne peut en faire le tour, ou, ce qui est tres-fr^quent, parce 
qu'elles sont plac6es, non dans un beffroi, mais dans les fenâtres 
memes du docher ou dans des clochers-arcadcs, ce qu*on nomme 
ailleurs clochers ă jour ou breteches. 

L'înt6ret de ces petits monuments, g6n6ralement assez artis- 
tiques, se râpartit sur plusieurs points h la fois. Ainsi la 16gende est 
emprunt^e, soit h TEcriture sainte, soit ă la tradition eccl^siastique : 
elle a surtout pour but de combattre les puissances de Tair, qui sont^ 



LBS CLOCHES DE ROME ET d'aNAGNI 123 

Ies dâmons ^ et j)ar consdquent de garantir contre Ies effets fonestes 

de la foudre, des ouragans, des vents et des tempâtes. Ensuite 

on remarque le nom qui est donnâ h la cloche, c'est-ă-dire que 

qaelquefois elle est plac6e sous le patronage d'un ou plusieurs 

saints ; mais ce bapteme se fait sans exhibition de parrains et de 

manaines. La date est toujours tr^s-exactement constat^e, et le fon- 

dear n'oublie pas d'apposer son nom sur la pi^ce qu'il a travailI6e 

et qoi lui fait honneur. Ordinairement Tinscription prend place au 

cerreau et la robe est r6serv6e aux images pieuses. 

Rome n'est pas d^pourvue absolument de cloches anciennes. J'en 
ai vu da XIII* siftcle ă Saint-Nicolas in carcere et h Tarchi-hâpital de 
Latran. Mgr Lacroix m'a dlt que la basilique de Latran en avait une 
qui remonlait au pontificat de Gr6goire XI et portait la legende de 
Ste Agathe, Meniem sanctam ', que Ton voit ă Text^rieur du docher 
de Ste-Agnfes-hors-les'-murs, comme un pr6servatif contre la fou- 
dre. A Ste-Marie-Majeure, ii y aurait aussî, m'affirme Mgr Pila, 
une cloche du temps du cardinal d'Estouteville, archipretre de la 
basilique ; mais la plus curieuse et la plus grosse incontestablement 
est celle que fit fondre Pie VI pour la basilique Vaticane. 



I 



Avânt de commencer r6num6ration des cloches dont j*ai pu co- 
pier Ies inscriptions, je dois dire un mot d'une inscription de 1270, 
9^ 86 Ut preş de la porte d'entr^e du Panth6on, et qui constate que 
par Ies soins du clerg6 attach6 h cette 6glise, on fit ă la fois des 
cloches et un docher. Le fait părut meme si important qu'on jugea 
* Propos d*en conserver le souvenir pour Tinstruction de la post6- 
'^^j car la table de marbre, grav6e en caracteres de transition qui 
comporte un m61ange de capitales romaines et de gothique ronde, 

* S. Paul. ad Ephes. vi, 12. 
^entem sanctam, spontaneam, honorem Deo et patrias liberationem 
|V.U Legende doriCj Vie de Ste Agathe). Cette formule se retrouve assex 

^tteminent en France sur Ies cloches du Moyen-Age (V, Annales archeo^ 
^m, tom. xxu, pag. 224). 



124 LES CLOCHES 

d^bute, comme toujonrs, par le signe de la oroix, rinvocation dim 
nom de Dieu et la date, qui se calcule par ann6e, indictîoo, mois 
et jours. Le si^ge apostolique <^tait alors vacant el Tâglise adoaini 
tr6e par un archipretre. A la suite, viennent Ies noms d*un prâtre 
de cinq clercs, qui sont affectăs au service de T^glise, Dommăe ^ie — 
Marie-la-Ronde ă cause de sa forme circulaire, appellation qui s'es'fc 
maintenue jusqu'ă nos jours dans la d6signation populaire de /ck 
Rotonda. Les cloches sont d6sign6es en latin par un terme sp6ciaj. 
qui caract6rise lour lieu d'origine, que Ton croit etre la viile d^ 
Nole en Campanie. De mame qu'en frangais, de cloche on a fait ck^ 
cher et en italien de campana, campanile, ainsi, au XllP silele, d^ 
nota on a ăt6 naturellement induit ă former comme derivatif 1 
mot nolarium *. 

Sur rinscription, les mots se suivent sans s6paratlon, et les poînt^- 
milieux, en forme de triangle, sont espac6s pour dâsigner la pon 
tuation. La fin est 6gay6e par une feuille cordiforme. 

+ IN NomiNe DomiNI AMen • ANNO NA 

TIVITATIS EIVSDEM ' M • C 

C • LXX • INDICTIONE XIII • 

MEnSE IVNII DIE SeCunDA APO 

STOLICA SEDE VACANT 

E • TemPoRe DomNi PANDVLPHI D 

E SEBVRA ' ARGHIPresBiteRI EC 

CLESIE SanCtE MĂRIE ROT 

VNDE • ET PresBiteRI PETRI PresB 

iteRI DEODATI • PETRI BARSs 

ELLONE • ROMANI lAGO 

Bl ROMANI • PETRI GORR 

ADI • PAVLI lOHannIS PETRI • 

ET TEBALDI DE ALPerINIS • 

EIVSDEM ECCLesIE CLerICIS • 

FACTE FVERVNT NOLE • 

ET NOLARIVM : 




Ie 



^ Ce docher n'existe plus. II a et^ remplace^ au XVII* si^le, lou» 
pontificat d'Urbain VIII, par deux campaniles bas et disgracieux qui acco 
pagDCDt le portique k droite et â gauche et que leur forme a fait qaalift-^^^ ' 
peu respectueusement, par le peuple, oreilles d^âne d'Urbain VIII. 



DE ROMB ET d'aNAGNI 125 

II 

Je vdfl maintenant dâcrire quelques-unes des cloches de Rome, 
Ies classant par ordre chroDologique et ea ies groupant par 



§ i. — SAINTE-MAEIE IN GOSMBDIN 

I. La plas ancienne des deux cloches de cette diaconie remonte h 
A 1289. L'iDScriptioQ qui court autour du cerveau, sur deux lignes 
irall^les, donne d'abord la date, puis le vocable de Ia cloche sous 
formule Ad honorem usit6e alors, et enfla le nom des digoitaires 
i l'âglise qui la flrent fondre. Deux choses sont ă noter ici : le mot 
'be et le nombre des cloches qui, ă cette 6poque, 6tait de irois^ 

+ A • D *• M • CCLXXXUIIII AD HONOREm Del ET BeaTE 
MĂRIE UIRGinw • TRES NOLE ISTE FAGTe FUERuni : 

+- TanPorE DomiNORUm • Piv«Bi(cRII «• UCEPOnIS «• PresB^eRI 
^ETrl lOAnnIS LUPi * lAGOBI UeneronDI » PAULI CUm • 
^BIC lOannIS CERUIm : 

^» La seconde cloche de cette diaconie est Toeuvre de Louis Lu- 

U, qui la fondit ă Rome en 1845, grâce au legs et aux soins des 

X cardinaux-diacres Alexandre Spada et Paul Mangelli, ainsi 

iux dons du Chapitre qui dessert la basilique. Elle est d6di6e ă 

te Vierge, ă S. Charles Borrom6e et au Christ, dont la cruci- 

a est reprâsent^e sur la robe. Cest ă lui que s*adresse Tinvo- 

Iniio BominL 

et teigneur9 du preahyttre ou pretres et clercs attaches au seryLce da 

. ActuellemeDt ce soni des chanoines. 

'faudrait-il pas lire vice prior is? 

mot est douteux^ car ii est ecrit LUP. Crescimbeni interprete Luce 

* 

le garantis pas davanlage cette traductioo des trois lettres UDI. 

te voia gu^re d'autre sens que celui de cle)*ici. — CreacimbeDi a Iu 

iohi, Cette fin de ligiie est fort difficile â dechiffrer^ le m^tal 6tant 



126 LES CLOCHES 

cation qui se lit en relief au cerveau ei le proclame trois fois 
Dieu fort et immortel. 

+ SANCTVS DEVS SANCTVS FORTIS SANCTVS ET IMMORT 
MISERERE NOBIS 

+ IN HONOREM DEI BEATiE MĂRIA * SEMPER VIRGINIS 
S «• CARLI « BOROMEI * ET lESV CRISTI » A • D « MDCCCÎ 

+ IMPENSA CAPITVLI AERE ' LEGATITIO ALEXANDRI SI 
STVDIO PAYLI MANGELLI DIACONI « HVIVS GARDINAUVJ 



§ 2. — SAINT-JEAN ET SAINT-PAUL 

Cette 6glise, titre de cardinal-pretre. poss6de* trois cloches 
grosse, une moyenne et une petite. 

i. La seconde est la plus ancienne, puisqu'elle date de 158< 
cerveau, se dăveloppe sur deux lignes une invocation pieuse, 
tographe curieuse, suivie du mill6sime et du nom italien du font 
Baptiste Jorda, natif du Piemont et habitantla viile de Fermo 
l'Etat pontiHcal. Les points-milieux sont remplac6s ici, soit pa: 
fleurs de lys, soil par des roses, motif d*ornementation fort 616) 
Sur la robe, les emblâmes et fîgures se succ^deut dans cet or 
le monogramme du nom de J6sus, I H S, surmont6 d'une c 
accompagn6 en pointe d'une fleur de lys et acosta de deux n 
Saint Jean tenant une palme, en raison de son martyre qu'i) so 
dans sa propre maison, lă meme ou s*61^ve l'dglise qui lui est d6< 
Notre-Dame de Lorette, c'estră-dire la Sainte Vierge, assise su 
nuages, au-dessus de sa maison, que des anges transportent dac 

^ Sic pour MaricB. Cette inscription est pleiae d'incorrectioiu orth 
phiques. 
^ Sancti. 
' Sic pour Caroli ; on dit en italien Carlo, 

* Sic au Ueu de Borromcei, 
' Sic pour Christi. 

^ Anno Domini, 

'' Eq general, Tepigraphie romainc, tant ancienne que moderne^ i 
les deux lettres des diphtongues, 

* Sie pour diiiconios. 



DE ROME ET d'aNAGNI 127 

airs ; enfin saint Paul, fiere de saint Jean, dont le genre de mort 
est iDdiqu6 par la palme. 

-+ EXSVRGAT (fleurdelis) DEVS (fl. del.) ET (fl. del.) DISCIPENfVR » 
(fl. de 1.) INIMICE * (fl. del.) EIVS (fl. de 1.) A (fl. de 1.) D « (fl. de 1.) M 
(fl. de l.) D (fl. de 1.) LXXX (fl. de 1.) 

(rose) BAPTISTA (rose) lORDA (rose) DE (rose) PIEMONTE (rose) 
ABITANTE (rose) A (rose) FERMO (rose) ME (rose) FECE (rose, fleur 
de lis). 

2. La grosse cloche, remontant ă Tan 1714, est l'oeuvre du pi6- 
montais Jacques Rolandi. Gomme ornementation, j'ai not6 : le 
Sauveur, la Ste Vierge, Ies titulaires de T^glise Saint-Jean et Saint- 
Paul, Ies armoiries du cardinal Paolucci, qui, commc pretre, 6tait 
attach6 h ce titre; eofin, dans des m6daillons, Ies douze Apdtres, 
S. Michel et S. Ghristophe. L'inscription qui se d6veloppe au cer- 
Teau est tir6e de la Sainte-Ecriture, comme la pr6c6deDte, qu'elle 
complete. 

-I- EXVRGAT DEVS ET DISIPENTVR * INIMICI EIVS ET FVGIANT 
QVI ODERVNT EVM A FACIE EIVS 

lACOBVS DE ROLANDIS PEDEMONTANVS FECIT A D » M D CC XIV 

3. La petite cloche fut fondue en 1749, puis refondue en 1823, & 
Rome, par Ies frferes Lucenti. Elle porte deux inscriptions mention- 
nant Ies deux cardinaux qui curent, h ces deux 6poques, le titre 
presbyt6ral des SS. Jean et Parul, Camille Paolucci et Antoine Rus- 
coni, âvâque d'Imola (Etat pontifical) et 16gat de Ravenne. Au cer- 
veau, on a maintenu Tinscription primitive, qui est un verset de 
psaume; au bas on a ajout^ la formule du Christ vainqueur. Sur la 
robe sont Ies armes du cardinal Rusconi, et son patron, S. Antoine 
de Padoue, Ies deux titulaires de T^glise Saint-Jean et Saint-Paul, 
une pabne en main, et enfin Ies armoiries de Tordre des Passion- 

^ Sic pour dissipentur. — Ce texte est tire du psaume lxvii, verset 2. 

* Sic pour inimici, 

• Anno Domini. 

^ Sic pour diasipenlur, 
Anno Domini» 



i28 LES CLOCHES 

nistes, qni desservent l'^glise : ce blason se compose d*uo cceor, 
marqu6 de ces deox mots XPI PASSIO et surmontâ d'une croix. 

+ OMNIS • SPIRITVS • LAUDET • DOMINUM *• 

+ CAMILLVS • PAOLVCCIVS • CÂRD • TIT • SS • lOAN »• ET ' PAVLI •- 
MARTT '• A *• MDCGXXXXVini • CONFEL • CVR »• 

+ ANTONIVS • RVSCONVS • GARD • TIT • EOD • EPISC • FOROGOR- 
NEL • LEG • RAV •• CASV • GONFRACT '• EX • REDIVIV •• A 
MDCCCXXIII • REF »• 

+ OPUS FRATRUM • LUCENTI FUNDitorum ROMiE 

+ CHRISTVS • VINCIT «ICHRISTVS • REGNAT • CHRISTVS • IMPERAT 
CHRISTVS • AB • OMNI • MALO • NOS • DEFENDAT • 



§ 3. — SAIHT-SAUYEUR DELLE COPPELLB 

La petite 6glise romane de Saint-Sauveur delk Coppelle^ ai 13 
nomm6e parce qu'elle est dans le quartîer oh. se fabriquaient 1. 
barils fcoppellej, n'a qu*une clocbe qui date de 1664. On Ut au 
veau, âvant le mill6sime, la formule ordinaire, usit^e contre Vort 
du « Christ-roi, qui vient dans la paix et du Dieu qui se fait homme • 
La robe est ornăe d'une image de la Yierge, par allusion, sans doii€^« 
h la Madone v6n6r6e au maître-autel. On remarquera Ies ţoio^^ 
milieux qui s6parent Ies mots, suivant la tradition ^pigraphiqae • 
Ies croix qui precedent Ies deux lignes. 

+ CHRISTVS • REX • VENIT • IN • PACE • DEVS • UOMO • FACTVS • fi^ 
+ A • D *• MDG LXIV 

Psalm, CL, 6. 

Cardinalis titulo sanctorum Joannia. 

Martyrum, 

Anno. 

Sic pour conflari curavit* 

Cardinalis titulo eodem, episcopus Forocomelii^ legaiui Raven^"^^ 

Contractam^ sous-enteudu campanam, 

RediviviSy le meme metal refondu. 

Refecit, 

Anno Domini, 



DE ROME ET d'aNAGNI 129 

Gette belle sentence symbolise le rdle de la cloche bânite qui| 
organe du crâateur, rend le caline aux âlâments troublâs par Ies 
puissa.nces de Tair, ei aussi la divinii^ du Ghrist qui prend en piti6 
notre f aavre humanitâ, rachetâe par son sang pr6cieux. 

§ 4. — SAINT-MARTIN DES MONTS 

L'd^lise cardinalice des SS. Sylvestre et Martia aux Monta n'a 
que deax cloches, placăes dans un clocher-arcade. 

i' La plus grosse, remontant k 1714, fut plac6e sous le vocable de 

S. Martin, par Ies soins des Garmes qui occupent le couvent voisin* 

Au bas, une foule de petites m6dailles se succâdent dans cet ordrOi 

qnelquefois avec des inscriptions qui Ies nomment : Sie Anne et la 

Ste Vierge, S. Roch, la porte du jubil6, S. Pierre, la crucifixion 

*vec le soleil et la lune, Tinvocation au Christ, roi de gloire et 

^ainqueur; la Ste Triniti^, S. Jacques-le-Majeur, le S. Sacrement, 

^' Pierre et S. Paul, S. Nicolas avec Ies trois enfants qu'il ressus- 

^^^; S. Elie, fondateur de Tordre des Carmes; S. Joseph, S. Mi- 

^^^ly la d^livrance des âmes du purgatoire, S. Antoine de Padoue, 

^ Ste Vierge; S. Martin, 6veque de Ţours, et Ste Luitgcurde, qui 

^egoii; dans ses bras le Christ se ddtachant de la croix. 

la robe, se lit le nom du fondeor, Charles-Antoine Fusarelli» 

DOM* 

EI POTENTIS AD OPEM • MARI^ MATEUS HONOREM • AO 
«• MARTINI TVTELAM RESONANDVM • CARMELVS • P •• 
-^VNNO • M • DGCXIIII 

DEVS • CHRISTVS 
REX • GLOR *• VENIT 
IN • PACE • DEVS • HO 
MO • FACTVS • EST • 
ET • VERA • FACIES »• 

)eo optimo maximo. 

^osuit. 
^^lorice, 

*ic. II faut lire Et verbum caro, 

rom XVII* 10 



130 LBS CLOCHES 

FACTVM • EST • XPS * 
VINCIT • XTS • RE 
GNAT • XPS • IMPERAT 
XPS • AB • OMNI 
MA-D«' 

OPVS GAROU ANTONII FVSARELLI 

i. La seconde cloche, d'un moindre volume, a pour pati 
N.-D. du mont Cârmei et S. Martin ; elle a 6t6 refondue en 177 
Rome, par Frangois de Biagio, Sa robe est orn6e de m6daîIlons 
repr&entent le Christ en croix entre sa Mbre et S. Jean, In. 
l^erge; Ste Barbe, avec la tour dans laquelle elle fut enferm6e 
son pâre, et la palme du martyre; enfin S. Martin, vâtu en ăvâ 
avec la mitre, la chape et la crosse. 

+ IN • HONOREM • B «• M • V • DE • MONTE • CARMELO • 
ET • S *• BIARNO • RIFVSA • A • D »• MDCCLXXVI 

OPUS 

FRANCISCI DE BLASIIS 

FUND •• ROMiE 



§ 5. — SAINT-JEAN-PORTE-LATINE 

L'^glise cardinalice de Saint-Jean, 6vang61iste, prfes de la ţ> 
Latine, possede une petite cloche qui lui a 6t6 donnâe, en 1 
par Benoît XIV, la sixi^me ann6e de son pontificat. L'inscrip^ 
qui d6bute par une main, se d^veloppe sur deux lignes anton 
cerveau. A la pârtie inf6rieure, on lit le nom du fondeur, An 
Gasini, qui travaillait h Rome. Sur la robe, sont empreints en reli 
Ies armes du Pape, qui se blasonnent pali (for et de gueu 
S. Jean, plongâ dans la chaudifere d'huile bouillante, en face d 

* XPm/uS. 

' Malo defendaU 
' Beatoe Măria Virginis. 

^ Les r^gles de la grammaire exigent sancti; c'est donc par crreur qt^ 
fondeur a ecrit a Ia suite Martino au licu de Martini» 
^ Anno Domini. 

• Funditoris. 





ele 



DE ROME ET D ANAGNI 131 

porte Latine, pour rappeler le lieu de son martyre, qaî n'est 61oî- 
gn^ que de quelques pas et de T^glise et de cette mame p'6rte ; 
exifîo deux agr^ments introduits par le fondeur comme signe dis- 
Lioo-tif de ses oeuvres : un 16zard mâchant une branche de lierre et 
feuîUe de vigne. 



BENEDICTVS XIV PONT • MAX • S *• lOANNI EVANG «' DONVM 
I>EDIT ANNO SAL »• CIO IO CC XLV • PONT *• SVI ANNO VI 

OPVS ANGELI »• CASINI ROM • FVND •• 

r^es points-milieu^ ne sont plac6s ici que pour indiquer Ies mots 
inaolievâs. 

§6. — CAPITOLE 

Hies deux doches du Capitole ont 6i6 Tobjet d'âne trfes-ihtâi'â* 
s^nt^e notice, terite par un savant de premier ordre, Tabbâ Can- 
cellîeri. 

^ • La plus grosse qui ne sonne que pour la mort du Pape et Tou- 

"^©rt-ure du carnaval, est orn6e des armes de Pîe Vil, de celles du 

S6i:iîit, aux înitiales S. P. Q. R., d*une Immacul6e-Co'nception et 

^^s effigies de S. Pierre et de S. Paul, patrons de Home, Tun avec 

l^s cieux clefs traditîonnelles et Tautre tenant lev6 le glaive Ae sa 

^^oapitation. Une longue inscription latine reiate que cette cloche 

^^xxarquabfiB est due h la munificence de Pie VII et aiîx soîns de 

^8T Alexandre Lante, tr6sorier-g6n6ral, et qu'elle a 6t6 fondiîe pap 

^^seph Spagna et Andr6 Casini avec Ies pifeces de monnaie rSpubli- 

^^^^ ties que Ton diit retirer de la circulation lorsque le Saint-Si6ge ren- 

^^ ea possession de ses droits. Elle est consacrâe ă la sainte Vierge 

^^ a.axchefsdu Collăge apostolique. Sa date est trois fois exprim^Ci 

P^^ Tannâe de la fondation de Rome, 2553 ; par Tare chrâtienne, 

^^03, et le rfegne du Pontife, qui est la quatri^e aniiie. Yiennent 

^ Poniifex maximus^ formule renouvel^e du paganiftme liui attribitiift ^e 
« aux empereurs. — - Sancto, 
^ Evangelista. 

* Salutis. 

* Pontificaiui. 
^ Angelo se dit par antonomase de Tarchange S. Michel. 

* Somoni funditoris. 



132 LES CLOCHES 

ensuite le nom du sânateur Abondius Rezzonico, des consuls Do- 
miniqae Serlupi^ Auguste Scarlati et Alexandre Bonaccorsi, da 
prieur des râgions, Jean Patrizzi, et de Philippe della Porta, ces 
deux demiers charg6s de Tentretien des bâtiments du Capitole. 

MVNIFICENTIA • OPTIMI • PRINCIPIS • EX • iEREIS • NVMMIS • 

PROSCRIPTIS • CONFLATA 

ALEXANDRO • LANTE • iERARIl • PRiEFECTO 

PIO • Vn • P • M »• PONTIFICATVS • ANNO • IV • A • CIIRISTO ' 
NATO • MDCCCIII • AB • VRBE • CONDITA • MMDUII • VIRGINI • 
IMMACVLATAE • DIVIS • PETRO • ET • PAVLO 

1 

PATRONIS • EX • S • G «• SACRA • ABVNDIO • REZZONICO • VRBI 
SENATORE • DOMINICO • SERLVPIO • AVGVSTO • SCARLATIO • 
ALEXANDRO • BONACCVRSIO * COSS »• lOANNE • PATRITIO 

REGIONVM *• PRIORE • EODEM • PHILIPPO • A • PORTA ' 
CAPITOLU • CVRATORIBVS • 

lOSEPH • SPAGNA 
ANDREAS • CASINI 

Voici une yraie cloche municipale, qui n'oublie rien de ce 
peut int6resser la postârit6 : le r6gne du sduverain, Ies patrona d^ 

la cloche, Ies membres du S6nat, qui appartiennent aux plus nol> l^s 

familles, la provenance du m6tal et Ies noms des fondeurs. 

2. La seconde cloche, fondue, Tannde suivante (1804), par ^^ 

mfimes fondeurs, apour patrons Ste Franţoise Romaine et S. Ale^ - ^ '^ 
qui y sont repr6sent^s, ainsi que Ies armes de Pie VII et celles ^^ 
Sânat. L'inscription nomme Ies consuls, qui sont difffirents des p — *^ 
c6dents, et Ies memes pr^pos6s ă la conservation des 6difices— — ^ 
n'est pas question du s6nateur, cette haute fonction 6tantaIors '^^^' 
cânte. EUe ajoute, dans un fort beau langage, que le bronze qui — ^^ 
compose servit autrefois aux Romains k fâter le Dieu de la gue^crre 
et que maintenant, purifi6 des souillures de la superstition, la I^*®" 
ligion Ta heureusement consacra aux louanges du Dieu de la pa=::^*^* 
G'6tait| en effet, Ie moment oti TEurope, troubl6e par Ia R6volat fc "Q° 

* Pontifice maximo. 

* SenattM'Consulto^ 
' Consulibus» 

^ Rome ettdivisee cn regions. 



DE ROME ET d'aNAGNI 133 

fran^aise, commencait h prendre un peu de repos et entrevoyaît 

avec joie une fere de calme et de tranquillit6 qui ne fut pas, h6las I 

^e longue durâe. A ce titre seul cetteseconde clochefixeraîtl'atten- 

tion, car, comme son Bin6e, elle a un caractfere essentiellement 

faistorique. 

Je ferai observer que Ies quatre lignes qui tournent autour du 
^^r-v-eau et de la robe dăbutent chacune par une 6toile. Cest une 
forme nouvelle, qui se substitue ă la croix et k la main que nous 
^'^ons vues ant^rieurement. 

* I^lO • VII • PONTIFICE • MAXIMO • PPNTIFICATVS • EIVS • ANNO • V 

* ^*IS • QVIRITVM • BELLORVM • DUS • OUM • PLAVDEBAT • NVNO • 
X>B:o • PAGIS • PLAVDET • ILLVD • IMPVRA • SVPERSTITIO • 
^VRTI • ME • PIA • REUGIO 

* ALEXIO • ET • FRANCISCiE • SENATORII • ORDINIS • EXIMIO • 
X^ECORl • FELICIVS • SACRAVIT • ANNO • AB • VRBE • CONDITA • 
MmDUU • AB • ORBE • REDEMPTO • 

* ifDCCCIV • IO • BAPTA *• CASALI • ANGELO • GAVOTTI • CiES »• 
SINIBALDI • COSS • IO • BAPTA • SAMPIERI • C • R »• lOANNE • 
PATRITIO • ET • PHILIPPO * A • PORTA • iEDIVM • PRiEFECTIS • 

lOSEPH • SPAGNA 
ANDREAS • CASINI 



§ 7. — SAINT-PHIUPPE, VIA 6IULIA 

La confrerie qui dessertla petite 6glise de S. Philippe de N£ri 
^Vait une cloche trfes-ancienne, qui fut enlev6e en 1849 par le gou- 
^^rnement de la R6publique et fondue pour battre monnaie. Elle 
^Ut remplac6e,en 1853, par une autre cloche que fondităRome Jean 
I^ucenti. Sa valeur est de 150 6cus (987 fr. 50 c), ce qui indique 
^u'elle est d'assez t)etites proportions. On y voit en relief le Sauveur, 
l^i Sie Vierge, S. Philippe de N6ri, S. Joseph et Ies armoiries da 
^rotecteur de la confrerie, cardinal Barberini : d'azur d troii abeiUes 
^^^ntantes d^or^ deux et tme. 

^ Joanne Baptista, 

* CcBsare, Ce nom est fort comman k Rome. 

* Capite regionum^ qui se traduit en italien Caporione. 



134 LES CLQCHE8 

A *• MDGCGLIII 

+ QVOD NEQVITIA TEMPORVM RAPVIT SODALITII 
ipIETAS RESTITVIT 

GIOVANNI LUCENTI 
FONDITORE ROMANO 



m. 



Lorsqu'on monte h la cathădrale d'Anagni, Ie docher ou campa* 
nîle frappe tout d'abord le regard. Quoique priv6 de sa fl^che, d6- 
truite paria foudre, ii atteint â la hauteurde quarante etun pieds*. 
l8ol6 actuellement et situ6 vis-ă-vis et â une dizaine de pas de Ia 
fagade, ii devait autrefois tenir aux bâtiments canoniaux, comme 
on Ie peut conjectarer des quatre grands arcs ouverts ă sa b ase et 
aussi de ce passage des Actes de S, Magne, qui le nomment docher 

du palais et non de la basilique. « .... Gonstructis Dolarîo pala- 

tii.... provîda solertia prosequuntur. » II se divise en six ătages, 
qu'indique une rang6e de modillons supportant une arcature cin- 
tr6e continue. Au second 6tage, ii n'est perc6 que d'une fenetre ; 
aux suivants, trois baies, reposant sur deux colonnes, lui donnent h 
la fois du jour et de r616gance. En somme, cette construction, ap- 
pareillăe en travertin choisi, offre dans toute sa simplicit6 le meme 
charme que Ies gracieux clochers de Rome, qui sont du meme style 
et de Ia mame 6poque. Son caractere architectonique nous permet 
de Tattribuer, sans trop hasarder, ă la derniăre p^riode de Tosuvre 
de S. Pierre, 6vâque d*Anagni, par cons6quent aux premieres an- 
n6es du XII* silele '. Nous faisons assez peu de cas, g6n6ralement, 
en mati^re arch6ologique, des documents 16gendaires ou histori- 
ques, pris h part ; car ils peuvent facileraent induire en erreur et^ 
reculer jusqu'ă une 6poque trăs-61oign6e l'âge des monuments po 
târieurement reconstruits ; mais quand, comme ici, par exemple. 
Vhistoire concorde parfaitement avec [Ies donnâes de Ia scienc 

* Anno. 

* Le pled romain ^quivaut k peu prăs k notre ancien pied de roi, 
anrait eu en longueur la dimension du pied de Charlemagne. 

' S. Pierre, dont on conserve, dans la cathedralc d'Anagni, le corpa et 
croise, mourut le Z aoiit 1105 et fut canonişi en 1111. 



DS ROME ET d'aNAGNI 135 

louslţii recoaoaissons ane grande va^eur etnousne vondrioas uni- 

lement nous priver de son secours. 

1 . Des sept cloches de la cathâdrale, deux ont uae importance 
oaajeure. L'ane porte le millâsime (}e ill3 et le nom de Tăvâque 
Ojolia, saccesseur de S. Pierre ^ Petite, 16g6rement âvasâe au bas 
de la robe, elle est ray6e horizontalement dans tout son pourtour. 
Ou lit â son cerveau, en lettres maigres et gravâes h la pointe : 

-+ ANNo DomiNI MCXIII TEMPORIB ; DoMnI OIOLINI EPiscopI 

Ea l'ezaminant de pr^s, j'aî era remarquer sur toute sa surfaoe 

des coups de marteau : peuţ-etre fut-elle battue pour aplanir Ies 

irr^gularit^s de la fonte. Une cloche si pr^cieuse est assur^ment 

fort mal employ6e comme timbre d'horloge; de plus, placăe dans 

l'embrasure d'une fenâtre trăs-6troite, elle rend toute 6tude impos- 

sible, et ce n'est vraiment qu'au p6ril de la vie que j'ai tent6 d'en 

faire le tour. De riascription, telle que je la publie, je garantis le 

sens et Ies mots ; pour afBrmer son exactitude 6pigraphique, j'aurais 

^*m6 h vârifier la copie que j'en ai prise; mais je ne me suiş pas 

^^nti assez de courage pour essayer une nouvelle lecture. 

^. Dans des conditions plus favorables, la cloche de Boniface VUI 
^*^tait pas encore abordable de tous Ies câtăs. Je fus obliga, h re- 
K^^t, dans ma Monographte de la Calhâdrale^ de suppl6er aux par- 
cea qui me manquaient par la copie qu*en avait prise, au silele 
^^^•riier, le chanoine Marangoni. Depuis elle a 6t6 descendue et 
P*^o6e dans une chapelle. L'inscription tourne autour du cerveau 
^t eist acrite en gothique ronde d*un superbe relief. 



A • D «• M • CCLXXXXU • AD HONOREm DEI ET BeaTE MĂRIE 
^^«'^CmiS ' ET SanC/ORUm MARTIRUm MAGNI * ET SECUnDINE • : 

Ughexlt, Italia Sacra^ tom. i, col. 309. 
^ Anno Domini, 

Boniface VIII debute d*une maniere analogue dans la bulle qu'il donna 
^ 1297^ a Jacques d'Aragon, pour Tinvestiture de Ia Sardaigne : c Ad ho- 
cm Dei omnipotentis Patria et Filii et Spiritus Sancti, et gloriosffi semper- 
Virginis Mariee, beatorumque quoque apostolorum Petri et Pauli. » 
^-^^vilecia juria pontif ., 104elivr., col. 338.) 

^ S. Magne, eveque de Trani (Deux-Siciles), repose dani' la erypte de la 
tiliqoe d'Anagot 
Ste Secoodinc, vieifţe ct martyrc^ est inhumec dans la meme crypte, ou 
** a un autel special. 



136 LES CLOCHES 

+ DomNuS BONIFATTOS PaPa • UIH • FECIT FIERI HOC OPUS 
ANDREOCTUS ET lOHannES COnDAm GUIDOCTI PISANI 
ME FECERUnt • 

NoQS avons Ih trois noms de fondeurs de cloches, venus de Pi 
k la demande de Boniface VIII : Andrâ et Jean, fils de feu Guy ^ 
Guido. 

On a souvent reprochă aux cloches du XIII* sifecle une foxrazMje 
maussade. Je ne suiş pas de cei avis, contre lequel bon nomhre c^e 
cloches peuvent protester; certainement celle-ci ne tombe pas sous 
la censure. Oblongue et suffisamment 6vas6e k la pârtie infărieuj-^, 
elle contraste par sa simplicit6 et son bon goât, son air sans pr^tentio n, 
avec celles du XVIII* et du XIX* siecles, si charg6es et si chamarre^^s 
qu'on dirait, ă Ies voir, une robe de satin broch6 k la Pompadou ^- 
Au-dessous de Tinscription, deux ^cussons ogiv6s offrent, lep 
mier, Ies armes du pape Gaetani et, le second, Ia tiare pontifical 
De Ik nous tirons ces deux cons^quences : Au XIIP siecle, Tdcuss 
papal âtaitsans supports et sans timbre et la seconde couronnen. 
tait pas encore ajoutăe k la tiare. 

Ces deux cloches sont, non-seulement rares, mais surtout d* «^ ^ 
haut intăret pour Thistoire et Tarchâologie : on ne saurait doncti^^^^ P 
veiller k leur conservation. Pour cela, ii serait n^cessaire de pren 
quelques pr6cautions que me permettront de leur sugg6rer MM. 
chanoines, qui m'ont si souvent bonor6 de leur bienveillante 
tion. 

Tout d'abord, ii est indispensable d'enlever la premiere de ^^^^ 
deux cloches, car, dans le docher, elle est expos6e a p6rir prom^"^*' 
ment. Les intemp6ries de Tair ont oxyd6 celle d'Ojolin, que V^^^ 
remplacerait k peu de frais ; la foudre a d6jă frapp6 celle de Bo*^^- 
face VIII, qui, en cons<5quence, reste muette et impropre auserv^î^^ 
de r6glise. Les 616ments, les orages, et Ies enfants, si imprudex^^s 
lorsqu'ils s'amusent k carillonner, sont fort k craindre; ii ser«it 
sage de pr6munir un malheur toujours mena^ant. Puis descendu^s 
on les placerait, avec les autres antiquit^s de la cath6drale, 3.tii 
Archives ou k la sacristie. Cest alors qu'on aurait toute facilita ^^ 
les dâcrire, dessiner, estamper, meme mouler. 

3. Boniface VIII avait donn6 ă Anagni une autre cloche qui ^^ 
refondue en 1705, nous ignoroos pour quel motif. On Ut au cer" 
veau : 



U 



^i 



DE ROMB ET d'aNAGNI 137 

IN HONOREM B • M *• VIRGINIS ET S «• lOSEPH EIVS SPONSI 
A.TQYE SS »• OLlViE AC NEOMISIiG * 

Au bas de Ia robe, oa lit la date de la refonte. 

-+ BONIFACII PP • VIII • LIBERALITATE ANNO MDCXCV FVSAM 
EPISCOPO ET CANONiaS BASILIC^E » GATHEDRALIS 
CVRANTIBVS ANNO DOMINI MDCCV REFYSAM 

Ies noms des fondeurs sont plac6s entre Timage de la Yierge et 
la croix de S. Thoraas d*Aquia •. 

OPVS FRANCISCI ET DOMINICI HLIl "^ DE BLASIIS 
FYNDITORVM ROMANORVM 

4. Boniface VIII, si g^n^reux pour sa basilique d'Anagni, Iui 
^vaît fait cădeau d'une troisieme cloche, dont on eut au moins le 
hon sens, lorsqu*on la refondit en 1755 pour en faire le bourdon 
ftctuel, de conserver a peu preş Tancienue inscription de d^dicace 
î^i se dăveloppe autour du cerveau : 

+ D • O • M »• BMiE • V »• MARliE ET SS • MM *«• MAGNO ET 
SECVNDINiE BONIFACIVS PP • VIII • AN "• X • CAMPANAM DICAVIT 

I^e chapitre ajouta : 

^^S CAPITVLVM ET COMVNE • ANAGNI^ FVDERVNT ET DEMVM 
^OMixicvS MONTI SENOGALIENSIS ET CAPITVLVM lAM DIV 
^^^CTAM ITERVM FVNDENDAM iERE PROPRIO CVRAVIT 

* BcatcB Mărim, 

* Sandi, 

^ Sanctarum» 

^ Ste Olive et Ste Neomîsie reposent, dans la crypte de la cathedrale, aux 
^t<>ls qui leur sont dedies. J'ai publie leur vie dans ma Monographie do la 
^^ilique, pag 51-53. 

^ La cathedrale d'Anagni a le titre de basilique sacro- sainie. 

* S. Thomas d'Aquin composa cette croix celebre lorsqu'il professait la 
*^^ologie, a Anagni meme, dans le couvent des Fr^res Precheurs. On Tem- 

*^^oie pour preserver de l'orage Ies monuments et Ies personnes. 
"* Sic poar fdiorum. 

• Beo optimo maximo, 

* Beatissimas Virgini, 
" Sanctis Marţyrihus. 

^^ Ost la derni^re annee de ion pontificat. II habitait alori Anagni. 



138 LES CLOCHES 

Quatre mâdaillons coatiennent : rAnnonciation aveo cettel 
gende : ECCE ANCILLA DNI * ; Ste Barbe, protectrice contre la fo 
dre, quî tient la palme du martyre et preş d^elle, la tour ou elle 1 
enfenn6e, avec ces mots : MINAS NON TIMVIT. — La crucifîxion 
Ies paroles proph6Uques de David : REGNAVIT A LIGNO. — Pi 
Ia Yierge Mărie, ă qui Ton applique ce texte du Gautique des caD 
ques : DEDIT ODOREM SVAVITATIS. 

Au-dessous paraissent la croix de S. Thomas d'Aquin, Ies arm 
de I'Evâque d'Anagni, celles du Ghapitre et le Dom du foude 
qui a sign6 : 

OPVS PETRI DE BLASIIS FVND *• ROftLE A • D »• MDGGLV 

5. Les trois autres cloches datent de 1746 et 1805. 

Yoici certainement un docher de cath6dra1e biea fourni, et îj 
aurait plaisir h, eatendre sooner toutes ces cloches; mais h, Anag 
comme h, Rome, cette harmonie est inconnue. Les sacristains 
savent que tinter ct cariilonner, maniere assez singuliere d'appel 
]es gensă T^glise en Ies fatiguant et les ennuyant par des sons fa 
et mal cadenc6s. Du reste, ii faut le dire, ii n'y a qu'ea France 
encore dans Ia seule France du Nord principalement, qu'on sad 
vraiment faire parler les cloches. 

IV. 

La petite âglise des Augustins, ă Anagni, compte dans son ci 
cher trois cloches d'in6gal volume : une grosse, une moyenne 
une petite. 

' 1. La pkis ancienne remontjp ă I'an 1716. G'est aussi Ia plus co 
sid6rable comme poids. Elle fut fondue par Pascal de Bernarde 
sous r6piscopat de Jean-Baptiste Basso, pendant que Joseph G 
vanelli 6tait prieur du couvent. L*inscription rappelle ces faits.E 
y ajoute un don de quinze 6cus, fait par la commune d*Anagni, u 
sentence pieuse, une invocation contre Ia foudre et enfin une mc 
tlon historique que nous voudrions voir reproduite sur Ies cloci 

* Domini, 

* Funditoris, 

' Anno Domini. 



DE ROME ET DANAGNI 139 

Qoarelles, quand elles sont faites avec d'ancien mâtal. La date de 
lacbclie aiasi refoDdue nous reporte h Tan 1536 ei au priorat de 
frere Nicolas de Bânăvent. 

Sar la robe on remarque deux Idzards, qui sont Temblăme du 
fondeur, la crucifixion de Notre-Seigneur et S. Frangois d'Assise, 
repr6s6Dt6 avec un lis et une croix^ la tonsure, la corde aux reins 
6t le nlmbe. Autour de lui est cette 16gende : 

PRECEPTA PATRIS MEI SERVAVI 
L'inscriptionse d^veloppe sur trois lignes au cerveau : 

+ CAîklPANAM HANC A *• D MXXXVI F «• NICOLAO BENEVENTANO 
^RIORE PRIMO CONSTITVTAM + F • lOSEFI ' GIOVANELLI 
AxVaG^JINI 



MODERNI PRIORIS VIGILANTIAM * A FRACTVRA RESTITVIT 
A - X» MDCCXVI IO •• BAPT*i»<A BASSO IN EPATV ^ SEDENTE 
GOITAS » ANAGNiE • SG »« XV 



se 



HOGAVIT VOX DOMINI CLAMAT PIVS ADSIT ABESTE 
^ROCELL^ PASQVALIS DE BERNARDELLIS C }'' AGONIS • F "' 

VI.S bas, sur la robe, au-dessous des images pieuses : 

PER TE RECEDANT 
FVLMINA 



'^'^nno, II y a erreur pour la date, la lettre D, ayant ete transposee, doit 






, ^V*orter apr^ M qui commence le millesime. Sans qiioi nou» aurions une 
de Tan 1031 et le couvent n'est pas aussi ancien de foiulution. 
-^^ratre, Les Augustins sont des freres mcndiants, cn memc temps qne 
^ K'mites. 

ic pour Josephi. 

utre faute. Vigilantiam est ^videmment pour vigilantia. 
nno Dormni, 
oanne. 
'Piscopaiu, 
l Cmmunitas. 

Sic pour AnagnicB. 

Civis. 



140 LES CLOCHES DE ROME ET D AXAGNI 

2. La seconde cloche, qui est la nioyenne, fut fondue en 18Q^ 
par Carmino Cacciavillani de Frosinone (Etat Pontifical]. Les ^^ 
mites, daDS Tinscription de d6dicace, iDvoquent leur pere, sa. 5 
Augustin, qui se trouve reproduit sur la robe, ainsi que Ste Ba^^^] 
et la GrucifixloQ. 

+ SANGTE PATER AVGVSTINE FILIIS TVIS * ROGA DEVM • 
EREMITANI PATRES ANAGNIENSES FIERI GVRARVNT 

+ CARMINVS GAGGIAVILLIANI * FRVSINAS FECIT ANNO DOMII 
MDCCC 

3. La petite clocbe, d6di6eăla Ste Yierge et h S. Augustin^ dor 
elle porte les effigies, fut fondue en 1831 par Yincent Cacciavillani 
probablement fils de celui qui fondit la cloche pr(§c6dente. 

+ BEAT^ MARLE VIRGINI AG DIVO AVGVSTINO DIGATA 

+ VINCENTIVS GACCIAVILLANI FRVSINAS FVDIT ANNO DOMIN 

MDCCCXXXI 

X. Bărbier de Montau lx. 

Camerier de Sa Saintete. 



* II faut lire pro filiis tuis, 

' Sic. Ce mot signifie chasse-'vilains. Plus bas, noui avoni sa ver-iUbli 
orthographe. 



VOCABULAIRE 



DES SYMBOLES ET DES ATTRIBUTS 



employăs dans VIconographie chritienne 



HOlTltes ARTICLE * 



H. 

^ache. — Cei instrument indique tantdt la profession du saint 
harpentier, bucheron, etc), tant6t son genre de mort. Cest 
^^Iribut de S. Alhanase, S. Aleaume, S. Boniface de Mayence, 

Barthelemy, S. Chrysostome, S. Elphege de Cantorbery, Ste 
^<)cxie, S. Jean-Baptiste, S. Ladislas, S. Hermenegilde, S. Mat- 
i^u, S. Matthias, S. Malchus, S. Martinien, S. Olaf II. 
^allebarde. — A. de S. Matihieu, S. Theodore, S. Thomas. 
ffarpe, — Cest l'instrument de musique par excellencfe du 
^^en-Age. Aussi la met-on entre Ies mains de la Musique dans 
^cpresentation des sept arts liberaux, et c'est aussi Tattribut 
^ vingt-quatre vieillards de TApocalypse, de David, de Ste Ce- 
^^etdeS. Dunstan. 
-f/arptes. — S. du Demon, du repentir. 
^elîotrope. — S.de la ferveur chretienne,de la fideliteâDieu. — 

de S. Jean r£vangeliste (rarement). 
Veresie. — Elle est foulee aux pieds par S. Augustin> S.Bernard, 
Fulgence, S. Thomas d'Aquin. 

^4m8on. — Cacbe dans la pierre, c'est le pecheur revenu ă 

^ Voir U dernicr numeros page 83 



142 VOCABULAIRB 

Dieu et rentre dans la droite voie ; ăla nage, rentrant sa tâte s 
ses epines, c'est le type de Torgueilleux et de riiypocrite ; en 
raudedans Ies vergers, c'est le Demon, ravisseur d'âraes (d' 
zac). — On le donne comme attribut h la Hedisance. 

Hdron. — S. des 61us, de la vigilance, de l'indiscretion, d( 
gloutonnerie. — A. du moisde fevrier. 

Hîbou. — Figure de Tignorance, de l'envie, de Taveugleme 
de rincredulite des Juifs. 

Bippo-Centaure. — Cet animal hybride ou la conformaiion 
clieval tient plus de place que celle de l'Mre humain, personn 
la degradation la plus complete ou puisse precipiter la debau( 
(d'Ayzac). 

Htppo'cerf. — Ce monstre imaginaire, moitie cbeval et mo 
cerf, est Tembleme de l'homme qu'un elan fougueux pr^ci 
d'abord dans telle ou telle voie, mais qui bientât se d^sole 
Teffet de sa pusillanimite naturelle (Pierius). 

Hirondelle. — S. de Torgueil, de la conversion. — A. de 1 
cbiteciure, du mois de marş. 

Bdpitaux. — On Ies voit visites par Ste Catberine de Siei 
Ste Elisabetb de Hongrie, S. Jean de Dieu, S. Rocb, Ste Ros< 
Lima, S. Vincent de Paul, etc. 

Horloge de sabie. — Embleme du temps. 

Bortie. — A. de la Force, de la B. Golombe de Rieti, de Ste 
lienne Falconieri, de S. Syr, de S. Telespliore. 

Boulette. — A. du projiliele Amos, de S. Felix de Cantalice^ 
Gerievifeve, S. Gratien, Sie Solange, etc. 

Boux. — S. de la penitence, des mecbants. 

Bumilite. — Figuree par une femme ă cbeval sur un agni 

Buppe. — S. de la piât6 flliale, de la tristesse du siecle, da 
cbeur endurci. 

Byacinthe. — Celte couleur caracterise principalement la i 
dence chrelienne, la paix, la serenite de la conscience, le desI 
Ciel. 

Byene. — S. de la cupidite de3 avares, de l'instabilite daas 
moeurs. 

Bysope. — S. des souffrances de J.-C, de rhumilite, d< 
charitâ. 



DES STMBOLES 143 



I. 



Ibis. — S. de regoîsme, de la mechancete. 
Ichneumon. — S. de lasagesse, de la concupiscence. 
Idolatrie. — Figuree par un honime priant devant un singe. 
Idoles. — On voit des idoleS brisees par le centurion Corneille, 
par Ste Eulalie, S. Marcel, S. Marin, S. Simon,ap6tre; des idoles 
renversees, pr^s du prophete Osee, de Ste Clirisline, Ste Irene, S. 
Philippe, S. Possidonius, S. Timolhee, S. Victor de Marseille, 
S. ViUibrord d'Utrecht. 
f/^. — S. d'immortalite, 

Itnage de la Vierge, — A. du B. Alphonse de Rodriguez, de S. 
FulbertdeChartres, 8. Ferdinand, roi, 8. Gregoire VII, S. Hya- 
cîntlie, S. Ignace de Loyola, de la B. Mărie de Tlncarnation, de 
S. Rupert de Salzbourg, etc. • 

Iruendie. — Apparaît dans Ies scenes consacrees â S. Arnould 
^^ Metz, S. Benoît d'Aniane, S. Conrad de Plaisance, S. Germain 
^^ Paris, Ste Gertrude de Nivelle, Ste Godeberte, S. Leu de Sens, 
S« Norbert, S. Pierre Celestin. 

-fmignes militaires. — Donnes ă S. Arnoul de Soissons, S. BavoD, 
^* Gereon, S. Guiilaume de Gellone, S. Hippolyte, S. Longin, S. 
M^i'tin, S. Maurice, S. Quentin,S. Theodore, S. Vital de Ravenne, 
^U en general, ă tous ceux qui, i une epoque quelconque de leur 
^^^, ont porte Ies armcs. 

-fmtruments de la Passion. — Soiit porles parfots pat Ies anges ; 
^*^ Ies fail tenir aussi par S. Bernard, S. Jean de la Croix, S. Jean 
^^ Dieu, Ste Madeleine de Pazzi. 
-fvoîre. — 8. de la purele. 
^vraîe. — S. de la zizanie, du peche. 

Jf. CORBLBT. 

(A sutvrej. 



L'£GL1SE DU SACRE-COEUR 



A MONTMARTRE 



L'CEuvre du Voeu naţional vient de faire un grand pas, A la suitea 
d'une râunion des membres du Comite et d'un certain nombre de^ 
nos plus illustres architectes ef^ artistes^ sous la pr6sidence d^ Soil^ 
âminence le Gardinal-Archevâque de Paris, ii a 6t6 d6cidâ qu'uni 
concours serait ouvert pour la construction de T^glise du Sacr6— 
Coeur & Montmartre. 

La CommissioQ artistique formâe & cei effet se compose de douzei 
membres : 

MM. Chesnelong, membre de l'Assembl^e naţionale, prăsident de la. 

commission ; 
Alpuand, inspecteur g^n^ral des ponts et cbauss^es, directeur dea 

travaux de la viile de Paris; 
Ballu, arrhitecte, membre de Tlnstitut ; 
De CA.RDA1LLAC, directeur des bâtiments civils au Ministere des travaiui 

publics, vice-pr6s>ident de la commission ; 
Lăon Corhudet, ancien prăsident de section au conseil d'âtat, pr^si- 

dent du Comită de Tocuvre du Vobu naţional ; 
Duc, architecte, membre de Tlnstitut; 
QuiLLAUME, directeur de T^cole des beaux-arts, membre de Tins- 

titut ; 
Baron de Guilhbrmy, conseiller ă la Cour des comptes ; 
Lâbrouste, arcbitecte, membre de Tlnstitut ; 
Le Gentil, secrâtaire du comite du Voeu naţional ; 
Albert Lenoir, secr^taire de ll!:cole des beaux-arts, membre de Tlns^ 

titut; 
RouACLT DB Flbury pere, arcbitecte. 



^GLISB DU BACRâ-CGEUR A MONTMARTRE 145 

1/6 jury qui est chargâ de juger le concours se composera des 
ouze membres de la commissîoQ artistique et de six membres 61us 
ax Ies coDCurrents. 

liC concours, ouvert le !•' făvrierj sera clos le 28 juin 1874. Nous 
1 donnoDS ci-apresle programme tel qu'il a 6t6 d6lib6râ en sâance 
e la Gommission artistique. 

L'appel fait aux artistes sera entendu : nous en avons pour ga- 

ni rempres3ement avec lequel Ies hommes 6miDents dont nous 

•noDS de transcrire Ies noms ont r6pondu a Ia convocatiou de Mgr 

i^chevâque et la faveur avec laquelle ils ont aecueilli Ies id6es qui 

tur ont 6t6 expos^es, en mame temps qu*ils apportaient & la râali- 

tion de ces id6es et h leur dăveloppement le concours de leur 

lent, de leur exp6rience et de leur g^nie. 

Le concours qui s'ouvre aujourd'hui rappelle celui qui a 6i6 ou- 

îrt ă Lille ii y a une vingtaine d'annâes, et qui a dou6 cette grande 

Ue de ce chef-d'ceuvre d'architecture d6di6 h la sainte Vierge 

^^s Ie vocable de Notre-Dame de Ia Treille. Les artistes frangais et 

^singers se mirent k l'ceuvre avec une admirable ardeur. Le plan 

^ronn^ se trouva etre d'un architecte 6tranger, un Anglais et un 

Slais protestant. Ce plan laissait encore quelque chose ă d6sirer 

l y avait dans les autres plans de belles parties dont on aurait 

ÎI Youlu enrichir r^glise projet^e. 11 fautle dire aussi, Tamour- 

pre naţional et le sentiment catholique ăprouvaient une certaine 

5rance etune d^sagrdable surprise. 

eureusement les conditionsdu programme r&servaient ălacom- 

ion de Taîuvre un double droit : elle n'6tait pas tenue h 1*0x6- 

\n des plans couronnăs, et elle restait absolument libre du choix 

irchitecte. Le R. P. A rthur Martin, qui avait analys6 et com- 

tous les projets soumis k Texamen du jury dont ii faisait par- 

;mpara des <^16ments plac6s sous sa main, r6suma Ies beautâs 

s et leur imprima le cachet sp6cial de 1 artiste et du religieux. 

\ravail est sortie Notre-Dame de la Treille, dont la premiăre 

ut pos6e Ie 9 juin 1856. 

le temps apres, le H. P. Arthur Martin mourut, mais, dans 

ţ temps, rarchitecte dont le plan avait 6t6 couronn6, M. 

'utton, entrait «ians le sein de TEglise catholique et pro- 

ţue le travail qu*il avait consacri k Ia sainte Vierge avait 

es semences de viritâ qui germaient dans son cosur. 

XVII. 



146 £glise du sâcr^-gocur 

La contemplation du beau mane h la Y6rit6 ; dous dirions volon- 
tiers que Târne du v6ritable artiste est une âme Daturellement chr6- 
tienne, puisqu'elle aspire ă Ia beaut6 id6ale, ct que son but est de 
faire resplendir par la forme la y6rit6 qu'elleasaisie et qui Ia trans- 
porte. 

Le culte du Sacrâ-Goeur de J6sus, qui est le culte de J^sus aimant 
de J^sus qui nous a aim6s jusqu'ă la fin, jusqu'ă se donner Iul 
mame h nous en nouniture dans TEucharistie, est aussi comme I( 
culte fondamental et central du catholicisme : enT^tudiant dans s£ 
r6alit6, dans sa beaut6, dans Ies inspirations dont 11 est la source 
dans Ies grandes et h6roiques actlons qu'il suscite, afin d'en expri- 
mer le symbolisme par Ies formes architecturales, Tartiste 6tudierf 
par lă meme le culte catholique tout enticr, ce culte qui, h lui seul, 
est une d6monstration de la divinit6 et de la y6rit6 de notre religiei 
tantil r6pond^ mieuxque tout autre, et ă la majest6 du Dieu qu'a- 
dorent Ies chretiens et aux besoins Ies plus intimes du coeur de 
rhonmie. L'6glise du Sacr6-Coeur doit etre k la fois Texpression ar 
chitecturale de Tamour de J6sus-Christ pour la France, la fîlle aîn6< 
de l'Eglise, etdu repentir de cette France qui lui a 6t6 si longtemps 
infidele : 11 y a dans cette simple idde, qui est celle du Yoeu naţional 
tout un maguifique poeme que la pierre devra chanter, aussi bie£ 
queT^loquecce, la po6sie, lapeinture, lasculpture ettouslesautrei 

ai'ts. 

Cest l'histoire de TEglise tout enti^re qui est ă r6sumer, maii 
particuli^rement.de la France chr6tienne, n6e k Reimsavec Ie bap- 
teme de Glovis, agrandie par Charlemagne, soldat de TJ^glise contre 
rislamisme^ la France de saint Louis et de Louis XVI, Ia France, 
que le Sacr6-C(£ur appelait â lui par la voix de la bienheureose 
Marguerite-Marie, la France que dâfendaitsousl'âtendard du Sach 
Coeur Ies zouaves de Patay, et qui reconnaît aujourd'bui qu'elle ne 
pourra revivre sans revenir au Gbrist, qui est la voie, la v6rit6 et Ii 
vie. Quel immense champ k parcourir pour Tai-tiste 1 Tous sont appe 
I6s, nous esp^rons que ce sera un artiste fraugais qui gagnera k 
couronne; 

Voici le programme du concours pour la construction de V6gUai 
du Sacr6-Cieur& Montmartre : 

L II est ouvert un concours public pour le projet de l'Eglise da Sacra 
Cour ă ^riger tur le tonunet de la colline de Montnuurtrei 



A MONTMARTRE 1*7 

II. Ce concours, ouvert le !•' f^vrier, sera dos le 30 juin 1874. 

III. L.e nouvel Edifice sera elev^ dans le p^rim&tre indiquâ par le plan 
g^n^ral annex6 au pr^sent programme ; ii sera oriente du sud au nord ; 
la faţacie et la principale entr^e regarderont la viile de Paris. 

Le plan sus-indiqu^ comprendra unc coupe g^ologique et des proflls de 
la colline Montmartre sur laquelle devront âtre 6lev6e8 l'ăglise et ses dă- 
pendances. 

IV Outre le projet de T^glise proprement dite, Ies concurrents devront 
prdsenterun projet de b&tiinents destin^s â servir de sacristieset depres- 
"ytere," et un projet des rampes d*acces et de la promenade k cr^er sur Ies 
^^placementâ d^aignes ă cet effet au plan general. 

^* Le terrain destina ă la construction de T^glise aura 90 m^tres de long 
, ^ 50 de large, termina au nord par une pârtie demi-circulaire. Toutefois 
^ ^e-vra fetre răserv^ â la pârtie septentrionale un espace de 2 m. 50 c. au 
^*tii pour installer de ce c6t6 une grille de protection. Cette grille devra 
^ccorder avec Ies deux grilles ouvrantes ă placer, sur Ies points indi- 
1*^^^ pour fermer au nord Ies deux rues ou passages de 12 mfetres de large, 
'^^eant Ies faţades lat^rales de Teglise. 

cs concurrents pourront ^lever en avânt de la fa^e, sur un emplace- 
^^t indiqu^ au plan qui leur sera li» r«5, un perron ou un porche ayaut au 

Ximum 25 m^tres de largeur sur 10 m^tres de profondeur. 
V I. Les projets devront comprendre une crypte, ou ăglise basse, r^gnant 
^B le choeur et les bas-c6t^s, corn mu niquant largement avec T^glise su- 
**ieureet ayantdes accfeâ exterieurs. 

II. Uedifice sera surmont^ d'une ou plusieurs parties hautes, d6me, 
rs ou clochers, d^un acces facile, au moyen de plusieurs escaliers. 
^^III. Une statue monumentale du Sacr6-Coeur sera plac^ ultdrieure- 
^nt, d'une maniere tr^s-apparente. 
IX. L*6glise sup^rieure contiendra : 
Xjne nef ; 
^es ba8-c6t^ courant le long de la nef et toumant autour du sanc- 



X)es galeries ou tribunes au-dessus des bas-c6tă8. 
^. Le choeur et le sanctuaire seront assez vastes pour que Toffice public 
^oaâme Toffice pontifical puissenty âtre c^l^br^s avec la pompe convenable. 
^L L'^glise, tant superieure qu'infârieure, sera con^ue de maniere k 
iivoiry installer, dans son ensemble, au moins vingt cbapelles, dont une 
Vis grande dădiăe k la sainte Vierge. 
^11. Des grilles ouvrantes seront ^tablies des deux c6t6s de la faţade, 
Q de pouvoir ouvrir ou clore, au besoin, les deux rues lat^rales k 
^'^^^lise. 



148 £aLISB DU SACR6-G0EUR 

XIIL Leg bâtiments destin^s aux sacristtes et k Thabitation des eccl4- 
siastiques et autres personnes charg^es de desservir T^glise seront ^tablis 
sur la parcelle du terrain, situ^e k Test de T^glise et s^par^e d'elle par une 
des rues pr^cit^es. 

Ils seront reli^H â Tdglise par une galerie couverte, assez dloignde de la 
farade principale pour conserver l'aspect d'isolement de T^glise, mais bar 
rant la rue k Test de maniere â en faire une double impasse. 

XIV. Le bâtiment destina â l'usage des sacnsties et de leurs ddpendan 
ces comprendra siz parties distinctes : 

1^ Sacristie des messes pour Ies pretres qui desserviront ordinairemen* 
r^lise V 

2^ Seconde sacristie des messes pour Ies prâtres du dehors qui Tiendra 
en pMerinage; 

3® Sacristie destinde au matărtel, vases sacrds, orneoQents, linge, etc.; 

4^ Bureauz pour le service du pMerinage et pour la conservation d 
arcbives ; 

5® Local pour le service des cbantres et des enfants de choeur ; 

6° Logement d'un sacristain-concierge . 

Si le bâtiment des sacristies dtait conţu avec un premier dtage, la 

de la sacristie contenant le linge, le matdriel, Ies ornements^ pourrait âtz zz. 

reportde au premier dtage. 

Le presbytere est destind ă loger cinq pretres, cinq ou six ofBciers c^^b«=»u 
serviteurs de Tdglise, et comprendra quelques chambres â coucher, do ■ :sit 
une plus importante pour servir, au besoin, a recevoir un dvdque. 

Un cloitre, un petit oratoire, une biblioth^que,une ou deux salles de rd~ 
nion, deux salles k manger, une cuisine avec ses ddpendances, une ca 
sont Ies accessoires obligds du presbytere . 

XV. Chaque projet comprendra : 
1* Un plan de la crypte ; 
Un plan de Tdglise ; 
Un plan des tnbunes ; 
Un plan des combles ; 

2^ Une dldvation de la faţade principale et d'une fiet^e laterale ; 
$• Des coupes longitudinales et transversales de l'dglise; 
4 ' Des plâns de la sacristie et du presbytere ă leurs diffdrents ^tage-- 

avec dldvation des diverses fa^des et coupes. 

Ces plâns, coupes et dldvations seront k Tdcbelle d'un centun^tre 
m^tre. 

Chaque projet comprendra en outre : un plan d'ensemble de Tdglise, 
l'ameublement de ses dăpendances, de ses abords et de la promenade prc^-^^ 
jetde, dressd a Techclle de 4 millitretres par m^tre. 



A MONTMARTRE 149 

VI. Les projets comprendront non-seulement la disposition architec- 
de, mais la d^oration de î'^glisc. 

VII . Le montant de la d^pense devant âtre un des ^l^ments les plas 
isi£i du choix k faire entre les projets, chaque concurrent devra produire 
leTis descriptif et estimatlf bas6 sur Ia s6rie de la Viile de 1873, ei 
iiă aTec le plus grand soin. 

i devis, divis^ en trois chapitres : le premier comprenant la construc- 
de Teglise, la sculpture ornementale et statuaire ; le second, la cens* 
ion des d6pendances ; le troisieme, la d^coration et Tameuhlement, 
r^TÎs^ par des ddl^u^s choisis par le jury dont ii va 6tre parlâ k 
ele sui vânt. 

devis total, non compris la promenade et les abords, pour lesquels 
^ncurrents n*auront pas de devis â foumir, et le troisieme cbapitre 
\xe au paragraphe suivant, ne devra pas d^passer la somme totale de 
Kaiillions de francs. 
t artistes pourront joindre aux pi^ces eiig^es celles qui leur parai- 

iitiles pour Tintelligence de leur projet. 

111. Le jury sera compost ainsi qu'il suit : 

:i.2e membres design^s par S. £m. Ie Cardinal-Archev^que et formant 

ţr^sent la Comniission artistique charg^e de Tinstitution du pr^sent 
^iirs ; 

membres ^lus par les concurrents. 
C. Une exposition publique de tous les projets pr^sent^ aura lieu. 
^r^e en sera de vingt jours. 

, Apr^s cette exposition, le jury fera le classement des objets pr^ 
B. 

Titeur du projet qui aura obtenu le premier rang recevra une somme 
Vie miile francs. 

^iiteur du projet classâ le second recevra une somme de huit miile 
a. 
iuteur du projet class^ le troisieme recevra une somme de cinq 

francs. 

s auteurs des sept projets class^s par ordre de mdrite imm^diatement 
; les trois premiers, recevront chacun une indemnit^ de quinze cente 
i. 

I. Tous les projets primus ouindemnis^s appartiendront âTArcbevâ- 
e Paris, qui se r^serve de puiser dans chacun d'eux les ^Idments qui 
nt a sa convenance. 

IL Nonobstant le ddsir de S. £m. Mgr le Gardinal-Arcbev^que de 
r Texecution des travaux a Tauteur du meilleur projet, S. £m. se 
e formellement le droit de dâsigner rarchitecte chargâ de la con- 



150 16GLISE DU SACRâ-COBUR A MONTBCARTRB 

struction, soit parmi Ies concurrentSyw soit en dehors d'eux, aprte 
consulta le jury. 

XXIII. Sila construction est confi6eâ T^uteur d*un des projetshc 
d*un prix ou d'une indemnit^, la prime ou rindemnită se confondra 
Ies honoraires qui iui seront pay^s . 

XXIV. Les projets qui n'auront M Tobjet ni d'une prime ni d*u] 
demnitâ seront rendus ă leurs auteurs^ qui devront les faire retirer ui 
au plus apr^ le jugement du jury . 

XXV. Les projets, tendus sur cMssis, et les pi^ces â rappuidevroi 
dăposds le 30 juin 1874, avânt quatre heures du soir, au secretar 
FArcbevâchâ de Paris, ou dans tout autre local qui serait ultărieur 
designa. 

Un 6tat de ces pi^ces, indiquant le nombre des feuilles de plâns 
devis, sera remis par chaque concurrent et portera sa signature, ses 
pr^noms et adresse, avec cette insei ipţion : 

Projet de construction de Vâglise du Sacri-Cceur, ă Montmart 

Gbaque feuille de plan devra âtre signt^e. 

XXVI. y^lection des six jur^s a nommer par les concurrents aura 
l^r juillet, ix midi, dans une des salles de rArchevâch^, sous la pr^si 
de S. Em. le Cardinal-Archevâque de Paris, ou de son d^l^gu6, ei 
sence des membres de laCommission designee ă Tarticle XVIII. 

L'^lection devra avoir lieu, au premier tour de scrutin, â la majori 
solue, et, au second tour, ă la majorit^ relative. 

XXVII . Les artistes concurrents ne recevront pas d' autre convo 
que celle qui est indiqu^e par ce programme, et qui sera porta ă la 
naissance du public par la voie des journaux. 



PEINTURES 



DE LA CRYPTE DE NOTRE-DAME DE CHARTRES 



On remarque, depuis quelque temps, sar le mar qoi fait face k 
**«ntr6e meridionale de laCrypte, la figure d'une Vierge-Mfere, au 
^^ilieu d'une âtoile rayonnante. Gette peinture demande quelqaes 
^^ots d'explication. On sait que M. Paul Durând, qui Ta fait ex6cuter, 
^ e travaille que d'apr^s un plan suivi dont le symbolisme est comme 
V^ue pr^dication sensible de la Bible et de TEvangile. 

Ce savant arch^ologue avait Tintention de d6corer la Crypte tout 

^ntiere dans le style de sa construction primitive qui est du XI* 

^iăcle. Mais Tart roman, d6jă vieux de huit si^cles, a ăd c6der 

Quelque chose aux exigences de Tart moderne, dans cerlaines par- 

"Cies de cette 6glise souterraine. La Crypte de Fulbert, devenue 

^ussi celle de Monseigneur Regnault qui aura la gloire de l'avoir 

:^-estaurăe, a voulu s'enrichir, en Ies retragant surses murs, detous 

Xes faits merveilleux qui ont illustr6 T^glise do Chartres. De \k Ies 

^randes sc^nes â personnages qui se ddrouleront un jour, esp6rons- 

le, sur toute T^tendue de cette longuo galerie. Au lieu d'un conflit 

^ntre Tart ancien et Tart moderne, nous aurons donc un accord 

•^dmirable. Tandis que Ies peinturcs symboliqucs de M. Durând nous 

:^appelleront Tantiquit^du monument, Ies tableaux historiques nous 

^arleront des 6v6nements dont ii fut le t^moin dans Ies âgcs postă- 

^eurs. C*est pour sacrifier sans doute h cetle harmonie dans Ten- 

JBemble de la dccoration que M. P. Durând repr6sente lui-mâme 

^es personnages dans une Crypte romane et a dăjă fait reproduire 

Ta Madone dont nous allons donner le sens all6gorique. 

Cest dans la Crypte de Chartres que s'cst allum6 dans nos con- 



152 PEINTURES DE LA CRTPTE DE N.-D. DE CHARTRES 

tr6es le flambeau de la foi ehr(5tienne. Cest dans ces grottes yini 
rables que pour la premiere fois la lumiărc de la v6rit6 6vang^ 
lique a brill6, c'est de lă que sont partis ces rayons qui ont dissiţ 
Ies t6n^bres des erreurs paîcnnes qui couvraient le monde. 

Le but principal des d6corations symboliques de ces saints lieu 
devait donc etre d'exprimer cette insigne faveur de la bontâ c 
Dieu qui a voulu r6g6n6rer le genre humain en illuminant Ies âm( 
et Ies ccBurs. 

D^s Tentrâe de cette 6glise souterraine, ces pensăes sont rapp( 
16es aux fîdeles par Ies paroles du prophăte Isaîe : 

tt Populus qui ambuîahat in tenebris vidit lucem magnam ; hahUantih 
ff in regione umbra mortis lux or (a est eis n (Isaia?, IX, 2). 

d Le pcuple qui marchait dans Ies ten^bres a vu une grande lumidn 
c Le jour s'est Iove pour ceux qui habitaicnt dans l'ombre de la mort. > 

Lorsqu'on a franchi la porte, on apergoit en face, sur le mu 
rimage de la sainte Yierge tenant dans scs bras TEnfant-Jâsus. El 
est plac6e au milieu d'un cercle lumineux et rayonnant '. Cest bi< 
la figure mystique de l'^toile matinale qui pr6c5de le jour 
annonce le lever du soleil. C*est elle qui apparut aux mages et 1 
fit venir des r6gions Ies plus 61oignees pour adorer le Roi nouveai 
n6, qui devait sauver non-seulement son peuple privilegia, ma 
toutes Ies nations du mondo : cile se manifestait k tous ceux q 
aimaient et cherchaient la v6rit6 : EPIPHANI A. Elle se manifeste i 
au coeur chr6tien, des rentr6e dans ce lieu v6n6r6 ; elle le condi 
au Sauveur. 

Autour de cette peinture onHit : 

tt Videntes stellam gavlsi sunt gaudio magno vaîde » (Matth., 11, 10). 
a En voyant Vetoile ils eprouv^ront des transports de joie. D 

Nous devons aussi nous-memes nous r^jouir : nous sommes < 

^ La muraille ou cette image est peinte, ainsi que celle de face et d 
c6t^8, n'a pas et6 revetue d'un enduit; on a laisse la ma9unncrie a decoave: 
pour offrir une idee de ce que Ton nommc l'appareil de Ia construction. CV 
ce qui fait que la dorure du fond sur lequel Iu Viergc est pointe, paraît mal 
tandis que celle des pointes de Tetoilc scintille a la lumi^re. Cest un heurei 
efifet du basard. 



PBINTURES DE LA CRYPTE DE N.-D. DE CHARTRES 153 

session de dix-neuf siăcles de christianisme ; nous avons vu plus 
) Ies mages. 

ies anciens peintres chr<^tiens avaient coutume, lorsqu'ils repr£- 
taient des images sacr6es, de joiadre k la figure la răalit6 : c'est 
ir cela que Ton voit ici J6sus-Christ et sa m^re dans T^toile des 
res. 

s Ghrist n'est-il pas la lumiăre qui ăclaire tout homme venant 
e monde ? 

faut remarquer que Ton a adopta ici, pour flgurer la Sainte- 
ge, UQ des types Ies plus v6n6res : c*est unc des images peintes 
saintLuc : elle est conserv6e âans la basilique de Sainte-Marie- 
iure & Rome. M. Barentou, Tartiste qui a reproduit ici cette 
^e sacr6e, a mis tous ses soins a se conformer au tableau origi- 
dont Ies copies ont 6t6 propag^espar saint FrariQois de Borgia qui 
t une grande d6votion pour ce tableau de la Măre de Dieu. (Nous 
is appris que le jour de rAnnonciation de la pr6sente aun^e 
lerg6 de Văglise de Sainte-Marie-Majeure a pr6sent6 k Sa 
tet^ le pape Pie IX une copie de ce mame tableau, ex6cut6e 
rte Toriginal par un ^leve d'Overbeck.) 

1 continuant de nous acheminer vers le sanctuaire de N.-D. oîi 
a figură Taccomplissement des proph6tieset rarriv6e du Messie, 
rencontre la chapelle de son saint prăcurseur Jean-Baptiste.En 
de cette chapelle on trouve des symboles expriraant la venue 
îhaine du Sauveur. 

3s travaux de dăcorations n'avancent point aussi vite que le 
rent Ies fideles. II est bon de leur faire remarquer que Ies res- 
"ces ne permettent pas une marche plus rapide et plus r6guli6re ; 
'ailleurs malgr6 Ies phases de ralentissement^ on reconnaît que, 
]ue ann6e, quelques nouvelles parties de cette ^glise apparais- 
r avec des am^liorations et des compl6ments nouveaux. La d6co- 
)Q de la chapelle de Saint-Nicolas est entiărement termin6e 
ie papier. Dăs que la saison permettra aux peintres de redes- 
ire dans la Crypte, ce nouveau travail sera repris avec ardeur 
ien6 promptementă terme, avec Taide de Dieu. 
oas ne disons rien aujourd'hui des nouvelles peintures qui d6co- 
les chapelles de Saint-Joseph et de Sainte-Madcleine. Nous 
Qdons qu'elles soient complâtement termin^es, du moins pour 
is do la chapelle Sainte-Madeleine. 



154 PEINTURES DE LA CRTPTE DE N.-D. DE CHÂRTEB8 

Qaant aux deux belles peintures murales qae toas Ies visitc 
ont admir^es dans la chapelle principale ei qui reprisentent 1' 
la procession du Gouronnement de Notre-Dame de Chartres (31 
1855), Tautre la constoration de la Crypte (27 octobre 1860), ii n 
suffitde dire qu'elles ont M ex^cutăes par M. Barenton, 61 
dlngres. Cest en faire suffîsamment l'âloge. H. 



L'EGLISE DE LOIGNY 



.a grande et belle ăglise de Loigny domine dâjă de toate sa 
Lteur ces immenses plaines de la Beauce qui furent ensanglan- 
^^^s, le 2 decembre 1870, par Ies derni^res victimes de la guerre. 
C^uand on a d6pass6 la station d'Org^res, sur la ligne de RouQnă 
^^^X^ans, on apergoit ă sa gauche ce vaste Edifice, et instinctive- 
■^^nt on le saluc au passage comme un glorieux mausol6e qui ren- 
^**inera bientât Ies restes pr6cieux de tant de braves soldats. Mais 
;^ l'on s'en rapproche pour le visiter, on se sent de plus en plus 
IU, malgr6 Ies trois aan^es qui nous s6parent des 6v6nements ; 
ce n'est qu'apres avoir traversa Ies croix plant^es qk et lă dans 
^ champs de la mort, que Ton arrive au village de Loigny et & sa 
mvelle 6glise. A cette vue, on dirait que c'est le sang de tous 
^^^ jeunes martyrs du devoir et du patriotisme qui a f6cond6 ce lieu 
^^venu cdlebre eten a fait surgir tout-ă-coup ce magnifique temple 
^"ti l'on priera surleurs cendres et ou leurs âmes prieront pour la 
^^rance. 

Cette dglise presque achevâe m6rite d6j& que Ton en parle, pour 
^« consolation del)eaucoup de familles qui vont voir s'y concentrer 
Xeurs plus chers souvenirs. 

Construite dans le style roman, c'est-ă-dire h plein-cintre, elle 
«st compos6e d'une large nef et de deux bas-cdt^s tr6s-6troits. Aux 
quatre angles, autrement dire de chaque cdt6 de la fagade prin- 
cipale et du sanctuaire, s'616vent quatre petites tours carr6es qui 
ont Tavantage de masquer la toiture en appentis des bas-cdt^s. Une 
chapelle fun^raire de forme carr6e sert de prolongement au sanc- 
tuaire et d'abside a T^glise. Ce sanctuaire regarde le couchant ; ii 
n*a pu âtre orienta, selon l'usage traditionnel de Tantiquitâ chrâ- 



156 Bolise de loignt 

tienne, ă cause des difficultâs de TemplacemeAt. La t^ft^Qui devn 
s'61ever h Tenti'âe de T^glise n'est pasencore commenc^. EUe ser- 
viră de porche ă sa base et sera couronn^e d*une fleche imposanU 
de quarante m^tres de hautcur. 

L'ensemble de ce plaa admirablement congu fait honneară Tar* 
chitecte, M. Douillard, de Paris. II a su donner un cachet d*616ganc4 
architecturale h toules Ies parties de Tddifice, meme d*une utiliti 
secondaire, et toutes ces parties s'âquilibrent parfaitement par ui 
savant parallălisme. Ajoutons]|que, pour Tex^cution, ii est secondi 
d'une fagon intelligente par M. Ilurtaux, entrepreneur-g6n6ral, e 
par M. L6pine, qui a la direction de la magonnerie. 

Entrons maintenant dans quelques dătails pour of&ir une id6< 
plus exacte de ce monument. 

Son architecture ext6rieure plaît tont d'abord ă Toeil du visiteur 
malgr6 Tabsencc de ce docher monumental qui en compl^tera h 
perspective. Certaines lignes en briques rouges lui donoent raem< 
un aspect qui n'est rien moins que triste. 11 est vrai qu'avant tou 
cet ddifice sera la maison de Dieu, ou devra jaillir la source d< 
toutes Ies consolations divines. 

Ces parties en briques sont Ies contreforts des basses-nefs et Ies 
bordures des fenetres qui 6clairent la nef principale. Ces fenetres. 
8urmont6es d'un oculus ou d'une ouverture circulaire, sont r6unief 
deux ă deux sous un cintre en briques ou une espece d'arcadc 
8imuI6e h fleur des murs. 

Lcs tours qui flanquent chaque cdt6 de la farade et celles de 
sanctuaire oîi elles figurent comme un transsept, ă Textârieur, soni 
perc6es, au premier 6tage, de fenetres tres-6troites dans le style'du 
X* au XI* siecle. Ces simulacres de meurtri5res ont bien ici leui 
langage.Maîs en fait de projectiles, c'est la pri^re qui en sortiră 
plus puissante que lcs 6normes boulets prussiens. Le second 6tage 
a de larges ouvertures ă linteau horizontal, s6parees par une colon- 
nette. 

La chapelle funfebre qui s'61^ve au chevet de Ti^glise est recou- 
verte d'un d6me sur lequcl s'ălance une fleche Îngere qui recevra 
bientdt une croix de 4 metres environ de hauteur et du poids de 
80 kilos. Ce signe de salut indiquera de loin Ic lieu pr6cis qui abri- 
tera Ies rcstcs des combattants de Loigny. 

Cette chapelle est In pârtie la plus orn^e de la construction. Un 



âGUSS DE LOIGNY 157 

g d'arcilyes support^es par des colonnettes aux chapiteaux 
Ipt^s ti^^Hb sur ses trois faces. EUe pr6sente comme un air de 

ite forleresse. Les angles rcntrants qu'elle forme avec la saillie 

• 

bas-cdt6s soni îng6nieusemeDt remplis par deux tourelles cir- 
lires tr6s-616gantes. Les modillons sculpt6s qui supporteut les 
QÎches des toits sur toute T^tendue de Tenceinte achevent de 
ict<5riser son style ă la fois agr^able et s6v^re. 
. rint^rieur, la nef principale se compose de trois larges baies 
t les arcs s'appuient sur de gros piliers carr6s. Sa longueur, 
i que celle des nefs lat^ralcs, s'augmente naturellement, aux 
3c extr6mit6s, de la dimension des tours dont nous avons parl6. 
es tours ferment, h la base, un carr6 parfait compris dans la 
:eur des bas-c6t6s. 

'est le lieu de parler de leur destination. L'une des deux qui 
snt la faţade renfermera les fonts baptismaux, et Tautre Tesca- 

qui conduira au docher. Cf^.lles qui accompagncnt le sanctuaire 
riront de chapcUes. Leurs autels seront, par cons6quent, sur la 
ne ligne que le maître-autel. Les deux tours de Tentrăe seront 
6es entre elles par une tribune qui pourra s'^tendre au bcsoin 
jue dans la grande tour du docher. 

•a chapelle fun^raire est terminde ă rint6rieur, sauf la pârtie 
orative. Sa voute circulaire figure une calotte aplatie. Cette 
pole sera enrichie de dix mădaillons peints dont Tun formera le 
tre *. Les grandes peintures qui doivent couvrir les murailles 
t dăjă exăcutăes par d'habiles artistes ; elles seront marouffl6es 
*^ Tach^vement de TEglise. Au fond de cette chapelle doit se 
tsser un autel, et au-dessus s'^levera un c6notaphe en marbre 
T sar lequel on lira les noms des nobles victimes ensevelies dans 

caveau creus6 sous le sol. L'une des tourelles que nous avons 
Qtionn^es sert de descente pour p6n6trer dans ^ce caveau spa- 



nx. 

-1» 



est donc lă que reposeront dăsormais les h6ros de Loigny, ces 
ives enfants de la France qu'ils ont aimâe plus qu'eux-memes, et 
zouaves pontificaux, et ces mobiles des Gdtes-du-Nord et plu« 

Ces medaillont sont 'lus k la generoşi te des donatcurs; ils pourront y 
• reproduire leurs armoiries. Plusieurs de ces medaillons ou cartouchet 
^ejk commandes ; mais ii y a encorc place pour la generosile. 



158 taUSE DB LOIGNT 

sieurs autres qui ont sacrific leur vie pour elle. Ils pipitent bien 
ce lit de repos, tous ces nobles guerriers que la DeigiB recouvrit 
loQgtemps de son froid linceul et qui gisent encore sans honneur 
sous la poussiăre de la plaine. Ce monument du moins perp^tuera. 
leur m6moire et aussi Ies beaux exemples de courage qu'ils ont^ 
16guăs h la post6rit6. 

Ţelle est d6jă Tâglise commdmorative de Loigny. Elle n^attendL 
plus que sa grande fl^che, ses vitrauxpeints et ses d^corations mu — 
rales pour i'ecevoir la cons^cration pontificale etretentir des chant 
8acr6s de la pri^re publique, aussi bien du joyeux Te Deum que d 
funebre De profundis *. 

Nous ne savons encore ă quelle ăpoque aura lieu cette grand 
solennitâ. Mais ce que nous pouvons croire, c'est que bien d 
familles, bien des coeurs de măres aspirent aprfes ce jour d*inau 
ration, jour m^morable qui sera autant un jour de triomphe que 
deuil. 

L'abbâ IlâNAULT. 

^ On peut ajouter qu'elle attend aussi, pour B*achever entîârement, 
offraDdes dea âmea charitablea. Elle a encore beaoin de leur coDcoura. 





LETTRE A M. L'ABBfi CORBLET 



ttr quelques obserpations de M. Naudet 



Monsiear Tabbâ, 

^ous avez bien voulu accorder une place, dans votre iDtâressaate 

-^^^'ue, ă une râdaction nouvelle de mon M6moire sur Ies bourreaux 

^^ Christ, et voici que cette r66dition est devenue robjet d'une let- 

^® iiQprim6e par laquelle le savant et honor^ doyen de notre Aca- 

^^mie tdmoigne son dăplaisir de me voir persister dans un senti- 

^eat qu*il a par deux fois combattu. La rfegle que je m'6tais impo- 

^^e d*6viter toute parole de controverse avec mon v6n6rable 

^^^otradicteur a tourn6 contre moi,et mon acte de d6f6rence a păru 

^^e marquo d*impuissance & me d^fendre. En me voyant encore 

^^taeurer muet devant une troisieme protestation, vous seriez aussi 

^'^ droit de penser que mon silence est un aven de d^faite et que 

J ^ communiquâ h la Bevue de CArt chritien un travail insuflQsam- 

**^^nt 6tudi6. 

''e dois donc, puîsqu'on m'y contraint, me r^signer enGn & dire 
•P^ijrquoi Ies arguments de notre savant doyen ne m'ont pas con- 
^^licu jusqu'ă cette heure. Yoilă le seul but que je me propose, 
"^^^r ne pas encourîr un reprocbe d'obstination irr606cbie. 

^onsieur Naudet veut bien me rappeler qu'il a c d6montr6 suflQ- 

^cunment qu*une fois TEmpire 6tabli, 11 n'est plus question de 

Cohorte pour Ies gouverneurs de province, de coborte civile. Ce 

- ^^t dâsonoaisi ajoute*t-il| la prerogative des Empereurs et dee 





160 LETTRE SUR QUELQUES OBSERVATIONS DE M. NAUDET 

a membres de leur familie d'etre entour^s^ d'une cohorte.... Cel 
c de Ponce Pliate h J6rusalem, en la 16'^ ann6e du râgne de Tibir 
c ne pouvait etre qu'une cohorte militaire ^ » 

J'avais bien entendu et bien compris cette proposition, dăjâ ci 
fois 6mise par notre Y6n6rable doyen dans ses deux premiers 
moires *; mais j'avais gard6 sur ce point, comme sur d'autres, 
respectueux silence, ne voulant pas faire connaître ma raison d' 
siter. 

Cette raison, la voici : Juv6nal, bien longtemps aprfes T^po 
fix6e par M. Naudet, nomme la cohorte des magistrats dans 
vers de la huiti^me satire, ou ii trace Ies devoirs des gouyerne 
de provioce : 

Si iibi sancta cohors comitum^ 9% nemo tribunal 
Vendit actrsecomes •. 

et j'aurais peine h croire qu'en dcrivant Ies mots ex cohorte^ d 
un fragment que nous a conserv6 le Digeste, le jurisconsulte 
cien, contemporain d'Alexandre S6vere, alt employ6 une exp 
slon devenue alors sans signification et sans valeur ^. 

« Cest ă dater de Caligula, de Claude, de N6ron, que pr6v 
(( Tusage du glaive et Temploi du bras militaire, en vertu de 
(( damnations, non pas seulcment celles que prononce Tempera i^^^? 
« mais celles des juges ordinaires... D6sormais le ministere d'e:^ ^ 
« cuteur des hautes oeuvres est retiră au licteur ; ii ne sert pi ""^ 
« que d'escorte. Le condamna meurt par la main du bourreau d^ ^*^® 
« Ies t6nebres de la prison ou par le glaive des soldats & la clii.:c^ ^ 
(( dujour... Yit-on jamais appariteur de magistrat, licteur ou 
<( tre, maaier le glaive ? * » 




ut 



129 



'* Letlre ă M, Le Blant, au sujet de sa hrochure intituUe Recherchis 
Ies hourreaux du Christ, p. 5. 

* M4moires de VAcadimie des Inscriptions, t. xxvi, p. 155, 526^ 
note C, 545 et 554. 

» V. 127, 128. 

^ Lex I, De lege Julia ropetundarum, pr. (XLVIII, xi.) : Lex Julia repe 
darum pcrtinet ad eas pecunias quus quis iu magistratu, potestate, curaţi ^^ '^^9 
legatione vel quo alio officio, munerc, miuisteriove publico cepit, vel — "^^ 
cohorte cujus eorum est. 

* Mdmoires de VAcad* des Inscr,^ t« xxvr, p. 175 • 



n- 



LETTRE SUB QUBLQUES 0BSERVATI0N8 DE H. NAUDBT 161 

Qsi parle mon y^nârable confr^re ; mais sur cette doable pro- 
ion, j'ai le regret de ne pouvoir le suivre; un trop grand 
bre de tcxtes me Tinterdit. Les actes des martyrs chrătiens, 
phore, Romain, Rogatien, Arcadlus ', des passages non dou- 
d'un poete du V* silele, de Cassiodore, de Drepanius *, nous 
trent les licteurs toujours charg6s des exăcutions capitales ; et 
cit que fait saint J6rdme du supplice d'une femme inaocente, 
î du glaive de justice se faussant dans la main du licteur '. 
lurai garde, Monsieur Tabbâ, de vous fatiguer d'un examen 
t>as ă pas de tout ce qu'on m*oppose, et je ne m'arrâterai plus 
un point qui touche tout particuliărement & mes £tudes d'au- 
d'bui, celui du rdle des Apparttores dans les proces des 
lyrs. 

. Naudet pense qu*en jugeant S. Glaude et S. Tarachus, les 

istrats romains âtaient assistăs par des soldats de Tarmâe ; la 

lye en est pour lui, en ce qui touche le premier de ces martyrs, 

i les tities de spiculator^ de commeniariensis donn^s aux bommes 

'gds de Tex^cution *. Parmi les agents du Praeses qui a condamna 

uracbus, memes titres, et de plus un centurion, un comicularius. 

\ qui semble net ă premiere vue; mais ii est un texte que mon 

w^ confrăre passe aujourd'hui sous silence, bien qu'il Tait sans 

3 vis6 autrefois, alors qu'il ăcrivait que les titres des employăs 

ouverneurs « ătuient tous tirăs de la milice » '• Je veux parler 

simple phrase oii un commentateur ancien de Cic^ron, 

idenl. Perist. Hymn. X, v. 1108, 1109; Certamen S. Nicephori, § 6 
issio S. Rogut., § 6; Passio S. Arcad., § 4. (Acta sinc.^ p. 24^, 243, 
>, 5:U.) 

per Aquit. Opera incerta^ ed. Migne, p. 614, Poema conjugig ad 
V. 95; Cassiod. Var iar., xi, 40; Drepanius, Panegyricu» Theodosio 
29. Ces textes que je ne donne pas ici^ pour abr^ger, sont transcritf 
memoire, p. 416 de la Revue de VArt chrdtien, septembre 1873. 

ensem vibrabat in vulnus ad capulum gladiuf reflectitar. 

i Innocentium, § 7 et 8, ele, 

res de l'Acadinite des Inscriptiont, t. xxvi^ p. 184, 185. 
ingements operes dans V adminislration de VEmpirâ romain^ t. I, 
uoi que Ton comprît tous les employ^s du gouverneur tous det 
Q8 generales, ii y avait des titres dififerents pour les divert gradei 
es fonctions; et ces titres etaient tous tir^ de la milice. » 

IVII. 13 





1^8 UITTRB Smt QUELQUB8 OBSERVATIONS DE M. NAUDBT 

noinmant un Accensus civil (sorte d'huissier audiencier), noQs dit 
Ies titres des agents des magistrats 6taient emprunt^s h ceux de 
milieu Idgionnaire : « Accensus nomen est ordinis et promotionis 
(( miliţia, utnuncdiciturprincepsvel commentariensis autcornic^ 
(c larius; hsec enim nomina de legionaria miliţia desumpta sunt V 

Le devoir du crilique est donc de ne pas conclure 16gfereme- 
qu'en matiere judiciaire des appellations emprunt^es k Ia lang~ 
des camps d^signent h6cessairement des soldats. 

J6 Itie suiş d6jă appliqu6 h 6tablir que Ies agehts nomm^s 

ppocfes de 8. Clttude 6laient des Officiales '; je m*occuperai seu 

m^nt ici de ceut qui figurent dans Ies ades de Tarachus et de 
cottipagnotis. 

Un fait particulier se remarque dans ce r6cît : Tun des 
Andronicus, est d(5chir6 par la torlure et le gouverneur qui le rr- m^B" 
veie en prison, d6fend ă ses agents de laisser visiter et pans^ :m7* ie 

chrâtieh. Lorsque Ticnt la seconde audience^ Ies blessures ^^4DDt 

» 

gu^ries; le juge s'en 6tonne et gourmande ses hommes qui, pe iKnse- 
t-il, lui ont d6sob6i. « N'avais-je pas d6fendu, dit-il, mauvais ssol- 
a dats, xaxol aTpiTtojTai, que personne approchât de ce chrătiesn et 
« luidonnât des soins?» Le C ommentar lensi's s'excu&e etafOrme 
nul n'est entr6 dans le cachot d'Andronicus •. 

Trois autres pi^ces des Bollandistes reproduisent la m6me 
constance : ce sont Ies răcits de la passion de S. Dulas, d^ S. Thyx:^© 
et de S. Acace. Le fait est le mame, mais Ies termes varient et 1^^ 
diff6rences qu'ils pr6sentent sont importantes ă noter,car elles 
connaftre la condition r6ellc de ceux qui semblent tout d'abord 
des soldats proprement dits. 

Dans Ies Actes de S. Acace, Ies mots 5 xaxo\ ^TpaTiCtai du juge ^ ^' 
dressent aux hommes de sa Ta;»? *, terme qui âquivaut, comme oti^' 
cun sait, au mot latin officîum *. Dans le procăs de S. Thyrs^» ^^ 

* Ptfeudo-Aâconius, Iii act. 21 in Verrem, \. I, § 71 (Cic^ron, W. ^^r^^^^ 
t. T, pari II, p. 179). 

* Mimoires de l'Acad, des InseripiionSj t. XX vi, p. 144; Rivuti âM IT ^^ 
chrelien, 1873, p. 426, 427. 

» Acta 9. Tărâ6hi, § 6 (Acta sincera, p. 433). 

* BoUaiid. 8 maii, t. ii, p. 765, § 16..... sItccIv irp^ţ x^ taţctf* 2 

9TpaTI«5tttt, ^Ic. 

' « Tdi;t(y v^rllable ^aivalent du mot officium, ministere proTlndâl, ^^^ 



LBTTRE SUR QUELQUES OBSERV ATIONS DE M. NAUDET 163 

jia^c farieux iaterpelle ses hommes en leur disant : a O feriendi et 

« âetestabiles ex Officto qui mihi paretîs » et leur răponse est ainsi 

inclîqu^e : « Officium suggessit : Per magnificentiam tuam, nullus 

« eum vidit, etc. *. » Le i6cit du martyre de S. Dulas pr6sente ceci 

de plus partîculier encore quo le Prxses et Ies crcpaTiwTai sont Ies 

xnemes individus qui figurent dans le proces de Tarachus. 12 dvo^ia 

'c«ii; dit le juge ă ceux qu'll accuse de lui avoir d6sobăi en laissant 

p^n6trer prfes du clir6tien *. 

Pour ceux qui, 6crivant ces textes parallMes, ont employfi îndiffd- 

reminent pour dfeigner Ies memes personnages Ies mots (TTpfltTicoiaiy 

^«5 ?» Officiunij Ies agents du Praeses charg6 de juger Ies martyrs 

^taient Jonc doq pas des soldats, muis de simples officiales revetus, 

^nsi que nous le dit le Pseudo-Asconius, de titres emprunt^s ă ceux 

^6 la milice, comrDe ce commentariensis dont parlent Ies Actes de 

^^ Bouiface, en le d^sîgnantformellemcntsous le nom d'officialis*. 

Je ne veux pas, Monsieur rabb6y pousser plus loin des observa* 

"Oris qu'il me serait facile d'dtendre, mais auxquelles ma d6f6rence 

Pour un v6n6rable confr^re me presse de mettre un terme. Les 

^^tes que j'ai r6unis me confirment dans la pensie que, chez les 

*^otnain8, les appariteurs ont 6t6 seuls chargds d'ex6cuter les mal- 

*^^Ureux râguli^remeat condamn6s par le magistrat ayant le jus 

^^^clii, Ma conclusion est et demeure celle de Jacques Godefroy 

^ ^^tte prodigieuse lumiere d'ârudition » comme Tappelle si juste- 

^^^t^t M. Naudet avec lequel ii est ici en complet d6saccord * : Quis 

^^^i£tes [armatae scilicet militix] proconsuiibus apparuisse piUabit • ? 

^euillez agr6er, Monsieur rabb6, l'assurance de ma respectueuse 
^^*Xsid6ration. 

Edmond Le Blant. 

^ ^« Tocabulaire des Grecs. d (M. Naudet, Memoires de VAcadimie dei 
^'^^€riplionSf t. xxvi, p. 164.) 
^ Bolland., 28 jan., p. 828, § 25. 
^ Bolland , 15 jun., p. 1045, § 7. 

^ Paasio S Bonifacii, § 14 et 15 (.4cta sincera, p. 289, 290). 
^ Mimoîres de L* Academie ies Inscriptions, t. xxvi, p, 549. Le seniiment 
^ Godefroy sur les sUatores de Vofflcium, sentiment -que combat encore ici 
^^ « Naudet, iest confirme par un texte important de S. Augustia, que je pio- 
^ Mirai dans mes^^tudes sur les persecutions autiques. 
• Cod, T/ieod., ed. Ritter, t iii, p. 38, col. 2. 



CHRONIQUE 



D8 



Rome, — La Civilta Cattolica vient de publier quelques curie 
observations sur Saint-Pierre de Rome. 

II n'est pas un 6tranger qui, entrant pour la premiere fois 
r^glise de Saint-Pierre, ne se dise avec un naîf 6tonnement r Ce 
n'est que cela ! je la croyais plus grande. Cette impression est j^^ 
n6rale, et vainement on en cherche la cause. Saint-Pierre par^^t 
beaucoup moins vaste qu'il ne l'est en r6alit6, et Ton n*en don ne 
pas une raison claire, convaincante. On dit : c'est ă cause de ia 
proportion admirable de ses parties. Paurquoi alors le Panth^on et 
le Colis6e, qui sont pourtant construits avec une parfaite proportî oo 
et harmonie, paraissent-ils plus grands qu'ils ne le sont? La i>:^o- 
portion qui sert k un monument nuirait donc ă un autre ? 11 C^^^ 
cbercher une meilleure raison. 

Un savant vous explique autrement la chose : « L4nt6rieur' ^^ 
Panth6on, dit-il, paraît plus vaste qu'il ne Test, ă cause de l'uc:^»^^^ 
des lignes, et Saint-Pierre paraît plus petit qu'il ne Test, parce qu(="^ ^^ 
lignes sont brisâes: d6faut immense,que Ies simples seuls adrairen^*^" 
Mais Toeilnes'aperQoitpas de cette interruption des lignes, puis- ^^® 
dfes Tentrăe, ii plonge jusque dans Tabside. Or, dans sa longu*^^^''* 
Ies lignes ne sont pas bris6es ; pourquoi donc cette fausse ap^P*' 
rence? 

D'autres pr6tendent que le baldaquin plac6 au-dessus de la C^od- 
fession produit cette erreur des yeux. Pourtant ce petit baldac:^'^^^ 
n'empeche pas de voir la chaire de Saint-Pierre. Quelques-uns ^ 
jettent cette illusion des sens sur la grandeur d^mesurde dessta.^^^ 
appos6es contre Ies pilastres. Mais si elles ^taient plus petiteSy ce 
serait alors une văritable disproportion, et comme elles sont l>^^fl 
proportionn6es, elles ne peuvent nuire ă Peffet de Pensemble. 

Un contadino a peut*6tre trouv6 la v6ritable solution de ce pro- 



CHRONIQUB 165 

e : « Lorsque quelqu'un entre h Saint-Pierre, dit-il, ii entre 
lars par une porte de la faţade et ii De voit qu'une seule nef da 
le, celle du milieu, qui lui parait moins grande qu'll ne le 
iii, car ii la prend pour le temple dans son entier. A mesure 
s'avance, son 6tonnement disparaît, oa plutdt augmente, et en 
3urant Ies autres nefs, Ies transsepts, l'abside, 11 juge que Saint- 
*e est vraiment immense. n ţ 

. nef du milieu paraît plus petite qu'elle ne Test pour une autre 
n. Paul V, pour comprendre dans le nouVeau temple Templa- 
înt de Tancien, fit prolonger par Madernela nef du milieu, dont 
uteur et la largeur avaient 616 proportionn6es par Michel-Ange 
la longueur. Si donc on s*6tait contenta de la prolonger jus- 
la chaire de Saint-Pierre, ce n'aurait plus 6t6 qu*un corridor, 
oyau sans proportions. Aussi on 6Iargit la nef et on 61eva la 
lole, pour en dissimuler la longueur r6elle. Ainsi, celui qui 
î ă Saint-Pierre pour la premiere fois est-il surpris de ne pas 
rer le temple aussi grand qu'il le pensait, parce qu'il n*en voit 
n tiers, et ensuite parce que ce tiers, â raison de son 6largisse- 
t, paraît moins long qu'il n'cst. 

.Ris. — La r6union annuelle des Soci6t6s savantes des d6parte- 
Is aura lieu ă la Sorbonne, du 8 au H avril prochain. Les trois 
liers jours, raercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10, seront consacr^s 
î lectures ou communicalions par les d616gu6s des Soci6t6s sa- 
es. 

t samedi suivant, 1 1 avril, sera tenue la s6ance g(^n6rale, pră- 
par le Ministre, dans luquelle aura lieu la distribution des r6- 
)enses et distinctions honorifiques. 

^RSEiLLE. — On lit dans les procfes-verbaux de la Societe de 

ttique de Marseille : 

M. Kothen a la parole pour lire le rapport qu'une Commission 

r6diger surle mc^moire pr(?sent6 par M. Guichenn6 et intitula : 

'e archeologique su?* la Vierge noire de Saitit- Victor. 

Sauf quelijues reserves faites sur la date primitive du culte de 

erge, dans TEglise catholique, M. Kothen fait l'^loge du m6- 

e de M. Guichennâ. 

H. Blancard pr6sente quelques observations. 11 ne [croit pas 



166 CURONIQUE 

gue la vierge de Saint-Yictor remonte au milieu du XII* 9Î6olC) 
aÎDsi quele pense M. Guicbennă. D'apres Iui, ce serait beaucoiiip 
que de la faire dater du XIV** silele ; ct s'il fullait meme s'ea rap* 
porter a ropioion de M. Quicherat, cette statuetle ne serait qu'i-A^^ 
oeuvre du XV« sitele. 

(( M. Kothen, sans se prouoncer dans Ie sens de M. Quicherat, ccoV 
la Vierge notre moins ancienne qu'on ne le pense g^n^ralemenl ^ i 
voudrait que le clerg6 d^robât un peu moins aux regards du potoli 
cette siatue et la laissât voir d6pouill6e des cbape, coififure et ^Mi 
tres ornements d*6g]ise dont on la tient couverte. 

(( M. Dugas demande Ia parole pour faire la lecture d'un m6mc3i 
qu'il vient de recevoir de Mgr Xavier Bărbier de Montault, menm.1>] 
correspondant. Ce m6raoire porte pour titre : Les Heures de F^ei 
d'Anjou ă IE veche d'Angers, 

« Dans ce travail fort inldressant, le savant ^pigrapbiste fa.ît 1 
description minutieuse d'un livre d'heures appartenant aujourâL^hi 
au Mus6e dioc6sain d'Angers et qu'on attribOe au roi {len6. L'opînioi 
de Mgr de Montault se rdsume en ces quelques ligncs : « Que le re 
Ren6 ait illustr6 lui-mcme ce manuscrit, je ne le pense pas, mai 
rien ninfînne qu'il ait 6t6 en sa possession ou tout au moins poui 
un t^mps a son usage. La date de son ex^cution concorde parfaite* 
ment avec celle de la vie du monarque artiste, et les vignettes do oi 
ii est enricbi dânotent une main habile, digne de travailler po'*^^ 
une cour. Sans etre une oeuvre hors ligne, ces Heures ss dass^^ 
certaifiement parmi les produits les plus int6ressants de la secoc»-^^ 
moiti6 du XV sitele. » 

« Cette lecture termin6e, la discussion est ouverte. M, Blanc^^ 
d6sirerait que Ton 6crivît k Mgr de Montault pour lui demander 
les personnages des vignettes sont repr6sent6s avec les costumes 
rtpoque ălaquelle le manuscrit a 6t6 ex6cut6. H fait ressortir toi 
rimportance qu'ofifre Tttude des vignettes de manuscrits au 
de vue des costumes, des monuments, etc, toutes choses qui p( 
vent jeter la iumitre sur des faits historiques ignora ou mal conn 
La repr^sentation de la Trimit, sous la forme de trois persow 
jeunes, semblables, et couvertes du meme manteau blanc lui paraît 
cuficuse. 

« Au sujet du nom de Typhame (Epiphanie) que portait la nop ^^ 
rice du roi Ren6, Mgr de Montault faisant ressortir qu'au XV* si^^^ 



CHROmQUE l67 

ce nom 6tait âonn6 au baptSme, comme de nos jours Ie sont en Italie 
ceux de Pasqua^ Annunziata. Assunta, etc, M. Saurel dit que Tau- 
tcar n'a qu'ă passer quelques jours eii Provence pour acqu6rir la 
preuve que bîen des femraes sont appel6es Phanie et Epiphanie. 

« M. Kothen est invita h lire un m^moire intitula : VObituaire de 
Saint^Victorj dans hquel ii a pour but de foire la description d'une 
pârtie de T^difice, ou se trouvalent grav6s Ies noms des abb6s de 
Saint-Yictor. Ce m6moire dont Ia lecture est 6cout6e avec une 
allentîoti soutenue est accompagnă d'un facsimile de Tinscription, 
Nous lisons dans Ie compte-rendu de la săance suivante : 
« Mgr Xavier Bărbier de Montault, membre correspondant, 6crit 
lalettre suivante, dont Tassembl^e, aprfes que le Secr6taire lui en 
a donn6 lecture, răclame l'insertion en entier dans le prfisent proc^s- 
verbal : 

« Je regrette que mon doignement ne me permette pas d'assister 
« aax s^ances de la Soci6t6 et de prendre pai-t, ă Toccasion, aux 
« discussions que soul^vent certaines questions int^ressantes. Per- 

* inettei-moi de me dădommager en revenant sur la s6ance pr6c6- 
« «Jente. 

^ Je n'ai vu Ia Vierge de Saint- Victor qu*ă Taide d'une lumi^re 

* ®^ imparfaitement d6barrass6e de ses vâtements. Voici Tim- 

* P^^ssion qul m'en e?t rest6e, aprfes un examen s6rieux. 
^ D'abord elle G*est pas noire^ mai 3 colorile, et Ia couleur, ă Ten- 

* ^t'oît du visage, a pouss6 au noir. Du reste, cette v^rification est 

* *^ile au grand jour et vous en sentez Timportance. 

^ Je ne la crois pas, par son style, ant6rieure ni post6rieure au 

^lY* siecle. Je la classe dans la categorie des Vierges assises 

^B Majest68 de N.-D., trfes-communesan Xl'siecle, mais qui n'ap- 

l^araissent qu*exceptîonnellement au XV* sifecle. Une innovatlon, 

^ <]ai a ses raclnes cependant dans le XIII* silele, donnait alors la 
ţ)r6f6rence aux statues debout : la science symbolique 6tait ă 
^ «oti d6clin. 

« Au sujet de cette Vierge, je voudrais prendre Tinltiative d'une 
^ double proposition. 

tt Qu'on la sorte momentanăment de la crypte pour la photogra- 
^ phier et T^tudier ă loisir *. 

* SuiTant le detir exprime par Ms' de MonUtoIt^ ce travail a iih fait, grâce 
^tu loins de MM. Levenq et Saurel. 



168 ' CHRONIQUS 

(( Qu'ă cet efifet, une Commission soit nomm6e ct qa'elle fas&e 
c rapport circonstanciâ. 

o Je ne partage pas Topinion 6mise au sujet des vetements d^ 
« on pare la statue. Je ne vois pas, mame sous le rapport esth^ 
« que, de raisons suffisantes pour lea supprimer ddfinitivemeDft 
(( serait m6connaître la tradition fort anciennc de TEglise, tant 
« Italie quVn France, surtout au Moyen-Age, et froisser Ies sec^ 
c( ments des popula^ions qui leraient bien alors de protester con ■ 
« un acte peur^^chi. L'arch6ologue toutefoispoum dire sonnc- 
« avec autorită pour que Ies vetements n'atiectent pas une forc^ 
a par trop moderne ou ddrisoire. 

<( 11 conviendrait de faire enfin justice de l'opinion qui veut c 
(( la Vierge noire ait 6ţ6 sculpt6e duns une tige de fenouil. Et c=- 
(( s'imprimait encore, ii y a deux ans, dans la Semaine LUurgî\ 
« de Marseille I 

« Le livre d'Heures de Ren6 d'Anjou, si j'en juge d'apres des ^ 
tt venirs de douze ans au moins, ne contient pas de costumesă p 
« prement parler historiques. Ses miniatures sont dans le styl^ 
« temps, qui n'exclut pas, en mainte occurence, la copie des cr 
tt tumes contemporaiiis, quoique d6jă T^tude de l'antiquit^ Kxc^i 
« cbez lesartistes uue certaine 6mancipation, surtout quand ii f 
« git des personnes de la Trinit6 ou autres d'un ordre superi e 

e Jeremercie M. Saurel de Tindication qu'il me donne reiaţi 
ii ment au nom provensal de Phanie, et je lui serai reconnaisss- 
« d'ajouter une note ă mon mămoire pour consigner ce fait. 

« M. Segond m'a montr6 l'Obituaire de Saint-Victor au somrr: 
a d'une des tours, par fragments qui demandent ă etre rapproct 
« et conserv^s avec plus de soin. Pourquoi ne Ies remettrait-on p^ 
« ă leur place primitive? Le petit Mus6e a6i'ien de Tabbaye, n'^tb^ 
« pas couvert, ne peut etre de longue durăe. Les objets s'y dăt^r^ 
a rent promptement. Je signalerai principalement un morceau 
« cipollin qu'il importe de mettre ă Tabri, car ce marbre se d61 - 
((^facilement au grand air et ă la pluie. » 

X. Bărbier de Montault. 



ESSAI 



SUR L'HISTOIRE DU VERRE ET DES VITRAUX PEINTS 



TROlBliXE ET DERKIEB ABTiCLX * 



III 



A la fin de Tarticle prdcddent, nous avons laisse la peinture 
sur verre agonisante, et nous avons signale Ies diverses causes 
qui contribuărent k sa d^cadence. 

Le XVIII* siecle commenţa encore sous de plus tristes auspi- 
ces, car presque tons Ies fourneaux des peintres verriers dtaient 
^teints ă cette tipoqne, et, comroe pour excuser ou du moins at- 
lenuer cel abandon, on reproche alors h la peinture sur verre, 
dit Levieil ^ : a la fragilite des verres, ia pourriture des plombs» 
Tobscurite qu'elle donne aux monuments, son inddcence^ et 
enOn le manque d'artisles pour r^parer Ies accidents. )i 

II nous est impossible de ne pas faire voir en quelques mots» 
tout ce que cette accusation renfermait d'exagdration. 

Nous avouons que Ies vitraux des si^cles derniers pouvsiient 
âtre d'une certaine fragilită, attendu que Ies differents morceaux 
de verre composant alors une fenâtre âtaient gdndralement tr^ 
grands -, mais ^nfin le moyen de rem^dier ă cet incdnv^nient 

* Voir le numero de fevrier 1874. p. 71. 

> Levieil naquit le 8 feviier 1708 k Paris, ou ii raourut le 23 fevricr 1772. 
TOMK XVII. — AViil 1874. 13 



170 ESSAi SUR l'histoirb du terrb 

dtait chose facile, puisqu'il ne s'agissait que d'employer de 
verres de dimensions plus restreinles. 

PouvaiUon invoquer serieusement la pourriture des ploml 
lorsqu'on avait sous Ies yeux ceux des premiers vilraux qui de 
Yaient etre alors bieu solides, puisquMl en existe encore aujoui 
d'hui. Dans tous Ies cas, rinvention des tire-plombs renda 
ane mise en plombs aisee, si toulefois ii etait urgent de remou 
ter des panneaux qui auraient menace ruine. 

Nous avons vu que Ies vitraux du XYI^ silele etaient d'an 
coloration pale et assez fade de tons ; on peut donc dire qu'i! 
n'enlevaient que peu de lumifere aux eglises, qui, le plus souvent 
Etaient eclairees par de grandes fenStres. Pourquoi donc acco 
ser ces vitraux de donner de Tobscurite dans Ies monumente 
On pourrait reproclier k la Renaissance d'avoir parfois introdu 
dans rornementation des vitraux, des sujets indecents. Nous e 
avons Yu encore dernierement un exemple dans une bordura d 
croisee d'une ^glise du doparlement de la Somme. Aujourd'hi 
nous sommes ehoquds d'un dessin qui, au XVIII'' silele, etai 
reşn sans aucune critique; roais dans tous Ies cas, Ies dona 
teurs pouvaient, en contiant aux artistes Texdcution d'un vi 
trailj faire ă ce sujet leurs recommandations. 

Nous croirions plntdtala penurie d' artistes peintres sur verre 
sans cependant admettre qu'elle fiit telle qu'on pourrait le sup 
poser. 

L'histoire ne cite-t-elle pas encore quelques celebritds d 
cetle dpoque ? Huvd, Mile de Montigny, Pierre Rcgnier, b^ne 
dictin, Levieil, etc, etc. Ce dernier ne nous a pas, ii est vrai 
legue d'oeuvres importantes et remarquables, mais ii a puîssam 
ment contribue par son interessant ouvrage â la reprise de l 
peinture sur verre, et^comme le dit judicieus^ment M. Cappron 
nier S Levieil fut un trăit d'union entre le XVIII* siâcle etl 
XIX«. 



^ L'Art de la peinture sur verre el di la vitrerie, 
' M. Cappromnieb, peintre sur verre d Bruxelles. 



ET DES VITRAUX PKINTS 171 

Parmi Ies quclques iravaux du XVIII* siecle, on peat citer Ies 
vitraux des ^<;lises Saint-Gervais, de Saint-Nicolas du Ghar- 
doEfcoet et de Saint-Sulpice, h Paris. 

L.a grande Revolution porta naturellement le coup de grâce 
ăl la peinture sur verre. Ce ne fut que quelques anu^es apr^s Ia 
reotiverture des ^glises au culte calholique, que des essais furent 
Tai ts pour Ia relever. Cest alors que Ie goAl de cel ari fut raviv^ 

r M. A. Lenoir, qui avait reuui dans son mus^e des Petits 

ţ;ustiDs^ une collection de vitraux anciens. 

Eii iSOO, M. Brongniart, direcleur de la manufacture de 

vres, presenlaa TAcademie un lableau peinl sur verre 5 ce tri- 
şai 1 etait plut6t. TcBuvre d'un chimiste que d'un artiste connais- 
ssiK^t ricoDOgraphie et rarcheologiechretienne; aussi ne rdussit- 
il pas,' parce qu'il voulait traiter Ia peinture des vitraux comme 
celle de la porcelaine, c'est-k-dire exclusivement au moyen des 



Cependant Telan etait donnd ; aussi un peu plus tard, M. Mor- 
lel^gue plaşa h Saint-Roch un vitrail repr^sentant un Clirist: ce 
**it la premiere verrifere qui, en ce sifecle, decora une ^glise de 



Elo 1806, r^tablissement royal de Munich exâcula, d'apres Ies 
"^ssiiis de Gartner, deux grandes fenetres pour Ia cathedralede 
*^^tîsbonne. Deux aus apres, M. Robert lit, d'apres Ies cartons 
^^ &1. Delorme et Ies dessins de M. Lebas, un vitrail de saint 
evangiliste, et un second de Y Assomption de Mărie. 
manufacture de Sevres produisit^ en 1829, un travail re- 
'^^i'cjuable d'ex^cution et de coloris : «Saiw/e Therese adressant 
<illocution â son pere» 

c direcleur de la fabrique de Ghoisy-le-Roi, M. Bontemps» 

'^u d it un bien grand service ^ Ia peinture sur verre renaissante, 

^^ Ouvrantdans son etablissement un atelier od se formirent 

^^ ţ^remiers peintres verriers modernes. On cite m6me parmi 

^^ Idous vitraux de notre epoque, quelques-uns de ceux ex^ca- 

^^ ^lors a Choisy. 

^Belgique ne restaitpasen retard; ainsi, M. Gappronnier 



172 ESSAI SUR l'hISTOIRE du VERllE 

de Bruxelles, qni dis 1829, avait d6jk tent^ plusieurs essais^ exe- 
cuta en 1841, un vitrail remarquable : La Prophetie de Simion, 
Dcpuis, cet artiste s'est acquis une juste rdputation par Ies vi- 
traux artistiques qui provicniient de sa fabrique. La cathedrale 
de Tournai renferme un grand nombre de splendides Terri^res 
que Ton doit au talent de M. Cappronnier. 

Nous ne passerons pas sous silence le nom de j^i. £mile Thi- 
baud, de Glermont-Ferrand, qui a peupl^ Ies ^glises du Midi de 
tant d*(euvres remarquables. 

En 1835, d^ns le congres scientifique de France, tenu & Cler- 
mont, ii lut une esquisse historique de la peinture sur verre. — 
Dans un autre ouvrage, oct artiste s'exprimait ainsi, tourroentâ 
par Ies craintes qu'il eprouvait pour un art auquel ii consacrait 
son talent. « La foi n'est plus assez vive> la science religieuse 
«t est trop delaissde et trop ignoree pour esp6rer de voir prom- 
« ptement se populariser de nos jours Tart pralique par le bien- 

f hcureux dominicain de Fiesolc Les arlistes chrâtiens ont, 

c de plus que leurs devanciers, tout un passe traditionnel pour 
d eux, et la peinture est vrainient le livre des peuples. i> 

Que les peintres verricrs, et les artistes qui collaborent ^ 
leurs travaux, comprennent ces judicieuses remarques, et ne 
perdent point de vue les npprehcnsions bien fondees de M. 
Thibaud ; qu*ils s'efforcent donc de rendre a la peinture sur 
verre son ancien eclat. Nous ne rappellerons pas ici les.nom- 
breux travaux de cet artiste eminent; nous nous contente- 
roDS seulement de sigualer les vitraux de Teglise Saint-Michel^ 
ă Marseille, dont les fenetres representent d'une faţon si admi- 
rable les principales scenes de TAncien et du Nouveau Testa- 
ment. 

L'etablissement de M. Marc^cbal pere, a Metz, a exdcutâ quel- 
ques travaux remarquables, entre autres les verrieres de Teglise 
Saint-Vincent de Paul, ă Paris ; les portraits, que Ton a vus 
aux derni^res expositions, sont de vdritables chefs-d'oeuvre. 

La mort nous a ravi, ii y a quelques anndes, un artiste qui 
promettail une carriire des plus brillantes pour la peinture sur 



lîT DES VITRAUX PEINTS 17 o 

crre; M. H. G^rente mounit an moment oii ii allait commencar 
ai restauratioD des vitraux de la Sainte-Chapelle. Ce fot M. Lus- 
OD qui resta charge de ce travail diflicile dont le meilleur 
loge qoe Ton puisse faire se trouve dans Timpossibilit^ de dis- 
inguer Ies parties neuves des anciennes. 

Dans le concours de M. Steinheil pour Tex^cution de cartons 
le style, Ies peintres-verriers trouvent un puissant coUabora- 
.eur. 

M. Didron atn^ fat par excellence Ie savant arch^ologue con- 
Qaissant a fond la peinture sur verre*, ii s'est adjoint desartistes 
3^1ăbres avec lesquels ii a executd des vitraux d'une coroposition 
et d'ane ex^cution remarquables dans Ies diff^rents genres du 
Moyen-Age. 

Dt^jă en 1839, avcc le concours de M. Lassus, ii avait produit 
une verri^re pour Teglise de Saint-Germain-rAuxerrois. Depuis, 
nous avons vu bon nombre de ses vitraux qui mdriteraient une 
description complete, si notrc cadre n'etait point aussi restreint^ 
nous nous bornerons donc a dire quelques mots sur le vitrail de 
la Charite, place dans la cbapelle du Sacre-Coeur de Teglise 
Saint-Eloi, a Dunkerque. 

La tournure et Ies costumes sont de T^poque du monument 
fXVI^siecIe Flamand). Au lieu de placer un sujet unique au 
Centre de la fenelre : Jesus montrant soîi cceur enflamme et sai^ 
?nant^ ce qui aurait produit une verri^re pauvre et plate, M. Di- 
Iron a disposc son ensemble pour rcpr^senter dix scenes com- 
;^osees de tous Ies sujets Ies plus propres k temoigner l'amour 
de Dieu pour Ies hommes. Ges sujets, cdmme dans Ies vitraux du 
Moyen-Age> s'ordonnent de gauche k droite et s'^chelonnent de 
bas en băut. 

La fen£tre est ă irois baies ; au bas et au milieu du vitrail se 
Irouve Jesus assis ă la table de la Cene, preţ k donner la com« 
munion ă ses apdlres. 

A droite, sur Ic meme plan : J&us aux noces de Cana^ change 
Teau en vin dans Ies six urnes ^ 

* CeUe d'Angers passo pour une dcB urnea venant de Cana. 



174 ESSAi SUR l'histoiri: du verrk 

A gaache, toujours sur le meinc pian, Ie Sauveur est assi 
contre le puits de Jacob od ii renconlre la Samaritaine. 

Plas hant, k droite, est un tableau repr^sentant le retour c 
Fenfant prodigue; cette sc^ne se complete par celle au-dessus 
J&us recevanl dans ses bras un jeune seigneur richement vStu qt 
fuit une femme â la figure seduisante (personniOcation de ] 
voluple). 

On voit en regard la parabole du bon Samaritain^ recueillai 
le voyageur que Ies voleurs avaient dcpouille et battn. 

Ce tableau a^galement son complement dans la figuration d 
ce texte du Psalm, lxxxiv : Misericordia et Ventas obviaverut 
sibi, Justiţia et Pax osculatce sunt. 

A gauche> on remarque la peinture des mis^res bumaines 
FaiTame demande du pain ; Thomme qui a soif demande k boin 
le voyageur cherche un abri ; Teufant nouveau-ne reclanne d< 
vetements ; Tinfirmc et le prisonnier appciient la visile du med< 
cin et de Thomroe charitable. 

A droite, pour faire opposition au triste spectacle de noti 
faible nature, et nous aider a la supporter, apparait Jesus a< 
compagndde six jeunes femmes qui symbolisent Ies six Verti 
charg^es de gu^rlr Ies miseres huroaines. 

Le milieu du tympan de la fenelre est occupe par le crucific 
ment de J^sus, sacriQce par excellence, preuve supreme de Vi 
mour de J6sus pour nous. Dans Tajour de droite se trouve 
Sainte-Vicrge, et dans celui de gauche, S. Jean. 

Cette magnifique yerri^re, comprcnd qiiarante-cinq persoi 
nages, qui se delachent sur un fond de fleurs, de feuillages etc 
branches,se rattachanta un tronc vigoureuxqui occupe le centi 
de la croisee. Au pied de la Croix, se trouve l'agncau, et dat 
Ie milieu de la baie centrale, le pelican se donnant en nourritui 
ă ses petits. 

Nous avons encore vu et admire un autre travail execute pj 
M. Didron, dans la cathedrale de Gbâlons -, mais ici le style de 
vitraux est en rapport avec celui du monument, c'est-a-dire d 
commencement du XIII* siecle. Les cinq fenfitres du portail 



\ 



ET DES VITRAUX PEINTS 175 

isacreesaux myst^resde laRedemption, formentun v^ritable 
f-d'ceuvre qui fait le plus grand honneur a leur aatear. 
f . Claudius Lavergne peui prendrc place entre Ies meilleurs 
Dtres verriers de notre epoque. En 1873, ii a dote la cath^- 
le de NoyoD d'un vitrail representanl la Nalssance de Jisus 
^Adoration des bergers, — La compositioneDestcharmaDteet 
ecution d'un fini exlraordinaire; nousnous permettrons seu- 
ient une pelile critique : nous trouvons, en effet, le travail 
ti un peu en peinture a rhuile*, Ies einaux y jouent un 
[> grand r6le, au detriment de Taspect gendral qui n'a plus 
•s le cachet propre au vitrail. 
f .Bazin pereneresta pasindifferentau mouvement artistique 

se manifesta au commencement de ce silele, et, sous Tin- 
•nce de son amour pour Ies arts et en particulier pour la 
Dture sur verre» ii fonda en 18/i5 au Mesnil-Saint-Firmin, 
c le concours de plusieurs arlistes, un atelier de peinture 
' verre od se form^rent depuis des hommes de talent, qui^ â 
r lour, ont crce de nouvelles fabriques. 
Des etudes serieuscs, et d'excellents dessinateurs de cartons, 
isonl permis d'execuler des vitraux remarquables, lesquels, 
is dit-on, ont fait quelque honneur ^ notre maison. 
.1 y a quelques annees, M. Delplanque, cure de Villers-Bre- 
ineux, nous confia Texecution des deux grandes fenâtres da 
nssept de Teglise qu'il construisait. Nous allonsen quelques 
its (voir la planclie ci-jointe) donner la description de Tune 

ces deux verrieres, ditede V Inimaculie-Conception. 
La fen^tre est divisee en quatre baies par trois meneaux, et, 
r la hauteur, 9 panneaux donncnt environ 6 m. 50; la largeur 
tale est de 2 m. 50. — Deux sujels bien distincts occupcnt ce 
trail dont la pârtie superieure represente la chute de nos pre- 
iers parents, ainsi que Ia Redemption du monde par la concep- 
ynimmaculee de Mărie ; Ia pârtie inferieure est le compl6ment 
\ la premiere, puisqu'elle comprend la proclamation du dogme 

nmmaculde-Conception. 

Les trois premiers panneaux du haut sont occup^s par ane 



J 



\ 



17G BSSAi SUR l'histoiui: du verre 

ricbe architecture, od, dans le couronnement des deuxbaiesd» Ib^du 
centre, on remarque deux petites stataes^ Tune representant Ev^-^^^u 
ei Tautre Ste Anne. — Sur Ies 6 culsde-lampes supportant celt^s 3t(i 
architeclure, sont represeoides Ies figures bibliques de Marie^^^^ «i 
Sara *, Rachel^ Rebecca ^, Judith *, la măre des Macchabies *. ^ » 
Au-dessus de cos dais, commence le sujet supdrieur. Dans Isf \i 
baie de droite, pr^s de Tarbre de la science du bien et du malF^j^al, 
autourduquel s'enroule le serpent tentateur, on voit la Mort te^ ^te- 
nant d'une main un sablier et de Tautre un aiguillon. Adam, \K , le 
coupable, est lâ avec sa compagne infidele, ecrasee sous Ie poidE» i ids 
de la malediction que vient de fulminer contre ellele Dieu dois^Gont 




^ Mărie, BOBur de Mo'ise et d'Aaron, grand-pretre institue par Tordre » ^^ de 
Diea, est ainsi de familie sacerdotale. Aprds le passage de la Mer Rou gai ^^^^^t 
Mărie, k la tete de toutea Ies faroilles israelites, loue le Seigneur. — La Saics m. Jote 
Vierge loue le Seigneur dans le Magnificat, 

* Sara veut dirc princesse ; elle est aussi une figure de la Sainte Vierj 
que r£criture-Sainte appelle la fille du Prince; de plus Sara etait tr^bel 
ct TEcriture-Sainte applique a Mărie ces mots du Cantique dea cantiqu< 
la plus belle des femmes. Sara a mis au monde Isaac, son fils, di 
un âge ayance; de meme, Mărie a mis au monde Jesus aprâs Tavoir coi 
d'une maniere toute particuliâre et en dehors de toute loi naturelle, 

* Rebecca^ dans son ingenuite et son innocence, represente bien la Vie -^gc 
Mărie. Rebecca consent a devenir 1 epouse d'Isaac, le ))dre du peuple ch^^^"^ 
ă venir; Mărie consent â devenir Tepouse du Saint-Esprit, pour donner *^ 
monde Jesus, le pâre du silele futur. Rebecca, arrivee pr^s d'Isaac, descc^^^°" 
de sa monture ct se voile la face; Mărie B*abaisse devant Dieu et ae iÂ^d^^^ 
dans la posture modeste d'une Vierge. 

^ Judith s'avancc, appuyee sur le bras de Dieu, au-devant de rennemi ^^ 
ion pcuple; elle le met k mort sans recevoir aucune souillure. Ainsi Mar^ 
appuyee sur Dieu, s'avance vers l'enncmi de son peuple et le terraase 
recevoir des demons la moindre souillure, pas meme celle du peche origin 
Judith sauve son peuple ; Maric sauve son peuple. Apr^ la victoire, Judâ 
passe sa vie dans la retrăite et la priârc; Maric, aprte comme avânt Tlnci 
nation, ne vit que de Dieu. 

* La mdre des Macchabees voit mourir tous soa enfants ct aon coeur 
defaille pas; Mărie, au pied de la croix, se tieut debout devant son fila mo 
rant. La m^e dea Macchabees est la femme forte que rien ne peut 
c'est la figure de Mărie que rien ne peut ^brauler. 





ET DliS VITRAUX PEINTS 177 

îlle a m^connu Tautorit^. A genoux ils demandent pardon k Dieu 
e Pere, figurc au centre du tableau« sous Ies traits d'un vieil- 
lard pleiu de majest^. 

La richesse de ses v6tements« la tiare et Ic nimbe crucifire le 
font facilement reconnaitrc. Ce Dieu dejustice montre de la 
main gauche, a nos premiers parents, Tarbre fatal, et semble dire 
i Eve, ces terribles paroles : Morte morieris^ mais parce qu'il 
est en mame temps Ie Dieu de misericorde, de Tautre main ii 
montre laSainte Vierge benie qui apparaît dans Ia troisi^me baie 
au milieu d*un immense aureole de lumiere, tenant dans ses 
bras le Verbe fait chair; elle ecrase sous son pied la tete du 
serpent infernal. Laquatri6me travce est occupee par un groupe 
d'anges portant Ies instruments de la Passion. 

Au-dessous des deux compartiments du milieu, on lit cette 
inscription ; Ipsa conteret caput iuum, 

Une tr^s-riche arcature d'architecture separe la premiere pârtie 
la vitrail de la sc^ne du bas. Sur chacuudes quatre culs-de- 
siinpes en peudentifs, se trouve assis un des principaux person- 
iages quiy par leurs ecrits et par leur zele pour la gloire de Mărie, 
^ntprc^pare la dellnition du dogme de rimmaculee-Conception. 
-6 sont Jean Scott ', Sixie IV \ Pic V ' et Gregoire XVI \ 
^ie IX occupe le centre du tableau inferieur ; ii est assis sur ie 

* Jean Scott, dit le Docteur subtil. 

* Le pape Sixte IV donna, eu 1746, une bulle dans laquclle ii accorda â 
^eux qui celebreraient avec devotion ia fete de rimmaculec-Conception de la 
^ainte Vierge^ Ies memes indulgenees qui avaient ete accordees par Ies papes 
^our la fete du Saint-Sacrement. 

' £o 1567, Pie V, pape, condamna la proposition suivante de Baius : 
■ La bieoheurcuse Vierge est mot te â cause du peche contracte en Adam. » 
Ce fut ce meme pape qui insera dans la liturgie romaine Voffice et la me8«ie 
de la Conception de la bienheureube Mărie, et eu fixa la fete au 8 decembre. 

^ Dans la bulle dogmatique de Tlmniaculee-Couception^ le pape Pie IX 
dit que tout Tuuivers chretien-catholique a deja demande â son predecesseur^ 
Gregoire XVI, de definir le dogme que lui-meme est heureuz de promulguer 
k pareil joar. 



178 ESSAi SUR l'histoire du verre 

trdne pontifical, et tient en main le decret qui va eriger ei 
dogme de foi, la croyance â rimmaculee Gonception de Mărie. 
Dans Ies deux travees dedroite, sont cinq prelats reprăsenlan 
Ies cinq parties du monde ; ou lit sur Ies frangcs des vetemenU 
dont ils sont revetus Ies noms : Europa^ Asia^ Africa^ America^ 
Oceania. 

Ces pfelats semblent suppiier le grand Pontife d'ajouler cetti 
gloire a toules lesgloires qui rayonnent sur le front de TaugusU 
Mere de Dieu. Dans la trav^e de gauche, un groupe imposan 
d'evâques et de religieux attendent que Pie IX prononce enfii 
la decisive parole qui doit faire tressaiilir d*alldgresse le mondi 
calholique toutentier. 

Un petit soubassement d'architecture terniine le bas de cetti 
grande verri^re; en face, se Irouve une fcnelre de meme dimeo 
sion, et dont la disposition generale est la m6me; la scene di 
haut represcnte la Donation des clefs^ et celle du bas, le concii 
de Nicee, 

II y a quclques n)ois, nous avons placd dans une des chapelle 
de la cathodrale de Noyon, un arbre deJesse, vilrail h troisbaie 
dont un compte-rendu fail par M. Tabbc Muller a (itepubliedan 
la Revtie de FArt chritien; et derniereraent nous avons dte char 
ges, pourAgnetz (Oise), de Ia restauration de deux grandes croi 
sâes du XVPsiecIe. 

Nos efforts tcndent constaranient k rendre h la peinture su 
verre Teclat dont elle brillait autrefois, mais nous ne somme 
pas sans craintes serieusespourson avenir*, esperons cependan 
qu'elle n'est poinl sur le chemin de Toubii et de I'abando: 
comme aux XVIP el XVIII* siecles, quoique nous ne nous diss 
uiulions pas qu*elle y soit cnlrainee par une foule de soi-disao 
artistcsqui se deshonorenl en dcshonorant la peinture sur verre 
car leurs vitraux sans aucun cachet sont en nieme temps prive 
de tout sentiment religienx. 

Le nombre muiliplie des manufactures de vitraux peini 
pourra bien etre aussi une nouvclle cause de decadence.. Get ai 



ET DES VITUAUX PEINTS 179 

(endant ă devenir de plus en plus un metier, la concurrence 
cominerciale senible vouloir remplacer la seule concurrence qui 
devrait exister^ celle du beau artistique. 

Le meme symptdme s^etait manifeste k Ia fin du XVP siecle, 

et peu apr^s arrivait la decadence, qui fit dire a Bernard de 

Palissy : 11 vaiil mieux qu'un homme ou un petit nombre 

d'Aommes fassent leur profit de quelqiie art en vivant honnStement, 

qne non pas un grand nombre dliommes, lesquels s'endommage-' 

rant si fort^ Ies uns Ies auires^ quils n'auront pas moycn de 

^ivre, sinon en profanant Ies arts et laissant Ies choses ă demi" 

/^ites, comme l'on voit communement de tous Ies arts auxquels 

^c nombre d'ouvriers est trop grand. 

Nous faisons appel a Temulation des arlistes et Ies suppiions 
^'opposer leurs oeuvresa ce courant mercanlile qui coiTompt le 
goAt des arts en Ies abătardissant. Quc si du moins, nous ne 
pouvons rcconquerir a la peinture sur verre son aucicnne re- 
'^onamec, nos descendants ne puissent pas citer le XIX*' silele 
comnie nne epoque nefiste el de diicadence. Travaillons donc 
courageusoment en songeanl que Ies beaux-arls furent loujours 
'^ gloire de tous Ies peuples. 



IV. 



Aprtîs ce rapide bîslorique de Tliistoire du verre et de la peiu- 
^^re sur verre, nous pensons qu'il ne sera pas deplace de donner 
^■^ aperţu general de la labricaliou des vilraux peints. Nous re- 
^'î^rnons seulement Vindulgence de nos lecteurs pour lesexplica- 
^■Oi:is que nous nous efl'orcerons de rendre aussi claires que pos- 
^*l^le, raais nous prions ceuxqui nous liront de ne pas oublier 
^^^ nous traitons un sujet rempli de difficulles dans son deve- 
^Ppement. Dans ce resume, nous nous occuperons successi- 
^^ tnent des cartons, des calques et de la coupe du verre, de la 
^^isson et enfin de la miseen plombs. 



180 ESSAI SUR L*HrSTOlRiE DU VERRE 

On appelle cartons. Ies dessins d'un vitraiU de grandeur d*e^ 
cutioD^ cette d^nomination leur a âte donn^e ă cause du pa[^ 
raideque Ies artistes emploient pour tracer leurs compositioj 

Les cartons ne sauraient ctre confies au premier dessinate 
yenu> îl faut en effet qu*ii ait avânt tout le sentiment religieuj 
de plus les dessins exigent de grandes connaissances icoDOgR 
phiques et arch^ologiques ; souvent mame, ils necessitent d 
longues recherches dans les r^cits historiqucs. 

Les documents trouv^s, le dessinateur songe h la compositic 
g^n^rale de son sujet^ et cherclic la meilleurc dispositiou 
adopter dans Tespace dont ii dispose. II arrive parfois qu'il sa 
git une difficulte, celle des armalures de fer existantes et q 
pour un motif quelconque nepeuvent âtre ni modifi^es ni cha 
gdesde place; c'est lă un ecueil sericux, dont îl lui serabii 
difficile de ne point laisser ressentir la funeste influence dans 
fenetre qu'il execute *, mais cependant, un artiste habituek 
genre de travaux parviendra generalement k tout concilier. 

La valeur artistique d'une verriere depend principalemeni < 
deux choses» de la composition et de Texccution des cartoj 
d*abord, et ensuite de Tagencement entondu et barmonieuxd^ 
couleurs, k ce point, suivant nous, qu'un travail pourvu de ci 
deux qualit^s sera toujours beau, la peinture en fdit-elle fai' 
ensuite par un artiste mediocre. Le choix des cartons est doc 
un point capital, et deja le gage d*une bonne r^ussite, Lacolc 
ration demande aussi quelques etudes, car ii est indispensab 
de conserver â cerlains vâtements leurs couleurs traditionnelle^ 
riiabitude et le bon goAt font Ic reste. Le travail du peintree 
moins important en ce sens qu'il n'a qu'ii caiquer et k copi 
ensuite Ies cartons. Mais avânt de parler de la peinture, occî 
pons-nous d'abord des preparations qui la precedent. 

Sur une table, suffisamment grande, est ^tendu le carton qi 
Ton recouvre d'un papier vegetal -, on calque alors au cray* 
tous lescontours des difT^rentes parties, qui seront decoupet 
Ce trace represente en quelquesorte une vaste carte muette q 



BT DES VITRAUX PEINTS 181 

t coloriste compiencera a rendre compr^hensible par Ies indi- 
itions qu'il y fera pour la coloration ; chez dous» elle est mar- 
u^ par des numeros. 

Les coupeurs peuvent k prdsent se mettre \k l'oBuvre» ce son! 
Qx, kvrai dire, qui commencent la fabrication des vitraux. 

Aifant de couper les nombreux morceaux dont Tassemblage 
îonstituera la fenâtre, ii leur est n^cessaire d'en avoir les patrons; 
Is procident pour cela de la maniere suivante. Une table est 
^ecouYerte d'un papier raide, assez mince et exempt de tout 
praÎD *, un autre papier (le c6td frotte de sanguine) est pos^ di- 
eclement au-dessus du premier. Sur ce second papier est plac^ 
e calque dont îl a ^te question plus băut. Au moyen d'un tire- 
ignesaux branches ouvertesde 0,003 ăO,004, Tonvrier appuyant 
fgerement sur le calque suit tous les contours qui se trouYcnt 
inşi reproduits sur le papier raide -, ii n'y a plus maintenant qu'& 
lecooper suivant les lignes, pour obienir les calibres dont les 
^Qpeurs se servent alors pour detailler, suivant leurs formes, les 
iîff^rentes sortes de verre qui constitueront le vitrail ; les nu- 
QA^ros de coloration correspondent aux tons des verres compo- 
&Mt la gamme de nos nuances. 

Quelques verres ne sont pas colordsdans toute leur ^paisseur : 
tels sont les rouges, quelques bleus, certains verts et violets^ 
^'nsi que le rose h Tor •, ceux-ci ne sont color^s qu'â leur sur- 
^ par un doublage de verre de Tune de ces nuances. 

Crestau moyen du diamant dont Tusage est repandu depuis 
^ Oiiilieu du XVI» silele que Ton coupe aujourd'hui le verre ; 
^'^t cette epoque> on se servait d'un fer rougi que Ton passait 
^^ le verre mouille aux endroits a detacher ; ii se fendait alors, 
'^^s^au moyen d'un grugeoir, on terminait la coupe; cette an- 
'^tine mătbode etait bien moins certaine et moins expeditive 
i^ola nouYelle. 

Les morceaux coupes sont r^unis en panneaux par des plombs 
ptovisoires; sous le pinceau de I'arliste, cet assemblage informe 
61 multicolore ne tardcra pas a prendre de la vie et de l'anima- 
tioo ; mais avânt de suivre le peintre dans Texecution de son 



182 BSSAI SUR L*HISTOIRB DU TBRRB 

travail, disons quelques mots de remailqu'il emploiepoor naijv 
le trăit et lesombres. 

Au MesDÎl, nous employons un oxide de fer, que dous retiro^^ 
du sulfate de fer (couperose), desseche d^abord, puis caicin^' 
eusuite au creuset, et nous le m^langeons avec un silicate ^^ 
plomb qui lui donne la fusibilit^ necessaire. — Cette coaletjr 
brune, ainsi que lesautres de meme teinte, est appelăe^nW//^; 
on la broye dans un moulin de porcelaine, et on Ia rebroye e<i' 
suite ^ la molette sur une glace ă Temeri. — La beautecS^ 
travail et la bonne cuisson dependent beaucoup de I'extrâme di' 
vision de Ia couleur. Pour la faire adh^rer au verre, elle est d 
layeeh Tessence de terebenthine, Ji Teau gommee ou encore 
vinaigre. Le plus ordinairenient la premiere teinteestkreaa 
laseconde teintea Tessence : on evite ainsi, lorsde leur empi 
le m^lange des deux teintes, car Ies mati^res fixativesde la p 
mi^re sont insolubles dans celles de la seconde. 

La peinture h Teau est g^n^ralement plus douce et piu 
transparente, mais nous pensons qu'il est preferable de se sex 
vir, comme deuxiime teinte, de la couleur broy^e ^ resseoce. 
Ton veut obtenir de la profondeur dans Ies grands plîs des d 
peries, ainsi que de la vigueur dans certaines parties de I^ 
fenStre. 

Revenons maintenant au peintre, qui a calqu^ au pinceaa le 
trăit (exquissc) du carton. Le vitrail, car on peut commeDeer ^ 
lui donner cette denominalion^ est installe levant nne crois^^i 
l'artiste couche une leinte brune sur sa surface enti^re, etd^^ 
qu*elle est parfaitement seche, ii enl^ve au moyen d'ane peti ^^ 
brosse dure, toutes Ies demi-teintes et parties claires^ en sego^' 
dant sur le carton qu*il a devant lui. 

D^jk ce premier travail permet de jnger l'oBuvre; encore ao 
peu de patience, et bient6t Ie vitrail sera Ia fidele reprodocUofl 
du dessin que le peintre copie comme ii le ferait pour ud vt 
bleau. U donne ensuite de Texpression et du mouyementtui 
figures, de la vigueur aux draperies; bientdtchaquedetaildela 
Terriire arrivera au fini voulu. 



BT DES TITRAUX PEINTS 183 

Avânt de descendre Ies panneaux du cfaevalet, le peintre ap- 
l^lique Ies tons de chair, et rehausse d'emaux Ies bordures et 
ioules Ies parties de v^tements qui doivent £tre richement dd- 
corees. Les principaux emaux d'application sont : le jaune vif 
(cblorure d'argenl), le pourpre donnc par un sel d*or, le bleu 
par Ie cobalt, et le veri par Toxide de chrdme. 

Foar ^viter des plombs disgracieux^ on se sert, dans plusieurs 
cas, de gravures faites an moyen de Toxide fluoridrique, qui 
enleve aux verres doubltfs, leur couche color^e, en laişsant en 
blanc I'endroit attaqu^ que Ton peint ensuile â remail. 

Ifoici comuient on proceda pour ce genre de gravure : s'agit- 
il» par exemple, de faire un Sacr^-Cceur, devant paraltre rayon- 
Qant dans une draperie rouge ou bleue ? les parties du verre, 
devant conserver leur couleur primitive, sont recouvertes d'un 
▼emis special ; celles ^ graver sont au contraire laissees ă nu ; 
^D rebord en cire molie enloure le verre sur lequel on rupând 
"^cide; apres quelques instants, la couche de couleur est en- 
'®v^e. On renverse alors Tacide dans un flacon de gutta-percha, 
^^ Ia pifece de verre, debarrass^e du vernis et de Ia cire, est prâte 
P^^r la peinture. 

I^our le moment, Ie travail du peintre est termind, et Ies 
P^i^neaux vont £tre soumis au fea *, c'est son action qui fera p^ 
^^^rer les couleurs dans le verre, et les rendra ainsi ind^lăbiles 
^^^ intempcries de Tair et ^ Tusure des siăcles. 

La mise en plombs provisoireestdonc defaite, un l^ger dipoli 

*^'^iic est couchă sur tout le revers de la peinture, sauf toute- 

'^*^s derriâre les ^maux auxquels ii ne faut pas eniever leur 

^^lat. Ce dipoli laisse tamiser une lumi^re plus tranquille et 

pltisdouce, en m£me tempsqu'il empSche d'apercevoir au tra« 

^ers du vitrail, les objets ext^rieurs. II ne faut pas moins de 

^ins et d^habitude pour la cuisson des vitraux que pour tous les 

d^tails de leur ex^cution. 

Comme ils ne peuvent pas 6lre soumis k TefiTet direct de 
ia flamme, on a imagine une sorte de four qui porte Ie nom 
de moufle; ii consiste principalement en une boite rectangu- 



184 ESSAi SUR l'histoirb du vbrrb 

( 

I 

laire de fonte dans laqaelie se glissent des plaqoes de tAle 
Ţentrâe est ferm^e par une porte ^galement en fonte, qui e 
manie, dans la pârtie sup^rieure et inf^rieure, d*une petite I 
nette. Le moufle est plac^ dans un four de m£me forme, m; 
plas grand et construit en briques ^ la voâte est perele de trc 
donnant dans la cheminde. Le foyer se trouve en-dessous 
four et ne communique avec le moufle que par quelques is&ii< 
pratiqu^es dans la voAte ; celles*ci laissent passage aux flamme 
qui font rougir le moufle. Le verre peint a iie pos^ sur un 
couche de blanc d'Espagne sec tamis^ tr&s-fin sur Ies plaqoe 
de t6le ; le blanc doit £tre tres-sec afln d'^viter Ies taches d'hc 
midită sur la peinture-, en outre, son emploi est indispensable 
car, sans lui, le verre ramolii pourrait adherer aux plaques o 
fout au moins se gondoler. 

La porte du moufle plac^e, et Tentr^e du four ferm^e par que 
ques briques, on allume Ie feu qui, apr&s quelques heures, fs 
rougir Ie moufle : c'est ici Ie moment de surveiller bien attenl 
vement ; Ia couleur de la fonte que Ton aperţoit par Ies dei 
ouvertnres de la porte^ scrt de guide k Touvrier chargâ de 
cuisson ; c'est en effet quand toules Ies parties du moufle # 
atteint la nuance du rouge cerise, qu'il devra laisser tombe' 
feu. On emploie encore simullanement le moyen suivant r 
morceau de verre enduit de chlorure d'argent est fix^ k Tei 
mitd d'un fii de fer, que Ton introduit dans le moufle par I 
nette inferieure *, si Ia couleur jaune se developpe, ii faut i^ 
diatement arreter Ie feu. Ce n'est generalement qu'apris 
24 beures (suivant Ies dlmensions des moufles) qu'il est p' 
de defourner sans crainte d'accidents, k moins d'avoir ur 
refroidissement gradue. 

Les dmaux, le pourpre, le bleu, etc, manquent de 
rence, si Ia cuisson n*a pas cte assez forte; si au contra 
et^ trop forte, Ies demi-teintes sont elTacees, et le 
manquent de modele. Dans le premier cas, on peut se 
de defourner ; dans Ie deuxi^me, ii y aura k faire des 
avânt de remettre Ies piices au four. 



ET DES VITRAUX PEINT8 185 

Liors m6me qoe la cuisson serait d'une r^assite parfaite^ le 
ntre aara toujours des retouches \k faire, Ies chairs seront h 
Lininer soigneusement, ainsi qu'one bonne pârtie du vitrail. 
ris an secondfea, ii y aura encore une revue generale â passer; 
morceaox reconnus imparraits seront retouches et mis en- 
te one Iroisi&me fois au foar. 

K leur sortie, Ies piices sont essuyâes soigneusement et ras- 
nbldes sur le calque qui a servi k la coupe : c'est une v^rifi- 
;ion n^cessaire pour s'assurer que la feuâtre est complete, 
int d'en commencer la mise en plombs *, cette derni^re opă- 
:ion est tout-k-fait mecanique, puisqu'il s*agit de r^unir et de 
te tenir ensemhle^au moyen de plombs lamin^s, toutes Ies dif- 
*eDtes pi^ces composant une verriire. 
Josqu'k la fin du XVI* siecle, Ies rainures de plomb etaient 
mss^es au rabot ; mais, a partir de cette epoque, elles furent 
Ies 2i l'aide de tire-plombs^ machine aussi simple quMng6- 
eose^ consistant principalemeut en deux roues plac^es verti* 
lemcnt Tune au-dessus de Tautre ; le plomb passe entre Ies 
ox roues qui tracent une rainure sur Ies deux faces opposeea 
plomb. 

Les verres soot ench&ss^s dans cette petite gorge *, des soudnres 
ai faites k toutes les intersections et reunions de plusieurs 
^mbSy afin de les maintenir. Lorsque les panneaux sont ter- 
tip, on execute un masticage complet dans les plombs, afin 
-viter les infiltrations que pourraient occasionner les tem- 
les cbassant avec yiolence la pluie contre les vitraux. 

L. Latteux. 

Peîntre verrier au Meanil-Saint-Firmin, 
Membre de la Soci^tâ franţaiae d'Archeologie. 



lom xvu. ^* 



LES MONUMENTS DE MONTFERRAI^ X) 



S'il est une viile en Auvergne qui merite d'arreter f^^ 
tention des archeologues et des artistes, c'est certaineici.^^^ 
la vieille cite de Montferrand, avec ses souvenirs, ses dx'^^ 
niques, ses maisons aux fa(;ades peiutes et sculptees, temo î-^ 
vener^s d'une civilisatioa qui nous etonne et de moeurs c^S^^ 
nous ne comprenons plus. 

Montferrand meriterait une etude particuliere et ^'■^' 
phique de ses mouuments, de ses ruines, de ses fortifi^^^' 
tions; ceseraient, au point de vue de rarchitecturecL^v^-^^^ 
au Moyen-Age, de precieux renseignements. Ce travai^* 
it& entrepris : M. Mallay fils a dessine, avec le talent qyt-H^ 
distingue, toute une rue de Montferrand avec ses maisoiw 
restaurees et leur coloration retablie d'aprfes ce qui restee/?- 
core de ces curieuses decorations. 

Mais ce sont Ies interieurs de ces maisons qui m^riteraiefl^ t 
d'âtre etudies et releves avec soin. Ce sont d'anx^iens h6tels, 
habit^s jadis par des magistrats et officiers royaux; Ies 
restes du château ; des maisons de marchands ayant encoie 
leurs enseignes peintes ou sculptees. 

Partout Temploi de la lave de Volvic donne k ces con- 
structions une couleur toute locale et un cachet paiidculier 
de severe âlegance. 



LES MONUMBNTS DE MONTFERRAND 187 

Deuxkilom&tres seulement separent Clermont de Montfef « 
id ; une route^ qui est plutot une magnifique avenue, re-^ 
Ies deux villes, qu'une annexion forcee a reunîes sous le 
a de Clermont-Ferrand. L'histoire de ces deux riltes 
3t commune que lorsqu'il s'agit des revendications de l'op- 
mee ; hors de la, Montferrand a sa vie et ses chroniqdes 
lui sont propres. 

lîlermont est, surtout au Moyen-Age, la viile Episcopale ; 
ntferrand, au contraire, est la viile royale, domaine de 
liouronne, et le blason fleurdelyse flotte toujours sur ses 
iparts, au-dessus dupennondes comtes d'Auvergne,d'or 
gonfalon de gueules, frânge de sinople. Cest donc sous ce 
Lssantpatronage, et k Tabri de ces fortifications que vit 
prospere une commune privilegi^e que Froissard d^cri- 
t ainsi : <r Cest viile de grands thresors, riche de soy et 
n marchande, ou ii y avoit de riches vilains â grand'foi- 
t. » 

^dais Montferrand etait avânt tout une place forte, ^ l^ 
^niers temoins de sa puissance militaire, oubliEs dând le 
cher de Teglise, consistant en fl^ches, arbalfetes, cas^ 
es et cuirasses, ont ete recueillis, ainsi que Ies archivesy 
t" la viile et par le musee de Clermont. Pourqnoi i^ pâfi 
i avoir laisses k Montferrand? 

II ne reste plus que des vestiges des riches fondationâ te^ 
jieuses qui etaient une des gloires de Montferrand. Oii 
Imirait surtout la riche commanderie de MalUy ditâ de Saift^ 
ian de Segur, situee hors de la viile et dont Fâglisâ fât 
itruite en 1785 par un des commandeurs; ii reste ediicâM 
lelques-uns des bâtiments qui servaient autrefois am feOsl-^ 
mblees de la langue d'Auvergne, et qui âdnt mâidteîiiâit 
^nsformes en bâtiments de ferme. 
L'ordre de Saint-Benoît possedait a Montferrand un 
ieure. Le couvmt des Cordeliers, situe au nord de la viile, 






188 LES MONUMKNTS D£ MONTFERRAND 

existe encore ; ii fut fonde par Richard de Beaujeu, corn 
de Montferrand; Teglise fut consacree le 9 juin 1229, p 
Thomas, evâque d'Ascalon, et contemporain de saint Fran 
şois d'Assise. 

Ce qui reste de ce couveDt sert actuellement de residenco^ 
k la communaute de Saint- Joseph, dite du Bon-Pasteur. 

Les Vrsulines furent etablies en 1638 par Ies soins d 
Charles de Graffort, superieur de TOratoire de Clermon 
C'etait dans Templacement de ce couvent que la Cour dea 
Aides tenait ses seances. 

Le magnifique raonastere de la Visitation fut fonde e 
1620 par Charlotte de Canilhac, sous Tinspiration desain 
Chantal. 'Saint Frangois de Sales le visita. On conser 
encore la chasuble dont 11 s'est servi. Le reste de ce mona^ 
tfere sert aujourd'hui de presbytere, et on devra bientot ia 
savantes et laborieuses recherches de M. le cure actuel, ui 
histoire complfete de la Visitation et de quelques autres mc 
nastferes de Montferrand. 

II existait encore une maison de religieux hospitaliers 
saint Antoine, et un couvent de RecoUets, rfegle de sai 
Fran9ois. Ce couvent, qui ^tait situe entre Clennont 
Montferrand, fut fonde en 1619. 

L'^glise qui a ete detruite contenait des peintures rem 
quables. On sait que Tordre des Recollets comptait pa 
ses religieux de tres-habiles peintres ; plusieurs tablea 
dus ă leurs pinceaux ornerent les eglises d'Auvergne. II 
existe un notamment k Ambert, signe et portant la date 
1659. Cest âun recollet deMarseille que Ton doit Tinve 
tion de procedes importants de la peinture sur verre. 
moine fut appelden Italie pour y exercer son art. 

La maison d'ecole tenue par les Fr^res faisait pârtie d 
anciens bâtiments de Thâpital. 

Les souvenirs; on le voit, ne manquent pas^ et le chroa::^' 





LES MONUMENTS DE MONTFERRAND 189 

3iir aussi bien que Tarcheologue ont a Montferrand ane 

ne inepuisable. Mais au miliea de ces ruines sans nom- 

i, sur la cr^te de la colline ou s'etagent tant d'âdifices 

at chacun a son importance historique, se dresse, austere 

majestueuse, la belle coUegiale de N.-D. de Prosp^rit^, 

'Uellement eglise paroissiale. 

â.vant la Revolution, l'eglise paroissiale ^tait Saint-Ro- 

•t-hors-les-murs. L'ancienne chapelle du Baillage servait 

t fonctions curiales ordinaires, et Thotel du baillage etait 

^enu le presbytere. 

L*a vieille viile peut badîgeonner ses murs encore couverts 

CC chromaties » du Moyen-Age, elle peut moderniser et 
lairir Ies baies gothiquss de ses hotels, plafonner ses pou- 
Lles historiees ; Teglise reste, elle, immuable dans toute 
>plendeur de son architecture, comme le dogme qu'elle re- 
îsente. 

L'eglise de N.-D. de Prosperite fut fondee, suivant Du- 
Lxe, vers le X* siecle, par un comte de Montferrand. 
En 1272, la viile de Montferrand fut acquise par Phi- 
pe-le-Bel et reunie a la couronne. 
En 1501, par lettres-patentes, Louis XII se mit sous la 
>tection de N.-D. de Prosperite; ce prince franşais avait, 
□Qme ses pieux ancetres, la « faiblesse » de croire au 
»*naturel et a la protection speciale de Mărie sur son 
yaume. II erigea la chapelle de Philippe-le-Bel en eglise 
yale et collegiale, fonda un cliapitre et ordonna que « Ies 
tTies de France fussent apposees es-porteaux, verrieres et 
ttres lieux, etc. »> 

II est facile, en rapprochant ces documents de Texamen 
i monument, de reconnaîtredeux epoques distinctes, quoi- 
4e reliees avec art et presentant â premiere vue un seul 
tt. 

La chapelle de Philippe-le-Bel, qui se bornait aux choeur 



190 LES MONUMliXTS DE MONTFERRAND 

et wncituaire şptţiels, a dil remplaeer l'edifice du X* siecle, 
doot OQ reţroiţve^ en parcourant Ies combles^ quelques frag- 
Diâqţs employâs iaas la construction de la chapelle du 
XyP siecle. A cette ^poque, lorsque la chapelle devint 
^glw^ on ajouta deux travees, un porche, une tribune, avec 
un portail surmonte d'une grande rose au style flamboyant 
eţ gCGompagne de deux tours sans fl^ches. 
Les proportions qui ont et relevees sont celles-ci : 

Largeur de la voâte etde la nef 11 » 30 

Longueur totale de Teglise 47 

Largeur (compris les chapelles) 18 

H^uteur sous voâte 18 

jj'eglise est construite avec soin en laves d'un graîn tres- 
^p ; elle est â une seule nef flanquee de quînze chapelles^ 
rappelant ainsi les grands edifices du midi dont la cathe 
drale d'Alby serait le type le plus remarquable. 

JjBS ornements sculpt^s sont peu nombreux. On remarqu 
cependant les tetes qui terminent les redents de la rose d 
L^baie absidale; quelques chapiteaux et les aretes de voAtes-- 
decoupees de la chapelle dite de Sainte-Catherine, situe#> 
spus la Tour du Nord. Quelques clefs de vo6te ont pu con— 
server sans mutilation les armes de la viile de Montferran 
et cellesde France. Les armes de la viile sont « le lion ram — 
pant, arm^ et lampasse de gueule. » 

L'eglise de Montferrand etait dans un etat de degradatio 
interieure qui blessait les convenances du culte. La premife 
reparation faite sous les precedents cures fut la confecţie 
de toutes les verrieres de cette immense nef; peut-âtre eât- 
ii mieux valu terminer par lâ. Quoi qu'il en soit, M. le cha— 
noine Cibaud *, cure actuel, a commence un travail de r 



1 M. Gbaud yient de mourir ; c'est une grande perte pour la viUe 
Monlferrand et pour l'6glise qu'il restaurait avec tant de z^Ie. 








LES MONUMENTS DE MONTFERRAND 191 

iiration des plus complets et de^ plus artistiques. Les 
►iites ont ^te ressuivies ; les lezardes etoup^ bnt regu une 
ânture azuree semee de fleurons ; dans le blioeur, les lu- 
ittes de la voftte contiennent des anges chantant le Magni^ 
at et servant de radieux cortege â la Reîne du cîel, pa- 
>nne de Tedifice. Lesmurs et les colonnes sont peints avec 
te sobriete d'ornements qui ne fait que mieux ressortir 
clat des vitraux. 

Aii-dessus de chaque chapelle, on a utîlise fort heureuse- 
int le tympan ogival en y intercalant 14 stations du Che- 
ii de la Groix, dont les cadres en trefles gothiques se lient 
^aitement avec les lignes de Tarchitecture. 
La chapelle des fonts baptismaux, placee sous la tour du 
l, fut le premier essai de restauration entrepris par M. le 
r^, dans les traditîons de Tart chretien. Le pave, la cuve 
f>tismale, les boiseries sculptees, les vitraux, tout a con- 
iru a faire de cette chapelle un veritable ecrin religieux. 
Les boiseries sont anciennes ; elles sont attribuees â un 
ilpteur auvergnat du XVII* siecle nomme Sureau, et dont 

xetrouve des ouvrages un peu partout. 
Xa cuve en marbre, style gothique, etle pave en greş in- 
iiiste ont ete fournis par M. Mombur, de Clerraont. Les 
braux, representant des sujets relatifs au sacrement de 
•ţteme, sont de M. A. Champrobert, peintre verrier, plein 
Bvenir. 

Tous ces travaux etaient en voie d'achfevement lorsqu'un 
Ireux malheur vint en suspendre le cours. L'echafaudage 
li supportait le faible poids de trois homraes, M. Belii, le 
îintre decorateur, son aide et son gendre, fut renverse par 
rupture d'une piece principale et les trois homraes pre- 
pites sur le pave de Teglise. L'aide ne survecut qu'un 
lart d'heure a cette horrible chute. M. Belii, recueilli au 
•esbytere, vecut deux jours et mourutdans les sentiments 




192 LB8 MONU&iENTS DE MONTPERRAND 

de la plus chretienne resignation ; son gendre moarat; ^n 
bout de quinze jours. 

Cest M. Belii qui a ex^cut^ Ies belles peintnres 1^^ 
coratives de la chapelle des fonts baptismaux; espero 
qne son fils^ Victor Belii, qui a constamment seconde 
p&re avec talent^ saura continuer roeuvre inachevee et 
mener âbien. 

Voilâ^ en resumâ^ tont ce qui reste de la vieille cite d 
pouillee de ses franchises communales^ de ses privileges 
dignites. £lle subit une annexion^ qui^ au point de vue ec 
nomique^ est peut-âtre avantageuse^ mais qui est peu sjn 
pathique a la population^ laquelle^ nous Tavons dit^ pre 
rerait son autonomie. Aussi^ du haut de son oppidum en rui 
et de ses remparts demanteles, semble-t-elle regarder en 
fierement Clermont^ qui^ de simple alliee^ est devenue 
suzeraine. 

Emile Thibaud. 





VOCABULAIRE 



DES SYMBOLES ET DES ATTRIBUTS 



emţloyis dans tlconographie chritienne 



NKJYlftlfB ARTICLX* 



^^mvier. — La personnification de ce mois se repose en m^di- 
t, boit preş d'un bon feu ou se liyre aux joies du carnaval. 
:is Ies dalles de Saint-Omer, Janvier est un Janus 6t/rofi5 qui 
t ă deux coupes. 

^anus. — II figure, represente ă table, parmi Ies signes du zo- 
que, dans Ies livres d'Heures et aux porches des cathedrales. 

panneau des stalles de Rue (i53i) nous le montre debout, 
te ses deux faces, levant de Ia main gauche une ele et de l'autre 

sceptre, surmonte de la figure du soleil. 
^ardin. — S. de la Sainte Vier ge, de Tfeglise, de Târne Adele.— 
Dt representes dans un jardin S. Adelard, Ie B. Ange Porro, 
Fiacre, S. Maurille d'Angers, le B. Sauveur d'Orta. 
Jaune. — ' Cest la couleur des ricliesses spirituelles, de la no- 
^se de râme, de ce qu'il y a de plus eleve dans Tordre theolo- 
|ue. Dans l'iconograpbie moderne, au contraire, c'est le sym- 
le de Ia trabison, de l'adult&re, de la folie. 
^^rmalem celeste. — Ordinairement, on la represente carree, en- 
Tie de murailles percees de douze portes dont cbacune est 

^oîr le Dumero prec^ent, page 141. 



194 VOCABULAIRE 

gardee par un ange aux ailes dployees. Au centre du carrefo 
oii aboutissent Ies quatre avenues, se dresse une montagne 
trdne TÂgneau de Dieu, nimbe ei portant la croix deresurrectio 
du haut des cieux un ange mesure la Jerusalem celeste avec i 
roşeau ou une verge geometrale. 

JesuS'Christ. — Les Peres se sont partages sur la question de 
beaute physique de Jesus-Clirist. S. Irenec, S. Justin,S. Clem( 
d'Alexandrie, S. Cyrille, Tertullien, pretendent que le Sauve 
etait laid. S. Jer6me, S. Jean Clirysostome, S. Ambroise, S. G 
goire de Nysse pensent, au contraire, que c'elait le plus beau c 
enfants des iiommcs, et que sa Ggure etait noblc et celeste, 
premiere opinion prevalat en Orient : ainsi, ce fut autant j 
conviction religieuse que par impuissance que Tart byzan 
pencha d'abord vers le laid. 

Le type de la flgure du Christ ne fut fixe qu'au IV* siecle. « 
lui donna un visage de forme ovale, une physionomie grave 
douce, la barbe courte et rare, et Ies chevcux scpares au mili 
du front en deux longues tresses qui tombent sur ses epaules. 
Christ imberbe est frequent jusqu'au X® siecle. En general 
Moyen-Age Ta represente laid et barbu sur la croix, beau et i 
berbe dans la j^loire : c'ost surlout avânt le XII® siecle qu'on s'i 
tache â Iui prâter un caractere de beaute surnaturelle. A par 
du XI* siecle, on lui donne une physiommiie plus âgce qu'a 
epoques precedentes. Sou nimbe est souvent frappc d'un mor 
gramme; ses picds nus montrent leurs ^ligmates. Jusqu'au X 
siecle, Jesus-Eiifant est vetu d'uno pelite robe; plus tard on 
represente nu ou presque nu. V. Dieu le fils, Bon pasieur^ Cruci/ 
Agneau, Poisson, etc. — On voit J.-C. apparaître a S. Augustin, 
Camille de Lellis, Ste Catherine de Sienne, Ste Golette, S. Franţ 
d'Assise, S. Ignace de I.oyola, S. Jean Tevangeliste, Ste Ma 
Madeleine, Ste Radegonde, etc. 

Jonas. — Jonas sortant du ventre de la baleineest Tembleme 
la resurreclion de N.-S. En predisant sa mort et sa resurrectic 
Jesus-Christs'elaitappliquelui-memece symbole. (Matth. xii,i< 
Aussi cet embleme a-t-il ete frequemment reproiiuit, depuis 1 
catacombes ju&qu'au XVI* si^clu. Le poisson qui rejette Jonas 
ordinairement une forme fantastique : le Prophete sort dans u 



DES SYMBOLES 195 

osition horizontale; on lui donne, en France, Taspect de la jeu- 
esse. 

L'bistoire de Jonas a beaucoup d'analogie ayec celle d'Hercule 
wale par uiie baleine et sortant de son venire au bout de trois 
►urs. Aussi, dans Ies peintures des catacombes, Jonas est-il re- 
r^sente sous Ies traits d'Hercule, ou sous ceux de Jason, dont 
1 raconte une avenlure analogue. 

Joug. — A. de TObeissance, de la Palience. Le joug rompu ca- 
icterise la liberte clirelienne. 

^ube, — 11 indique la division entre TEglise militante et T^glise 
iomphante. 

Jttillei. — Ce mois est personnifie par un moissonneur, 
Jtjiin, — Fauche le foin, ratisse un jardin ou tond la laioe des 
rebis. 

J. GORBLET. 

^A suivrej. 



LA DECORATION DU PANTHEON 



Le Journal officiel a public, et nous reproduisons plus loia, Ie 
rapport que le dîrecteur des beaux-arts yîent d'adresser au mi- 
nistre, dans lequel ii lui soumet un projet de d^coration pour Ie 
PanthâoD. 

M. de Gheanevi^res est un 6rudit qui a puis6 dans ses 6tades 
d'histoire et d'esthâtique le gout de Tart 61ey6; ii n'est pas ^tonnant 
de le Yoir donner ă son premier acte administratif une expressioD 
significative. On dit que la fortune sourit aux audacieux ; esp6roDS 
qu'elle tient en r6serve pour le directeur des beaux-arts des sur- 
prises sur lesquelles ii ne compte peut-etre pas beaucoup loi- 
măme. Depuis le temps. d6jâ long, qu'il est chargă deranger en ba- 
taille devant le public la nombreuse arm6e des artistes fraugais, H. 
de Ghennevi^res a pu constater le fort et le faible des combattants. 
Sa bienveillance ne peut lui faire illusion, et ii sait mieux que pe^ 
sonne combien de difftcult6s accompagneront Tentreprise de d6corer 
un 6difice aussi vaste que le Panthăon. En tous temps, elle eât^tâ 
p^riUeuse : Ies ressources que le nouvel administrateur troave au- 
jourd'hui ă sa disposilion lui paraissent-elles sufAsantes ? L'aveDi^ 
seul prouvera s'il a eu raison de le croire. Heureusemeut, ii est aus» 
prudent que hardi et ii prend ă son service deux auxiliaires rassi^' 
rants : le temps etla răflexion. 

L'auteur des recherches sur la vie et Ies ouvrages des peintr** 
provinciaux de Tancieune France a beaucoup 6tudi6 Tart du pa^ 
et surtout notre art naţional. La tendance de son ambition n'âto^" 
nera pas ses amis. Devenu le guide et presque le chef responsaJ^*® 
de notre 6cole, ii veut essayer de la pousser sur sa pente natur^^* 
et la rappeler, si cela est encore possible, ă sa vâritable va 



LA DjgCORATION OU PANTHâON 197 

ax hommes reprSsentent avec une gloire incontestSe Ie goAt 
palier de la France dans Tari de la peinture : ce soni Le Pous- 
; Lesueur. La grâce s6rieuse et r6fl6chie rSpandue sur lears 
iges n'^tait pas seulement le reflet de leur gSnie, elle 6tait en- 
la plus haute manifestation d'un esprit de race qui avait appris 
^onnaître et qui grandissait tous Ies jours. Le yâtement d'em- 
t que FranQois P' avait voulu imposer & nos artistes du sei- 
3 silele leur pesa bientdt comme un d6guisement, et ii est 
lant de voir, au sortir de la tyrannie du Prîmatice et de Ni- 
del Âbbate, comme Freminet et Simon Vouet se montrent â6\k 
ais de goM et ind^pendants d'allures. Si la Râvolution n'avait 
iit sa tâche n6faste, si la plus grande pârtie des oe.uvres qui 
lissaient Ies monast^res, Ies ăglises et Ies palais n'avaient pas 
ivec eux, au moment de notre prătendue rSsurrection, on sui* 
facilement Ies traditions qui rattachent Ies maîtres imagiers 
îizieme siecle, m6ditatifs et sensâs, aux peintres-historiens du 
;ptifeme. Ce qui reste cependant de tant de ruines, Sparses Qk 
lans Ies mus6es de province, ă Fontainebleau, aux Carmes de 
, suffit ă prouver cette descendance qu'aucune infiltration de 
6tranger n'a pu abâtardir. Lebrun, trop mâconnu en France, 
m qui, apr^s avoir d6pass6 Romanelli, 6gala au moins Ies 
che, fut le gardien respectueux de ces enseîgnements; h des 
s inf^rieurs, Jouvenet et Restout y demeur^rent fid^les, et on 
)ien dire que David lui-meme leur dut autant qu'ă Tantiquitây 
l compi îse par son 6troit gânie et h laquelle ii reportait tout 
leur de sa froide originalii^. Apr^s lui, si son plus illustre 
a beaucoup empruntă h Raphael, ii n'est pas difOcile de si- 
r dans ses oeuvres, et surtout dans son chef-d'oeuvre, VApo^ 
(TUomere^ ce qu'il a gard6 des inclinations propres ă sa na<- 
'rangaise : cette sagesse, cette clartâ d'exposition qu'il tenait 
ieux, et cette sobri6t6 de moyens qui leur avait păru sufBsante 
fetre ăloquents. Flandrin a 6t6 compar6 h Fra-Angelico, dont 
iit la douce et tendre piâtâ, et la simplicitâ vraie ; mais Le- 
, dont ii ne pouvait regarder Ies tableaux sans âmotion, lui 
; de modale plus encore que le saint dominicain de Fiesole ; ii 
issait de vanter et en m6me temps d'imiter, dans la libre ex- 
ion de son sentiment, la probitâ de composition, la v6rit6 
lologique qui donnent une place ă part parmi Ies peintres de 



\ 




198 ' LA DfiCORATlON DU PANTHfeON 

tous Ies pays au grand Nicolas Poussin. Pour ne citer que des not^ ^^^oa 
illustres et d^cisife, voilă ceux dont M. de Chenneviferes voudrii-— ^=iail 
ressusciter Tinfluence et voir imiter Ies exemples. Afin de ten^" ^ter 
nos artistes, ii offre ă leur ainbition Ies vastes murailles de 1 -t V6- 
glise Sainte-Genevifeve, et Ies plus sadntes et Ies plus h6roîques t 16- 
gendes de notre histoire pour th5me ă leur inspiration. 

II serait blâmable de jeter quelque doute sur le succes d'une 
treprise g6n6reuse et qui peut âtre si profitable. Du reste, le n 
veau directeur a trop d'exp6ricnce pour avoir besoin d'avertis^ 
ments. S'il fait au ministre un 61oge plein d'effusion de notre âc^ .^ole 
contemporaine, s'il rappelle ses succăs norabreux et persistai»" -^nta 
dans Ies diff6rentes expositions internationales, ii n*est pas diffic — ^cile 
cependant de lire entre Ies lignes de son rapport : ses craintes r s'y 
montrent ă c6t6 de ses joies patriotiques. II y a longtemps que nc^ jous 
sommes Ies premiers artistes de TEurope, de Taveu meme des ^ j^- 
loux; mais, comme Charles XII, nous avons appris ă nos riv im-j^^ Q^t 
Tart de nous imiter. La maniere fran^aise răgne ă. Vienne comm» -^e^ 
Dusseldorf et a Saint-P6tersbourg. Cest une belle gloîre; mais c^ ^^ 
pourrait bien nous obliger t6t ou tard au partage des băn^fic-^^^^îes. 
Dans ce niveau moyen auquel ii est aujourd'hui si commode d' "^ -^^ 
teindre, Ies concurrents arrivent bientât presque tous & Ia mâ:^ ^t=ime 
taille ; du moment que, d'un bout ă l'autre de l'Europe, îl ne s'a-^^g*^ 
plus que d'amuser un public sans exigences et sans convictior ^k^ds, 
chaque artiste tourne le regard vers celui qui r6ussit le mieux-J^^ ^^ 
cherche â Timiter. La diff6rence des races s'efface, le but est Ie me -^^nie 
et Ies memes moyens sont ă la portee de tous. Des lors, comm» -^ent 

• 

conserver longtemps â la France la direction de ce mouvement ^ Q*^* 
s appelle le progres? N'est-ce pas en ressuscitant un art abandor:^*^^^^ 
aujourd'hui un peu partout, Tart de la grande peinture ? Peut-ât:^-^::^®» 
ii n'a plus d*adeptes, cet art d6sh6rit6 et peu lucratif ; Ies arti^^ ^*^ 
sont de leur temps, ils aiment la r6alit6, Tid^al n'est plus ă Ia mc^ ^^® 
dans Ies ateliers, et Ies curieux ne le comprennent plus. II y a lo^ •°^' 
temps qu'on deşerte Ies hauts sommets ailleurs qu*en France. V^ "'^* 
lemagne aime ă se donner pour exemple ; ă quoi ont abouti ^^ 

tentatives pour ressusciter la grande tradition ? Ou sont Ies ^mq^Z^:^^' 
seurs de Cornelius et d'Overbeck? Sans doute il y a encore, au-d^^^ 
du Rhin comme ici sur Ies bords de la Seine, des peintres, faits^^^'* 
râsignation, dont Ies fresques dăcorent Ies murs des 6glises. Salt* ■^^^ 



LA DECORATION DU PANTHEON 199 

ânie lears noms ? Si leurs exemples soni bons h suîvre, faîtes, si 
>us Ie poQvez, M. le Directeur, un public atteDtif, obtenez des 
ibsides encourageants ; qu*une peinture de iO m^tres soit pay6ft 
iulement ă peu prăs autant qu'un tableau de quelques pouces et 
ous susciterez peut-âtre des artistes d'une plus haute inspiration. 
'est une belle chose et uq noble mobile que la gloire, mais com* 
Len d'ann^es se passent h courir apres elle, le plus souvent sans 
atteindre ? L'amorce ne suffit plus pour s6duire et eutraîner, et 
administraţi on le sait aussi bleu que ceux qu'elle veut essayer de 
ersuader. Ghacun des int6ress6s dans ce futur tournoi peut se râp- 
elor le temps qui n'est pas si 61oign6 de nous, quand un critique, 
evenu plus 6clectique depuis, ii est vrai, osait dire : a On parle 
'une chapelle de merite, lâ-bas, au fond des quartiers perdus de la 
ive gauche; on ne passe pas plus Ies ponts pour aller ă Saint-S6ve- 
itt que pour aller a TOd^on. » La plaisanterie a perdu aujourd'hui 
i sa jeunesse et de son impr^vu ; dans ce temps-la, on la tenait 
our une excuse pleine d'hutnour et tres-acceptable, et lorsque 
6i^me exposa son grand tableau de rapoth6ose d'Auguste, ii put 
>nstatef , lui, dăjâ l'enfant gât6 de la critique, le silence de lapresse, 
^ malveillance calcul6e et, par-dessus tout, la profunde indiffe- 
•iice du public pour une tentative commenc6e avec tout Tespoir 

Ic feu des jeunes illusions. II se recueillit sans rancune, et on ne 

i'eprit plus ă reffort. Les artistes comme Ies poetes portent la 
^rque des milieux dans lesquels ils vivent. Ce n'est pas enseigner 

cl^couragement que de craindre un insucces dont tout le monde 
1^ fois serait responsable. 

Alais ces ăcueils ne sont pas les seuls. On pourrait en signaler 
^Btres donttoute la prudence et les lumi^res de renfort viendront 
i^Bei difficilement k bout. Les murailles de Tăglise Sainte-Gene- 
^^ve offrent d'immenses surfaces a couvrir de peintures et, en 
tettant une r6serve sage dans la distribution de ces sujets si nom- 
^®îîx, ils r6clameront pour etre men6s h bonne fin le concours 
^Qe l^gion d'artistes. Qui lui donnera runit6 ? qui disciplinera 
^^8 ces ambitions susceptibles et jalouses ? Cependant, les plus 
^^des (Buvres sont issues d'une direction unique. Le Parthănon 
''^B Tantiquit^, plus pr^s de nous les cbambres du Vatican, Ia 
^tiixe, ne sont signâes que du nom de Phidias^ de Raphael et de 
^^el-Ange. Si yous rencontrez ailleurs des ouvrages dont le vaste 



200 LA DiBCORATION DU PANTHÂON 

ensemble soit restâ harmonieax et homog^ne, malgrâ Ies temps diC* 
fârents qui Ies ont vu naître et malgrS Ia diversitâ des maios qoi 3 
ont coopSrâ, c'est qu'au-dessus de toutes ces inspirations r^gnut niM 
grande dominatrice : Ia foi, et avec elle Ie respect des mSmes doC 
tiines. L'art 6tait alors tout entier au service d'une grande căuş» 
ii ne substituait pas Ia personnalitâ da peinlre ou du scolplenr 
celle du Dieu dont ii reproduisait Timage^ et un mame enseigne 
ment d'6coIe distribuait Ies mâmes moyens d'exâcutîon entre de 
hommes ddjă unis et confondus dans Ies mâmes convictions d'e: 
prit et de coeur. Sans doute chaque artiste gardait un lâgitime d6a 
de se distinguer parmi ses compagnons, ce qui est Ie mobile natur 
de reffort, mais plus encore tenait-il h se montrer chrâtien, et voi 
comment on arrivait facilement h une unita qui souvent prâtait &i 
faibles un reflet de Ia sup6riorit6 des forts. Voilă aussi commen 
dans ce mouyement remarquable de Ia civilisatîon du Moyen-Agc 
par I'effet d'un dâsintâressement pieux, tant d'oeuvres sont restăa 
souvent innommSes et tant de grands hommes inconnus. L'oablini 
dâcourageait pas celui qui cberchait sa recompense ailleurs. Noui 
sommes moins d6sint6ress6s et on peut Ie prSdire, si Ies mors di 
Panthâon se rev6tent de Ia briliante tapisserie qu'on se propose d': 
suspendre, chacun des ouvriers prendra un soin particulier de 9 
distinguer de son voisin. II n'y aura personne, ni directeur, ni mi 
nistre, assez habile pour persuader Tobâissance et Fabuâgatioa, c 
assez puissant pour y contraindre. Qu'en dit d'avance M. de Ghes 
neviferes? 

Gependant nous faisons bon marcbâ de nos craintes, et nou 
nous plaisons & saluer d'avancele jour oii I'âglise Sainte-Genevifevc 
jetant bas ses âchafaudages, en sortiră toute briliante d'or et d 
couleurs. La foule se presse et appiaudit, plus d'un chrătien, san 
doute, s'y irouvera mâlâ; mais, s'il oublie de lever Ia t6te vers 1 
mediocre coupole de Gros, devra-t-il, h cât6 de Ia glorification i 
la patronne de Paris et en parcourant « I'histoire merveilleuse di 
origines chr6tiennes de Ia France » , retrouver encore oes qoafa 
pendentifs, qui sont — personne ne contredira Ie jugement- 
o roeuvre d'une vieillesse affaiblie b , trop longtemps a vaillante 
et surtout trop peu religieuse pour faire parler Ies murs d'un tefl 
ple qui a cessâ d'£tre palen ? Le coeur et Ies yeox du âd6Ie aait>i 
ils aussi h 60uffrir et h se fermer en passant soQS ce fronton 



LA D6C0RATI0N DU PANTHiON 201 

dnquel le pan^gyriste de la r6volution a sculpta la statae 
isseau et celle de Voltaire ? Devra-t-il voir toujours le chan- 
la Pucelle insulter de son « hideux sourîre » la croiz qu'ado- 
nte Geneviăve, cette autre h6roîne, et le sceptre du Dieu de 
âtendre ses deux bras sur la i&ie de cet autre homme que 
lie ne peut absoudre du sang qu'il a r^paudu ? Si une criti- 
lairâe reclame ă. bon droit dans Ies choses de Tart cette unita 
une des r^gles du beau, pourquoi le croyant n'aurait-il pas 
)its iout pareils h faire valoir lorsqu'il reclame renlfevement 
e apotb6ose de pierre qui absout et glorific Ies ennemis de 
' PAt-il autre chose qu'une oeuvre d'un merite discutable, le 
ief de David d'Angers devrait encore descendre de ce som- 
li n'est plus fait pour lui. On avait parlâ aiitrefois de le faire 
)rter au mus6e de Yersailles ; ii y serait plus h sa place 
dessus d'une 6glise 6rig6e n h la gloire de cette vierge fran- 
) qui restera la figure la plus ideale des premiers temps de 
3 bistoire » . La logique de Tart, le respect des croyances 
veut honorer, presseront un jour le directeur des beaux-arts 
ndre une r6solution sans timiditâ et sans complaisances. Elle 
irrait d'ailleurs d6plaire qu'ă ceux qui le blâment d6jă d'em- 
son budget k reproduire a des i6gendes ridicules et men- 
ta » et surtout h dâcorer des âglises. 

Gb. TiMBAL. 



li le texte du rapport de M. de Cbennevi^res : 

ii Monsieur le Ministre, 

a France a possâdS, dans ces quarante demiăres ann6es, ane 
os magnifiques 16gions d'artistes dont elle ait jameiis pu 8'6« 
Billir. Cette 16gion acomptâ Ies plus grands peintres d'histoirei 
is poâtiques paysagistes. Ies plus cbarmants peintres de genre, 
)ur teole sont yenues se former Ies âcoles du monde entier. 
i valu ă notre pays sa gloire la moins contest6e; et nous leur 
B ces triompbes de 1855 et de 1867, qui feront date dans 
bre de Tart universel. 

}ltE XVII. 1& 



202 LA DJECOUATION DU PANTHEON 

« Et cependant, Monsieur le Miqistţe^ ceuj^ gui aujour^'hi^ 
flâchisseDt ă la puissance quî animait cette rare 6poque^ ^n so 
parfois ă. se demaader si radmioistratioD frangaise a sa ea tire^B 
pour le pays^ tout Thonaeur qu'il 6tait possible d'ea obtenir. 

(( Je suiş port6, quant h moi, ă regretter qu'on aii le^ss6 se perdr*:: 
une telle force de bataillons iacomparables dans des eatrepri 
morcelâes et ua peu 6parpill6es, et od ils pouvaieat ne donaer qu' 
cpntre-coeur. Tantdt des arţistes illustres ont 6t6 fatiguâs ă de p 
tites besognes, taatdt on n'a pas su leur fournir l'occasion de 
duire ce qu'ils avaient en eu:;:. Or, la direction des Beaax-Arts 
pour premiere raispa d'âtre de faire produire des oeuvres gran 
ou exquises, selou la na,ture des talents qu'elle rencontre et seL^^ 
Ies cadres qu'elle trquve h leur ofErir. 

(( Ges cadres, dans ţoutes Ies âpoques c61^bj^, ce sont Quelq^^^ 
monuments sur Ies muraiUes desquels ser^sument eţ se conceatp^^ 
Ies efforts de chaque 6cole dans son expression la plus haut^, e^ 
qui, avec le temps, servetiţ de typşs aux historiens de Tart. 

(( Sans parler des meryeiUes des 6glises et ţle& polais de Flo^nce, 
de Rome, de Venise et d'Anvers, nous poavons citer en France 
Fontainebleau au seizi^me siecle, le Louvre, Thâtel Lambert ei 
Versailles au dix-septi^me silele, Thâtel Soubise au dl|X-huitiâiiie 
silele; mais, au dîx-neuviâme siăcle, no,us devons confesser quesi k 
viile de Paris peut se yanter de la d<§coration de ses 6glises et de ce 
qui fut son Hdtel-de-Yille, si la direction des bâtiments civils s'ap- 
prâte h nous livrer un Op6ra brillamment et savamment oniâ, Ia 
direction des Beaux-Arts proprement dite aurait peine ă citer qd 
monument dont elle pât dire que la dâcoration soit son oeuvre. 
J'aurais cette ambition, Monsieur le Ministre, pour votre adminis- 
tration des Beaux-Arts, qu'il en pM etre autrement. Je vcudrais 
utiliser au d6cor d'un monument digne de ce nom, d-un monameot 
yraiment naţional, le groupe qui nous reste de pettje s^j^eţb^ armie 
dont je parlais au d6but, groupe qui, s*il regţetţe nas, pluş glpneoi 
chefis d'ăcole, vient d^ montrer h Yienne que;. Ifi, Fraacţ n'eţ (|(^Di, 
perdu la supremaţie en matiăre d'6l6gance ^ţ de goât. 

(( Ce monument existe, c'est le Panth6on| c'ţ^st Sainte-Cţ^DjB^^^} 
c'est la basilique 61ev6e au dix-huiti^me silele ^ Iţ, patjţoaoje ip 
Paris et des Gaules. Sainţe-Geneyiăve şst ii( cpup stj^ l'^Mi ^ 
Paris le plus renommâ dans nos provinces et ă Tâtcuger; c'estliu 



LA DâOORATlON DU PANTH^ON 203 

oi, de sa coQine sainte, domine la viile entiăre et semble le plus 
nissant effort de sa magnificence. Et, chose singali^re, qnand tous 
» idifices de Paris ont 6t6, depois un demi-si6cle, dâcorte h l'enyi 
e peintures et de sculptarea par Ies diverses administrations qui 
maient h occuper le talent des artistes et & laisser trace de leur 
assage, celui-lă seul a 6t6 complătement nâgligâ, si ce n'est par la 
Lestauratîon qui a confiâ au baron Gros la d6coration fameuse de 

a lanterne, et au baron G6rard Ies quatre pendentifs qui furent 

* 

ceuvre d'uae vieillesse affaiblie sans doute, mais vaillante jusqu'au 
»out, selon le temperament de sa gtoâration hărol'que. 

« n convient aussi de ne pas oublier l'essai qui fut confiâ en 1848 
L un artiste 6minent de la dâcoration du Panthâon au moyen de 
prands cartons qui devaient y reprăsenter Thistoire de l'humanitâ; 
nais ce cycle de compositions pbilosopbiques dont nous ayons vu 
m certain nombre aux expositions de 1853 et de 1855, ne pouvaient 
)lus s'appliquer ă un temple qui, trois ans plus tard, 6taitrendu au 
sulte, ei la tentative en resta lă, apres avoir fourni ă M. Ghenayard 
Toccasion de donner la mesure de sa vaste culture d'esprit, de son 
abondante invention et de son respectueux sentiment des grands 
DQaîtres. 

« J'ai pens6, Monsieur le Ministre, qu'aulieude diss6miner, ainsi 
i]ae Ta soufTert trop souvent une fâcbeuse tradition, Ies ressources 
iu budget des Bcaux-Arts dans de m6diocres commandes vouăes h 
a dispersie n, ii 6tâit vraiment plus digne de la conliance que vous 
Lvez bien voulu m'accorder, de consacrer ea bloc une grosse part 
le ce budget pendant trois ou quatre exercices, ă entreprendre, 
ombiner, mârir et conduire ă. bien, si c'est possible, la dâcoration 
tompl^te, immensG et inSnie dans ses d6tails^ d'un tel 6difice natio- 
lal, d6coration 6tudi6e d'abord en son ensemble, puis dlrigâe, 
lans toute Tunitâ de son invention, de maniere & en former un 
raste poeme de peînture et de sculpture h la gloire de cette sainte 
}enevieve qui restera la figure la plus ideale des premiers temps de 
lotre race, poeme ou la lâgende de la patronne de Paris se combi- 
lerait avec Tbistoire merveilleuse des origines chrătiennes de la 
Prance. 

« Quand vous aurez inaugura, Monsieur le Ministre, le pompeux 
monument de TOpăra, ou notre pays a voulu montrer sans mar- 
chander, et en râunissant le faisceau de ses plus briUants artistes, 



204 LA D^CORATION DU PANTH^ON 

ce que pent soa gânie appliquS h l'architecture des fâtes thMtrales, 
ii sera int6ressant de constater que Ies oeuvres qui exigeai plus 
particulîărement la gravita et la yigueur solide conviennent encore 
ă nos artistes, et qu'apres avoir fait preuve, aux yeux de l'Europe, 
de dons iaestimables d'esprit, de grâce et d'6l6gaQce, ils sont ca- 
pables de remonter aux sommets Ies plus sâvăres et Ies plus nobles 
de Tart religieux et patriotique. 

(( Si cette pens6e vous agr6e, Monsieur le Ministre, je vous prie 
de vouloir biea m'aatoriser, d^s aujourd'hui, h 6tudier, de coacer#^ 
avec M. Tarchitecte de Sainte-Genevi^ve, et apr^s m'âtre assar» 
que Ia direction des bâtiments cirils, de qui releve le monumen 
n'a point d'autres vis^es pour son omementation, un projet q 
avânt d'âtre exăcutâ dans une p6riode d'annâes assez £tend 
puisqu'il n'emploiera qu'une part du credit habituel consacra â 
dâcoration des 6difices publics, exigera de fort longues râflexio 
des combinaisons d6coratives fort compliqu^es, et qui, pour v 
ses premiers travaux commandi^s sur Ies ressources du budget 
1875, a besoin d'etre sagement pr6par6 pendant le cours p 
entier de la prăsente ann6e. 

« J'ai rhonneur d'etre, avec un profond respect, Monsieu^r^ 
Ministre, votre trfes-humble et tr6s-d6vou6 serviteur. 

« Le Directeur des Beauz-Arti^ 

(( Pfl. DE GHENNBVlâRES. 

« Approuvâ : 
c Le Ministre de PInstruction pubb'que^ 
des Cultes et des Beaux-Arts^ 
a De Fourtou. » 





LA 



STATUE MIRACULEUSE 



DE BOULOGNE 



Monsieur Ie Directeur, 

L'article de M. E. Diramart sur la cath6drale de Notre-Dame de 

oulogne-sur-Mer, dont vous avez commeDc6 la publication dans 

numeros de janvier et f6vrierl874 de la Revue de VArt chretien^ 

e remet ea m^moire une legende relative ă la statue miraculeuse 

e la Vierge. M. Dramart n'en dit rien, soit qu'il oe Tait pas connue, 

oit qu'il la r6voque en doute. De plus, M. Tabbă Haigner^, dans 

Abrege de rhistoire de Notre-Dame de Boulogne^ ănonce un fait 

ui la contredit absolument. 

Je la ferai connaître cependant ă. vos lecteurs ă titre de simple 

^^uriqsit^, laissant ă chacun libert6 entiere d'y croire ou de la re- 

^eter. 

En 1843, une affaire m'ayant amenâ ă Boulogne, mes bâtes s'em- 
J)resserent de me faire veir ce que la viile et Ies environs offraient 
^'int^ressant. Je fus conduit au cbâteau d'Honsvaux, plac6 dans un 
ţii de terrain, au pied du plăteau de Boulogne, et qui conservait 
^6s tours et ses foss6s, bien qu'il eut 6t6 converti en ferme. Le fer- 
mier m'en fit Ies honneurs avec une cordialit6 parfaite. Entre autres 
^hoses, ii me montra un puits tr^s-profond et assez large, qui existe 
ns doute encore. 

Xl est construit au-dessusd'une sourced'eaucourante.Pour respecter 
^ passage de cettte source, Tarcbitecte a bâti une voute artistement 



206 LA STATUK MIRACULI-rSE DE BOULOGNE 

disposăe sur Ies dcux rives de la source et qui n'a pas de calott 
Sur Ies arcs de cette voute, reposc toute la maţonnerie int6rieu 
du puits, dans laquelle, au tiei-s et aux deux tiers enyiron de lap 
fondeur totale, sont pratiqu^es deux nichcs, Tune dans la paroi ^ 
droite, Tautre, dans la paroi de gauche. 

Je ne saurais 6valuer, mame approximativement, apr&s un auE"_ 
long espace de temps, la profondeur du puits, mais je me souvi 
qu'un joumal ayant 6i6 allum6 et jet6 dans Tespace pour me p 
mettre de voir la construction de Tonvrage, ii a fallu beaucoup 
temps pour qu'il descendît jusqu'ă la source et que Ia lueur 
permît de reconnaître parfaitement Ies deux niches et de me ren 
compte des dătails qui pr6c^dent. 

Voici, maintenant, la 16gende qui me fut contâe. 

En 1544, Henri VIII, roi d'Angleterre, 6tant venu mettre le si 
devant Boulogne, le clerg6 de T^glise cathedrale, craignant poi»^ 
statue de la Vierge, l'avait apport6e, avânt Tinvestissement d 
viile, au château d'IIonsvaux, pour ctre d6pos6e dans la prem 
niche, qui fut mur^e apres que la statue y eut 6t6 plac6c. C 
cachette 6tait bien choisie; et, a moins d'une indiscr^tion 
probable, ii semblait certain que Ies Anglais n'iraient pas l'y c 
cher. . 

On sait que Timp^ritie ou la trahison du sire de Vervein ou 
vins, gendre du mar6chal de Gr6, livra Boulogne au roi Henri 
malgrâ la r6solution courageuse des habitants qui s'6taicnt o 
h dăfendre la viile, si Ia garnison se retirait. En 1550, Boul 
ayant ăt6 rendu ă la France, le clerge vint, en şrandc pompe 
clamer la pr(5cieuse statue conţine au puits d'Honsvaux. Mais, a 
avoir'ouvert la premiere niche, on Tavait trouv6e vide. On 6tai 
pendant sur que pas un ouvrier nY'tait, dans l'intervalle, desc^ 
dans le puits ; d'ailleurs, le murage de la niche 6tait intact ; ii îm^ 
meme conserv6 la couleur sombre dont Ies moellons avaient 6i^ 
vetus pour cacher le travail. Gonjment expliquer Tabsence A- 
Vierge? On organisa des neuvaines ; on parlait meme d'exorc^ 
Ies d6mons que Ton supposait coupables de Tavoir soustraite. ^•^ 
quelqu'un s'6tant avise de visiter la niche inf6rieure, on y a^ 
troQv6e la statue. 

Le plus probable est qu'on Ty avait d'abord placâe provisc^ 
meat et qu'ensuite la niche d'eu haut avaifc 6t6 mur6e sans que 







LA STATUE lORACULEUSB DE BOULOGNB 207 

perQa que la Vierge n'y 6tait pas. II paraît m£me que Tou- 
li Tavait retrouv6e donnait cette plausible explication. Mais 
latîon voulut, malgr6 tout, que la statue, n'ayant pas eon- 
ii sa cachette, fui, d*elle-mâme et miraculeusement, descen- 
is la niche iafârieure. Le clergâ, soit par politique, soit par 
ion, avait confirma Topinion populaire, et la v6n6r6e Vierge 
6 reportâe, non dans son ancienne 6glise, d^truite par Ies 
, mais dans Tâglise de la Basse-ViUe, oti l'on peut encore la 

ibb6 Haignerâ dit, au contraire, que Ies Anglais TavăienC 
§e. Dans ce cas, la statue que j'ai vue ne serait pas la mame 
it abord6 par miracle ă Boulogne en 633. Quoi qu'il en soit, 
er qui m'a racont6 la legende y croyaîtfermement et aurait 
nauvais parti ă quiconque Taurait ni6e. 
m'a păru assez int^ressante pourâtre reproduite, comme un 
le la foi ă la fia du XYP silele et comme une annexe natu- 
boute histoire de Notre-Dame de Boulogne. 
lez agr6er, etc. 

EtiE Petit. 



RELIQIJAIRE DE S. LAZARE 



A SAINT-PIERRE-DU-VATICAN (ROME) 



*" Raynuce Scotti, originaire de Plaîsance, devint ^vâque de Bosr^^ 
San-rDonniao (duch6 de Parme) et gouverneur de la provine^ ^" 
Picenum. Par reconnaissance pour Urbain VIII, qui Tavait nom^*^^ 
Ticaire de Saint-Pierre au Vatican, dont le cardinal Fran^*^^ 
Barberini 6tait alors Archipretre, ii donna ă cette basilique un o» *^ 

• 

Ia jambe de saint Lazare, premier 6v6que de Marseille. Le reliqt»^- 
re a Ia forme d'une pyramide en cristal, mont6e en argent. -^^ 
pifidestal, on voit Ies armoiries d' Alexandre VII et du cardi:«=>8^ 
Barberini. Quatre inscriptions nomment en italien Ie pape. Ie ca**^ 
nai, saint Lazare, et Ie donateur qui fut pr6fet du palais apostolicţuo 
80 us Innocent X et Alexandre VIL 

L*on m'a dit h Saint-Pierre que Raynuce Scotti avait re^u d'Ac»-^" 
Ia pr6cieuse relique, pendant sa 16gation en France. 

Voici rinscription qui authentique le reliquaire et qui est gr^»-^^ 
h sa base sur Ie m6tal : 

TIBIAM. S. LAZARI. EPISGOPI. A. GURISTO. IN VI 
TAM. RESTITVTI. RAYNVTIVS. SCOTVS 
PLAGENTINVS. EPISCOPVS. BVRGI. S. DONNINI 
POST. LEGATIONES. ELVETIAE. ET 
GALI^AE. PaAEFEGTYRAM. PROVINCIA 



i 



RELIQUAIRE DE S. LAZARE 2(K> 

PICEN£. YICARIATVM. BASIUC£. S. 
PETRI. VRBANO. VIII. PONTEFICE.* MAXIMO 
BENEFAGTORE. FRANCISCO. CAEDINALI 
BARBERUiO. S. R. E.* VICECANCELLARIO 
ARCHTPRSBITERO.' ET PALATU. APOS^ 
SVB. INNOCENTIO. X, ET. ALEXANDRO. VII 
SVMM. PONTIFF.* PREFECTVS. D. D* 

ANNO. M. DC. L. VI 
RANVCCIO. SCOTTI. VESCOVO. DEL BORGO S.^ DORMIND 
ALEXANDRO. VII. P. M. 
S. LAZARO. VESCOVO. CON.* 
FRANCESCO CARDINALE BARBERINO 



X. Bărbier de Montault. 



pouT pontifice, 
icUe Romanae Ecclesise. 

pour j4rchipreshptero, 
oBtollci. 

nmis pontificibus. 
no dedit. 
1. 
nfessore. 



LE PAYS DE MOAB' 



La contrâe qui s'6tend a Test du Jourdain et de la mer Morte est 
depuis quelques ann6es consid6r6e comme la terre promise du 
voyageur, de Tantiquaire et de tous Ies savants qui 6tudieat la 
Bible. Quel voyageur, aprfes avoir parcouru la Palestine, n'a eu l® 
dăsir de fraverser la vall6e du Jourdain et de p6n6trer jusqu*ă ce^ 
montagnes myst<^rieuses dont la longue ligne horizontale, comia^ 
un mur de pourpre, borne Thorizon du c6t6 de FOrient, et;dont \oB 
sommets abrupts contrastent par leur grandeur avec la pauvrei^ 
des paysages de la Palestine proprement dite ! Quel antiquair^^ 
averti que Ies ruines de plus de trois cents villes antiques giseO-^ 
6parses sur Ies plateaux qui s'6tendent au-del& de ces monts, n'^ 
eu le dĂsir d'aller interroger ces monceaux de pierres et de levM^ 
demander Thistoire des temps passă!^ ! 

De tous Ies pays h Test du Jourdain, la terre de M oab ă la r^pm^' 
tation d'etre ă la fois le plus int^ressant et le plus inaccessible. So ^ 
histoire, pour nous, se rattache aux premiers temps de la Bible ^^ 
aux incidents Ies plus 6mouvants de TAncien-Testament. Loth s© 
r6fugiant dans le Zoar, Ies proph6ties de Balaam, Moîse contem^ 
plant la Terre promise des hauteurs da Pisgab, la touchante bistoiTC 
de Ruth la Moabite, Taleule de David et du Messie, Ies incidents de 
la guerre entre Joram et Mesha (M 6sa), sont quelques-uns des poiots 
Ies plus frappants qui se rattachent a une contr6e dont le nom re- 
vient constamment dans Ies liyres des historiens sacrâs. 

^ Extrait du Quarterly Review de Londres. 



LE PAYS DE MOAB 211 

Dans Ies proph^tes, tout ce qu'ils disent du Moab semble mon- 
^r que ses habitants 6taient bien connus, riches, et formaient un 
iiple nombreux, ă peine inf6rieur aux Isra61ites en civîllsaiion. 
ins Josephe et Ies historiens romains, ii est fait constamment allu- 
m ă Ia fertilii^ du sol de ce pays, aux grandes forteresses et aux 
6s florissantes qui s'y trouvaîent avaat et pendant la domination 
naine. La terre des Moabites avait donc une grande importance 
commencement de Ţâre chrdtienne. 

[]!ependant nous ne Ia voyons nommde nuUe part dans rhistoire 
Nouveau-Testament. Mais nous savons par Ies r6cits de Josfephe 
elaprison dems laquelle saint Jean-fiaptiste fut renferm6 par 
rode et dans laquelle ii fut ensuite d6capit6, 6tait la forteresse de 
choerus, sur Ia rive orientale de Ia mer Morte. Cette mame fortc- 
se a 6i6 aussi Ie thââtre de Ia scene si 6nergiquement d^crite par 
ephe, de Tune des dernieres luttes des Juifs contre Ies Romains. 
pays des Moabites est indiqu6 comme un district par Eusebe, et 
aracmoab commc le si6ge d'un 6vech6 en Tan 536. 
La trace de nombreuses 6glises chrătiennes ă cette 6poque se trouve 
as Ies ruines. Dans Ie siecle suivant, la conquete mahom6tane 
Sisa sur le Moab, et â I'exception d'un court intervalle pendant 
croisades, oii Kerak devint, sous Ie nom de Mons Regalis, la 
ebre forteresse de Reginald de Châtillon, tout ce pays a dispăru 
rhistoire. Loin de la route des arm6es, sans forteresses, *sans 
Ies, sans habitants, 11 n'avait rien qui ptit appeler Ies conqu6- 
its. 

Le premier voyageur qui ait visit6 dans Ies temps raodernes ce 
ys longtemps oubIi6, est Seetzen qui, en 1806 et 1807, y fit deux 
yages du nord au sud, en longeant Ies hauts plateaux du Mdab 
en revenant par le rivage de la mer Morte. II fut suivi, en 1812, 
^ Burckhardt, qui prit â peu preş la meme route. Vinrent ensuite 
*y et Mangles, en 1818, qui parcoururent la meme r6gion, mais 
Sud au nord. Depuis ce*temps on n'a pas connaissance qu'aucun 
r€igeur ait traversa le Moab, jusqu'au voyage entrepris par M. de 
ilcy en 1851. 

î-U 1864, le duc de Luynes fit Texploration scientifique d'une 
Q de pârtie du pays; malheureusement le râcit complet de son 
^age n'a pas encore 6t6 publi6. De plus, quelques autres, comme 
ieatenant Lynch, en 1848, le docteur Tristram, en 1864, le capi- 



212 LE PATS DE HOAB 

taine Warren, en 1867 et 1868, MM. Palmer et Drake^ en 1870, o 
visit6 quelques parii^s du Moab. 

Dans rAncien-Testament, nous trouvons le pays designa sous c 
trois d^nominations : le champ de Moab, la terre de Moab et 1 
plaînes de Moab. La critique moderne applique ces d6nominatioQ£ 
trois districts diff^rents. 

La plupart des ruines des citâs moabites sont dans un 6tat d'ei 
trSme dâgradation et ressemblent h des amas de d6combres qa oi 
aorait apport^s avec des tombereaux. Elles ont toutes pour cano 
tare commun d'innombrables puits, maintenant dessâch^, et di 
grandes citemes souterraines, ă l'entrâe 6troite, dispos^es pom 
recevoir des grains. 

Ziza semble avoir 6t6 une des plus importantes villes romainesA 
la contr^e et avoir poss6d6 des ressodrces en eau, plus abondantei 
qu'aucune des villes voisines. On y remarque un r&ervoir de prb 
de 140 metres de long sur 40 de large, plus grand par cons6queo1 
qu'aucun des a 6tangs de Salomon o. Beaucoup des bâtiments de 
Ziza avaient encore leurs toitures entieres h l'âpoque de la guerrt 
entre Mohammed-Ali et Ies Turcs en 1832, et Vătai de d6gradatioD 
de la viile est du en grande pârtie ă la garnison 6gyptienne. 

De Ziza on peut apercevoir Ies ruines que Ies Arabes appellenl 
Um^Shita ou Mashita; ces ruines sont inconnues dans Tbistoireel 
leur nom n'est pas marqu6 sur Ies cartes. C'6tait autrefois le palafa 
de quelque prince. 11 n'y a autour de ces ruines aucune trace de 
viile ou de bâtiments quclconques. 11 ne reste en dehors des miirE 
qu'un puits profond ă l'angle sud-ouest. Ce palais s'61evait au milico 
du d6sert, dans sa solitaire grandeur, comme un tâmoignage de la 
magnificence des anciens princes. 

On est frapp6 d'admiration par la vari6t6 et Ies merveilles deses 
d6coralions architecturales. 

La richesse de ces arabesques grav6es, dans leur 6tat de parfaitfi 
conservation, n'a de rivale nulle part, pas meme ă rAlbambrai 
dont elles rappellent le style. Le palais forme un large quadrilatere, 
orienta au sud et au nord, de 170 yards sur chaque face, avec des 
bastions ronds ă chaque angle, et cinq autres demi-circulaires dans 
rintervalle, sur Ies c6t6s de Test, du nord et de Touest; le toutest 
bâti en pierres dures, bien assorties. Cest surtout sur la farade du 
sud que toutes Ies ressources de Tart oriental ont 6ţ6 prodigtt6es. 



LB PATS DE MOAB 213 

Od 7 trouve dix bastions outre ceux des deux angles. Quant ă la 
faţade, qul s'^tend sur 52 yards, au centre de T^dificc, on trouve 
UQ vaste bastion octogone, trâs-hardi, de chaque cdt6 de la porte. 
Cette porte est la seule entr^e du palais et prăsente la plus splen- 
dide faţade imagînable. Le mur a dix-huit pieds de haut et est 
orna des gravures Ies plus soign6es, ă peu prfes intactes. Sur Ies 
panneaux du mur, circule une guirlande analogue h une s6rie 
de W, avec une grande rose en relief h chaque angle. Toute la sur- 
&ce et tous Ies interstices portent des sculptures qui reprdsentent 
des animaux, des fruits, du feuillage avec une variăt6 infmie. 

On y compte plus de cinquante espâces d'animaux dans toutes 
sortes d attitudeş, mais g6n6ralement buvant aux deux cdt6s oppos6s 
d'on mame vase. Des lions, des lions ail6s, des buffles, des gazelleS| 
des panth^res, des lynx, des hommes, et, dans un cas, un homme 
portant un panier de fruits ; des paons, des perdrix, des perroquets 
etautres oiseaux; plus de cinquante figures et des fleurs avec des 
festoDs de vignes et de raisins. 

H. Fergusson pense que ce remarquable et unlque monument 
d'architecture a ^t6 construit par Ghosroâs II, k T^poque oh 11 
porta ses armes victorieuses ă travers la Syrie et la Palestine, jus*- 
9^'aax rives du Nil. Mais ne peut-on plutât attribuer ce palais (si 
e'est UQ palais ?) h quelque prince de la dynastie des Sassanides, 
^oiitr6gn6 sur le pays depuis le temps de Pomp6e jusqu'ă Omar? 
^doate serait lev6 si le docte ur Tristram avait pris le dessin des 
l^^ogues lignes d'inscriptions tr^s-distinctes et non mutilâes qu'il a 
^os sur le monument. 

k Eikustul, ă quelques mlllds de Ziza, on a trouv6 des fragments 
de beau marbre blanc et des constructions qui semblent remonter 
^H6rode ou aux successeurs syriens d' Alexandre. 



LE 



RELIQUAIRE DE LA VRAIE CROIX 

A LA GATHEDRALE DE SENS 



Dans son Dicttonnaire ratsonnâ de l'Archttecture franţaUey Ba- 
VioUet-le-Duc a 6crit au sujet du goĂt : « Partant de principes vraî^t 
« simples, raisonn6s, le goM n'est pas affaîre de hasard : ii s attfl- 
« che h quelque chose de r6el ; ii apporte dans Fătude des d^tail^* 
« le respect pour la v6rit6 ; ii se complaît & exprimer Ies besoins, 
(( Ies n6cessit6s du programme ; h, chaque instant il varie son e^' 
(( pression, suivant le th^me qui lui est donn6. » 

Gette doctrine, si juste en ce qui touche ă Farchitecture, est 6ga- 
lement vraie pour Ies objets d'art, et r6minent architecte en a don- 
n6 lui-meme une nouvelle d6monstration dans la Croix-reliquaire 
qu'il a dessin6e pour la Gath6drale de Sens. En effet, il a su rfo- 
nir dans cette oeuvre toutes Ies conditions du bon goM ; et, en res- 
pectant Ies traditions du style, sa composition offre un grand ca^ 
ractere d'originalit6. La fermetă des lignes, jointe h Tharmonie i^ 
contours et ă la richesse d*ornementation, forme un ensemble irri^ 
prochable. 

LTiabile interpr^tation du dessin a donnă un corps ă Tidâe d«^ 
maître, et justifiâ amplement le verdict du jury de TExposition d^ 
Vienne, qui a d6cern6 le grand diplâme d'honneur ă Torfevre, Bt-' 
Poussielgue-Rusand. 

Si nous examinons Ies d^tails de la croix et Ies proc6d& de f^" 
brication, nous trouvons parfaitement comprises Ies « n6cessit& i^ 
programme. » Un reliquaire de la vraie Croix doit âtre assez l^f^^ 
pour ne pas fatiguer Tofficiant, qui le prăsente i la v6n6ration i^ 



LE R^LIQUAIRE DE tA VRAIB CROIX 215 

es ; et pourtant ii faut que, dans ane vaste cathâdrale, on le 
se bîen voir de loin. 

est doqc k propos que Tartiste a employ6 ce proceda du mar« 
^, dont Ies r^sultats sont si ' remarquables. A Texception des 
TBB^ dont nous parlerons tout-ă-rheure, toute la croix est fabri- 
5 au repoossâ ; et Theureux m61ange des ciselures et des pierre- 
acheve de donner ă Fensembie une rare perfection, en mame 
ps que le reliquaire demeure dans une limite de poids qui le 
l focile h porter en procession. 

isons maintenant quelques mots de la forme du reliquaire. On 
laît Ies fragments consid6rables de la vraie Croix, poss6d6s par 
«ith6drale de Sens. L'une de ces reliques, donn6e par Charle** 
rne, a la forme d'une croix ă double branche, et Mgr Tarclievâ- 
a voulu d'abord la renfermer dans un reliquaire digne de son 
Ine et de son importance. Plaise ă Dieu que le v6n6rable pr61at 
(se bient6t, malgrâ ses nombreux travaux, couronner cette (eu- 
en plagant dans un second reliquaire aussi beau le morceau de 
râie Croix 16gu6 par saint Louis h la cath6drale. 
a forme de la relique indiquait celle du reliquaire : c'est donc 
Toix ă double croisillon, termin^e par de riches fleurons sem6s 
pierres prâcieuses : aîgues-marines, topazes roses, 6meraudes, 
hirs et diamants. Une aurdole quadrilob6e attire Toeil au centre 
a croix : et c'est lă que Tartisţe a group6, dans un d^licieux ou« 
ge de filigrane, Ies joyaux, rubis, perles fines et ))rillants, offerts 
Ia pi6t6 des dames de Sens. 

lette pârtie principale du reliquaire est port6e sur une colonne 
chapiteau fleuri, dont le couronnement donne naissance ă deux 
m^res, imagedu d6mon 6cras6 par deux archanges. Ceux-ci, de- 
it, arm6s de l'âpăe et du bouclier, sont la garde d'honneur de 
slrument du salut des hommes ; et, si nous recherchons Tidâe 
obolique, nous pouvons dire que cette colonne reprâsente ici 
{lise, in^branlable soutien des dogmes et du culte. 
s pied du reliquaire est occup6 par quatre figures assises, re- 
sentant Ies fleuves du paradis terrestre. Sur Ies quatre câtâs, 
enroulements de feuillages et de fleurs en relief altement avec 
pierreries, et rappellent la riche d6coration de la pcotie sup6- 
nre. 
^ons terminerons cet examen sommaire et cette description, trop 



316 LE RBLIQUAIRB DB' LA YRAIE CROIX 

froide pour donner une juste idăe du chef-d'ceuvre, en rendant horn 
mage h Monseigneur l'archevâque, qui en a ^t6 le promoteur ; au: 
pieuses personnes qui ont ofTert leurs'bijoux pour Tomer, et a 
artistes que nous avons nomm6s en commenQant. 

Cest avec leur concours que la France a remportâ ă Viem^ 
(( une victoire plus glorieuse que celle desarmes,» ainsi que le 
sait un haut personnage ; et la part obtenue dans le succâs par V 
religieux, d6montre aux yeux Ies plus prâvenus que la religion 
teint pas le goât des bonnes choses, mais l'encourage et le 
loppe merveilleusement. 



LA FAMILIE DE BETHANIE 



que le peuple fiit r^putâ souverain, ii avait moins de fifevrc 
I, mais ii chantait davantage. On trouvait dans toutes Ies 

h c6t€ du gros livre de la Vie des Saints, un autre livre, 

m^Iodies populaires et Ies naives po^sies sanctifiaient, en 
ant, Ies longues soir^es d*hiver. Aujourdjhui le foyer n'a 
vroix parce qu'il n'a plus de joies chretiennes, et Tartisanqui 

distractions pour se reposer du travail de la journ6e va Ies 
: au cafe chantant, 

►us permettra de reproduire quelques extraits traduits de ce 
l'un autre âge, consacra â Ia m^moire de Mărie, de Marthe 
zare qui furent k B^thanie Ies h6tes privilâgies du Sauveur, 
inrent ensuite apporter ă Ia Provence l'incomparable trasor 
aie foi. 



emier chant est une scene d'interieur, un gracîeux et tou- 
.bleau de l'hospitalit^ que Notre-Seigneurrecoitâ,B6thanie 



Au château de Bătbanie, 
Accouraient Ies indigents. 
Le Sauveur, pauvre lui-mâme, 
Sous ce toit hospitalier, 
Vient, chez Lazare qu'il aime, 
Prendre son repos familier. 

a pieuse querelle entre Ies deux soeurs : 

Voyant sa sceur immobile, 
Harthe accuse sa lenteur».. 

HX XYII. 16 



218 LA FAMILLE DE BlâlTHANIE 

Mais le Sauveur intervient et trace, d'unmot divin, Ies deux 
ouvertes aux âmes qui voudront marcher ă sa suite. 



II 

Sous le toit de B^thanie 
Un jour entre la douleur 

Lazare est malade, ii va mourir. Ses soeurs connaissent Ie oceor 
de Jâsus aussi bien que sa puissance ; un messager est exp^di^ ea 
toute hâte. Mais, h^las! quand Jâsusparalt, Lazare est mortdepo» 
quatre jours. 

Marthe devine son mattre 

Et coart au-devant de lui. 

Bient6t le voyant paraitre : 

c Doux J^sus, vous, notre appui, 

A notre douleur am^re 

Si vous eussiez r^pondu, 

Au tombeau, mon pauvre fr^re 

Ne Berait pas descendu. » 

Jteus est vaincu. II pleure avec Ies sceurs de Lazare. 

€ Montrez-moi, ditril, la grotte 
Od votre fr^re m'attend. .. » 

Marthe craint d'avoir trop insiste. Elle veut reteoir le boa M«î- 
tre; mais ii va faire ^clater la gloire de ses oeuvres, 

Et soudain, J6sus s'ăcrie : 
« Lazare, venez dehors ! » 
Et Lazare, plein de vie, 
Qoitte le s^jour des morts. 

III 

tic 
Le troisiâme chant dâroule le drame sanglant du calvaire ; ^^ 

r6le principal appartient & Madeleine, Tardente et fidfele ser^^ 

de J68US. 

Avec Tauguste victime 
Madeleine veut mourir : 
Mais Tamour, flamme sublime. 
La fait vivre pour Eouifrir. 



» 



LA FAMILLB DB B£THANIE 319 

rmes de Madeleiiie n'ont pu conjurer la mort du Sauveur. 
)ur veut, du moins, le suivre jusqu'au tombeau; mais d€}k 

HsoB n*est plus au cercuaîl ; 

Un ange Eclatant de gloire 

Fait la garde sur le seuil. 

ne peut dâtacher Madeleine du s^pulcre. II ne suffit pas k 
nxt que J^sus soit ressuscită, elie veut le voir et lui parler 

Pendant qu*elle pleure et prie 
J^sus n'est pas ^loign^ 
Une voix lui dit : c Mărie ! > 
(Test la iroix du Maître aim^. 
Madeleine la premiere 
Retrouve et voit le Sauveur ; 
A l'amour, â la pri^re, 
Toujours r^pond le Seigneur. 

IV 

îcit evang^Iique 6tant epuis6, le quatrieme chant nous ouvre 
zons de la legende. Aprâs Tascension du Sauveur, la fEunille 
ire, devenue odieuse aux Juifs, est proscrite tout entiâre. 
sas deux soeurs, Marcelle laur servante et quelques autres 
s, condamn^s ă. p6rir dans Ies flots, sont lanc^s en pleine 
' un navire sans rames ni gouvemail. 
s une scfene âuiouvante de deuil et d'adieux, on voit Lazare 
tous Ies courages : 

c Voyez, mes soeurs, cette ^toile 
Briller comme un flambeau d'or ; 
Sans gouvemail et sans voile 
EUe nous conduit au port. 
Voyez de la Providence 
Un gage plus emouvant : 
Notre navire s'avance 
Sans le secours d'aucun vent ! • 

Et bientM) quand la nuit sombre 
Voile r^lat du soleil. 
Sur la nef voguant dans Tombre 
Us goiitent un douz sommeil. 



220 LV FA.VILLE l)i: IJLTII.VME 



Au retour de la lumiere, 
Quel spectacle â leurs regards 1 
Un port, une viile entiere, 
Avec ses tours, ses remparts... 
Cest toi, citc de Marseille, 
Viile au peuple industricux, 
Dont la beaute sans parâille 
Vient s'ctaler ă leurs yeux. 

En dăcouvrant du riYa<;e 
Le vaisseau des tlots battu, 
Chacun redoute un naufrage, 
Tout ilarseille est accouru. 
Surprise miiaculeuse ! 
Le navire, sans cfl'ort, 
File sur la mer houleuse 
Et vient aborder au port. 

Lazare est debout sur la proue du vaisseau ; le pcuplc se pr^^^ ^^ 

sur le rivage, et ii s'etablit entre cux un mervcilleux dialogue. ^ 

saint Proscrit 6meut lous lescoDurs par le recit de ses 6preuves ^ ^° 

lui offre avec empressement Thospitalite, et Lazare dcvient^ *^ 
premier apOtre de Marseiile. 



Du Christ bient6t la bannieie 
Pavoise tous Ies vaisseaux. - 
Notre-Dame de la Oarde 
Domine au loin, commc un fort. 
Au marin qui la rcgarde 
Sa main montrera le port. 



VI 



Le sixieme et dernier chant est consacre tout cntier h sai- 
Marthe. Tandis que Madeleine va confier aux anges de la solit 
Ies larmes de son repentir et Ies transports de son amour, Ma 
emport(^.e par son zele, remonte le cours du Rh6ne et vient se 
h T^^^scon, 




LA FAMILLE DE DETHANIE 221 

ant qu*elle âvangelise la contree et groupe a sa suite des le- 
î vierges pour Ies associer ă ses oeuvres de zele et de charit6 : 

Vomi des raonts de Provence 
Un effroyable dragon,» 
Par bond terrible s'avance 
Et menace Tarascon. 

l^livrera la viile et la contree d'un tel monstre? Les popu- 
affol6es d'epouvante se precipitent vers Marthe. Elle seule, 
, ose affronter le terrible dragon. 

Le dragon, voyant la sainte, 

Se dresse, ecurae etbondit... 

Mais, li bre de toute crainte, 

Martbe invoque J^sus-Christ. , 

Et devant cette priere, 

Le monstre soudain se tord : 

II roule dans la poussiere 

Et tonibe frappc de mort. 

âtes de la Tarasque, qui se celebrcnt chaque ann^e k Taras- 
îdisent, apres dix-huit siecles, quels furent les transports 
'ation et de reconnaissance de toute la contree. 

Biartho, apres cette victoire, 
Voit le peuplc â ses genoux : 
<( A Dieu, dit-ellc, la gloire 
Du monstre mort sous mes coups, 
Sachez comme moi combattre 
la puissance du demon, 
En invoquant pour l'abattre 
De Jesus le divin nom ! » 

legende est anonyme comme toutcs les legendes. La legende 
ticnt â personne, parce qu'elle est rceuvre de tous. La 
î est r^clio de toutes les voix mysterieuses qui ont fait battre 
' chretien ; voix de la montagne ou de la vallee au retour 
lerinage, voL\ de la Grotte visit^e par l'apparition surnatu- 
oix de la source qui a jailli miraculeusement, voix de la 
Bamne et de Tarascon, voix de Lourdes et de la Salette... 
chante la gloire de Dieu et des saints ses fideles serviteurs. 
Dieu nous rende bientut avec la securite du foyer Tardente 
los peres et leurs cliants joyeux ! 



CHRONIQUE 



Paris.— On vient d'ouvrir, â THâtel des Invalides, Cour d'Angou- 
leme, un nouveau musăe destină ă compl6ter celui de la Guerre, et 
dont ii est pour ainsi dire une annexe. Cest le Musde historique de 
la guerre. II se compose des ddcorations de tous Ies pays et de toutes 
Ies 6poques; d'objets de harnachement et d'<^quipement et de spe- 
cimen s de toutes Ies armes por taţi ves en usage chez Ies diffirents 
peuples civilisds, tant anciennes que modernes. 

— II est arrivâ, ă l'Ecole des Beaux-Arts, quatre caisses ^nonnes 
venant d'Italie. Ces caisses renferment des moulages faits par ordre 
de la direction des Beaux-Arts sur Ies plus beaux modeles des mu- 
S(5es de Rome, de Florence et de Venise. 

Ces moulages vont âtre expos6s dans la galerie dite des Copies, 
dont Ies trăvaux de d6coration sont h peu prăs finis. 

— On vient de terminer, au mus6e de Cluny, Tinstallation de la 
magnifique collection d'armes, donn6e, ii y a quelques mois, ă ce 
mus6e, par M. Emile Cottenot. 

Les nouvelles vitrines nous montrent des 6p6es allemandes, ita- 
liennes, flamandes, vânitiennes, dites schiavone; des poignards, des 
mis6ricordes, des couteaux, des stylets, des morions, des poires i 
poudre, des tromblons, une curieuse s6rie de pistoletsă roueteti 
silex, des arquebuses, des arbaletes, des salades yânitiennes, etc., 
le tout en parfait etat de conservation et merveilleusement entrete- 
nu, car M. Cottenot ătait un de nos collectionneurs Ies plus dis- 
tingu6s. 



cmioiaQUB 223 

IMÂCOUBT (Ardennes). — Apr^s huit annâes d'incessants efforts, 
Ia pauvre âglise d'Im£court avait pu âtre restaur6e dans son style 
primitîf du XIII* siecle; 6prouv6e comme tant d'autres par le tor- 
rent des tribulations qui remplirent Ies ann^es n^fastes de 4869, 70 
et 71, cet humble village ne devait voir son sanctuaire meublâ que 
par le secours de la charit6 publique ; car ii avait bien une eglise, 
mais une 6glise oue compGie le Ghrist sur sa croix. Or, une somme 
ayant ât6 p6niblement obtenue, et se composant des offrandes de 
pleux catholiques de diverses parties de la France et de la Belgique^ 
rois autels, des fonts baptismaax et autres objets du culte, deyaient 
>ientdt sortir des ateliers de M. Forgeot, sculpteur ă Bar-Ie-Duc, 
jB 31 juillet 1873 6tait pr6cis6ment le jour d'un pelerinage ă Notre- 
DamedeBenoite-Yaux.Tandis que Ies voituriers prenaient un instant 
le repos, leur vehicule, avec tout ce qu'il contenait, 6tait d6vor6 
)ar Ies flammes dont Tănergie, contre des pierres sculptâes, ne 
i'explique que par Temploi du p6trole. Cet incendie, allumă au mi- 
ieu de Tobscuritâ de la nuit, ne devait peser que sur la paroisse 
3'Iin6court et sur son cur6. 

M. Brulon, cur6 d'Im6court, par Buzancy (Ardennes), nous prie 
de relater ces faits ă ses co-abonn^s de la Jtevue de l'Art Chritien 
et de solliciter leur obole pour la r6paration de ces dăsastres. 

Monument du general La Morici^re. — On sait qu'apr^s la mort 
du g6n6ral La Moriciere, une souscription fut ouverte pour lui 6le- 
ver un monumr^nt funebre; aujourd'hui cette souscription a atteint 
le chiffre de 150,000 fr., suffîsant pour couvrir toutes Ies dâpenses, 
et le monument^ dont Texăcution a 6t6 conQ6e & M. Paul Dubois, 
va âtre prochainement termina. 

Le monument comprendra, en dehors des bas-reliefis, cinq sta- 
taes principales un peu plus grandes que nature. 

Sur la pierre tumulaire, le g6n6ral est couch6, enveloppâ dans 
hq linceul qui ne laisse voir que la mâle figure du vaincu de Gas- 
telfidardo. Ses deux mains, crois6es, serrent contre sa poitrina le 
crucifix. Cette statue, qui reprăsente La Moriciere tel qu'il apparut 
\ ses amis sur son lit de mort, est en marbre blanc. Ello est corn* 
pldtement achev6e, sauf quelques retouches sans importance. 

Aux quatre angles du mausol6e, se dressent la Foi, la Gbaritâ, le 
]!ourage militairc, la Mâditation» 



224 CHRONIQUE 

La Foi est reprâsentăe sous la forme d'une femme h demi-age- 
noaill6e, Ies regards et Ies mains levăs vers le ciel, dans une atti' 
tude extatique; la Gharită rentre dans le type consacra; le CouraS^ 
militaire est figiir6 par un guerrier antique; enfin, la Măditation ^^ 
montre sous Ies traits d*un homme jeune encore, le front inclic»' ^ 
sur des tablettes. Les deux premieres de ces statues sont complet 
ment termin^es, les deux autres ne sont qu'ă T^tat d'6bauche. 

On nous assure que Tensemble de Toeuvre est fort remarquabl 
et fait honneur au talent 61ev6 de M. Paul Duboîs. 

Cest M. le comte de Garn6, de TAcad^mie fr^ngaise, qui 
charg6 de rddiger en latin Tinscription tumulaire. 

Vic. — Nous lisons dans le Journal d'Archeologie Lorraine : 
On a dăcouvert, Pan dernier, dans Ies excavations faites pour 

chemin de fer, preş du vieux château de Vic, une pierre port 

rinscription suivante : 

NICOLAVS. A LOTHAR. METEN. 
AC. VIRDUN. EPS. DUCATW. 
LOTHAR. ET. BARREN REeES. 

FECIT. FIERI. ANNO DNI 1545. 

JETATIS. VERO SUE 31. 

M. rabb6 Weîss, chanoine honoraire, qui nous fait part de 
trouvaille, demande a quoi peuvent se rapporter les mots /i^cit 
fieri^ contenus dans cette inscription. II est 6vident qu'ils ne peo- 
vent indiquer la construction meme du château, dont, saiv«D^ 
Meurisse, Ti^veque Bertrand jeta les fondements en 1181; U ^^ 

m 

saurait donc etre question que d'additions faites ă cet Edifice, ^' 
tant est qu'il s'agisse de lui. 

Notre honorable correspondant s'6tonne aussi de voir la qualîfi* 
cation d'6v^que de Metz et de Verdun accol6e au nom d'un priac© 
de 21 ans, qui devait avoir assez de sa charge de râgent des dacb^ 
de Lorraine et de Bar. Le fait existe pourtant, et ce fut seolement 
en 1548 que Nicolas, «jugeant, dit Meurisse, que la conditîo^ 
ecclăsiastique ne revenait point h. son humeur ni ă ses inclinatio*^» 
renonga librement ă tous ses b6n6fices pour espouser la conditîofl 
du mariagc, et pour prendre la qualitâ de comte de Vaadâmoatt' 



Revue de l'Art Qu-ctien 




NOTRE-DAME DE BONNE ESPERANCE.IBELGIOUÎ) 



LE MONASTfiRE 
L'Eglise et la Vierge Miraculeuse 

DE BONNE-ESP^RANCE 

(Belgique) 



I. 



onne-Esp6rance, ancienne abbaye du Hainaut, de rordre des 
naontr^s, apparaît majestueusement aux touristes sur uae ami- 
ce, a trois kilometres sud de Binche et ă proximit6 du chemin de 
du Centre. Elle forme, avec Ies fermes voisines qu'elle poss6dait 
s, une d6pendance de la commune de Vellereille-le-Brayeux. 
ette maison religieuse, supprira6e en 1796, et devenue en 1830 
ctit s6minaire Episcopal de Touruai, devait son existence h la 
^ d'un seigneur de la contr6e, preux chevalier qul avait guer- 
6 en Palestine, sous Tâtendard de la croix. Rainard de Croîx et 
trix, son 6pouse, pleins de reconnaissance envers saint Norbert 
» en confondant ă Anvers Ies sectateurs de l'hârâsiarqueTanehe- 
avait ramen6 ă la foi leur fîls 6gar6, Guillaume de Croix, don- 
ent aux Pr6montr6s de grands biens situ6s dans le voisinage de 
tique manoir qu'ils habitaient ă Croix ^ Le fervent mission- 
*e ^tablit par Ies soins d'Odon, son disciple, sur ce nouveau do- 
^e eccl6siastique, une colonie de son ordre, Bonne-Esp6rance. 
^ligieux qui vinrent de Pr6montr6, sous la conduite d*Odon, 

<^roix est un village situe â 8 kilometres nord-ouest de Merbes-le-Château 
^hef*lieu de canton et de decanat. 

TOMB XVII. — Mai 1874. 17 





6 




220 LEMONASTKUL', l/Ef.LISK KT L\ VlliUGi: MIUACUl.KUSE 

se fixerent d'abord ă Ramignies, sous Merbes-Sainte-Marie, et 
la ă Sart-Ilichewin, qu*ils abandonn^rent bientdt h cause du ma 
que d'eau et des marecages environnants. Alors, la croix en tâti 
chantant des hymncs, vetus de blanc, ils se dirig^rent vers Ten 
oii subsiste encore de nos jours Bonne-Esp6rance. La beaută d 
charaps voisins, l'abondanee des eaux vives combiferent leurs coe 
de joie. A cette vue, dit-oa, Odon s'6cria : Boîiss spei fecisti fiii 
tuos *. Une aatre opinion attribue roriglne da nom de Tlnnnw _u^ 

Esp6rance h une imago de la Vierge que Ton v6n6rait en ce 1£_ ^feu 
sous rinvocation de Nolre-Dame de Bonne Esp6rance. Quoi qn^^^^^v/ 
en soit, ces deux sentiments sont 6galement honorables pour le 

sanctuaire de Mărie, dgalement glorieux pour la M6re de Dieu. 

Odon et ses frercs jeterentles fondements d*une maison mode! 
mais commode et spacieuse,qui fut bănite solennellement, en 
par Li6tard, 6veque de Cambrai. 

Les souverains pontifes s'empress^rent d'entourer Bonne- 
rance deleur afTection paternelle en mettant les religîenx, le 
nasture et ses biens sous la protection de saint Pîerre. Les pria 
lui accordercnt leur puissant patronage et la comblferent de bie 
Les 6yâques de Cambrai et de Li6ge lui donnărent de nombr 
t^moignages de dăvouement et de vânăration. Enfin, presqaetoiJB. 
les grandes familles du Hâinaut et des nobles braban^ns fi 
d'immenses donations en faveur de cet ătablissement religieax. 

Les Pr6montres poss<§derent Bonne-Esp6rance pendant 670 
n6es, sous 46 abb6s, dont la plupart eurent une grande râpata'fc^^'' 
de science et de vertu. 

Le nombre des religieux qui composărent la communaatS d^3 ^ 
monastăre a toujours 6i6 ă peu prăs le mame h toutes les ^pogia^*» 
n y en avait 59 en 1773, 64 en 1787 et 65 en 1796. Au momente ^^ 
la suppression des ordres monastiques en Belgique, on comptai^ ^ 
religieux qui desservaient les cures dont la coUation appartenai^ ^ 
i'abbaye ; 13 vicaires, 2 chapelains, 16 âtudiants en thâologie e^ ^^ 
moines seulement restaient ă Bonne-Espârance. 

Quant aux revenus, nous savons qu'ils s'^levaient : ea 4708-^ 
11,711 florins ; en 1724, ă 24,986 florins; en 1773, Îi40,955 florii:=^| 
et, en 1787, h 65,735 florins. A cette demiâre date, les propri 

' Sapient, xn, 19. 




DE BONNE-ESP^RANCE 227 

îferes de Bonne-Espârance avaient ane contenance globale de 
\A bonniers. qui se subdivisaient ainsi:terres arables 2,285 bon- 
•s; pr6s etpâtures, 290 bonniers; bois, 740 bonniers ; bruy^res 
îrrains vagues, 35 bonniers; ătangs, 14 bonniers. EUesprodui- 
nt avec Ies dîmes, Ies rentes et autres droits seigneuriaux, un re- 
u montantă 28,334 florins, 9 sous, 5 deniers \ 
i'abbaye de Bonne-Esp6rance portait d'azur bordâ de gueules^ â 

crosse mise en pal et qualre dtoiles d*or. Son sceau, de forme 
de, repr^sente Notre-Dame de Bonne-Esp6rance, patronne de 
>baye, assise sur un trdne et plac6c sous un dais, ayant ă sa 
ite une fileur de lis et ă sa gauche une 6toilc. La legende porte : 
illuni.-conDdUud: crcleetnbone epri. Ily a un contre-sceau ofifrant 

tete et deux clefs en sautoir ; on y lit ces mots : ClnDt0 dtgilli* 



II. 



peîne Ies bâtîments claustraux avaient-ils 616 achevăs qu'on 
iît pr6par6 ă construire une 6glise qui fut d6di(5e ă Notre-Dame 
Bonne-Esp6rance. On se mit a Toeuvre au mois d*aout 1132, et 
îfice se trouva 61ev6 au mois de juillet 1135. 
'^glise primitive de Bonne-Esp6rance ne subsista pas longtemps, 
eUe fut remplac^e par une autre, en 1266-1274, sous Ies abb6s 
:i des Monasteres et Adam de Gultissore. Ce second <§difice 6ga- 
en splendeur Ies plus belles cath6drales de TEurope. La cons- 
ition en fut commenc6e le jour de saint Georges, le 23 avril 
B, par Jean des Monastferes, qui avait pr6par6 Ies plâns et Ies 
•âriaux n6cessaires h cette grande entreprise. Les travaux qui 
SQtpouss6s dăs le dăbut avec une grande activitâ se trouv^rent 

Cfr. MiR<EUS, Ordinis Prcemonsiratensis chronicon, Ânvers, 1616, pp. 73, 
^— Maghe, Chronicon ecclesioB beatOB MarioB virginis BonceSpei. Bodsb- 

• ^ 1704; passim. — Fr. G. de Paige, Bibliolheca Pramonslratenns ardi- 
Parii, 1633; pars i, lib. 2. — HcGO, Ordinis Pramonstratensis annales^ 

uaspartes dwisi. Nancy, 1734, 1. 1, p. 351 et seqq. - Dk Sainte-Mauthe, 

Ha christiana. Paris, 1725, t. ni, col. 193-196. — Archivks do uoyaume, 

»nZ privat carton n' 1415. — Ibidem. Chamhre des comples, n» 46674. 

C,-L. DECLtvEs, Notre-Dame de Bonne-E sper ance, Bruxelles, 1869 ; 

UD, ^ Carlulaire de Vabbaye de Bonne-Espirance^ t. i-xiY. 




2:28 LB MONASTKRE, l'kGLISE ET LA VIKR&E MIRACL'l.EUSB 

ralentia ă la mort de cei abb6, arriv6e en 1270. Mais le successeor 
qui lui fui donn6 Ies reprit avec une grande vîgueur et Adam de 
Cultissore eut la gloire de terminef Tosuvre vers la fin de 1274. 

On a recueilli des donn6es trâs-curieuses sur Ies proportions 
de ce vaste sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Esp6rance. Las 
annales du monastere, Ies fondations de l'^glise dont une pârtie a 
6t6 mise ăd6couvert, deux fenetres, une trav6e avec ses ogival 
dans la tour actuelle, une colonne et plusieurs faisceaux de colon* . 
nettes, la porte du trlforium, alnsi que des d6bris divers, 6chappte 
h Taction du temps et au marteau des vandales du XVP sifecle, mil^ 
permis de retracer lesgrandes lignes de cette magnifîque coiistni6>».r 
tion qui pouvait passer, ă coup sâr, pour un des types Ies pios 
faits de Tarchitecture ogivale primaire de nos contrăes. 

Basiliqueen croix latine, ce temple avait environ 102 m^tres 
longueur, 26 mătres de largeur dans la nef, et 52 m^tres aux 
septs. Ses triples nefs devaient offrir un aspect imposant par 
grandeur et la beaut6 de leu;^ proportions. Les colonnes cylii 
ques qui en formaient la division, mesuraient 8 m^tres, sansyoa 
prendre les chapiteaux ă largesfeuilles. Ce vaste vaisseau, qui 
tait seize trav6es, 6tait entour6 de bas-cdt^s, mais nous igiu 
combien ii avait de cbapcUes lat^rales. Les faisceaux de coloi 
qui 6taient engag6s dans les murs des bas-cdtăs avaient des 
teaux orn6s de fleurs et de guirlandes de feuillage. L'ogive,a^ 
forme aigiie, avait pr^s de 7 mătres; les collat6raux mesuraient i 
15 mătres sous clef. Du pied de la galerie au sol^ on comptaitlSi 
tres. En ajoutant ă cette 616vation Ia hauteur du triforiom rt 
des fenâtres du clerestoryj on se fera une id6e assez comp] 
rimmensit6 de T^glise ogivale de Bonne-Esp6rance. Les traiiflM|: 
qui avaient chacun deux trav6es, 6taient terminus par deslţc 
plats surmontâs de pignons. 

c Lorsqu'on reconstruit par la pensie cet 6difice avec son (KT 
mentation, dit un auteur auquel nous devons de curieux remdţf 
ments ; lorsqu'on revoit Ies frontons, les balustrades, Ies cIoehiA! 
les pinacles ă crochets, les murs couverts de statues et de baBHrtf* 
qui redisent Tbistoire de la religion; le portail ou figuraientleCb 
et les quatre £vang61istes; lorsque, p6n6trant h ['int^rienr, 00 
mire la forat de colonnes et de colonnettes, les ogives graote 
la voâte 61ev6e, les dâcorations da triforiumi Ies verriteeB A 



_ \ 

roaraîsseat aa anuea ies :etts«8 *!saft. is 

5 et des retahies nu ."TOTccnt .A i* ^ 
nent de doalear v -rtiiarp u» uoSc 
Poar chan:Kr -îa nune" 'ooa «5 
iete,ilii'afalla me.".r=:!? l'oi* 
iatiques et Ia laine r ia. -rtsair». 
L 121WÎ21. par im i^ in^Jt 
va dans l'etas m a i "^ic -acnc» ^. ■••- 
; avait eatra^iu: Uit AI^^ Jt 'SZitT z» 

iguear. 

lent des tmrc Z^^zi^fnc -*-Tra- ^^ 
an temple ii» li«- rr?îaiini*^ "c;. - i 
ie firie a:^s a kc a^ aiai 



} de religios*!. îrt.r'-ijiKr, :-jjj- 

ent ao p-lliş -î -. iiîrîuu* • — .-n^^ 

•Dame de Liin>-LF»-rair #^cl *-r. 

ce dfeaF'j* iirjiLc: â B«-kL.s î>— 

s a Bomie-£r>fri£i!r' «£«.:«»«- 

lirablK. e: j-^ s.fsj-r rri-* .». . ^^ 

insulfi5aiiî4rî i « i.niir:^-. -. i?^— — - 

'eglise se fi; sr^m- jir *r -: --jfr;,--.-. 

IU a Tabiiaua: îl: t^saa^uryzLifiL -^ 

ies qualil^ i^ :.:u. 

lans Ies finaiift"- o: n,?: 

lans Ies maDTfU .,ii;-_ 2. !:.••» -.. y 

:iisc de BoiiiH:-L?if?ratt'. • - .. ii 

IC latraifâlatij: u- hi:l % . , <'- 

Renaissanc^- pu' eir- -"^: t .^ *" 

'. Valibe Ciiamiir v-r-:^-: - ^*' 

Client coniribut ai:: *-^... j^»"» 

«eaurantesî iurcL; -zi:-^ - i»it CO 

&i«-qttmesuRiJ: u, aiM.:- r^KM 

«t âe a Vjar qu: iu c^.^- _.^ a pârtii 

^!»la foudft t ssp. uerduto 





230 LE MONASTfeRE, L EGLISE ET L.\ VIERGE MIRACULEUSE 

Belgique. La descriptioa qu'ea donne un auteur contemporaii 
Philippe Brasseur, est digne de trouver ici sa place. 

«Voyez ce portail, dit-il, cette tour, ce vaisseau, ce choeur, 
admirez la magnificence de ce temple ; admirez la vaste 6tend 
des transsepts, le chieur et Ies riches sculptures qui renyiroanei 
aÎQsi que la grandeur du vaisseau beaucoup moios large que ja< 
mais vaste encore. Ginq chapelles embellissent Tabside : deuxsoi 
rentr6e du choeur, toutes sont orn6es de tableaux et de ricl 
sculptures. Le jub6 est en marbre et d'un travail exquis. Tout 
choeur resplendit de sculptures en marbre. L'autel par excellen 
Tautel de Maric, se distingue par ses richesses et par ses excelle 
tableaux de saint Norbert et de saint Augustin. II poss6de ai 
trois niches dispos6es avec ordrc : dans Tune repose le corps 
saint Fr6d6ric ; dans Ies autres, Ies restes pr6cieux des Vierges,c< 
pagnes de sainte Ursule. Je passe sous silence Ies riches orneme^ :^cnts 
sacerdotaux, Ies orgues, Ids stalles, Ies clochcs, le cariilon au ^=^ on 
argentin. Et pour tout dirc en une parole, mes vers sont trop hc» "^m- 
bles pour chanter Ies raerveilles de cette 6glise. » 

Get 6dificc fut renvers6 apr^s un siecle et demi d'existenc^ ct 
remplac6 par r6glisc actuelle dont la construction dura de 17'y ^— ' i 
1776, sous la direction de Thabile «irchitecte Laurent Dewez qui ^^ 
avait dress6 Ies plâns. « Ce n'est plus, remarque M. Tabbâ Declam ^es, 
Tantique 6glise de Notre-Dame de Bonne-Esp6rance, bâtie par J ^^ ^^ 
des Monasteres, ou tout respirait le pur sentiment religieux ; ^ 

n'est plus la vaste 6glise de la Renaissance, 61ev6e par Nicolas C 1^^* *" 
mart, et dont le chr6tien regrettc la malencontreuse destructi ^i^ ^ î 
c*est un monument, en belles pierres de taille, dans le goât ^" 
XVIIP siăclc. On n'y sent point le souffle de cet esprit qui anine:» ^^^ 
Tart au Moyen-Age et qui n'avait pour but que d*61ever Ies tM^M^^^^ 
h Dieu : on y voit un architecte qui veut plaire aux yeux pa^* ^* 
vari6t6 et la beaut^ des fonues. Le sensualisme y a laissS des trau^^^^ 
de son passage. » Malgrc ces observations critiques, l'^glise ^® 
Bonne-Esp6rance m6rite bien quenous nous y arretions un mon:^-^^'^* 
et oue nous la fassions connaître aux amis de Tart chr6tien. 

Le sanctuaire de la Vierge de Bonne-Esp6rance, long de 
mătres, large de 27 dans Ies nefs et de 57 dans le transsept, et Im -^^^* 
sous clef de 20 metres, pr6sente la forme d'une croix latine (B-^^^^° 



DE BONNIi-ESPERANCE 231 

Ies extremi t6s sQp6rieures^ c'est-ă-dire Ie choeur et Ies bras, se 
ierminent en abside h6misph^rique. Son beau vaisseau est dîsposâ 
en basilique h trois nefs ; ii est partagă en sept trav6es, non com- 
pris latoiir, par deux rang^es de colonnes corinthiennes qui mesu- 
rent 9 m^tres de hauteur et auxquelles correspondent dix pilastres 
dans Ies coUat^raux. Ces derniers sont ăclairâs par dix-huit fenâ- 
tres en demi-oeil de boeuf ; seize autres fenâtres râpandent la 
lomi^re dans la nef centrale. Le mame ordre en colonnes dont nous 
venons de parler se trouve continu6 autour du choeur, avec cette 
diffârence qu'ici Ies six colonnes sont cannel^es, accoupl6es h des 
pilastres, et en marbre rouge de Beaumont. Des rinceaux en d6co- 
%nt la frise, des caissons avec rosaces ornent la voâte, et des pan- 
leaux sculpt6s couvrent Ies murs des entrecolonnements, dont le 
entre est occup6 par le maître-autel, en forme de tombeau antique, 
e mame que Ies quatre petits autels au fond de Tabside et des 
eux chapelles quadrangulaires qui flanquent l'entr^e du choeur. Le 
av6 de ce sanctuaire est ca marbre de rapport. La voflte de la 
roisăe, comme toutes celles du temple salnt, retombe sur seize 
olonnes corinthiennes accoupl6es, mais d'un moindre diamătre 
[ue celles des nefs. 

L'ext6rieur de Tiglise n'ofTre rien de remarquable. La porte 
5Qcadr6e de deux colonnes avec fronton triangulaire est perele au 
Das de la tour^ qui est celle dont la construction date du XIIP siecle. 
A.u-dessus de cette porte on a grav6 le chronogramme suivant : 

RobgI sobGYLorYM eXtrYCta obDes. 

En r6sumâ, on considere Tăglise de Bonne-Esp6rance, avec celle 
de Saint-Jacques-sur-Caudenberg, ă Bruxelles, bâtie en 1776-1785, 
comme deux monuments dont Ies types sont Ies plus parfaits, parmi 
ceux du nouveau mode introduit en Belgiqije dans Tarchitecture 
religieuse, vers le dernier tiers du XVIII® siecle. Ils font donc en 
quelque sorte 6poque dans Tbistoire de notre architecture reli- 
gieuse moderne. * 

La d^coration intărieure est aussi bien digne de fixer l'attention. 

« Lorsqu*on entre dans cette dglise, dit M. Tabbă Decleves, ce 
qui frappe tout d'abord, c*est l'obscurit^ mystârieuse qui regne 
dans la pârtie infărieure, et la vive lumiăre qui en âclaire la pârtie 
sap6rieai*e. Pour prier, le coeur du chr^tien doit se d^tacber de la 




232 LE MONASTfellE, L*EGLISE ET L.V VIEllGE MIRACLLEUSE 

terre afin de s'61eyer au ciel, ou briile la lumiere qui jamais 
s'âteint. La oef spacieusc bord6e de bas-c6t6s, Ies colonnes 61ev6e 
la yoâte hardie, r^velent la grandeur de Dieu dont la majestâ re 

plit son temple ; taudis que la richesse des marbres, Ies guirland^ es 

qui se balanceut^ Ies feuilles, Ies fleui^ et Ies rosaces sein6es si^r- ^ ur 
toutes Ies parties du monument, envoient je ne sais quel parfur » m 
de suaves pensăes. On sent qu'on est dans T^glise du Dieu d^^^^Bes 
mis6ricordes, aux pieds de la Vierge de Bonne-Esp6rance. » 

Aux bas-cdt6s de l'âglise, on remarque, dans Ies entrecolonn ^^^^^ e- 

meots des pilastres adoss6s aux murs lat6raux, douze grandes °t "- 

tues en pierre plac6es dans des niches. D'abord la vue se porte s vu* 

celles qui reprăsentent Ies quatre vertus cardinales : la Prudenc^m^se, 

la Justice, la Force et la Temp6rance. Plus loin se dressent ZZI^^es 

quatre 6vang6listes, avec leurs attributs : saint Mathieu avec -^^^cjn 

ange, saint Marc avec une lion, saint Luc avec an boeuf et sa -^^^ °* 

Jean avec un aigle. Enfin, la galerie se termine par Ies images ^® 

quatre saints illustres dans Tordre des Pr6montr6s et que Ies religie 

de Bonne-Esp6rance avaient choisis en qualitâ de protectei 

aupres du Tout-Puissant : saint Norbert et saint Fr6d6ric, saS^— °^ 

Isfrid et saint Evremont. A la porte du choeur, on voit Ies statuK^ 

de la Foi et de l'Espârance. Les anges qui environnent le pourto 

du sanctuairc portent les cmblemcs de la Gharită. Les uns ont da^ 

les mains la tiare et l'Evangile ; d'autros tiennent Tencensoir et 

croix ; ii en est enfin qui montrent le bl6, le raisin et Tostenso 

symbole du sacrement de l'amour divin. Le chceur nous retra — 

aussi la suite de la rcligion. Dans les compartiments de la coup 

on a figura les tables du ddcalogue, larche d'alliance, les pains 

proposition, la mer d'airain, l'autel de Tencens, et diverses c6t^ 

monies de la religion mosaique, image de TEglise de J6sus-Ghri^ 

Plus bas, entre les figures de la loi ancienne et les r6alit6s de T^v 

gile, apparaît le R(5dempteur du monde, mourant sur la croix po 

le salut des hommes. Dans Ies entrecolonnements lat6raux 

choeur, sur des pi6destaux en marbre, sont placăes les statues d 

quatre Pferes de l'Eglise latine, qui en figurent la hi6rarchie : sai 

Jdrâme avec un lion sous les pieds ; saint Ambroise dont 1*61 

quence chr^tienne convertit au vrai Dieu le flls de sainte Moniqa 

• saint Augustin, ravi d'amour, tient un coeur d'une main, et 

Tautre saisit un stylet pour dâcrire les triompbes de la Git6 de Die 





IX 

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DE BONNB-ESPEIIANXE 233 

int Gr6goire mâditant Ies Saintes-Ecritures. A droite du sanc- 
e, ou J6sus-Christ repose sur un trâne d'amour, se montre 
înte Vierge, la patronne de Bonne-Esp6rance, ppur y recevoir 
ommages de ses nombreux serviteurs ; et, pr^s de Mărie, le 
.eux saint Joseph, le patron de la Belgique. A gauche, appa- 
saint Louis de Gonzague, le modale de la jeunesse chr6tîenne, 
lus loin Tautel des anges tut^lînrcs de Bonne-Esp6rance gar- 
s fideles de ses enfants, ou se voit le magnifique monument 
tentant saint Michel, saint Raphael et saint Gabriel, 6rig6 
859, ă la m6moire d'un congr6ganiste, par la familie Blondei- 
lochin, d'Arras ^ 



III 



'origine du culte de la sainte Vierge remonte anx premi^res 
fos de Tare chr^tienne. Saint Jacques-le-Majeur, qui se rendit 
s rib6rie pour y r^pandre la lumiere de TEvangile, 6rigea un 
-oire ă Ccesar Augusta (Sarragosse) en Thonneur de la Reine du 
Les populations converties ă la foi nouvelle vinrent offrir h 
ie leurs hommages dans ce sanctuaire, et son image, placde sur 
►ilier de marbre noir, requi pour cette raison le nom de Notre- 
»e del Pilar ou du Pilier . En Belgique, la chapelle de Notre-Dame 
Valcourt est due au zele religieux de saint Marterne, disciple 
»aint Pierre et pr6dicateur de l'Evangile dans nos contrăes. 
î les rois francs, ce culte prit une extension consid6rable, mais 
nvasions des Normands renverserent presque partoutles images 
-T^es par les peuples de Tancienuc Gaule. La chevalerie cr666 
Ie r6gime f^odal contribua a ranimer la ferveur ancienne des 
iteurs de Mărie. Pendant la meme p6riode,desordres militaires 
:>biliers se formerent sous son invocation, en meme temps que 

^Iaghe , Chronicon Bonas-Spei. — HuGO, Ordinis Pramonstralensis 
/«, in duas parles divisi, t. i, p. 358. — Dk Saimte-Mauthe, Gallia 
tiana^ t. iii. p. 193-196. — CiiAM.VRT, Prefatio. A pud D. Pjiilippi. 
tis Bonî3e-Spei Opera omnia. Dpuai, 1621, pp. 4-3. — Bit asseuu, Ec- 
Q? BoncB'^pei Luminaria i/«o, p. 10. — Declevks^ Notre-Dame de 
^•Etperance. — Schayes, Histoire de l'architeclure eif Belgique^ t. n, 
30. 



234 LE MONASTÂRE, l'eGLISE ET LA VIERGE MIRACULEUSE 

de nombreuses congrâgations religieuses s'ătablissaieot en se plaţai 
soas rigide tutâlaire de la M^re de Dleu. Parmi celles-ci nous cil 
rons la communaută des chanoines râguliers de Bonne-Espâranc^^ 

Nos lecteurs savent d6j& commeat elle s^împlanta aa XII' si5(^^, 
dans le liea oii elle subsista jusqu*ă la suppressioQ'des ordr-*^; 
monastiques. Le sanctuaire de Bonne-Esp6rance, si cher encoxt 
au C(eur des enfants de Mărie, est eavironn^ d'une double aurfeolc 
qui fera toujours sa gloire : Ies miracles op6r6s par Ia puissa^nte 
protection de Ia Reioe du Giel et le respect des g6n6rations qui se 
sont succ6d6 de silele en siăcle jusqu'ă nous. 

On ignore Torigine de Tadmirable statue de Notre-Dame de Bonne- 
Espârance, reposant sur I'autel qui Iui est consacra h droite du choeur 
de r^glise. Gependant^ si Ton s'en rapporte ă Ia tradition trans- 
mise par Ies chanoines^ ă l'opinion conunune des auteurs qui Yoni 
mentionnâe dans leurs 6crits, et surtout au genre de sculpture d^ 
cette oeuvre d'art, on trouvera que ces sources autorisent ă croix^ 
qu'elle appartient au XIII* sifecle, c'est-ă-dire k lagrande 6poque<J^ 
Ia statuaire chr6tienne. Cest ădater de ce temps-Iăque Ton admijr^ 
dans Ies statues « Texpression religieuse et naîve des physionomie^* 
Taisance grave de Ia pose, le modela bien senti des figures, 1* 
gracieuse draperie des vâtements et la verve de ferveur qui caraX5-" 
t^rise Tensemble des compositions. » (Yoir Ia planche ci-jointe). 

La statue de Notre-Dame de Bonne-Esp6rance a 6t6 taill^e dao^ 
un bloc de pierre. Elle repr6sente Mărie assise sur un si6ge antiqo^ 
dont Tornementation est simple. L'artiste Iui a m6nag6 sur la iSte 
une couronne peu 61ev6e et d'une ex6cution qui n'a 'rien de hien 
remarquable. La physionomie de la Vierge est emppeinte iout 
entiere de tendresse maternelle. D'une main, elle tient Ia robe de 
son fils, parsem6e, coinme la sienne, de fleurs de lis ; de Tautre, elle 
supporte J6sus. L'Enfant divin s*appuie doucement sur le sein de sa 
Mere et y suce le lait virginal qui d6coule d'une source pure. Id6e 
sainte et sublime; elle exprime Tabaissement du Verbe faitchairet 
r616vation de la Reine des Vierges ; elle est Ie văritable symbolede 
rimmacul6e-Gonception. Une Yierge congue sans p6cb6 6tait seule 
digne de nourrir le fils du Tr^s-Haut. 

« Une âmeisainte et embras6e d'amour pour Mărie, dit M. YsbU 
Decleves, dirigeait la main qui a modela cette image : elle y laissa 



DE 1I0NNE-E3PERANCB 235 

J^ ne sais quelle suave empreinte qui inspire des sentiments de con«> 
^^Qce et d'amour ă ceux qui vienueat prier ă ses pieds. L'artiste ^ 
^<^pandu sur ses traits je ne sais quel air de bontâ matemelie qui 
^tţire Ies coeurs. » 

D6s le XIP silele, la c616brit^ de Notre-Dame de Bonne-Espârance 
^^^tendit rapidement dans toute la contrâe qui environnait le 
^^X^onastâre plac6 sous la dlrection du bienheureux Odon. II s'6ta- 
-^lit alors une confrerie dont Ies membres devaient se rendre au 
^^nctuaire de Mărie pourassister aux ofOces de TAssemption. Geux 
^ ui ătaient trop 61oign6s de Tabbaye y venaient la veille et y pas- 
^«ient deux jours pendant lesquelsils vivaienttousăfraiscommuns. 
ies statuts obligeaient Ies confreres de s'entr'aider par argent et 
ar conseil dans leurs n6cessit£s. Plus tard, cette confr6rio subit 
ne transformation complâte et deviat une association spirituelle 
^rdinaire. 

Dans ces temps de ferveur, Ies pelerins en foule venaient de loin 

"visiter le sanctuaire de Bonne-Esp^rance. sollicitaient la protection 

<3e la sainte Yierge et lui ofîraient de nombreux ex^voto qui 6taient 

insulte suspendus aux murs de sa chapelle : pr6cieux t6moignages 

^e leur gratitude envers Celle qu'on appelle ă juste titre : Secours 

cjes chretiens. Marguerite, comtesse de Hainaut, qui avait 6pousâ 

X'empereur Louis de Bavifere, fit placer elle-meme, vers le milieu 

€3u XIV® silele, Ies blasons de Hainaut et de Baviere ă c6t6 de la 

statue v6D6r6e, pour attester aux siecles futurs sa pi6t6 envers 

^otre-Dame de Bonne-Esp6rance. 

L'autel de cette Vierge miraculeuso 6tait jadis om6 d'une 
xnaniere splendide. Oa y remarquaitunegrande croix d'or enrichie 
^'une parcelle de la vraie croix, et des groupcs de sculpture, dont 
l'un repr&entait Mane sur son lit de mort, entour6e des doiize Ap6- 
^res.Les principaux orncments de la sainte imageconsistaientcn une 
croix d'or, en un collier de perles pr^cieuses et en une couronne 
d'or d'une grande valeur. EUe poss6dait aussi d'autres tr^sors, pro- 
^enant de dons dus & la pi6t6 des archiducs Albert et Isabelle. 

Non seulement Ies souverains ponţi fes et Ies 6veques donnărent 
des t^moignages publics de leur d6vouement ă Notre-Dame de 
Bonne-Esp^rance, mais plusieurs princes s'en proclamerent Ies 
clientSy et d*autres illustres personnages ne cesserect d'avoir pour. 




236 LE MONASTl^RE, l'^GLISE ET LA VIERGE MIRACULEUSE 

elle une dâvotion particulifere. On rapporte que Louîs XI, lors 
son s6jour au château de Genappe (i 456-1 461), vîsitait {r6que 
ment la sainte image ; et Pbilippe II, roi d'Espagne, passa dix jo 
ă ses pieds pour se mettre avec ses vastcs Etats sous rigide de 
Reine du ciel. 

Notre-Dame de Bonne-Esp6rance regne donc sur son autel, en 
ronn6e de la v6n6ration du monde chr^tien. Elle jouit aussi d' 
juste c616brit6 ă cause des prodiges op6r6s par sa puissante proL 
tion : ce qui est attest6 par difTârents auteurs dignes de foi. Yoî^ 
des faits qui viennent ă Tappui de leurs assertiohs. 

Un bărbier de Mons, nomm6 Jean Broingnart, avait aux piecis 
une infîrmitâ qui Tempechait non seulement de marcher, mcus 
meme de se tenir debout. II eut recours ă la sainte Vierge que 
l'Eglise appelle : Le salut des infirmes. Anim6 d*une confianc^ 
extrâme, ii demanda qu'on le transportat au sanctuaire de Notre- 
Dame de Bonne-Espărance. Le malade y fut conduit le9 juilletl460. 
Sa pi6t6 fut r(^compens6e : ii obtint soudainement sa gu^rison en 
pr6sence de la statue miraculeuse. 

La sainte Vierge fit aussi ăclater sa gloire en faveur du fils de 
Charles VII, roi de France. Louis XI, obliga de prendre la route 
de Texil, en 1457, se retira â la cour de Philippe le Bon, quil'ac- 
cueillit avec bienveillance. Le duc de Bourgogne lui assigna, par 
mois, pour sonentretien, 2,000 couronnes d'or, et Tautorisa âchoi- 
sir pour sa r^sidence le château de Genappe. Le dauphin, jeane 
encore, entreprenait souvent le pfelerinage de Notre-Dame de 
Bonne-Espărance, qu'il affectionnait beaucoup. Un jour, ils'endor- 
mit ă quelques pas du monastere. Pendant son sommeil, ii vit ea 
songe la sainte Vierge qui lui r6v61a que, sous pr6texte de le rame- 
ner dans sa patrie, on allait lui offrir un manteau royal impr6gn6 
d'un poison si subtil, qu'en le touchant ii tomberait comme frapp* 
d'un coup de foudre. Le prince regut le prdsent, mais ii se garda 
bien d'y toucher. Ses serviteurs 6tendirent, au moyen d'instruments, 
le manteau sur un chien qui expira ă l'instant meme. Une chapell® 

• 

fut 6rig6e ă environ 500 metres.du monastere, au bord du chenun 
qui m^ne k Binche, en m6moire de la protection dont Louis XI 
6tait redevable â Notre-Dame de Bonne-Esp6rance. Get oratoirefo* 
jremplac^ en 1704 par une modeste construction, et Ton grava sur 



DE BONNE-fiSP^RANCE 237 

lette de pierre bleae Tinscription saivantCi qui rappelle le 
aculenz racontâ h nos lecteurs : 

LOVIS XI ROI DE FRANCE 
DEMEVRANT A GENAPPE DEYANT 
PARYENIR A LA COVRONNB 
VISITOIT SOVVENT LIMAGE 
HIRAGVLEYSE DE NOTRE-DAHE 
DE BONNE ESPERANCE DOY 
RETOYRNANT EN LAN 1461 
SESTANT ENDORMI EN CE LIBY 
ET LA SAINTE YIERGE LYY APPARVT 
ET LE PRESERYA DE LA MORT 
QUON LYT ALLOIT DONNER 
PAR DY POISON EN HEMOIRB 
DYQYEL MIRACLE ON 
A ICY MIT GETTE 
CHAPPELLE. 

rouYe dans la Ghronique de Bonne-Espârance deux citations 
loignent de Tăpoque oîi T^rection de la chapelle primitiYe^ 
I : r^tat des d6penses occasionn6es par le Yoyage h Paris de 
Guillaume Schicneil pour r^clamer, de Louis XI, doYenu roi 
ice, raccomplissement des promesses qu'il aYait faites ă la 
, sa protectrice ; et la reconnaissance de la somme de 3,700 
nes d'or que le monarque donna pour rembellissement du 
aire de Notrc-Dame de Bonne-Esp6rance. 
is encore deux particu1arit6s extrâmement curieuses se rat- 
t ă la statue miraculeuse de Notre-Dame de Bonne-Esp6- 
Le 10 noYembre 1568, Ies bandes indisciplinâes de Louis de 
. euYahirent soudainement le monast^re et y mireni le feu. 
cnmes d6vorantes gagnerent bientât T^glise abbatiale, maiS| 
prodige 6tonnant, elles respect^rent Tautel de Mărie et all6- 
incliner au pied de sa sainte image, qui resta intacte au 
des ruines. 

1794, Ies troupes r^publicaines, aprfes le combat de Merbes, 
erent dans Tabbaye et y enleverent ou d6truisirent une foule 
;s prăcieux, (161aiss6s par Ies religieux eu fuite. La torche r6- 
înnaire allait râduire eu cendres Tâglise et Ies nombreux 




'2'dS LE MONASTKRE, l'j^GLISB ET LA VIERGB MIRACULBUSE 

bâtim^its qui Tavoisinent enoore, maîs Ies supplications d'un colti- 
vateur, que rincendie inâvitable de sa ferme allait ruiner, calmfereni 
la haine aveugle du g6n6ral fraDQais, qui ordonna d'^teiadre le fea, 
conuneugaDi ddjă son oeuvre de destruction. Alors la soldalesque 
eSr&n6e se rua dans i'6giise. Ed un înstant, toutes Ies oeuvres d'art 
furent robjet du plus ignoble vandalisme. Ici, on voyait Ies croix 
abattues ; lă, Ies autels d6pouillâs ; ailleurs, Ies statues des saints 
mutilăes ; plus loin, Ies prăcieuses reliques profan6es, Une seal( 
image 6chappe h la profanation, le fer impie n'ose la toucher el 
s'incline de vani elle : Notre-Dame de Bonne-Esp6rance. 

A dater de cette irruption impie, le monastăre rcsta ferma et 
statue de la Yierge miraculeuse fut transportâe ă Yellereille-h 
Brayeux et gard6e dans une maison particuli^re pendant Ia tou^ 
mente râvolutionnaire. Le culte ayant 6t6 râtabli en vertu du C(w 
cordat de 1802, Tăglise paroissiale ouvrit de nouveau ses portes 
fidăles, et regut sur un autel spâcial Timage vânârâe de NoL: 
Dame deBonne-Esp6rance. 

Le monastâre de Bonne-Esp6rance, que Ies derniers religii 
avaient entrepris, mais en vain, de rendre ă sa destination 
tive, aprfes la chute de TEmpire, fut abandonul, en 1829, au pro M]t 
du s^minaire de Tournai. Au commencement de Tannâe suivan^^^i 
on s'occupa de la restauration des bâtiments, et le 4 mai 1830, -^^ 
86minaire Episcopal fut ouvert sous l'invocation de Notre-Dame £■ — ^ 
Bonne-Esp6rance pour Ies âlăves de rh^torique et de sixi&me seu^^' 
lement. A la râouverture des classes, qui eut lieu aumois d'octobr^^^* 
on y donna tous Ies cours d'humanitâs, et Tătablissement comp- ^^' 
tait dăjă 330 £16ves. Le prâsident du sămioaire, Ie respectabil^. 
abb6 A.-P.-B. Descamps s'empressa de mettre Ies nombreux enfent^-^^ 
de Bonne-Esp6rance sous la protection de Ia sainte Vierge. A cef^^^ 
effet, ii ârigeaune congrâgation en Thonneur de Mărie, sous Ie beao^^ 




Tocable de Tlmmaoulâe-Conception. Le pape Grăgoire XVI en ap-^^?' 
prouva Finstitution, par un bref du 30 septembre 1830, et Iui ac 
oorda de beaux priyil6ges et de nombreuses indulgences. L'annd» 
suivante elle fut affîliâe k la Congrâgation romaine etrendue 
cipcmte des indulgences de la Bulle-d'Or. 

Cependant, Ies pieux congrăganistes, de m£me que Ies membi 
da corps professoral, soupiraient ardemment aprăs le retoor de ^^ 
statue miracaleuse de Notre-Dame de Bomie-Espârance. Bien &L^ 






DE BONNE-ESP^RANCE 239 

smarches durent se faire pour r6aliser des voeux si lâgitimep, 
Ies *farent couroanâes de succes. La rentr^e triomphale de Ia 
fote image eut lieu le 24 marş 1833. Les habitants de Yelle- 
Ile-le-Brayeax, pleins de reconnaissance pour les bienfaits dont 
derge les avait combl6s, s'emparărent du char de triomphe sur 
ael on l'avait p]ac6e/ et le traîndreat jusqu'aux portes de son 
îen sanctuaire, au milieu des chants d'all6gresse d'un nombreox 
^g6 et de 400 6lbves du s6minaire. Oq la d6posa ă rentrâe da 
sur, ou elle regut les hommages du peuple accouru de toutes 
ts, et, de lă, on la reporta sur son antique autel. 
*ous son 6piscopat, Mgr Gaspar-Joseph Labis donna au sâmi- 
re de Bonue-Esp^rance uue marque speciale de sa soUicitude pa- 
:^elle. II y 6tablit rArcbiconfrârie du Saiut-Goeur de Mărie. Le 
JLx 6veque de Tournai en Ot lui-mâme riastallatioa soleunelle le 
DQars 1844, fete patronale de Notre-Dame de Bonne-Esp6rance. 
^epuis lors, Tinfluenee religieuse et civilisatrice de Bonne-Espâ- 
i.ce n'a fait que grandir ; son âtablissement prospere de plus en 
3 et tient le rang le plus bonorable parmi les maisons d'âduca- 
:^. de notre pays; et, chaque ann6e, notamment le jour de I'An- 
:tciation^ on voit revenir aux pieds de la Yierge miraculeuse une 
le de pelerins, comme aux jours les plus glorieux des si^cles 

Th. Lejeune. 



Cfr. Bbabsbur, Eeclesia Bonos^Spei Luminaria duo, pp. 11-16. — 
OHE, Ckronicon Boua^Spei^ pp. 12-13, 408-409. — Hooo, Annales ordi» 

Prcnnonstratensis^ 1. 1, pp. 363 et 370. — Wauldb, Ckronique de Lobbes^ 

^86. — Chapeauville, Qui Gesta Pontificum Tongrensium^ Trajectensitam 

-Leodiensium scripserunt^ ad ann. 1456. — Vinchant, /Innale» du Hai» 

>^, t. Y^ p. 284. -* Decleves, Notre- Dame de Bonne-Espărancey passim. 

De Reume, Les Fierges miraculeuses de la Belgique. Bruxelleti 1856, 
« 295-298. 



D£M0CHAR£S 



OU 

UNE FAUSSE ETYMOLOGIE DU MOT MOUCHARD 

Mimoire Iu ă une s^ance publique de la Sociită 
des Antiquaires de Picardie 



Un grand nombre d'6crivains ont r6p6t6, aprfes M6zeray et Vol- 
taire, que le mot mouchard tire son origine du nom d'Antoine de 
Mouchy, chanoine de Noyon, beaucoup plus connu sous le nom de 
D6mochar^s, qui exersa en France Ies fonctions d'inquisîteur de la 
foi. Quelques rares philologues ont 6mis un doute au sujet de cette 

• 

6tymologie. Nous venons en contester la v6rit6 et mame la vrai- 
semblance, en apportant au d6bat quelques noavelles preuves, 
dont une tont au moina paraîtra p6remptoire : c'est que le vfirl^ble 
nom de D6mochar6s n'est point : Antoine de Mouchy^ qaoi qu'on 
en dise, mais de Monchy^ et que d6s lors disparaît la prâteodue 
analogie qu*on voyait entre le nom de Tinquisiteur et le sobriquet 
qu'on donne aux secrets agents de police, dont Torganisation ik^' 
li6re remonte ă M. de la Reynie. 

Avânt d'entrer en matiere, ii nous semble convenable de fire 
quelques mots sur ce personnage, profond^ment oubli6 aujoar- 
d'hui, mais dont Ies actes et Ies âcrits eurent une certaine c6l6brit6 
au XVI* sifecle. 

Antoine de Monchy naquit en 1494 ă Ressons-sur-le-Matz, entre 
Roye et CompiăgnCj d'une familie fort ancienne, probablement 
Tune des branches de Tillustre maison de Monchy qui fournit pi"' 
sieurs chevaliers aux Croîsados. A preş avoir fait ses 6tudes ă rU°*' 
versită de Paris, ii y resta altach6 comme professeur de philoso* 
phie. ReQu ă la Soci6t6 de Sorbonne en 1536, ii fut 61u recteurde 
rUniversitâ, le 10 octobre 1539, et exerga cette fonction trimes- 



DjkMOCHAR&S 241 

trielle jusqu'aa 16 decembre. L'ann6e suivante, ii prit Ie bonnet de 
docteur ea th^ologie et professa bientdt dans une chaire de cette 
facuU6 dont ii devait devenir Ic doyen. Sa râputation lui fit obtenir 
un canonicat au Ghapitre de la cath6drale de Noyon, oîi ii ne tarda 
point h etre investi de la dignîtâ de p6nitencier. 

Selon un usage renouveI6 du temps de Charlemagne, le cbanoine 
de Noyon signa sea ăcrits d'un surnom littăraire, celui de D6mo- 
charfes. Nousne croyons pas qu*il ait voulu par \h se proclamerla 
fote du peupie, ce qui aurait ât6 une cruelle antiphrase pour Ies 
protestants : nous supposons plutât qu'il choisit le nom du neveu 
de D^mostbenes, parce qu'il y a quelque analogie entre ce nom et 
celui de de Monchy. 

Lorsque Henri II voulut opposer aux progres du Galvinisme le 
redoutable tribunal de l'inquisition, Ies cardinaux de Guise, de 
£ourbon et de Ghâtillon en furent instituds juges par une buUe 
pontifîcale de ^558. Mais ceshauts dignitaires s'empress^rent dese 
âăcharger de cette dangereuse mission sur quclques ecclăsiastiques 
de second ordre. D<^niocbarâs fut du nombre et prit alors la qualitâ 
de grand-inquisiteur de France. G'est en vertu de cette fonction 
qu'il fut Tun des juges d'Anne du Bourg (1539) dont le supplice fit 
naître la conspiratiun d'Amboise. 

Nous voyons DdmochHres prendre part successivement au col- 
loquc de Poissy, au concile de Trente et k celui de Reims en 1564. 
En partant pour le concile de Trente, ou ii devait prononcer une 
harangue, le Vendredi-Saint, 9 avril 1363, ii fit voeu de fonder un 
Office de S. Antoine, s'il revenait sain et sauf de ce voyage qui pa- 
raissait alors une longue et p6rilleuse entreprise. G'^tait, au reste, 
le renouvellement d'une promesse qu'il avait exprimâe en 1337 
dans son testament, dont un extrait est consignâ dans Tobituaire 
paroissial de Ressons-sur-le-Matz. 

En 1567, D^mochar^s accompagna Jacob Marant, recteur de 
rUniversit6, dans une inspection g6n6rale des coU^ges, dont le but 
6tait d'examiner Torthodoxie des disciples et des maîtres. 

A preş avoir 6t6 honor6 de la confiance du cardinal de Lorraine, 
de Festime d'Henri II et de Gharles IX, ii mourut, sănieur de Sor- 
bonne, le 8 mai 1374, âg6 de 80 ans, tr^s-dâtestâ des protestants 

TOMS XVII. 18 



242 DEMOCHAUES 

qui lui reprochaient d'avoir aggravâ la rigiieur de ses fonctions par 
son esprit d'iDtoi^rance, et tres-admir6 des catholiques qui van- 
taient la profondeur et r^rudition de ses 6crits. Je crois qu'il y eut 
de part et d'autre beaucoup d'exagâration, comme cela arrivetoa- 
jours aux 6poques de dissensions civiles ou religîeuses : da moins, 
en- ce qui concerae la valeur de T^crivain, je ne saurais m'asso- 
cier aux jugements enthousiastes du XVP silele. Une singulifere 
circonstance m'a mis k meme d'appr6cier Ies ceuvres de D6mocba- 
rfes. Pendaot plusieurs ann6es, j'ai recherch6 daus toutes Ies biblio- 
th^ques publiques un ouvrage dăsignă et cit6 partout sous le titre : 
De Sacn'ficio Mi'ssas, ou devait se tîouver un ancien catalogue des 
6vâques d'Âmiens. Comme le volume en question porte une toute 
autre intitulation % dont la longueur, sans doute, a 6t6 cause des 
citations tronqu6es et inexactes, Ies bibliothâcaires auxquels je 
m'adressais ne trouvaient point cet ouvrage, d*ailleurs excessive- 
ment rare, et, pour me consoler de mes regrets, me procoraient 
d'autres 6crits de D6mocharfes oîi 6taient trait^es une foule de qoes- 
tions plus ou moins 6trang6res ă mes recherches \ J'ai donc pa 

^ ChrisUana religionis, înstUuUonisqtie Domini noiiri J,~C, ei apostolica 
iradiiionis adversus Miso liiuryorum blaaphemia» ac novorum hujus temporii 
sectar iorum imposturas^ pracipue Johannis Calvini et suorum contra sacra* 
missamj catholica et apostolica propugnatio^ A^ntomo Momchiackmo Dexo- 
CBAUE RiiSSONAO, doctore Sorbonneo auctore. Parisiis, apud Claudium Fre« 
my, MDLXii, io-f*. L'ouvrage est partage eo 4 tomes ou livrea qui ont lear 
paginatioD speciale. En voici Ies titres : Io De Sacrificio propUiatorio l 
2® De Divino missa sacrificio; 3o De âlinistris sacrificii altar is; 4* Di (fi^ 
servanda missarum celebratione, 

■ De veritate Chrixti nec no7i corpori< et sanguinis ejus in missa sacrific*^ 
adversus hereticos assertio, Antonio Monchjaceno Demochare auclor*» 
Parisiis, Nic. Chesneau seu Seb. Nivellius 1570, in-8«. — Lihellus AwTot*^ 
MoNCHiACENi de sacrificio Misscc pro Defunrtis, Parisis, 1558, in-8'. "'^ 
Tracialus de veritate corporis et sanguinis CInisii in Missa sacrificio rati€^^ 
transsubslantialionis, auctore Â. Monchiackno Demochauk. Âutuerpi^' 
Plantio, 1573, in-8<^. -* Corpus Juris canonici succinctis Antonii Dei^^ 
CHAKis paralillis illustratum, Parisiis, NivcUius^ 1561, 3 voi. in-f^. ^ 
Seconde edition avcc des notes d'Antoine Co'iotiua. Anvers^ 1573. -^ Dei0^ 
chards a publie cu outre Ies Decrets de Gratien^ Ies Topiques d'jiristotif ^ 
HarangM qu*il pronoD9a au Conciie de Trentey etc* 



DÂMOCHARâS 243 

tinsi parcoorir Ies oeuvres secondaires du chanoine de Noyoiii jus- 
ju'ă ce qu'un heureux hasard m*ait fait connaître son travail capi- 
.al, precieux in-folio dont M. Peign6-Delacourt a achet6 un exem- 
plaire a Venise : ce qui prouve que notre savant collăgue a 
.'intuition des dăcouvertes , non-seulement dans le champ de 
/archâologie, mais aussi dans le domaine de la bibliographie. 

L'impression qui m'est restSe de ces lectures successives, c'est 
que D6mocharâs avait beaucoup d'ârudltion, mais fort peu de cri- 
tique ; ii mettait mal en oeuvre Ies vastes connaissances qui s'entas- 
saient confusăment dans son ceryeau, et faisait marcher de front, 
avec la mame importance, d'excellents argumenta puis^s dans la 
patristique et Ies pauvret6s de son imagînation. Parfois on croirait 
qu'il ne se donne pas la peine de comprendre la corrSlation des 
faits qu'il rapporte. Ainsi, dans une m6me page, ii nous dira que 
S. Quentin et ses compagnons furent envoy^s dans Ies Gaules par 
Ie pape S. Clement, et qu'ils furent martyrisăs sous Diocl^tien, ce 
qui ne Icur donneraitpas moins de deux si^cles d'existence ^ Yeut- 
OQ savoir pourquoi Tauteur a insârâ Ies listes ^piscopales de la 
plupart des diocfesesde France ? C'est pour prouver la perp6tuît6 
du sacrifice de la messe. Un autre eiit exprima cet argument en 
quelques lignes : Ddmochar^s en fait une s6rie interminable de 
longs chapitres. Les archeveques de Reims, nous dit-il, ont c616- 
bn^ les saints mysteres ; et, pour preuve, 11 nous en dresse le cata- 
logue depuis le premier siecle jusqu'au seizieme, et ii en agit de 
Kueme pour Soissons, Cbâlons sur-Marne, Arras, Noyon, Amiens % 
Laon, Senlis et cent autres dioc5ses de France et d'AUemagne. 
Ailleurs, ii veut d^montrer la perp6tuit6 de la tradition eucbaristi- 
que par Texistence des 6glises et des paroisses et, ă cette occasion, 
ii nous donne un pouill6 complet du dioc6se de Noyon '. 

Ces hors-d'oBuvre sont, du reste, au point de vue bistorique, ce 
qu'il y a de plus curieux dans cet amas indigeste d'ârudition. C'est 

* Christiana reliyionii Prapugnaiio^ tome ii^ De Divino Mistie aacri- 

ficio, f» 26. 

• Ibid., (^ 20. 

' Op, cit,, tome iii, De minisirit sacrif. allaris, f* 63. 



244 DÂMOCHAR^S 

1& que nous pouvons constater la croyance universelle du XYI' 
silele ă r^vangâlisatioQ des Gaules, au temps meme des ap6tres; 
c*est \k que nous pouvons prendre connaissance du catalogae des 
âvâques tel qu'il âtaii r6dig6 dans chaque dioc5se, îl y a trois cents 
ans. Nous voyons qu'on comptait alors, depuis S. Finnin jasqa'ă 
Nicolas de Pellev6, 68 6vâques seuhmeat, au lieu de 73 ; nous de- 
vrions mame dire 67, car Dâmochai-^s fait remarquer qu'il a ajoat6 
Euloge apr5s S. Firmin, parce qu'il a trouvâson nomdaQslesactes 
du Concile de Gologne K 

Quel que soit le merite relatif de ces renseignements parasites, 
nous ne pouvons comprendre Teuthonsiasme des versificateors qai 
c^lâbrărent ă Tenvi, en grec, en latin et en fran^ais, Ies glorieuses 
fun^railles de D6mochares, enthousiasme qui grandit encore dans 
la prose hypcrbolique de Tanualiste de Noyon, le bon et nalf cba- 
noine Le Yasseur : « Un tel personnage, nous dit-il, confit en un si 
profond savoir, doua de telle vertu et probitd, un historien si exact 
et plein de foi... n'a rien 6crit k la vol^enisans y appliquer lasonde 
de discrătion, de communication et de conscience : si bien que 
ceux qui auront march6 aprfes lui, en la foy de ses escrits, ne soni 
obligez d'en rendre autre raison que la Pythagorique : dtuTic Iţal > 
Magister dixiti Dămocharăs Ta ditl 

Nous craindrions de mâriter le reproche que nous venons d'adres- 
ser ă DSmocharâs si nous prolongions d^mesurâment cette entr^ 
en mati^re etsi nous tardions davantage ă aborder i'âtymologieda 
mot mouchard. 

M6zeray, dans son Abrăgi chronologique (ann6e 1559), s'exprim^ 



^ Eulogius in eonc, agrippinen, 349, ex quo addidimus, D^mochtrif M 
dit rien autre chose d'Euloge. Cest donc ă tort que M. l*abbe Ricbir<l 
(Origines chrâliennes de la Gaule^ p. 60) nous dit de S. Euloge : c Si o>^ 
muiie fut gardee precieuse et beiiie ă traverif Ies sidclea^ et ia viile e|>i»«'<>K'''^ 
n'avait cesue d'âge en âge de l'iiivoquer. Cest du moins ce quiUfit*^"^ 
Doniut baifes, Du Saussay et Ch. Robert^ en parlaot d*uDe egUte ou cbapiill'; 
qui. pendant ces derniers aifecles, existuit encore en ion hunueur. 9 ^^ 
pretendue cbapelle nous parait âtre une iovention du MartyrologiuM (h^**' 
canum, qui vise plus au beau latin qu*â TeJiBCtitude*^ ' 



DEMOCHARES 2 45 

ainsi ă Toccasion de Ia recherche judiciaire des protestanta : « Le 
prâsident Saint-Andrâ et Tinquisiteur Dâmocbarfes y travaillaient 
avec grande chaleur dans Paris, et Ies allaient relancer jusque dans 
le fond des caves, sur Ies dânonciations de quelques mouchardsi 
entre autres d'uu tailleur et de deux orfâvres qui avaient ât6 de 
cette religion. Dâmocharăs se nonimoit De Mouchy, natif d'un 
village au dioc^se de Noyon \ et ses espions s'appeloient tnou» 
ehards. » 

Voltaire, dans son Histofre du Parlement de Paris (eh. xxi), 
abonde en ce sens ; « Sous Henri II, nous dit-il, on donna Ie titre 
d'inquisiteurs ă quelques eccI6siastiques qu'on admit pour juger 
daos Ies proces ordinaires qu'on faisait ă ceux de la religion pr6- 
teodue r^formâe : tel fut ce fameux Mouchy, que Ton appelait D6- 
mocharăs, recteur de TUniversitâ. C'^tait proprement un dâlateur 
et un espion du cardinal de Lorraine ; c'est pour lui qu'on inventa 
le sobriquet de Mottchards, pour dâsigner Ies espions ; son nom 
seul est devenu une injure. » 

Les âcrivains du Beauvaisis n'ont point manqu6 d'adopter une 
opinion qui doone une origine picarde au mot mouchard^ et nous 
retrouvons ă ce sujet les mâmes assertions dans les âcrits de Cam* 
bry ', de M. Graves *, de Tabbâ Delettre ^, de M. de La Fons de 
M61icocq *, etc. 

Les recueils qui sont destinăs ă populariser les viritâs de THis- 
toire^ mais qui en propagent aussi Ies erreurs, ont consacra ce pr6 
JQg6, et on peut lire dans le Dictionnaire de Bouillet, comme dans 
celui de Bachelet et Dezobry, que c'est du nom de Mouchy qu'on 
appela mouchards Ies espions qu'il employait ă dâcouvrir les sec« 
taires. 

Quelques philologues ont 6mis un doute h ce sujet, et Charles 
Nodier s'est nettement prononcâ pour une autre 6tymologie. c II 

* RemoDt apparteaait au diocdse de Beauvaia et noD pai k celui de Noyon* 

* Description du dep. de l'Oise^ t. ii, p. 248. 

* Statistigue du canion de Ressomiy p. 82. 

^ Hist. du diocese de Beauvais^ t. m^ p. 220. 

* Recherche» sur Noyon ^ p. 73. 



246 DEMOCHARES 

6tait inutile, dit l'auteur des Notiom de lingm'sitqu€j de chercher lâ 
(dans Ie nom de Mouchy) le mot de mouchard qui se pr^sentetoot 
naturellement dans Musca qui avait la menie acception figurie chez 
Ies latins, comme on peut le voir plusieurs fois dans Plautc ei dans 
Patrone. Mouche est d'ailleurs cncore synonyme de mouchard, tant 
dans ce sens particulier que dans son usage proverbial : une fine 
mouche, » 

Tout en 6tant d'accord pour le fond avec Charles Nodier, nous 
difiKrons d'avis sur plusieurs points. Pour nous, mouchard a une 
origine frangaise et non point latine; ii vient de mouche etnon point 
de musca. En effet, le mot musca chez ies latins n'a jamais sigDifi6 
espion ; ii dfesigne, par mdtaphore, quelqu'un ă la p6n6tration du- 
quel rien n'6chappe : c'est dans ce sens qu*on Ut dans le Mercator 
de Plaute : 

Musca meus pater ^ nihil potest dam Uium haberi nec sacnm nec 
tam profanum quidquam est^ quin ibi tnlico adsit. 

S'il y a une expression franţaise qui rende bien le musca de 
Plaute, c'est assur6ment fine mouche. On appelle ainsi une persoane 
adroite et rus6e, parce que Ies petites mouches ne se laissent pas 
engluer ni prendre ais6mcnt : leur t6nuit6 assure leur salut. Cest 
en ce sens que, dans une antique Histoire en vers de tEvangtle^ia^ 
dâmons, Roulard et Dentart, disent de Notre Seigneur : 

Nous ne sommes pas assez rouges (habiles) 
Pour engluer si fine moucbe K 

Quoi qu'il eh soit et sans vouloir insister sur la filiation latine ^d® 
Texpression fine mouche, nous dirons qu'elle n'a point de conformi^ 
avec le sens de mouchard. La fine mouche ne se laisse point atti 
per et le mouchard attrape, ce qui est tout diff^rent. 

On a âgalement avanc6 une erreur en disant que Ies Grccs do 

* Ajoutona teutefois que De La Monnoye (note de la page 164 du loir»^ 
des Conles de Desperient) propose une autre etymologie : • Les moucB^»^ 
dit-il, et surtout les guepes ont une fiiiosse d'odorat merveilleuse pour s^** 
de loin la nouniture qui leur est proprc ; d'ou est venu tr^-certainemet^ *> 
proverbe dt: fine vwuche » 



DfeMOCHARiS 247 

laient aux espions le nom de mouches. Plutarque, ii est vrai, corn- 
)are Ies espions aux mouches ; mais c'est Ik une simple comparai- 
ion, et ribD de plus. Le mot (AuTa n'a sigaifiă au figura que părăsite % 
)arce que Ies mouches n'attendent pas qu'on Ies invite pour pren- 
Ire'leur part du festin . C'est lă une expression qu'a adoptâe Patrone, 
{ui s'est introduite dans la langue frangaise et qui subsistait encore 
m XY(I* sifecle, comme le tâmoigne ce vers de La Fontaine : 

Nomme-t-on pas aussi mouches^ Ies parasites ? * 

Laissons donc en paix Ies Grecs et Ies Romains, et cberchons 
uniquement dans Ia langue frangaise Textrait de naissance du mot 
mouchard. 

Au XYIIP silele, ce yocable est uniquement employâ dans Ie 
sens d'espion de police ; ii a pour synonyme mouche : « C'est celui 
ou celle que des ofBciers de justice dâtachect pour suivre la mar- 
che de ceux qu*ils ont ordre d'arrâter », nous dit l'abbâ Ferraud, 
dans son Dictionnaire critique de la langue frangaisej imprima en 
1787. 

Au XYIP siăcle, nous trouvons la double acception d'espion et 
de curieux. C'est dans le premier sens que La Fontaine a dit : 

Les mouches de cour sont chass^es 
Les mouchards sont pendus ' ; 

ei c'est dans le second que nous lisons dans les Souhaits^ comedie 
leprăsent^e en 1693 sur le Thdâtre Italien : 

« C'est sur ce fameux Th6âtre des Tuileries qu'une beautfi nais* 
$ante fait sa premiere entrăe au monde. Bientât les mouchards de 
ia grande allăe sont en campagne au bruit d'un visage nouveau : 
chacun court en repaître ses yeux. » 

* On lit dans Antiphane le comique : 

Oupsţ fio^XTiliv aeifffjLoţ 6lcnnivo|v 2t)^pi« 
AeiTTvetv oxXtjto^^ fjiuTa. 

' La mouche et la fourmi, 
' La mouche el la foumii. 



>ţ 



248 OEMOCHARES 

I 

M. Francisque Michel ^ dit que Ies premiers exemples qa*il aii 1 '^ 
trouvăs du moi mouchardy pris dans un sens injarieux, sont tiris | '^ 
des M6moires de Sully et de VUsance du nigoce de Maître Etienne 
Clarac (1670). Mais on trouve mouche, avec la mame significatioQ, 
dans le Dictionnaire frangais de Robert Etienne (1549) et dans YEt- 
peron de discipline, po5me d'Antoine de 3aix^ imprima en 1339. 
M. Charles Nisard * a cit6 des vere de la 16geude de Pierre Paifeu, 
oi le verbe mouscher est synonyme d'espionner : 

Ghacun cognoist ouvrier par sas (suvres ; 

Les serpentins plus infaits que couleuvres 

Jugent tousjours ă leur interi t ion 

Des mots exquis, et ont contention 

Et, qui plus est, mouschent par les provinces 

Pour mieulx ouyr et rapporter aux princes. 

Ainsî donc le mot rnouchart, mouchard, ne date que du XVIL^ 
silele ' ; les mots mouche et mouscher qui lui ont donn6 naissanc ^3 
existaient au coromencement du XVI* silele, bien avânt TlnquisL — 
tion de D^mochares, dont le nom patronymique est par cons^querm. t 
tout-ă-fait âtranger ă la formation de ces sobriquets. 11 nous sembl^^ 
que la signification de fureteur, de curieux, a pr6c6d6 celle d'e ^- 
pion ^ : 011 comprend parfaitement la succession de ces deux sei 



e 
1 



* Dictionnaire argotique. 

* CuriosHes de l'elymologie frangaisey p. 325. 
' Nous ne parlons, bicn entemiu, que du mot pris dans le sens d'espto 

car nous le trouvons, commu nom de liou, dans la Seine-Inferieure et dau! 

Jura, et, comme nom de familie, a des epoques fort rcculees. Cest bien c 

tainement un adjectif qualificutif dont la terminaison germanique hari indi 

une idee de superlativite. Mais quel fut, dans ces vocables de noms de li 

ou de familles, le sens primitif de cette allusion a la mouche ? On ne p- ^r*^ ^ 

faire â ce sujet que des conjectures. 

* M. le comte de Chaban, conseiller de prefecture, a Amiens, roe confi 
dans cette opinion par les observations suivantes. Le verbe moucher f 
conserve dans divers patois avec le sens de circuler, changcr souvent 
place, comme font les mouches. On dit que' les abeilles mouchent quand e=r 'X- 
vont butiner, que U>s domestiques mouchent quand ils changent de condi ^^^^ ^° 
a Tepoque des louees. Suint-Simon emploie plusieurs fois ce veibe dan^c 

seus de circuler* De vioucher a mouchard la filiation est uussi naturelle <K- ^^ 



t 
de 

les 



DEMOCilARES 249 

ir^s et leur commune origine. Le curieux n'a-t-il pas beaucoup 
Dalogie avec la mouche : ii se glisse partout, revient quand on 
'hasse et se rend odieusement importun ă tous ceux qu'il ap- 
►che. Les investigations qu'il exerce pour son propre plaisir, 
utres sont dispos6s ă en faire un m6tier au profit de la police, 
ar qui la curioşi t6 est une vertu de profession : c'est alors que 
mots mouche et mouchard^ tout en conservant longtemps encore 
r premier sens inofîensif, eurent par extension une secondc si- 
ication qui devint de plus en plus odieuse et qui, seule, a sur- 
I de nos jours. 

311X qui ont rattachâ Texpression mouchard au nom d'Antoine 
louchy se sont ăvidemment laiss6 scduire par la ressemblance 
âeux Yocables. Mais leur supposition s'^vanouit, mame au point 
ne de la simple vraisemblance, si le veritable nom de Ddmo- 
'is est Antoine de Monchy et non point oe Mouchy. « 

faut convenir qu'il y a presque unanimitâ en faveur de Mou- 
9 quand ii n'est pas uniquemcnt d^sign6 sous le nom gr6cis6 de 
lochares. Consultez les ouvrages de Du Boulay *, de M6zeray *, 
Simon ', de Voltaire *, de Michaud ', de D. Gu6rang(»r •, de 
Hh. Braione "^j de M. Vallet de Viriville * et presque t »us nos 
Jonnaires historiques, vous trouverez partout de Mouchy, Nous 
.^ons rcncontr6 que deux exceptions. Le Vasseur, dans ses An- 
^sde Noyon ' donne une fois a D6mochares le nom de «Monsieur 

^niher a flnmbart. Ainsi donc. dans le sens primitif, mouchard^ c*C8t celui 

circule, chango de place, rnînme tine monrh* ; on a du donner d'abord 

(^ aux rodeurs, uux flâiuMUK, vi ce n'ebl que par restrictioii qu'ilestec-hu 

'siieiirt de la rue de JenisHlein. 

^i^tor, univers. par isiens^ t. vi, p. 342. 

ţ^c^. cit. 

^obiliaire de Vertu, p. 36. 

:*3. cil. 

^ographie universelle, 

^^Utulions lituryiques^ t. i, p. 492. 

"^iitin^f illuslres du depart. de l'Oise, t. i, p. 4*26. 

^ist, de Vinslr. jmbl. en Europe, p. 389. 

•"•ge o20. 



250 DEMOCHARlfeS 

de Monchy », etTabbâ Delettre a conserva cette orthographe dans 
VHîstotre du diocese de Beauvats^, Quelques autres ăcrivains', k 
TimitatioD de Mor6ri, nous offrent le choix et nous disent que Di^ 
mdchates s'appelait de Mouchy ou de Monchy. 

Nous devions esp6rer sortir d'embarras en consultant Ies auteure 
du XVI' siăcle : mais ţes contemporains du docte chanoine ne lui 
donncnt que son nom litlâraire do D6mochares. Toutefois, au mo- 
ment de sa mort, Ies poetes chanterent ses louanges en vers latins 
ou frangais, et Ies exigences de la mesure ou de la rime firent intro- 
duire de temps ă autrele nom palronymique. Di x-sept deces pieces 
laudatives furent recueillies en 1 volume in-4*, imprima ă. Paris, en 
1574, et dont voici le titre exact : Tombeau de hanorable etscientifiqui 
personne Maistre Antoine de Mouchy ^ docieur en theologie^ senieurde 
Sorbonne et inquisîteur de la saincte foy catholique^ compose p&r 
docteSy poetes et spavants personnages de nostre temps. Ce rarissime 
opuscule fait pârtie d'un recueil (n** v, 204) conservă ă la biblio- 
thfeque Ste-Genevieve, ou ii n'est point facile de Tobtenir, att^ndo 
qu'il n'est inscrit sur aucun des catalogues. Mais, grâce ă Tobli' 
geance d'un savant conservateur, M. Borel d'IIautcrive, nous avons 
pu en prendre connaissance. Qucl h'a pas 6t6 nolre ătonnementde 
voir partout le nom d'Antoine de Mouchy 6crit par un U. Lase- 
conde pi^ce de vers fait seule exception : 

Tu pleures de Monchy, bon peuple catholique, 
Gomme un bien grand savant, comme juste et par&ict, 
Ck)mme un vaillant guerrier, ainsi que chacun s^t, 
De nostre saincte foy, contraire â Ther^tique. 

Jusqu'ici nous ne pouvons conclure qu'une chose : c'est que ^^ 
docte liturgiste 6tait tellement connu sous le nom de Ddmochar""^ 
que, rann6e meme de sa mort, on variait aur Torthographe de Sf- ^^ 
nom. Mais est-ce TU renvers6 qui s'est m6tamorphos6 en N sous 
main distrai te de quelque typographe ? Ne serait-ce pas plutdt 
dont Ies droits 16gitimes auraient 6t6 usurp6s par TU ? Qui poi 

* Teme UI, p. 220. 

* FoHer, dans sa Biographie universelle, et Ies ouvrages cites plus 
de Cambry, M. Graves, M. de La Fons de Melicocq. 



D^MOCHAR^S 251 

mîeux nous renseigner que Tauteur luî-mâme ? Yoyons Ies titres de 
ses ouvrages. Lă ou ii ne prend pas exclusivement le nom de D6- 
mochares, ii s'appelle \ci\i\T\ah\emeat Monchiacenus Demochares ^ ; 
or, Monchiacenus est la traductioa de Monchy et non point de Mou- 
chy. Gette preuve nous paraît decisive : nous avons voulu pourtant 
la fortifier encore, en priant M. Le Cointe, cur6 de Ressons, d'in- 
terroger a ce sujet Ies vieux titres de sa paroisse. 11 nous a appris 
qu'elle poss6dait, dans son ancien registre obituaire, un extrait du 
testament de D6mochares, regu par M® Fraillon, notairo u Ressons, 
le 15 avril 1557. Le testateur, sîgnant du nom d'Antoinede Monchy 
D^mochar^s, Ifegue ă T^glise : 1® vingt sols de rente annuelle & 
prendre au jour de la saint Remy sur une maison et un jardin 8itu6s 
audit Ressons, h la charge d'une messe haute de saint Antoine qui 
devra etre acquitt6e — et qui s*acquittc encore aujOurd*hui — le 
17 janvicr de chaque ann6e; 2"* une rente de cinquante livres h 
prendre chaque ann6e sur Tancien Clerg6 de France ou THâtel-de- 
Ville de Paris, rente qui plus tard fut r6duite ă 15 livres et s'ac- 
quittait encore en 1788. 

Dămochares laissa a Ressons Jes parents dont plusieurs furent 
notaires dans leur pays natal et porterent tous le nom de De Mon- 
chy, de meme qu*un de leurs desccndants, aujourd'hui juge hono- 
raire au tribunal de Gorapi^gne. 

Donc, le vrai nom de D6mochares est Antoine de Monchy, et ii 

faut renoncer a Ti^tymologie picarde de mouchard qui ne pouvait 

defendre sa vraisemblance que par une exacte conformit6 avec le 

nom du chanoine noyonnais. A vrai dire^ nous ne sommes point 

trop aftligă que ia Picardie, cctte torre de franchise et de loyaut6, 

se trouve aînsi d6poss6d6e du privilc^ge d'avoir fourni un nom ă 

cette categoric de fonctionnaires occultes, n6cessaires peut-âtre 

dans Tadministration de la poiice, mais qui seraient assur6ment 

frustr^s de leur espoir, s'ils concevaient jamais Tambitieuse pensee 

de mâriter la sympathie pubHquc. 

L'abb6 J. GoRBLET. 

' Voir Ies titres d'ouvragps que nous avons reproduils ă la note de la p. 240, 



ETUDES 

D'ARCHEOLOGIE MYSTIQUE 
Ies Maladies, Ies Irregiilarităs et Ies Difformit^s corporelles 

NOMMERS DANS l'eCRITURE-SAINTE POUR DIESIGNER 
LES IMPKRFECTIONS MORALES ET LES VICES 



VtiSMIER ARTICLS 



Nous avons dit, dans notre deraiere 6tude, que Ies membres va- 
lides du corps humain ont tantdt une bonne, tantdt UDe mauvaise 
acception. Nous devons ajouter qu'alt6r6s par la maladie ou d6fo^ 
m6s, soit accidentellement, soit des la naissance, ils sont toujours 
pris cn mauvaise part. Rien n*est plus notoire que cette assimilation 
des membres malades et de tous Ies genres de maladie aux vices 
qui ravagent Târne. L'Ecriture, Ies trait6s de Tantiquitâ catholi^P® 
et du Moyen-*Age chr6tien, le iangage merae de la chaire usitA 
actuellement, en font foi. Nqus ne citerons ici, pour y renvoyer o^* 
lecteurs, qu'un sermon prononc6 au XII* silele dans Ia cfil^brc 
abbaye de Saint- Victor â Paris, et adress6 aux religieux qui ** 
peuplaient. II a pour titre : De spirituali sanitate^ avec ce text^ ' 
« Saha me, Domine, et sanabor, salvum mc fac, et salvus ero, q*^^ 
niam tu laus mea es » ; il roule tout entier sur Ies vices, figftt^^^ 
par Ies infirmi tâs corporelles ^ 

* Voici l'exorde de ce sermon, le XI« d'entre Ies cent qui font pârtie ^** 
Institulions ou enseignementş monastiques consignees dans Ies ceuYre^ "^ 
Hugues de Saint-Victor : « Fratres, qui sanari rogat, inUrmum se etf^ ^^ 



âTUDES D AKCHEOLOGIE MYSTIQUE . * 253 

En vertu de rassentiment de toutes Ies autoritds que dous venons 
Le d^sigGer, le corps, malsain ou envahi par un 6tat găn^ral de 
angueur ou de maladie, repr6sente le genre humain ddchu par la 
>răvarication de nos premiers peres et tomb6 sous Tempire du 
}6ch6. 

Mals attaquâ d^une maladie ou d'une difformilâ sp6cia^e, le corps 
signifie, tantdt le genre humain entier, tantdt Thomme spirituel, 
c'est-ă-dire l'âme, alt<^r6s et d61igur6s dans Tordre moral par un 
vice ou des passions d^lermin^es et positives, tels que Tidolâtriei 
rincrâdulitâ, Tavarice ou cupiditâ, Tignorance de ses devoirs, 
etc. *. 

L'alt^ration, la maladie, la difformitâ g6n6rale ou partielle d'un 
corps repi^sentent le vice qui dâfigure la beaul6 et d<^truit la santâ 
de râme, en lui enicvant la re^semblance de Dieu et en diminuunt 
sa vigueur et Ies facultăs qui lui âtaient d6parties pour faire le 
bien. 

monstrat. Sed quis est iste infîrmus? Genus humanum, in cujus voce ista 
dicuntur, infirmum per peecatum originale et per multa acta alia erat, et 
medicum qua^rebat. Venit medicus et sanatus est sGgrotus... il^grotus iste 
est genus humanum, de cujus aegritudine Esai'us testatus est,dicens: « Oninc 
caput, languidum, et omne cor, moei ens : a planta pedis usque ad verti- 
%m capitis non est in eo sanitas (Isaî. I, ». Vulnus, ct livor. et plaga tu- 
nens non est circumligata, nec curata medicamine, neque fota oleo. Alius 
îtiam alibi clamabat : c Ga[«ut meuin doleo » : alius, t ventrem ineum 
loleo 9 : alius, « lumbi mei împleti sunt illusionibus ». Sic membra humani 
eneris clamabant, et dolorem suae oîgritudinis insinuabant. bed, ut dictum 
st, venit medicus, et sanatus scgrotus. Quis est iste medicus? Deus, qui 
mat contritos corde, et alligat contritiones eorum. Vulnera sunt peccata 
riginalia, quae quisque conti-axit pei ignorantiam in mente, per concupi- 
rentiam in carne luxuriose vivendo : et actualia, quse commi;»it prave vi- 
sndo. Ula habet in parentibus, ista ex propriis operibus : illa habet ex 
ieno, ista ex suo, etc. (Uug. de St-Vict. Serm. XI.) 
' Genus humanum tanquum unus homo varia peste in protoplasto de- 
*avatum, amisit lumen dum perdidit divinae contemplatiouis clantatem : 
nisit auditum dum perdidit ubedientise virtutcm : amisit oifactum dum 
srdidit discretiouis viriutem : amisit gustum, dum perdidit intern» dui- 
îdinis saporem : amisit tactum dum perdidit lenitateiu miei nae suavitatis : 
lUtfit loquelam dum perdidit confessionem divinitaUs : amisit manum, 
am perdidit exhibitioncm boni operis. (Hug. de St-Vict* Allegor» in nov. 
'eat. IU, 5.) 



254 • £:tudes d'archâologie mystique 

Les maladies eu possession de reprăsenter Ies vices dans le mys- 
ticisme chr^lien sont, avânt tout, celles qui sont nomraăes dans Ies 
ficrilures, c'est-ă-dire : i** les douze irr6gulaiit6s que le Lăvitique 
signale comme des cas d'inaptitude auxfonctioosdu ministere sacr6^ 
2^ les onze maladies nomm6es en surplus dans TElvangile et guiries 
par N.-S. J.-C. 

Les premiferes sont : 1® la c6cit6 ; 2® rirrăgularît6 du nez, ou mu- 
tila, ou trop court, camard, trop 6troit de narines, bouchâ, trop 
long ou pos6 de travers ; 3** Tinfirmită des boiteux, c*est-ă-dire toute 
marche chancelante ou irr6guli6re : 4** toute fracture ou toute con* 
traction des pieds; 5^ toute contraction ou fracture des mains; 
6** les difformit^s de la taille ; 7* tout mal qui rend les yeux chas- 
sieux ; 8* la fluxioh ou la cataracte de Toeil ;. 9** les taies qui obscur- 
cissent la vue ; 10" la gale inv6t6r6e ; !!• les dartres ; 12* les herniM 
ou rob6f it6. 

Les secondes sont : l*" lasurdit6 ; 2^ le mutisme ; S^lesblessures; 



1 Homo qui habuerit maculam non ofTcret panes Dec suc, nec accedet ad 
ministerium ejus : si caecus fuerit, si claudus, si parvo vel grandi vel torto 
naso, si fracto pede, si mânu, si gibbus, si lippus, si albugincm habensin 
oculo, si jugem scabiem, si impetiginem in corpore, vel herniosus. Omne 
qui habuerit maculam de semine Aaron sacerdotis, non accedet offerre 
hostias Domino (Levitic. XXI, 17, 21.) 

Figurahs ratio manifesta est : nam maculae vel defectus corporales, a 
quibus dcbebant sacerdotes esse immunes, significabant diversa vida et 
peecata quibus debent carere (S. Thom. Aq. Summop. theolog. 1* secunda 
qucest, i02. De coeremonialium prceceptorum causis,) 

Inter hacc, jubetur ipsis sacerdotibus, ut nulla debilitate insegnes sint: 
nec caecus, ncc claudus. aut parvo, aut grandi, aut torlo naso, etc, qns 
omnia referentur ad oniinaD vitium Mores enim in homine, non natura 
darniianlur. (S. Isidor. Hispal. i^i Letivic. XVIII.) 

Si secuiidum litterara banc sanctionem accipere voluerimus, quoroodo 
Lcgiflutdris justa videbitur inteiitio ? neque enim voluntate sua macul» 
hominibus eveniunt. Sed quid Ins addidit ? Nec juxta intuitum horninis 
judico. Homo vidct ea quaî patent, Deus autem intuetur cor. Cor enim 
scrutatur^ si maculam habeat, et eos qui immaculati sunt animo hos electos 
judicat, eos autem qui maculam in animam habent reprobat. . Qaiidum 
dicit viam Dei corrumpentem .. Caecus est» qui ex tota ignorantia Deimor- 
bum sustinet, et lucem veritatis iutendere non valet. Oibbus est, grav^ 
ferens peccatorum pondus... (Hesych. Uieros. in Leiitic. VI.) 



KTUOES D AUCUKOLOGIB MYSTIQU£ 255 

4* rhydropisie ; 5* Tariditâ des membres; 6® Ies ulceres; 7® Ies 
fievres; 8** Th^morragie; 9»la paralysie; iO*»la lepre; ddMa posses- 
sion. Nous y ajouterons la mort, 6tat qui surpasse en misăre, en 
dâgradatioQ et en impuissance, toutes Ies iaflrmităs k la fois. 



SENS DES MALADIES OU D^FECTUOSIT^S 

designies au vingt-umeme chapitre du Lâvitique 

Nous avons dit que ces douze maladies sont : 

!• La c6cit6; 

2® L'irr6gularit6 du nez; 

3** L'infirmită des boiteux ; 

4* La fracture ou la contraction des pîeds; 

5^ La contractioD ou la fracture des mains; 

6* Les difformit6s de la taille; 

7« Tout mal qui rend les yeux chassieux; 

8® La fluxion ou la cataracte de Toeil; 

9^ Les taies qui obscurcissent la vue; 
10* La gale inv6târ6e ; 
11* Les dartres; 
12® Les hernies ou l'obâsitâ. 

1" La c4cit4. — La premiere de ces maladies est la c6cit6. Elle 
reprdsente : dans ceux qui refusent de croire ou qui n'en ont point 
les m^ens, l'aveuglement spiritucl et Tabsence de toute lumifere et 
de toute foi ; dans ceux qni professent la foi, elle marque la gros- 
8iferet6 de Tintelligence qui fait ddnaturer les dogmes, la morale et 
la v6rit6; d'oîi ii rdsulte en meme temps qu*ils pratiquent mal les 
pri§ceptes, et que ce qui devrait les 6difier leur est occasion de 
scandale, de chuto ou de contestation ^ 

Dans la Biblc de la reine Jeanne d'j^vreux d6j& cit6e, la minia- 

« 

* Gaecus a nativitata, quem Dominus, postquam unxit oculos, ad pisci- 
nam SiloesB misit lavandum, significat genus humanum,a nativitate, id est 
a primo homine errorum tenebris venundatum, cujuB oculos Dominus. . . 



256 âTUDEs d'archeologie mystique 

ture correspondante ă Taveugle spiritucl offre un personnage acca- 
bl6 du poids d'uu d6mon ă califourchon sur ses 6paules, qui presse 
de ses deux bras et de ses deux maihs la tete et Ies yeuxdup6cheur 
et lui rend la vue impossible. On lit au bas : « Li avuigles est celui 
qui gote ne voit en divinită. » 

2^ Les maladîes ou difformitis du nez. — Le nez 6tant Tembl^me 
du discernement, le nez trop 6troit de narines, bouchă, mutila oa 
camard et cons6quemment destitui d'^toffe, ou gen£de respiration 
et manquant de flair, est Tembl^me de quiconque a Tesprit faussâ 
par rapport au discernement du vrai bien d*avec le vrai mal; qui, 
par suite d'un jugement faux, s'attache ă des voies vicieuses; celoi 
qui, ayant charge ci*ânies, reste en de^â des sages bornes d'une 
circonspection prudente et d'une discrete modâration. Lepenchant 
ă la si'nsualitd est aussi <ittribu6 par bcaucoup d'auteurs ăceuxqui 
ont le nez retrouss6, ou large et aplati comme celui des daupbins. 

Le nez trop long, le nez destitui de rectitude et de r^gularitâ 

lavari in piscina jussit, ut baptizatus in Christo ncciperit legem iidei, etc, 
(S. Isidor. Hispal. Allcgor.) 

Cîectis sedens secus viam populum demonstrat gen tilem, qui per ChiisU 

gratiaiTi fidei meruit clnritutem. (Ibid. ibid.) 

Caeci in Evangelio significantur qui fidem quam credunt nequaquani 
intelligunt. (Ibid. ibid.) 

Caecus sacerdos est, qui Scripturae scientiam non intelligit et quo gres- 
suiD iloctiinae vel operis porrigat, per igiiorantiam iiescit. De lali^"^ 
scriptum est per Isaîam, c Speculatores caeci omnes, etc. » (S. Isid^'* 
Hi:>pal. 'n Leviiic, xvm.) 

Ca3cus rst, qui ex iota ignorantia Dei morbum sustinet, et lucem venta- 
tis intendere non valet. (Hesychi'is Hierosol. in Leviiic. vi.) • 

Solent caeci in lumine offendi, et infideles in lege Uei scandalizări, q"°** 
Petrus sciens,dixit (Pet. ii, 3) : a In quibus suntqiiaedaqa ditficilîa intellectOi 
quae indocti. et instabiles depravant, sicut et caeteras Scripturas, ad sua^i 
ipsorum perditionem. (Hesychius Hierosol. in Levit, v.) 

Per surdum au tem et caecum, eos qui inobedientiae et ignorantia i^^^ 
detinentur, lex iunuit ; ad quos Isaias dixit : • Surdi, audite, et caeci, i"'^' 

minamini ad videndum, etc » Caecum et surdum provehit, qui in^*^ 

dientiae vel ignoranţii Dei morbo laborantem producit, etc. (Ibid* ^ 
Levit. VI.) 

Pi ohibetur enim (Sacerdos) esse caecus, id est, ne sit ignorans. (S. Tboni' 
Summ. theologicmf prima aecundce, qudMU i02. De coBremoniiUun^ P^ 
cepiorum caum») 



BTUOBS D^ARCH^OLOaiB MT8TIQUB 257 

dans sa forme figurent Texc^s oppos6, Ia pr^somption, la prâcipi- 
tation et Topiniâtret^ dans Ies jugements, et quîconque, trop siir de 
soi-memc, se fie ă sa propre sagesse ; dans ceux qui conduisent Ies 
autres, l'impatience, le dgorisme, Tintol^rance illîmitâe, rirritation, 
Temportenient, la hauteur, Ies paroles pleines de menace et de du- 
reţi '. Nous avons mentionn6 plus haut plusieurs miniatures qui 
reproduisent Ies vices correspondants h ces maladies et irrâgulari- 
t^s du nez. 

3** L'infirmiti des boiteux. — Les boiteux mystiques sont ceux 
dont Ia marche et Ie progres spirituels se traînent tant6t dans les 
voies du salut et tantdt dans celles du silele : qui, instables dans la 
voie sainte, y ont une marche incertaine, chancelante et saccadâe, 
et qui, alternativement adonn^s au bien et au mal, vont de conver- 
sion en rechute et de rechute en conversion *. On lit dans la Bible 

' Nasc 'proprium est odorari. Hoc ego sano, bene quis odoratur : tere- 
brato autem vel truncato, non bene quis odoratur, quales sunt quidam 
quibus mala placent, propter hoc quia malum habent cogitationum odora- 
tum. Quia enim odorari divina Scriptura in eo, quod placitum fuent, acci- 
pere solet, audi David dicentem ad Saiilem : c Si Dominus incitat te ad- 
versum me, odoretur sacrificium. » Et rursus, quando Noe immolavit, ait : 
c Et odoratus est Dominus Deus odorem suavitatis ». In placendo autem 
utrumque sacra Scriptura accepit. (Hesych. Hieros. in Levitic. pag. 504.) 

Parvo autem naso est, qui ad tenendam mensuram discretionis idoneus 
non est. Grandi et torto naso est, furibundus et minax cum superbia ar- 
rogantia, vel immoderata discretionc. ţS. Isidor. Hispal. in Levitic. xviii.) 

Pruliibetur sacerdos. ... ne sit parvo^ vel grandi, vel torto naso, id est, 
ne per defectum discretionis, vel in plus, vel in minus excedat, aut etiam 
aliqua prava exerceat. Per nasum enim discreţie designatur, quia est 
discrctivus odoris. (S. Thom. Summa theolog. De coeremonialum pracep- 
torum causis) 

Physiognomici sane lascivos et petulantes eos in primis judicant, qui si- 
mum^ ut delphini, nasum habeant : proptereaque Socrati nequitia, quam 
ex ipsa facie prae se ferret, vitio data est, quod ita se natura affectum infi- 
das non ivit : raeterum se naturam continentia domuisse, etc. (Pier. 
Uierogl, xxvii. Delphiniu.) 

* Glaudi in Evangelio significant qui implere prscepta salutaria n^Ii- 
gunt (S. Isid. Hispal. Alleg,) 

Claudum diclt ^Legislator) viam Dei .corrumpentem, qui ex parte divina 
mandata et legem shbvertit, de quibus in psalmis didt : c Filii alieni men- 
titi sunt mihi, iilii alieui inveteraverunt, et daudicaverunt a semitia suiş. > 

TOMS XVII. 19 



258 6TUDES D'ARCHfeOLOrrlE MYSTIQUK 

manuscrite de Jcajine d'Evreux : « Li contra s^nefie celi qui ne 
puet droit aler k Deu, ains va tortement en enfer. » 

4* et 5* La fracture ou la contractîon des pt'eds ou des mains.— Les 
estropi^s des pieds ou des mains sont la fig^ire de ceux dont Ies actes 
sont d6prav6s et dont le progres spirituel (la marche de Târne) est 
dirigâ en sens inverse de la voie de la saintet6 : Ies avares, Ies op- 
presseurs, ceux qui extorquent le bien d'autrui et qui exercent 
toute violence et toute oeuvre d'iniquit6 *. 

Quemadmodum enim claudis unus pes sanus esse videtur; altar autem 
claudicat, sic et hujus unum quippiam interim sanum esse Tidetur, 
gloriatur eniip servire se Dco .- aliudauteminGrmum est dum corrunapat 
praevaricatione legem mandatorum, quse transgreditur intentionem. (He- 
sych. Ilieros. in Levitic.) 

Sedente ergo Domino in monte, id est coelonim arce gloriose et mirabi- 
liter regnante, turbaî fidelium cum mente devota illi semper appropin- 
quant, ducentes secum mutos, esecos, claudos, debiles et alios multos: 
quia eos qui confessionis verbum in ore non habebant, vel quos infidelitas 
caecavit, sive demum pravi operis claudicantes, sive quos peccatorum 
sarcina debiles reddidit, evangelicis documentis ad fidem convertuntur. 
(Rab. in Malih.j cap. xv.) 

Sanavit Jesus caecos, ut aspicientes viderent, et ,ipsi calumniatores ut 
istorum illuminatio corporalis fieret illis spiritualis lucerna cordis : cura- 
vit claudos, ut claudicantes in (ide currerent ad Christum, meliores pedes 
acciperent illi videntes, quam işti accipientes. (Ibid. in Matth.^ vi, 21.) 

Prohibetur sacerdos... ne sit claudus, id est instabilis, et ad diversa s^ 
inclinans. (S. Tbom. Summa theolog. De cceremonialium prceceptoruf^^ 
cawis,) 

Glaudus quidem est, qui intelligit quid docere debeat : sed tamen prs^ 
cepta quse docet non implet. (S. Isidor. Hispal. in Levitic. xviii.) 

^ Manus vel pedum contritiones, diripientes et violantes scilicet et ai 
ros (signant). (llesycb. Hieros. in Levitic,) 

Manus necnon pedes siderati, attriti vel etiam abscisi, actiones 
depravatas (Pier. Uierog.^ lib. xxxvi.) 

Sacerdos prohibetur... sitfracto pede v^l mânu, id est, ne amittat 
tutem bene operandi vel profitendi in virtutibus. (S. Thomas Suim 
Theolog,) 

Gontritionem autem manus et contritionem pedis habent illi, de quibi 
David psallebat : <r Non veniat mihi pes superbise, et manus peccatoris m 
moveat me. i Videlicet, diripientis et violantis. (S. Isidor. Hispal. in Li 
tic. XVIII.) 

Fracto autem pede, vel mânu est, qui viam Dei quam docet pex^gerei»-^''' 
ftudet. (Ibid. Ibid,) 




IBTUOBS D'AMCBiOhOam MTSTIQUB 259 

6* La bosse et ks autres difformitis de la taiUe. — Les bossas et 
Ies contrefaits au poînt de vue du mysticiame sont ceux dont Tâme 
est chargâe de p6ch6s et du poids de coupables consuătudes : qui, 
semblablcs aux contrefaits, s'abusent dans Tordre moral sur Tâtat 
ou ils se supposent et ne voient pas des yeux de Târne Ia degrada- 
tion et la difTormitâ de la leiţr. Pareille ă l'obâsitâ etă rhydropisie, 
et par cette double raison qu'elle est semblable ă un fardeau, et 
qu'elle dătermine souvent quelque inclinaison de la tâte, la bosse 
repr^sente mystiquement Tâtat vicieux des cupides, charg^s de ri- 
chesses mondaines et de tr^sors d'iniquitâ, et aregardant laterre, » 
c'est-ă-dire attachant leurs affcctions, leurs soins inquiets et leurs 
recherches aux avantages mat^riels et aux richesses d'ici-bas ^ 

1" Tout mal quirend les yeux chassîeux. — Le d6bordement et le 
ravage des humeurs figurant dans Tordre mystique Ies exces de la 
seosualit^, les chassieux spirituels sont ceux qui allieot ă la COQ- 
naissance des v6rlt6s de la foi une vie charnelle et libidineuse, une 
vie orgueilleuse et vaine ou mame, seulement, absorbâe par les int6- 
rdts temporels : de Ia, Tophtalmie de leur âme, c'est-ă-dire l'obs- 
curcissement de leur esprit et raffaiblisssement de leur percepţioa 
dans Tordre moral et spirituel. 

La miniature correspondante au chassieux dans la Bible de la 

^ Gibbosus quoque sacerdos est, quem terrenae cupiditatis pondus depn- 
mit, et tardius ad superna intendit. (S. Isidpr. Uispal. in Levitio, xvili.) 

Gibbiis e&t, grave ferens peccatorum ppndus et boc non iridens, quia rş« 
tro est glbborum congeries quse 2^ eis minime cernitur. De quibus in pa^ 
rabola dicitur, quam rex Israel contra regem Syrise usqs est : c Quj4 
opera tur gibberosus quasi rectus ? i (Hesich. Hieros. in Levitic^ Ub..?L) 

Gibbus estquilibet cupidus : ut in Levit. xii. 10. (Rab. Maur.) 

In dorso gibber e$3e solet. Gibberosus bomo hi^roglypbicum şjus est, 
qui, ut in divinis litteris habetur, rejicitur a sţicris : eumque signifioat, qui 
ilâgitiorum sarcina oneratus est, neque tainen errorem aut delictum intel« 
ligat suum, utpote non videat mantie» quod in tergo est. (jP€^. Hîero^ 
gilyph., lib XXXIII, pag. 232 Vei*bo.) 

Sacerdos repudiator etiam... si babeat gibbum vel ante, vel retro, per 
quem signiiicatur superiluus amor terrenorum. (S.TbQm. Aquinat, jfumm« 
Theoloy,) 

Les bocus et les borgnes sont les avaricieux {Biblea moralist de la £t- 
hlioihcque Richelieu.) 






260 £tudes d archkologie mystique 

reine Jeanne d'Evreux, dăjă cit^e, offre un homme embrassant,d 
Ifevres et des deux bras, une femme en costume de răpoque. Lăgende 
« Li chaceux senefie Ii luxurieus qui tieol dcus fames ensemble. 

On voit dans Ies autres Bibles moraIis6es des miniatures analo^ 
gues, etpartout la meme 16gende : ((... Et ceulx qui ont Ies ye 
chassieus, sont luxurieus, et tels gens sont refus6s du divin service^ 

8® La ţluxion ou la cataracte. — Les mal ades afflig6s de Ia cată — 
racte spirituelle ou frappds, dans Tordre mystique, des fluxiont 
qui affectent les yeux et dont Ies m6decins habiles peuveni seul 
discerner la nature, sont Ies âmes pos<6d6es d'un orgueil secret 
d'une prâsomption cacli6e, vices qui obscurcissent la vue de l'â 
et la lumiere de Tesprit, mais qui ne sont point incurables *. 

9® Les taies de fceil. — Les malades spirituels affectâs d'une 
sur Toeil, c'est-ă-du*e d'un mal visible et qui a pour effet ordinai 
Textinction ou le trouble des facult6s visuelles, sont ceux dont la vn 

^ Varo est cujus ingenium ad cognitionem veritatis emicat, sed hoc ca. 
naliter vivendo obscurat ^S. Isidor. Ilispal.) 

Repudiatur etiam (sacerdos) si est lippus, id est per carnalom affectuB. ^kjiq 
ejus ingenium obscuratur. Contingit enlm lippitudo excessu humoris. (__ T ~ S. 
Thom. Aquin. Summ, Thzolog.) 

Lippus est caligo mentis, ut in Levitic. a Si lippus, si gibbus... > id e^ 
si in occupatione saeculari pressus, sit in mente caliginosu5. (Rab. AlUi 

Qui oculos laesos et infirmum visum babent, dicimus esse eos,^ui hab< 
quidem Dei scientiam, sed corruptam, quales sunt quidam qui inflantii 
de quibus dlxit Paulus : <r Si quisaliter docet, et non adquiescit sania si 
monibus Domini Dei noştri Jesu Cbristi, et ei qui secundum pietatis 
doctrinae, superbus nibil sciens, sed languens circa qusestiones et puj 
verborum » : Vel illi intelliguntur, qui scientiam vita repellimt. (Het 
Hierosol. Lib. vi, pag. 505.) 

* Suffusio (oculorum) au tem, quia non omnibos patet, sed solis dot 
medicis, in tumore recte accipitur. Neque enim ab omnibus passio 
sed a solis illis qui sciunt discernere quse ad animam pertinent, cognoi 
tur. Quemadmodum autem suffusio visum pupillae tegit, sic arrogantia-^. ®t 
elatio circumfusa animse, obscuram ejus scientiam facit... OcuU qui( 
aperti apparent, similes autem sunt, quamdiu infirmanturcscis, sed 
saWati fuerint, purgati a praedicta passione, uti oculis» sicut et sâni, p 
sunt. Sic et hi qui scientiam ex quodam tumore, vel vitae pravitate vuL 
ratam babent, ab bis qui igncrantiae infhtuitatem patiantur, nibil differ' 
usquedum tumorem illum, aut vita; pravitatem detergant. Licet enim 
tune sane uti, et mundo oculo sclentise. (Hţsycb. hier» m Xevî^ic vi). 





ETUDEs d'archiîologik mystique 261 

peu chrâtienne oontraste ouyertemeat avec Ies principes de foi dont 
ils font parade : chr6tiens de nom, palens do fait, dont S. Paul a 
dlt qu'ils d<^mentent par leuj^s oeuvres la foi qu'ils proclament dans 
leurs discours *. 

L'homme affligă de la taie sur Toeil est repr6sent6 dans la Bible 
de Jeanne d'Evreux, par un jeune moine qui tient dans ses mains 
une dglise et qui convoite du regard deux autres ăglises qui sem- 
blent voltiger en Tair un peu au-dessus de la hauteur de ses yeux. 
La 16gende est ceci : a Cil qui a la maille en Toii senefîe li moine 
symonieus, oii qui voelent avoir plus d'une provende ; cil ont la 
maalle en Toii. » 

Dans une autrc Bible moraliste, le meme sujet est offert sous Ia 
figure d'un jeune homme et d'une femme par6e et voil6e avec re- 
cherche, repou3s6s ă bras tendus par un clerc debout ă c6t6 d'un 
autel. La 16gcnde est : Les symonieus ont la maille en Tueil, qui 
pour argon t donnent ou acquierent des b6n6fices. » 

iO^ La gale inveleree. — La gale, inv6t6r6e surtout, est un mal 
tenace, irritant ct difficileu gu6rir. Les galeux mystiques sontceux 
que dcvorent Tincontinenco des sens et la fureur de d6tracter : car 
disent les*moralistes, rien n'estplus d6vastateur dans Tâme, et rien 
n'est plus contagieux et difiicile ă 6teindre que ces deux odieuses 
passions '. 

* Albugo, caecitas cordis, (Rab. Mlegor.), Albugo, arrogantia mentis, 
ut in Levitico xxi, xx (Ibid. Ibld.), — Albugo, caecitas cordis, ut in Tobia, 
f ccepit albugo ex oculis ejus egredi », quod cum in fine mundi a populo 
Judaico. (Ibid. Ibid.)» 

Albugineui quoque habet in oculo, qui arrogantia sapientiae seu justitiae 
cjBcatur. (S Isid. llispal.). 

Albugo.... in vita, ec conversationis pravitate accipitur, quia omnibus 
OcuUs aperte iiiest passio, sicut et vitae pravitas latere non potest quae sub- 
vertit Dei scientiam, et si habere se eaui, hi, qui prave vivunt, glorieiitur. 
^aulus etenim de bis dixit : « Qui coniitentur se nosse Deum, factis autem 
negant ». (llesych. Hier. in Levitic \i.) 

' Scabiem habet^ cui carnis petulaiitia siue cessatione dominatur. (S. 
Isid. Hispal. p. 3l.) 

Sacerdos repudialur etiam si habeat jugein scabiem, id est, petulantiam 
carnis. (S. Tbom. aquinat. Summ. Theoloy.) 

Jugem scabiem detractor babet : quemadmodum enim pessima scabies 



262 fiTUDES D^ARCHEOLOfilE MYSTIQUE 

H^ Les daftres. — Le propre des dartres vivaces estdes'atta- 
cher ă la peau, do s'6tondre rapidement et de progresser saos me- 
sare ; de toailler l'ăclat du visage, de fl6trir la fraîcheur desmem- 
bres et de dâfîgurer Ies traits. 

Left dartreoxdans Tordre mystiques sont Ies fornicateurs, c*est- 
ă-dire Ies plus souillis et Ies plus impurs entre tous Ies hommes : 
ce sont aussi ceux que Tantiquitâ chr6tienne et le Moyen-Age dăsi- 
gnaient sous le nom d'avares : c'cst-ă-dire, non-seulement ceux qui 
atnassent et qul enfouissent tout ce qu'ils peuvcnt r^unir et accu- 
muler de trâsors : mais encore ceux que fascinent Ies fâlicitâs tem- 
porelles et Taitrait de tout ce qui passe et p6rit. Toutes Ies ftm 
abandonn^eS aux inspiratîons de la cupidîtâ et des convoitise 
mauvaises sont comprises sous ce nom d'avares \ 

La gale inv6t6r6e et Ies dartres prennent souvent dans Ies 6cri 
des commentateurs le nom de la teîgne : ou tout au moins le mâm « 
sens y est attribu6 auxtrois maladies. La miniature correspondant^ 
& rinterdiction qui Ies frappe, est tantdt un homme agenonillă de- 
vânt un coffre regorgeant d'6cus et qui scmble occup6 a Ies y empi- 
lef, tant6t un personnage qui puise ă pleines mains des pifeces d'or 
entassâes dans un coffre et Ies amasse dans son sein : non loin, un 
00 plusieurs personnages, sans doute des empruntcurs repouss6s ou 
d6courag6s, se retirent avec des gestes 6pior6s. Dans la Bible mo- 



detnolitur, iia detractor facile provocatur.... Papulas habens vel scabiem 
detractor intelligitur, quia pessimus ejus morbus, et asperrimum est ejus 
vulnus. NuUo euim medicamine facile potest irnitigari (Rab. Maur.) 

^ Impetiginem habens fomicator est : maculat cnim suum corpus. (Rab. 
inLevitic), • 

Impetigines fomicator habet, maculae enim apertaî sunt impetigo corpo- 
ris. (Hesych. Hieros.) 

Repudiator sacerdos etsi habueiit impetiginem, quao sine dolore corpus 
occupat et membrorum decorem ioedat, per quem avaritia, designatur. \S. 
Thom. Aquin. Summ, theol.) 

Impetiginem quoque habet in corpore, qui avaritia vaslatur in mente : 
quse nisi in parvo compescitur, nimirum sine mensura dilatatur.(S. Isidor 
llispal.) 

Impetigo est avaritia, ut in Levitico : a Si impetiginem in coi*pore ha- 
bet i, id est, avaritiam exercuerit (Raban. AUeyor.) 



ETUDES D ARCH^OLOGIE MYSTIQUE 263 

ralis^e de Jeanne d'J^vreux, le teigneux est un personnage suppor- 
tant un d6moQ fac^tieu^ement perchâ ă califourchon sur ses âpaules 
et plongeaiit ses mains ou ses griffes dans la chevelure de ce p6- 
cheur. La legende est : u Li tigneus est le tegneus usuriers, et Dia- 
ble lui amasse lategne. » 

i2* Les hemies et robestte. — Les hernies et Tobăsitâ entravent 
ou appesantissent la marche, bien qu'aucun obstacle visible ne 
8'oppose k sa progression. 

Les obfeses spiritaels et ceux qu'atteint Thernie mystique sont 

les pâcheurs qui, sous les dehors d'une vie bonorable et r6guliere, 

sont secrătcment accabl6s du poids de la corruption habîtuelle de 

leur pensie ou de leur coeur. La plapart des commentateurs voien 

surtout dans rob6sit6 et Thernie, Tembl^me des plus bonteuses 

passions sensuelles persistant chez ccrtaius vieillards en d6pit des 

glaces de Tâge ^ Cest ce qu'on voit reprâsentâ dans la miniature 

de la Bible manuscrite d^jă citâe, par un vieillard d^aspect immonde 

correspondant aux a herniosi » du L6vitique, ouyrant la marche des 

pâcheurs stygmatisăs au meme chapitre. Sur Ie mâmc feuillct, le 

personnage qui r6pond ă Tob^sitâ est un homme debout, pressant 

contre lui un grand pain et devorant aveo avidită un objet informe, 

en face d'un autre personnage qui, gesticulant avec animation, 

semble r^clamer sa part. La legende est celle-ci : a Li enfl6s s6n6fie 

li gloton qui tut mangue, et noient (n6ant) ne done au poure qui 

est devant li. » 

F^LIGIE D'ATZAG, 
Dame dignitaire de Ia Maison de Saint-Denif . 

(A suivre). 

* Repudiatur sacerdos... et etiam si sit hemiosus vel ponderosus, qui 
scilicet gestat pondus iurpitudinis in corde, licet non exerceat in opere. 
(S. Thom. Aq. Summ, Theolog.) 

Ponderosus vere est, qui, etsi turpitudinem non exercet in opere, sed ab 
hac cogitatione continua sine moderamine gravatur in mente. (S. Isidor. 
Hispal . in Levit ic . ) 



L'ANCIENNE DECORATION 

DE LA 

FAgADE DE L'HOTEL-DE-VILLE DE COMPifiGNE 



' Au moment oâ, grâce au double concours de la Viile et de 
r^tat^ la restauration de rh6tel-de-ville de Compiegne va eire 
achevee sous la direction de M. Laffolye, architecte du palais, 
nous pensons qu'on trouvera quelque interet aux renseigne- 
mente suivants sur Ies anciennes decorations de la faţade^ Flior- 
loge et le beffroi de ce monument. 

Les registres des comples municipaux, Ies proces-verbaux de 
demolition et les devis conserves aux Archives de la Viile nous ont 
fourni les details qui suivent. 

Cest, on le sait, au commencement du XVI* siecle et principa- 
lement de 1505 ă 4508 que rbdtel-de-ville actuel fut construit sur 
Femplacement d'une niaison que, depuis plus d'un siecle, un 
bourgeois de Compiegne dont le nom merite d'etre conserve, 
Jean Loutrel, avait donnee pour servir aux assembleeş de Ia Viile. 

Mous ne decrirons pas cette elegante faţade^ mais nous arrive- 
rons tout de suite aux statues qui la decoraient. 

EUes formaient sept compositions qui avaient ete payees 
ensemble 19 livres â Nicolas d'Estree^, tailleur d'image, et la 
principale, representant VAnnonciaU'on, occupait primiţi vemeni le 
grand cadre dans lequel est aujourd'tiui la statue de Louis XJIde 
Jacquemart ; mais en 1655, la \ilie faisant reslaurer i'botei-de- 
ville et ayant pu, grâce aux liberalites du roi, achelcr et fairc 
construire le bâtiment neuf qui servit pour les reunions du 



HdTSL-DE-VILLB DE COMPI^&NE 265 

(aude la Table-Dieu et pour Ies seancesdela Justice consulaire^ 
ouverneurs allournes resolurent de temoigner leur recon- 
^nce ă la familie royale en rem platani le groupe de TAnaoa- 
>n par une staiue Squesfre de Louis XIII. Comine on faisaitdes 
ralions au-dessous du beffroi, on y fit appiiquer des bossages 
ierre de taille, et sur ces bossages, un artiste de merite, Gilles 
in, sculpteur du roi, fit la statne. Cette statue fut bronzee et 
leux cAtes de la figure, on piaţa Ies annes du roi et de la 
5; puis on peignit le fond en marbre noir. Cette OBUvre fut 
e 1,200 livres ă Guerin qui fut aussi charge de decorer la 
le du bâtiment neuf, destine principalement ă Ia juridiction 
ulaire, de la staiue de ta Justice qui a ete conservee Jusqu'ă 
ours et a ete remise en place lors de la reconstruction de ce 
nent. 

Annoncîation se composait de deux personnages, la Viergeet 
je separes par un pot de lys, sujet trăite evidemment d'une 
ihre atiulogue a la represenlalion que nous trouvons aujour- 
i sur le mur du donjon de Pierrefonds ă droitc du pont-levis. 
leux personnages furent alors separes et places dans Ies deux 
esles plus voisines du grand cadre qu'elles occupaient pre- 
mment. Les statues qui y etaient avaient ete sans doute 
ilees, et les deux flgures de la Vicrge et de Tange resterent 
ijusqu'âla lli^volution. Car ce n'est plus qu'â ce moment 
nous avons des details precis sur les statues de la faţade, 
î 17 aout 1792, le direcloire de la commune jugeait â propos 
ure enlever lous les emblemes qui rappelaient la royaute. 
emolit d'abord ia statue equestre de Louis XIII et on enleva 
ile les statues de pierre de saint Louis, desaint Denis eveque^ 
autre eveque, dit'le proces-verbal (le cardinal d'Ailly), de 
iemagnCj de la Vierge et de VAnge. 

niâme temps on efTaţa Tinscription latine placee sous 
sie royale et qui portait ces mots : 

Non satis est tacito regem sub corde tueri 
Spectanduiii exibuit qui latet intus amor 
Apno 1653. 



266 h6tel-de«villb de compie&ni2 

Les quatre statu€S qui occupaient Ies niches placees pr&sdes 
fenĂtres du premier etage elaieiit donc celles de Charlemagne^ 
de saint Louts, de scunt Denis et du cardinal d'Aillg, 

Cest par suite d'une erreur evidente que M.Vatout et, apres lui, 
H. Pellassy de l'Ousle ont remplace l'effigie du cardinal d'AiUj 
par celle de saint Celestin. 11 y a eu confusion par ce motitque 
le cardinal a ete Ie bienfaiteur dii couvent des Celestins de Saint- 
Pierre-en-Chastres et que quelque cicerone aura confonda Tins- 
titution et son bienfaiteur. Du reste, differents documents de Ia 
fln du sifecle dernier inentionnent cette statue de Pierre d'AilIy. 

Quantauxdeux m(^daiIlonsdu rez-dc-cliaussee dans lesqueb 
on remarque encore des traces de peinture et de dorure, nons 
ne trouvons pas d'indications precises k lenr sujet. Peut-âtrercn- 
fermaient-ils Ies armes du roi, cominnndees ă Antoine le CaroD 
en 4508, et celles de la Viile : mais c'est la une supposition toute 
gratuite. 

Maintenant,s*il nous etait permis d'emettre un vceu, commeil 
n'est plus possible de replacer actncllement le groupe de TAn- 
nonciation au milieu do la niche centrale et qu'il n'y a pas lieu 
d'en retablir Ies personna^ţes dans Ies niches ou ilsaTaient ete 
provisoireinent plares en 1655, nous proposerions de joindreaux 
quatre sfatues de Charlemagne, de saint Louis, de saint Denis et 
du cardinal d'Ailiy, ccUes de Charks-le-Chauvej de Louis F//ou 
de Jeanne d'Arc. 

Pour com[)leler cette esquisse de la decoration de riifttel-de- 
yille, nous y ajouterons quelques details sur le beffroi, rhorloge^ 
la clocbe et Ies picantins. 

Bien avânt Ia construction de rii6tel-de-ville et mame anle* 
rieurement ă la donation de la inaison de Jean Loutrel, Con™- 
piegne possedait une liorloge qui etait placee â l'eglise Saint* 
Jacques. En 1426, un serrurier, nonmie Bochard, rccevait 40 sous 
parisis par an pour en prendre soin. Nous trouvons diverses 
mentions de sa reparation dans le cours du XV' siecle. En 4&30f 
le beffroi de rii6tel-de- viile etant fini, on y Dtplaccr une horlogc 
commandee ă Pierre Garnot, « serrurier et aorlogeur » qui s'en- 



h6tEL-DE-V1LLK de COMPlfeGNE 267 

gagea « ă fere une aorloge nefve pour servir ă la grosse cloche 
de la viile. > 

Celte grosse cloche fondue au XIV* siecle, au temps du ffiaire 
Foucart Harel, est celle qui existe encore ct dont la legende a 
donne lieu ă d'interessantes discussions entre MM. Woillez et de 
Hontaiglon. (Revue des Soc. sav. 1871.) 

La Viile avait ele sur ht point d'engager sa cloche en 1481 pour 
acquittcr Ies sommes qu'elle devait au roi, mais Ies negociations 
Q'aboutirent pas, car nous voyons quclques mois plus tard Ies 
ittournes insolvables en prison et la Viile payer pour leurs droits 
de gedk'. La place de gardien du beffroi ne maiiquait pas d'im- 
portance, et des lettres patcntes de Louis XUl conferaientă celui 
qui avaitcette charge la position de rcligieux lai de Tabbaye de 
Saint-Corneillc. 

En mame temps qu'on plaqait au bctTroi la vieille cloche muni- 
cipale dont la charle de *327 reglait Temiiloi. on plaşait en haut 
de la tour trois appeanx foiidiis â riiotel-dc-ville mâine par Pierre 
Annand, fondei:r, le 3 aoul 1530. L'un d'entre eux porte Ies 
noms des allournes en chargc a celle epoque : Pierre Baudet, 
Duruissel et Simon Le Plat. 

Quantaux trois /;tcan^/7u qui frappenlsur Ies appeaux, c'estavec 
*hprloge neuve qu'on Ies voit egalement paraîlre pour la premiere 
ois. Le 12 octobre 4530, on fait peindre et dorer Ies trois person- 
lages qui frappent sur Ies appeaux. Cette toilette Ies fait aller 
usqu'en 1597 oh ils sont de nouveau dores et argentes de fin or 
)ar Delachere, maitre peintrc, uioyenuant 8 liv. parisis. Alors on 
es designe sous le nom de Picantins. 

En i629, ii faut pourvoir â leur remplacement, et le 31 decem- 
bre, la Viile pave 25 livres pour trois statues d'hommes armes, en 
torme de suisses et lansquenels. Leur doriire coule 9 livres. Ils se 
:onservent sous celle forme jus(|u'en 17G8, oii on leur subslitue 
es « trois joiies feînmes vetues â la grecque » (dit Lere), portant 
mr la t6te, Tune une etoile, Tautre un croissant et celle du milieu 
in soleil. Ce sont cclles quc nous y voyons encore aujourd'hui. 

Sans entrcr duns des delails qui necessiteraient un volume, 



268 h6tEL-DE-VILLE de COMPlfeGWE 

disons encore quelques mots des transformations et reparatioDS 
subies par riiotcl-de-ville depuis 1503. 

Nous avons vu plus liaul celle de 1655. En 4778, Tintendant 
de Paris î?'appropria rii6lel-de-ville pour en faire sa residence 
lors de scs sejoiirs ă Compiegnejet c'esl ă cette date que la vis de 
pierre fui reinplacee par Tescalier de bois qui subsiste encore et 
que Ies nouveaux projels vonl retablir. 

En 1792, le bâtiment menaţait ruine el, sur le rapport de Irois 
commissaires, le Conseil general de la conimune approuvaitle 
3! aoul le projet presenle par Tarchilecte Bussa pour la r6para- 
tion du comble. La deterioration de cette pârtie du bâtiment etâit 
attribuee autant â son anciennete qu'au fardeau des cloisonsde 
distribulion qui se Irouvaienlau-dessousetelaienlaccrocheesaux 
poutres du plancher du grenier. Apres avoir demonte la loiture, 
on reduisit Ies deux [tignons ă la liauleur du rampant du comble 
et on decidă qu'ils n'auraient plus que 25 pieds d'elevalion au- 
dessus des plates-formes ă poser sur rentablement. Celte depense 
etait evaluee 15,624 livres, y compris la valeur des materiaui 
anciens ă remployer. 

En 1819, de nouvclles reparalions furent faites au clocber,etla 
depense ful estimee a 3,541 fr. A la memc epoque, on refit Thor- 
loge ct on la piaţa dans la niclie aclueliemenl occupee par L^ 
slalne de Louis XII. 

A Torigine, Ic comble de rii6tel-de-ville etait nicllc el Ies quat^^ 
lucarnes de la grossc lour garnies en plomb, peintes el dore^^- 
On y plaţail aussi des fcuillages, lions el fleurs de lys en ploi.'^' 
berie. Au liaut du docher, se Irouvail un grand lion cn plon^-^ " 
detruil â la fin du siecle dcrnier, el qui offrait sans doule iu ^^ 
grande analogie avec celui qui decorait ie belîrui de VlMel-C^'' 
viile d'Arras. 

Maigre lescliangemenlsqueriiolel-de-vilieavailsubisen IT"^"^ 
lor>qu*il etail devenu rii6lei de Tintendance, ilconservail encC^^ 
en 1792 quelques portraits disper^ies a celte epoque el donl m 
(levons rcgretler la jierte. Ceiaieul d'abori dans ranlicliam 
qui prec6dait la grande salle, Ies portraits ires-bien lires d'Ht^ ^ -* 



hOtbl-de-villc db compi6gn£ 269 

IV, de Loui8 XIII el de Louis XIV, du Daupbin et du duc de 
Bourgoiţiie, ainsi (ţue du du.; d'Htimieres. D.iris iine aulre salle 
etait celui de « .Moii'^ieur l'ierre d'Ailly, evfijuo de Cambrai et 
cardinal, nalif de Coinpiegne, rej>resenle ă genoux devant la 
Sainle-Vierge tenant en sos bras TEiifant Jesus; » Ce lableaii de 
moyenne grandeur est aussi mentionne dansuae lettre ă Tauteur 
de VAlmanach de Compiegne de 1788. 

Ce n*est doiic poiiit aujourd'bui seulement que Ies Compi6- 
gnoisonl pcnseăconsacrerpar un monument pul)lic la memoire 
dii savant chancelior de TUniversile, et, en plaţant de nouveau ses 
Iraits dans un de nos edifices, nous ne faisons (|ue renouveler un 
hommage rendu pour la premiere fois ii y a plus de trois siecles. 

Mais, ă ce moment, avait dispăru le tableau represcntant Tentree 

de Louis XII ă Compiegne en 1498 apres son sacre â Reims, 

tableau qui elait en 1765 dans la grande salle de rh6lel-de-ville. 

S'il n'est plus possible aujourd'bui de reconstituer cette galerie 

hislorique, ne le serait-il pas au moinsde retablir dans la grande 

salle, ces cheminees dont Ies fines sculptures sont mentionni^es 

dans nos plus anciens comples, et de rependre au mur ces car- 

touches placesautour de la grande salle d'assemblee, qui portaient, 

Qvec leurs blasons, Ies noins des gouverneurs, en memoire de 

leur reception et des bons services q u^ils avaicnt rendus â la viile ^ ? 

A. DE Marst. 

1 Cetto note a ^te lue ă la Soci^t^ historique de Compi&gne, dans la 
<^ce du 16 marş 1874. 



EXPOSITION 

D'OBJETS D'ART KELIGIEUX 

â Lille 

A L'OCCASION DU COURONNEMENT DE N.-D. DE LA TRE1I_ IE 



Les f^tes du Couronnement de Notre-Dame-de-la-Treille seircu^nt 
c^l^br^cs Ie 21 juin, avec la plus grande solennite. Les Conxi'K es 
catholiques du Nord de la France ont pens6 que les Beaux-jV :Mrts 
doivent concourir â rehausser l'eclat de cette ceremonie : ils c^ nt 
d6cid6 qu'une exposition d'objets d'art religieux serait ouver'te, 
durant un mois, a partir du 14 juin, dans Tancien hdtel de la pre£<c3C- 
turedu Nord. Ce sera, d'ailleurs, pour les catholiques de la reg-îon, 
un nouveau raoycn de resserrer les liens qui les unissent et «de 
montrer qu'ils ne restcnt 6traiigers a aucune des grandes manir^s- 
tations de la pensee religieuse. Le programme ci joint peut donr3.«r 
une idee de ce que sera cette exposition. 

!• — L'exposition s'ouvrira le 14 juin 1874, dans les salon s ^^ 
Tancien hOtel de la Prefect ure du Nord. Elle sera close le 13 juill ^t. 
II. — Elle comprendra les objets suivants : 

1" Section. — Manuscrits ă miniatiires. 

Sous ce titre sont compris tous les travaux d'art de ce gen ^*^» 
depuis les origines jusqu'au XVIII' siecle. Les bibles historiees, ^ *^ 
6vang6liaires, les raissels, les livres historiques et autres de t^ ^^ 
colleciions publiques et privees renfermeiit des pages qui sont so *-^" 
vent d'admirables oeuvres, au point de vue de la composition et ^^" 
bon goQt. Cest d'ailleurs un des plus beaux âeurons de la couron^^^ 
artistique de la region du Nord. 



BXPOSITION d'OBJBTS d'aRT RBLIGIBUX 271 

2* Section. — Teinture. — £maux. 

La section de Peinture comprend surtout Ies oeuvres de l'^cole 
ancienne, qui a briile d'un si vif eclat dans notre contr^e. Les tableaux 
anterieurs k la Renaissance offrent un caractere profond^ment 
religieux, et ils sont a leur place naturelle dans une Exposition qui 
veut, avânt tout, bien preciser ce caractere. Toutefois, ii est, depuis 
Ia lîenaissance et jusqu'â T^poque contemporaine, bien des tableaux 
qui sont parfaitement religieux et qui doivent figurer dans notre 
Exposition, oCi ils sont 6galement k leur place. Cest donc un en- 
semble complet que renferme cette section ; elle n'excepte que les 
OBuvres des artistes vivants. Elle comprend aussi les dmaux peints, 
les autres 6maux faisant pârtie de Torfevrerie. On y joint encore les 
ivoires les plus anciens, couvertures d*evangeliaires ou diptyques. 

3* Section. — Tapisseries. — Broderies» — Tissus anciens. 

Les tapisseries de haute-iice, dans lesquelles la Flandre excella, 
iîomposent cette section qui est d*une importance majeure. On y a 
oint les Broderies, en tant que sâpar^es et formant un objet & part : 
:»r elles reviennent k un autre titre, dans la section suivante, comme 
pârtie integrante des ornem^nts sacerdotaux. Les anciens tissus, de 
toute provenance, sont admis dans cette section, ceux surtout qui 
ont servi dans les chăsses et pour les reliques des saints. 

4* Section. — Ornements sacerdotaux. — Autres objets en 

^toffe servant au culte. 

Cette section, sous ce double titre, comprend : Tamict, l'aube, la 
îeinture, la chasuble, la chape, la mitre et les autres ornements de 
*£vâque et du pr^tre. Elle renferme aussi les antipendia^ devdnts 
l*autel, les palles, les coussins de raissel et les voiles divers, en un 
Dot, tous les objets en âtoife qui servent au culte. 

5* Section. — Orfăvrerie. 

Dans cette section setrouvent les calices et pat^nes, Ies burettes, 



272 EXPOSITION O'OBJBTS D'aRT RBUGIBUZ 

Ies pyxides, Ies ciboires, Ies ostensoirs, Ies vases aux saintes huiles, 
Ies croix, Ies crosses, Ies châsses, Ies reliquaires, Ies encensoirs, 
Ies navettes, Ies bânitiers et beaucoup d'auties objets. A l'orfe- 
vrerie se rattachent Ies 6maux champleves et Ies emaux cloisonn^s. 

6* Section, — Objets en cuivre^ enfer, en bron:^ey enplomb 

servant au culte. 

Ici, se rangent Ies grands chandeliers des f^tes pascales, Ies 
chandeiiers d'autel et d'6l6vation, Ies lutrins, Ies couronnes de 
lumi^re, Ies bassins d'offrande, Ies lustres et lampes, tous Ies objets 
fabriqu6s au marteau, le repouss6 et le cisel6. 

7* Section, — Objets en verre, — Poteries. — Fatences. 

— Terres cuites. 

Les objets antiques en verre sont bien rares dans notre r^gion. 
En revanche, ii se rencontre bon nombre de ces objets â l'^poque 
du moyen-âge et plus recemment. Parmi les autres categories de 
cette section, ii y a une veritable abondance de sujets religieux : les 
carreaux ^mailles en sont un des plus beaux sp^cimens. 

8* Section. — Sculpture en pierre, marbre, ivoire et bois. 

On trouve ici les crucifix, les triptyques et polyptyques, les reta- 
bles, les chapelles, les statuettes, les slatues, les ex-voto en bas- 
relief, objets precieux et vari^s, conserv^s en grand nombre daos 

• 

notre r^gion. Ceux de ces restes v^nârables d'un passâ si pieux,qui 
sont encore rev^tus de leur ancienne polychromie, sont surtout 
dignes d'une 6tude attentive et de recherches sp6ciales. 

9* Section. — Medailles. — Insignes de pălerinage. — Sceaux. 

Les medailles de piet6, les grandes medailles religieuses comm^ 
moratives, les enseignes ou insignes de pelerinage, les sceauXt 
forment des coUections dont on coraprend maintenant rimportance, 
et qui rev6lent une foule de faits intiines de Phistoire de nosaîeux 
en m^me temps qu'elles prouvent leur touchante pi^te. 



LXPOSITIO.N DOUJKTS Ij'aUT .II'.îJfilEUX '21'S 

10* Section. — Objets divers ^ d*un caractăre religieux, 

ayant servi dans la vie privâe 

Cette categorie reaferme un nombre trop consid^rable d'objets, 
pour qu'oQ ait ă Ies mentionner ea dâtail. La pi^t6 ardente est de 
tous Ies instants et se mâle ă toutes Ies actions du fidele : c est dire 
qu*ici ie champ est immense et particuli^rement âdifiant : b^nitiers, 
croix portatives et autres, meubles, rosaires, etc., etc. 

III. — Les personnes qui se proposent de prendre part ă cette 
exposition devront s*entendre avec le Comite ou Ies Membres cor- 
respondants de leur contree. 

IV. — Le Comite d'organisation se r6servant le droit d'accepter 
ou de refuser les objets propos6s, ii sera n^cessaire, avânt iout envot^ 
d'adresser, au Prâsident du Comite ou aux Vice-Pr6sidents, une 
notice descriptive desdits objets. Si les objets sont acceptâs, ii sera 
envoy6 aux exposants une ou plusieurs adresses imprimdes, qu'ils 
mettront sur leurs caisses, afin d'âviter toute fausse direction. On 
pourra d*ailleurs s'entendre pour centraliser et simplifier les envois. 

V. — Les Comit^s catholiques du nord de la France se chargent 
des frais de transport et du d^ballage. Desmesures sontprises pour 
6viter Ie bris et Ie dâtoumement des objets; la Commission s'enten- 
dra avec une Compagnie d'assurances. 

VI. — A c6t6 de chacun des o'bjets expos^s sera plac6e une 6ti- 
quette contenant le nom du propri^taire. Le Comite se r^serve le 
classement. 

VII. — Un catalogue sera public d^s les premiers jours de Tex- 
position. II comprendra la description des objets, avec le nom de 
leur propri^taire. 

Vin. — Dans le mois qui suivra le jour de la cl6ture, les objets 
seront r^emball^s et renvoy^s ă Texpâditeur, aux frais des Comite 
catholiques du nord de la France. 

IX. — Toute reproduction, photographie, dessin ou publication, 
de quelque nature qu'elle soit, sera interdite, k moins d'une autori- 
s^tion sp^dale sign^e par le propri^taire. 

Le Vice-Prisideni^ Le Prieideni du Camitâ d'orgoniioKon, 

C. DEHAISNES. £. VAN DRTVAL, Chanoine. 

TOMS STlI. 90 



274 KXPOSITION D*OBJETS D*ART RELIGIKDX 

Adresser Ies notes et descriptions, soit â M. le chanoine Van 
Drival, k Arras; soit k M. Tabb^ Dehaisnes, Archiviste du Nord, 
i, Lille, qui s'empresseront d'envoyer tous Ies renseignements utiles 
aux personnes qui veulent exposer des objets d'art reiigieux. 

Voici Ies noms de quelques-uns des Membres correspoadanU : 
pour rarrondissement d'Hazebrouck, M. i*abbe Carnel, cure de 
Sequedin, par Haubourdia; pour la contr^e qui environne Le Câteau 
et Landrecies, M. Tabb^ Desilve, curâ k Basuel, par Le Câteau; 
pour le d^partement du Nord, comme pour tout ce qui concerne 
Texposition, M. Tabbe Dehaisnes, k Lille; pour le Pas-de-Calais, 
comme pour tout ce qui concerne l'exposition, M. Ie chanoine Van 
Drival, k Arras ; pour la contree qui avoisine Saint-Omer, M. le 
president Quenson ; pour le departeraent de la Somme, M. le cha- 
noine Corblet, k Amiens ; pour la Belgique, M. Tabb^ Delvigne, 
cura du Grand-Sablon, ă Bruxelles; M. le chanoine Bethune et 
M. Weale, k Bruges ; M. Jean Bethune, k Gând ; M. Jules Helbig, 
k Li^ge. 

Le bureau de la Commission de Texposition est ainsi compost : 

President : M. le chanoine Van Drival, â' Arras. 

Vice-presidenis : M. Tabb^ Dehaisnes, archiviste du departament 
du Nord, a Lille; M. Tabbe Corblet, directeur de la RetmedetArt 
chretien, k Amiens. 

Secretaire ginâral et trisorier : M. Champeaux, k Lille. 

Secritaire adjoint : M. Rigaux, k Lille. 

Tous Ies envois doivent 6tre adress6s k Tagent de Texposition, 
M. de Boninge-Bosquet, k Tancien H6tel de la Prâfecture du Nord, 
rue Royale, k Lille. 



CHRONIQUE 



Lbs Bourreaux du CimisT. — La nouveautâ de Ia thâse Urnise et 
soutenue par M. Edmond Le Blaat dans son Metnoire sur Ies bour- 
reaux du Christ, et la vivacit6 de l'opposition qu ii a rencontr^e chez 
M. Naudet nous font un devoir de mentionner rimportai\te adh^sioQ 
que M. de Rossi vient d'apporter au systâme de notre collaborateur. 
Dans le premier fascicule de son bulletin de 1874, le grand antiquaire 
italien recherchant queiles ont pu dtre Ies fonctions des saints 
N6ree et Achill6e, dont ii vient de retrouver l'inscription mătrique, 
6crit ce qui suit (page 22) : « Chez Ies roraains, Ies v6ritables soldats 
o n'etaient ni bourreaux ni ex6cuteurs ^les sentences de mort, 
« comme Ta pleinement demontrâ M. Le Blant dans sa savante 
a dissertation sur la cohorte de Pilate, nommâe par Ies âvang^listes 
c dans le recit de la passion de Notre-Seigneur. Mon illustre 
« collegue nous apprend d'ailleurs que, dans des temps tres-anciens, 
t Ies apparitores etaient nomraes mtliles et qu'on nommait miliţia 
o Yapparitio^ c'est-â-diro le corpsde ces officiales ou agents de jus- 
c tice, atUiches â chaque tribunal et a chaque prxses, qui sont si 
t fr^quemment rappeles dans Ies acta sincera des martyrs. » 

Plus loin M. de Rossi ajoute, en citant Ies paroles de M. Le 
Blant que si Chereas et Ies pr6toricns, ses compagnons d'armes, ont 
6te eraployes â des executions, ceFa n'a 6te, comme l'alteste l'histo- 
rien Joscphe, que par l'ordre illegal d'un tyran, violant toutes Ies 
lois et Ies reglcs de la discipline militaire (p. 23). 

Cette adhesion au principe sur lequel repose toute Targumenta- 
tion de M. Le Blant appuy^, comme on le sait, d'un passage de 
S. Augustin, a ici une haute importance ; elle ne pouvait venir d'uD 



276 CHRomQUE 

homme plus habile dans cette bistoire des premiers temps chrddeos, 
qu'il a renouvelde et comme traosfonn^e pai* la puissance de na 
lavoir et de sa p^n^tration. 

Rome. — Dans son dernier Bulletin (2*sârie, 4*ann6e, 1873), 
M. le commandeur J.-B. de Rossi faisait pr^voir une importante 
d6couverte, que des travaux postârieurs viennent de r^aliser. 

« Entre la voie Ard^atine et celle d'Ostie, s'etend Tioimense n6- 
cropole que Bosio croyait-^tre la râgion principale du dcnetidre de 
Calliste et qui aujourd'hui est connue avec une entiere certitude 
pour 6tre le v^Vitable cimetiere de Domitille, matrone de la familie 
de Domitien. Les terres sous lesquelles serpentent et s'entrelaceot 
en tout sens les galeries souterraines de cette insigne ntot>pole 
chrâtienne ont 6t& derni^rement acquises par S. Em. Mgr Xavier de 
H6rode, dans le noble but de favoriser et de provoquer les recher- 
ches de la Commission d'arch^ologie chr^tienne dans ces v^n^rables 
hypogâes historiques. Pour r^pondre k une si g^nâreuse iniţiative, 
on a tout d*abord attaquâ un monceau de ruines grandioses, au niveau 
du second 6tage du cimetiere. Le succes depasse d^jă nos esp^ran- 
ces. En effet, au lieu d'une simple crypte, nous trouvons une vaste 
basilique ă plusieurs nefs, soutenues par des colonnes, construite 
au sein du cimetiere souterrain, comme celles de Saint-Alexandre, 
de Sainte-Agnes, de Saint-Laurent ; et c'est lă assur^ment Tun des 
plus insignes sanctuaires signal^s par les topo^raphes sur TArd^a- 
tine. Quel en est le nom, quel est le vân^rable s^pulcre en rhoi> 
neur duquel un tel monument a 6t6 ârige? Cest ce que nous r^ve- 
lera peut-âtre quelque inscription historique. » {Bulletin d'at'ckeolo» 
gie chriitenne de M. de Rossi, âdition frangaise, publice par M. TabM 
Martigny, 2* s6rie, 18« ann^e, n« 4, p. 176-177.) 

La rev^lation s*est faite depuis ; Tinscription historique a 6te mise 
au jour. (( Au-dessous de Tabside de la basilique gisait un ânorme 
fragment d*âpitaphe m^trique en magnifiques caracteres damasiens; 
c'est la pârtie droite de l'^loge historique plac6 par le pape Damase 
sur le tombeau des martyrs Nâr6e et Achillee. Les corps de ces 
martyrs furent deposâs dans le cimetiere de Domitille, aupr^s de la 
&meuse P^tronille, qui, dans Topinion des anciens, aurait âte la fille 
de lapdtre saint Pierre. » (Note communiquâe par M. Tabb^ Mar- 
tigny au Courrier de. Lyon, 24 marş 1874.) Le prochain Bulletin de 



CHRONIQUB 277 

M. de Rosâ donnera tous Ies d^tails dâsirables sur cette impor- 
tante d^couverte ; le pieux et savant arch^logue y âtablira la dis- 
tînction entre la basilique des mdmes saints N^r^ et Achill^e, h 
l'intârieur de Rome, et celle que Ton d^couvre en ce moment hors 
des murs de la viUe. 

M. le comte Desbassyns de Richemont, dans une lettre adress^ 
au Monde (25 marş 1874), fait entrevoir ce que des travaux post^ 
rieurs pourront nous donner de r^v^Iations inattendues : « C*est 
dans un des biens patrimoniaux des deux Flavia Domitîlla^ Tune 
petite-fille, l'autre petite-ni^ce de Yespasien, qu*on fouille aujour- 
d'hui. Oq va se trouver au milieu d'un groupe de chr^tiens contem- 
poraîns des apdtres et t^moins de leur martyre. II n est pas d^fendu 
d*esp^rer que des fragments de marbres qu'on va recueillir, se pro- 
jetteront des lueurs sur quelques-uns des plus beaux probI6mes 
peut-^tre de rhistoire de TEglise. A quelle race et k quelle familie 
appartenait Ie pape Clement P'? Qui ^tait la fameuse matrone Plau- 
tîlla, baptiste par saint Pierre? P6tronille avait-elle quelque lien 
avec la familie imperiale? OCi 6tait le tombeau primitif de Flavius 
Cl^mens, le consul martyr, cousin de Domiiien ? Autant de ques- 
tions que je me borne îi poser, mais qui toutes naissent spontan^- 
ment dans Tesprit, lorsqu'on se trouve au sein d*une terre dont Thă- 



ritage est ^chu ă TEglise romaine d'une princesse de la familie 
imperiale des Flaviens. d 

La Basilique patriarcalk de Saint- Laurent, a Rome. — H y a 
i Rome plusieurs 6glises sous le vocable de S. Laurent. L'eglise dont 
lous allons nous occuper marqu^ Tendroit ou fut d^pose son corps. 

Au III* siecle, vers Tan 259, T^glise de Rome avait pour diacre 
im de ses plus glorieux enfants. Somm6 par le prefet de livrer Ies 
trâsors des chr^tiens, Laurent se hâte de Ies verser dans le sein des 
pauvres, puis ii rassemble un peuple entier de boiteux, d'aveugles 
et d'infirmes et dit au pr6fet : Voilă le tresor des pauvres. Le ma- 
^trat, irrite de cette r^ponse qu'il regarde corame une insulte faite 
k son autorit^, ordonne de saisir le diacre et de lui faire expier dans 
Ies plus horribles tortures son m^pris pour Ies ordres de Tempereur. 
En cons^quence, Laurent est brCil6 tout vivant, sur un gril, aux ap- 
plaudissements de Rome paîenne qu'enivre ce spectacle d'un nou- 
veau genre. I^aurent se rit des flammes et des bourreaux, prie pour 



278 CHRONIQUK 

le salut de Home, et meurt en chantant Ies louanges de Dieu. Ceite 
sanglante tragedie avait lieu sur la colline du Viminal, i rendroit 
oCi est bâti Saint-Laurent m Panepema. Or une dame, nommâe 
Gyriaque, illustre par sa naissance et sa fortune, poss6dait hors de 
Rome, sur Ia voie Tiburtine, une terre appel6e le champ de Veran^ 
ager Veranus. Elle s*empressa de i offrir pour Ia s6pulture de 
S. Laurent, et le pr^cieux d6pât fut plac6 par Ies soins du prttre 
S. Julien, dans une grotte^ appelee depuis Ia grotte Tiburtine, 

Ce fut sur cette grotte, ou catacombe de Ste Cyriaque, que Cons- 
tantin, toujours empress6 de repondre aux pieuses pensăes du pape 
S. Sylvestre, 6difia en 330, la basilique de Saint-Laurent-hors-les- 
Murs. Le pieux empereur dâploya, pour Tembellir, sa magnificence 
accoutum^e. L'eglise etait petite, mais richement orn6e; Targentet 
le porphyre rev6taient Ies parois des tribunes ; un tableau d'argent 
ciselâ repr^sentait, sur Tautel, le martyre du saint Diacre, et trois 
lampes, dont Tune 6tait d'or k dix becs, consumaient, nuit et jour, 
dans Ie sanctuaire. Ies parfums Ies plus prc^cieux. Au^dessus de cette 
lampe se balancait une couronne d'argent orn^e de 50 dauphins en 
argent, pesant 30 iivres. Des cette 6poque, elle fut compt6e parmi 
Ies âglises patriarcales. 

D6truite au V* siecle, la basilique de Saint-Laurent fut immddia* 
tement rebâtie sur un plan plus vaste par Galla Placidia, fille de 
Theodose. On rasa m^me pour Iui donner plus d*etendue une des 
collines dont le premier monument 6tait entour^. II est bien â re- 
gretter que Ie temps ait d^truit ce beau portique couvert quiycon- 
duisaitde la porte Tiburtine pendant tout le Moyen-Age. Ce portique 
avait plus d'un miile de long. Un portique sembkble existait entre 
S. Paul et la porte d'Ostie. Encore de nos jours, Bologne possede 
une galerie couverte de 635 arcades qui unit Ia viile ă la Madone de 
S, Luc, situ6e sur le couvent de la Guardia. D'aussi monumentales 
avenues revelent â la fois et combien etait grande la foule des pele- 
rins et combien etait genereuse la pi6te des peuples. La basilique 
fut reconstruite de nouveau par Pelage II, au VI* siecle. Modific 
enfin au VIIP par Adrien I (jui en changea la dii*ection, accrueau 
XIIP par Honorius III qui eleva le sol en 1216 et fit le portique, 
restauree aux XV% XVI* et "XVIP, cette 6glise vânerâe est rest^ 
â peu preş ce qu'elle etait â cette derniere epoque. 

En g^n6ral, voici rhistoire de toute basilique romaine : 1* ^^ 



CHUONIQUE '21[) 

emple paîen, comme un vaincu qui rend Ies arraes, lui donne ses 
«lonnes et ses premieres pierres ; 2^* Les catacombes, berceau de 
'6glise, lui fournissent des autels et des reliques ; 3" L'art chr^tien, 
ortant enfîn de ses souterrains, lui 6l6ve ses voiites, sa coupole ou 
;on docher qui fend la nue. Cette remarque d'un 6crivain moderne 
i*applique merveilleusement ă la basilique de Saint-Laurent. Quoi- 
jue restauree, elle a heureusement conserva son caractere primitif 
jt byzantin, et c'est une des plus curieuses 6glises de Rome par les 
)recieux vestiges qu^elle renferme de Tantiquitâ. Le portique est 
loutenu par six colonnes antiques d*ordre îonique et d6corâ d'une 
rise en mosaîque. On y remarque les anciennes peintures de 
5. Laurent baptisant S. Hippoljrte, et du couronncment de Tempe- 
eur de Constantinople, Pierre de Courtenay , par le pape Honorius III ; 

3 nouvel empereur et Jeule, sa femme, sont k genoux, tandis que 
e Pape leur donne tour â tour la couronne et la communion, pr6- 
ciices de la gloire du monde et de la gloire des cieux. 

Vingt-deux colonnes de granit oriental, ayant toutes des chapi- 
eaux d'un style et d'un diametre diffârents, divisent les trois nefs. 
)eux de ces colonnes prâsentent une particularit6 curieuse. Leur 
""olute, orn^e de grenouilles et de lâzards appel^s engrec Sauros et 
tatracos^ rappelle Tbistoire des attistes grecs Saurus et Batracus, 
acontee par Pline (1. 36). Ces deux artistes esclaves avaient consa- 
t6 des sommes consid^rables k agrandir et embellir le portique 
rOctavie, et ne demandaient pour recompense que le droit d'inscrire 
BUT nom sur leur oeuvre. Ce droit leur ayant 6t6 dâni^ par les ro- 
aains qui ne regardaient pas les esclaves comme des hommes, ils 
culpt^rent sur les chapiteaux des l^zards, afin que cette traduction 
variante de leurs noms les rendit immortels. 

La tribune est environnee de douze colonnes cannel^s de m^bre 
îolet, dont une pârtie est cach^e par Fexhaussement du sol, et 
ir^es du temple de Junon. Elles supportent un autre portique de 

4 colonnes, de dimension inferieure, mais aussi âl^gantes et 6gale- 
Qent cannel^es. Cette tribune appartenait k Tancienne basilique^ et 
»n la regarde conmie une ceuvre du VI' siecle, sous le pontificat 
le P6lage II. L*autel papal est isol6 et couvert d'un baldaquin sou- 
enu par 4 colonnes de porphyre. Dans le fond du presbytâre on 
.dmire une magnifique chaire pontificale, om6e de mosaîques tr6s- 
ines, et, en avânt de la crypte, deux ambons servant pour la lecture 



280 CHHONIOIK 

de l'epitre et de T^vangile pendant Ies synaxes, Ies deux plus grands 
et Ies deux plus riches de Rome. A Tentr^e de la basilique, contre 
un mur, on trouve un Enorme sarcophage antique, dont le bas-relief 
repr^sente Ies c^r^monies d*un mariage romain. II renferme le corps 
du cardinal Fieschi, neveu d'Innocent IV, qui est figura au-dessus. 

On descend ă la crypte par huit marches au bas desquelles 
s'6levent 12 colonnes, dont Ies quatre premieres sont en marbre 
vert et Ies autres en marbre de Păros. Enfîn nous terminerons cette 
6numeration des richesses artistiques de notre pr^cîeuse basilique 
par Ia belle mosaîque du pape P6lage II, situ6e au-dessus de la 
crypte sur Tare triomphal. Cette mosaîque du VI* siecle repr^sente 
le Sauveur sur un globe, d*une main tenant la croix, de l'autre 
b^nissant le monde. A sa droite, on voit S. Pierre et S. Laurent, 
avec un livre ouvert dans lequel on lit : Dispersii^ dedit pauperihu». 
Le corps de S. Laurent, Ies reliques de S. Etienne, premier mar^ 
tyr, apport^es de Constantinople, le corps de Ste Cyriaque et ceux 
d'un nombre incalculable de saints martyrs reposent dans cette ba- 
silique. 

N'oublions pas de mentionner cette grande pierre enchâsste 
dans le mur & droite sous des barreaux crois^s. Cest sur cette 
pierre que fut ^tendu le corps de S. Laurent apr^s son martyre. 
EUe est perele de six trous pour laisser ^couler le sang & terre, et 
porte encore Ies marques tr^s reconnaissables du sang brQlâ et de 
la graisse fondue. 

A Toccasion d*une vision qu'eut un saint moine, sacristain de 
cette 6glise au XIV* silele, ii s'^tablit dans Rome une d^votion qui 
s'est perp^tu^ jusqu'ă nos jours. Tous Ies mercredis, un grand 
nombre de personnes se rendent ă Saint-Laurent pour y faire c^l^brer 
des messes pour le repos des ămes du purgatoire, k la petite cha- 
pelle ^rig^e ă Tentr^e des catacombes et enrichie de nombreuses in« 
dulgences dans cette intention, comme Tindique l'inscription plac^ 
k Tentree de cette chapelle souterraine. 

(Correnpmdanee de Rome.J 



Bsvue de i'Art Chittini 




CHAPEUE DE N:D. DE LODKDES 



LA CHAPELLE 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 




I 



E lieu designe par la Sainte Vierge pour lui de- 
dier une chapelle ne pouvait etre ni la grotte 
elle-meine, ni ses environs sur la rive du Gave. 
La grotte presentait une enceinte beaucoup 
trop reduite en ses dimensions, et Ton ne pou- 
vait en aucune faQon songer k la modifier nota- 

blement, par respect pour Ies 
souvenirs qui s'y rattachent. 

Quant â la rive du Gave, 
des obstacles d'un autre ordre 
s'opposaient â Texecution d'un 
tel dessein. A peines'il a 6te possible d'y 
trouver, pour Tusage des pfelerins, la 
place d'une route convenable, dont toute la 
largeur a dA meme se prendre sur celle du Gave. Cette ri- 
viere n'est, en efiet, qu'un lîtde torrent impetueux, toujours 
trop etroit pour contenir Ies flots bruyants et rapides des 
grandes crues qui suivent Ies avalanches. 

(l) L de la Dîblc de CbarIcs-le-Chauye. (IXe silele.) 




TOMR XVII. ~ Juin 1S7-1. 



21 



282 * LA chapkllî: 

Restait le rocher qui domine la grotte et dont le flanc 
septentrional est completement abrupt. 

Facilement accessible du cote oppose a la riviere, cette 
petite montagne est comme une sorte de contrefort pour celle 
qui la domine immediatement, un peu au sud, et porte sur 
son flanc septentrional le gracieux et vaste plăteau des Es- 
pelugues. 

Quant au chemin public qui monte entre Ies deux, de 
Test a Touest, pour divers services d'exploitation rurale, ii 
devait necessairement etre maintenu. 

On n'avait donc a sa disposition que le roc deMassabieille. 
MaisM. Hippolyte Durând, architecte de TEtat^pourledio- 
cese de Tarbes, declara qu'on pouvait le convertir en une 
sorte de plăteau regulier, dispose de Test a Touest ; et qu'en 
outre, on pourrait y trouver, selon cette direction, la lon- 
• gueur necessaire a une chapelle convenable, y compris meme 
un chemin de ronde pour Ies processions. 

M. Durând avait eu Tinsigne honneur d'etre choisi pour 
architecte du monument en projet par Mgr Laurence, alors 
encore eveque de Tarbes. Afin de se donner assez de lar- 
geur entre le chemin d'exploitation rurale et le flanc si es- 
carpe qui domine la grotte, ii proposa : 1<» de reculer ce che- 
min vers le sud, et de Tetablir en deblayaut le pied de la 
montagne des Espelugues ; 2** de batir un mur de soutene- 
ment rattache au flanc septentrional de Massabieille et qui 
pât permettre de remblayer Ies inegalites de ce flanc, a la 
hauteur de 20 mfetres, sans nuire au libre aspect de Tcuver- 
ture de la grotte. 

C^est au printemps de 1862 que Ies constructions propre- 
ment dites commencerent par ce mur, qui fut bâti en talus 
depuis la base, et d une epaisseur moyenne de 2 mfetres, sans 
compter Ies sept contreforts qui Taccotent jusqu'au sommet. 



DE NOTRE-DAME DE LOURDKS 283 

Tracer ici des fondations reguliferes n'etait pas chose facile. 
La ou le constructeur esperait trouver le ferme, ii rencon- 
trait souvent des vides caverneux a remblayer solideinent. Et 
sur Ies points oii le vide etait in dispen sabie, c'etait le roc le 
plus refractaire dont on ne pouvait vaincre la resistance 
qu*au moyen de la mine. 

Memes difficultes pour le sommet de Massabieille, qui se 
trouvait dispose en forme de câne oblong de Touest â Test. 
Du reste^ ii n'etait pas de ces sortes de montagnes qui, du 
temps de David, fondaient comme la cire, monles sicut cera 
fluxerutU : le ciel ne voulait pas debuter, ici, par un tel 
prodige. 11 fallut donc le tronquer horizontalement, afin d'y 
preparer Tassiette du monument religieux, dont te projet 
arrete comprenait en elevatioij deux parties bien distinctes, 
â savoir : une crypte, et la chapelle proprement dite qui de- 
vait se construire au-dessus. 

On se mit donc, ici, a l'oeuvre, comme le mur de soutene- 
ment touchait a sa fin. Et apres deux ans d'un travail opi- 
niâtre, rien encore n'annongait Ies constructions, au-dessus 
du sol, aux nombreux pelerins qui, des diverses nations 
du monde, affluaient vers la grotte de TApparition. 

Aucun autel, meme provisoire, n'y etait encore dresse. 

Mais c'est surtout la grotte nue que Ies fideles venaient 
chercher, de fort loin, sur Ies bords du Gave ; c'est la grotte 
qu'ils voulaient voir, visiter en detail, toucher de leurs 
mains,et baiser avec un profond respect, comme relique in- 
signe. Plus heureux encore si, en quittant ce lieu venere, ils 
pouvaient emporter avec eux une plante, un petit rameau, 
ou du moins quelques feuilles de Teglantier qu'avaient foule 
Ies pieds de la Vierge Immaculee. 

Plusieurs meme y avaient grave leurs noms, des dates, 
des inscriptions. Et sur divers points, on avait enleve des 



284 LA CHAPELLK 

fragments de rocher violemmentdisputes aux parois, ou bien 
â la voâte naturelle qui surplombe, lorsque Tautorite dio- 
cesaine cruţ devoir intervenir. Elle ordonna de mettre 
un terme ii de telles manifestations d'un sentiment fort 
louable de sa nature, mais qui u'etait pas assez eclaire. 

A cette fin, une grille en fer fut solidement fixee a Touver- 
ture de la grotte. Au droit de cette barriere, on etablit, du 
cote de Test, une fontaine ou Teau miraculeuse, captee au 
fond de la grotte, vient couler constamment et se mettre nuit 
et jour a la disposition des pelerins par trois tubes. Une ins- 
cription gravee sur marbre blanc, k la face anterieure,repro- 
duit c^s paroles de la Vierge, adressees a Bernadette le 25 
fevrier 1858 : a 3llrc botrc & la foniaine et ooue ^ laper. » 

Cependant Ies travaux preparatoires se poursuivaient avec 
activite et sans relâche, malgre Ies nombreuses difficultes 
qu'opposait un sol des plus rebelles. On avait meme, avous- 
nous dit, prevu Tutilite d'un chemin de ronde, â decouvert, 
entre le mur de soutenement et Tedifice religieux. Un terre- 
plein se trouvait en outre menage avec intention, de Test a 
l'ouest, et ii formait, vers le milieu du rocher, un plăteau 
destine â recevoir la nef de la chapelle. 

En contre-bas et au droit des faces de ce terre-plein, on 
avait deblaye Tespace necessaire pour pratiquer des gale- 
ries qui devaient conduire a une chapelle souterraine, dont 
la place etait reservee k Taspect de Touest. II formait, vers 
le milieu du rocher, un plăteau destine a recevoir la nef de 
la chapelle ; et Ton pouvait se dire enfin, avec saint Luc, 
qu'elle etait reellement fondee sur la pierre inebranlable, 
fandata enim erai super petram. 

Quant au style adopte, dans Ies details de la construc- 
tion, on se prononţa d'autant plus facilement pour Ies for- 
mes ogivales qu'elles semblaient providentiellement indi- 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 285 

quees dans le voisinage, surtout k la triple entree des 
Espelugues. En effet, sur Ies trois ouvertures signal^es plus 
haut, deux s'elfevent sur le mame plan vertical ; et leurs 
courbes geminees reposent symetriquement au sommetd'une 
haute pile ebauchee par la nature, de manifere â fournir k 
Tart de construire un modele saisissant de force, d'elegance 
et de simplicite des plus remarquables. L'architecte s^arreta 
donc au style ogival, et donna la preference k celui de la 
premiere moitie du XIII» siecle. 

Or, hâtons-nous de reconnaitre qu'il a ete suivi avec une 
scrupuleuse exactitude, sans profusion d'ornements, comme 
aussi sans la moindre hesitation dans Tharmonie des lignes 
qui caracterisent Ies monuments de cette grande et belle 
periode de notre art chretien et naţional. 



II 



Le plan des eglises de quelque importance, qui furent 
construites au XIIP siecle, comprenait generalement une 
crjrpte plus ou moins etendue, meme dans le cas ou des corps 
saints ne devaient pas immediatement y venir prendre place. 
Cette construction etait alors envisagee surtout comme un 
souvenir des traditions des periodes anterieures. Et Ton y 
admit quelquefois des sepultures privilegiees. 

Or, de tres-bonnes raisons prises de Tetat des lieux, et 
meme aussi d'un interet d'edification publique, ont donne, 
ici, Theureuse idee de celle qui nous occupe. 

^ Les fondations venaient enfin de s'ouvrir pour recevoir Ies 
premieres pierres de Tedifice monumental, â commencer par 
Ia chapelle cryptale et ses galeries en projet. 

Or, les grandes lignes de cette crypte, d'apres une regie 



286 L\ CHAPELLK 

qui a peu d'exceptions, avaient dâ prendre la meme direc- 
tion que celles dont on etait convenu pour la chapelle pro- 
prement dite, puisqu'on devait Telever au-dessus. Elles 
etaient tracees de Test â Touest ; ce qui veut dire que Tedi- 
fice allait etre contre-oriente. 

Mais pourquoi, disent quelques pelerins, ne Ta-t-cupas 
oriente, de preference, c'est-a-dire dirige de Touest a Test, 
puisque tel fut Fancien usage pour un si grand nombrede- 
glises? 

Nous devousconvenir que lorientation fut, en eiFet, plus 
generalement pratiquee , en Occident , surtout depuis le 
regne de Clovis, dont le zele eclaire favorisa la construction 
de tant d'edifices religieux. 

Toutefois, beaucoup d'exemples prouvent encore qu'a 
toutes Ies epoques on a pu deroger a cette espece de regie, 
quand Ies circonstances le demandaient. 

On sait, du reste, que Tantiquite paîenne avait, elle- 
meme, lapratique de Torientatioii de ses temples. Vitruve 
en fournit la preuve. Mais ii ajoute : a si rien ne s oppose 
au libre choix de Tarchitecte ; » si vuHa ralio impcdiveril^ 
liberaque fiterit potestas. 

Or, c'etait le cas pour le rocher deMassabieille. Lagrotte 
de TApparition se trouvant presque a sa limite orientale, ii 
etait plus convenable de superposer un chevet qu'une porte 
d'entree, a cette petite encejnte, dont Mărie Iramaculee 
avait elle-meme fuit une veri table consecration a son culte. 

En second lieu, une construction fondee plus a Touest et 
au-dela de la montagne, c'est-a-dire sur la pente d une berge 
aussi elevee, eut complique le projet de depenses beaucoup 
plus considerables. 

Enfin, Tedifice religieux ne devait etre aborde, par la 
masse des pelerins, qu'au moyen de la route qui le rattache 



DE NOTRK-DAME DE LOURDES 287 

ii Lourdes ; et ii est evident que Taspect immediat du che- 
vet aurait ete beaucoup moins agreable que celui d'une fa- 
şade richement decoree, et en outre couronnee d'une belle 
fleche. 

Ce n'est donc pas sans motifs serieux que Tarchitecte a 
donne la preferencje uux dispositions actuelles de ses grandes 
lîgnes. 

Le terre-plein avec lequel elles s'harmonisent se trouve 
entoure de trois galerîes, commuDiquant entre elles, et dont 
Tune, bâtie â Test, relie Ies deux autres du sud au nord. 

Ces deux dernieres pourraient donc âtre considerees 
comme Ies bas-cotes d'une eglise, dont la nef centrale serait 
encore k deblayer. 

Elles se divisent Tune et Tautre en cinq travees quadri- 
laterales, toutes egales et semblables, et chacune d'elles a sa 
voute d'arete haute de 4 mfetres 12; chacune aussi a sa baie 
a jour, menagee en face d'une fausse arcade, qiii penetre 
dans le mur udosse au terre-plein. De plus, la profondeur 
de ces arcades a ete calculee de maniere a pouvoir j fixer au 
besoin autant de confessionnaux. 

Ces deux galeriesconduisentâlachapelle cryptale, comme 
Ies bas-cotes d'une eglise se dirigent vers le chevet. 

Nous voici donc dans une myste?rieuse enceinte dont Ta- 
bord penetre Tâme d'un sentiment profondement religieux. 

La premiere pârtie se divise en trois petites nefs parallfeles 
â Taxe de Tedifice. A droite et îi gauche, se trouvent en re- 
gard deux sacristies. Et en avânt, s'ouvre un venerable 
sanctuaire a cinq pans coupes, qu'entourent cinq chapelles 
rayonnantes. Douze colonnes accouplees rcQoivent sur des 
chapiteaux gemines la naissance des nervures obliques, ainsi 
que celle des arcs doubleaux qui portent la voute de cette 
pieuse enceinte. Et huit autres colonnes jumelles, disposees 



288 LA CHAPELLE 

i?ur d!^ux lîgnes pai^Ufeles, contribuent â maîntenir Ies 
voAtes oMongues qui courohnent Ies troîs nefs. . 

Le coticours des pfelerins est habituellement sî conside- 
rable qu'on eprouve le regret de ne pas rencontrer, ici, un 
mt6rieur plus degage de tous ces elements de force, recon- 
nns d'ailleurs indispensables. Leur dîsposîtion si parfaite- 
ment combinee du reste, et d'un aspeot saisissant, n'est pas, 
îl est vrai, aussi favorable qu'on le desirerait k la libre cir- 
ctilation de tant de fideles. Mais n'oublions pas que nous 
sommes dans une crypte, et que sa voâte, d'apres le projet 
general de ledifice, ne pouvait avoir que 4 m. 12 de hau- 
teur, sur 10 de largeur totale. II fallait donc, avânt tout, 
donner a cet elegant systfeme de compartiments voAtes, re- 
lies entre eux, une solidite qui mit h Fabri de toute preoc- 
cupatîon, surtout dans Tedifice bien autrement important 
qui allait couronner cet elegant chevet souterrain. 

Quoi qu'il en soit, et puisque la chapelle cryptale devait 
reposel' plus immediatement au-dessus de la grotte de l'Ap- 
parition, ii etait, ce nous semble, de toute convenance que 
son autel d'honneur fât dedie k rimmaculee-Conception de 
la Vierge Mărie. 

Cest aussi, en effet, celui qui fixe d'abord notre attention 
a Textremite occidentale de Taxe. Sa petite chapelle, a cinq 
pans coupes, est ornee de six colon nettes d'angle, qui portent 
sur leur chapiteau Ies nervures de la voâte ; et deux autres 
colonnes d'un plus fort diamfetre reşoivent la retombee de 
rarc-de-triomphe. Enfifii deux fenStres, en fonne de barba- 
cane comme celles des trois galeries, repandent dans ce 
cliarmant ^dicule une lumiere sagement temperee. 

A la surface des deux pans droits qui avoisinent son en- 
tr^e, de nombreux ex-voto, et des inscriptions commemora- 
trves grav^cs sur marbre blanc, rappelleirt d'une fagon tou- 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 289 

chante des faits miraculeux de guerison : ils expriment la 
reconnaissance des fidMes que Notre-Dame de Lourdes a fa- 
vorises de sa protection speciale, des Ies premiers temps qui 
suivirent la fondation de l'oeuvre. 

Le plan de cette premifere chapelle est^ dans tous ses de- 
taîls d'architecture, tout-k-fait le meme ponr Ies quatre qui 
suivent, â droite et a gaUche. 

Les deux, du cote meridional, sont dediees, la plus voi- 
sine au Sacre-Coeur de Jesus, et Tautre a saint Pierre. Celles 
du nord sont sous le vocable de saint Joseph et de saint 
Jean TEvangeliste. 

Et n'est-il pas, en effet, fort naturel que le disciple bien- 
airae du Rederapteur entre ici avec le premier Vicaire de 
Jesus sur la terre, dans le cortege intime de celle qui voulut 
bien etre sa mere, apres la mort de son divin Fils? 

Avânt de quitter la chapelle cryptale, nous ferons obser- 
ver que Tarchitecte a eu le soin de la mettre en communi- 
cation facile avec la chapelle superieure, au moyen de deux 
escaliers a vis : ils partent Tun et Tautre des sacristies, dont 
nous venons d'indiquer la place. Deux autres escaliers 
semblables ont aussi ete menages a Textremite orientale du 
terre-plein ; et leur porte d'entree, de ni veau avec les autres, 
ouvre immediatement sur la galerie transversale qui, a Tas- 
pect de Test, court du sud au nord. 

On comprendra facilement que ces deux derniers escaliers 
soient excluşi vement reserves, dans les jours de grand con- 
cours surtout, a Tusage du personnel ecclesiastique attache 
au service de la chapelle. Qu'il nous soit permis toutefois 
de franchir le seuil qui separe la galerie de la premiere 
marche, et de monter directement sur le sol de la chapelle 
proprement dite, qui est Tobjet le plus important de cette 
etude. 



290 LA CHAPJBLLE 



III 



Cest une chapelle que Mărie Immaculee a demandee a 
Bernadette Soubirous, et nuUement une basilique insigne, 
un edifice complique de plusieurs coHateraux, avec triforium^ 
transscpt, deambulaloirc et autres annexes, de nom, d'usage 
et de caractere divei's, qui se font admirer dans plusieurs 
monuments religieux eleves par Ies sifecles anterieurs, en 
rhonneur de la Reine du Ciel. 

Si Ton considere, dans'toute son etendue, Tespace qu'oc- 
cupe la chapelle de Notre-Dame de Lourdes, ii mesure, de 
dehors en dehors, 51°* de longueur totale sur 21 de largeur. 

Get edifice comprend : 

V A Texterieur, un porche surmonte d'un docher avec 
fleche, et aussi deux annexes du porche pour servir d'abri 
aux pelerins; 

2° A rinterieur, une nefavec choeur et sanctuaire, accora- 
pagnes de chapelles accessoires et de sacristies. 

La nef a dix de ces chapelles sur plan quadrilate'ral. 

Le sanctuaire en a cinq, qui sont bâties â pans coupes sur 
plan pentagonal. 

Ces cinq dernieres chapelles sont egales et semblables 
entre elles, sans exception, meme pour celle du centre, qui, 
assez souvent, prend plus d'etendue que ses voisines dans 
Ies eglises importantes. 

Nous devons faire observer que la disposition naturelle 
des lieux presentait, ici, unspectacle presque insurmontable 
a un tel developpement. Sans compter qu'il eHt ete inconci- 
liable avec un plan general qui devait, avânt tout, etre en 
harmonie avec la grotte deTApparition. 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 291 

Les cinq chapelles du sanctuaire rayonnent en h^micycle. 

Dans leur ensemble, elles composent cette couronne sym- 
bolique dont le XIIP siecle eut Theureuse idee d'entourer 
Tautel principal. Nous voulons dire celui qui, par son rang 
d'honneur, figure la tete du Christ et fait donner le nom de 
chevet au sanctuaire. 

Cet autel, par sa position non moins que par son impor- 
tance et sa valeur artistique, est le point de mire de Tedifice 
tout entier. 

La nef constiniite a Notre-Dame de Lourdes est la seule 
qu'ait du comprendre le plan adopte des le principe. Sa lon- 
gueur, dans oeuvre, est de 27 metres; sa largeur n en a que 
10 entre des piliers qui, h droite et a gauche^ lui servent de 
limite. 

Sur ces piliers reposent les grandes arcades qui ouvrent 
vers des chapelles laterales; ces chapelles forment, de Test 
â Touest, deux series regulieres parfaitement symetriques. 
Leur trace est quadrangidaire sur un plan identique, dont 
la profondeur est de 4 metres et Ia largeur de 5 metres pour 
chacune. 

Sur la premiere de ces dimensions et au droit des arcades, 
une voie commune, d'environ 1 metre 20 de largeur, ouvre, 
â partir des porches lateraux, un libre passage entre toutes 
ces chapelles et aboutit aux dehx sacristies. 

Cette voie, dont l'utilite est ici manifeste pour faciliter 
le service religieux aux jours des plus nombreuses reunions, 
longe toutes les chapelles laterales, soit a droite soit a 
gauche de la nef, et elle laisse neanmoins a chacune d'elles 
un espace tres-convenable. 

Le plan general rescrve egalement aux deux sacristies, 
dont nous venons de parler, la part jugee necessaire â leur 
destin ation. 



292 LA CHAPELLE 

Nettement dessinees^ au sud et au nord, en forme de pa- 
rallelogramme rectangle demâmes dimensîons, elles separent 
du chevet Ies deux rangs de ohapelles laterales, sans etablir 
le moindre contraste avec Tensemble et labonne ordonnance 
du plan. II est juste aussi de reconnaître que la parfaite 
regularite qui caracterise ce plan n'est pas moîns satisfai- 
sante dans son ensemble que dans ses divers details : condi- 
tion assez rare, du reste, dans des monuments de cette 
importance, mais qui, pour Notre-Dame de Lourdes, se 
concilie a merveille avec une simplicite des plus remar- 
quables. 

Cinq travees egales correspondent aux arcades qui sepa- 
rent ces dix chapelles du corps de Tedifice. La plus grande 
etendue de ces travees est raesuree, du nord au sud, par 
rentiere largeur de la nef ; mais, de Test ă Touest, elles n'ont 
que 5 metres chacune, comme Ies chapelles qui leur corres- 
pondent. 

Une sixieme travee prend, en face des deux sacristies pa- 
ralleles entre elles, 6 metres sur la longueur de la nef, dont 
elle emprunte exactement la largeur. Or, cette superficie, 
d'environ 60 metres carres, se prete admîrablement a tous 
Ies details du service liturgique. II est donc manifeste, jus- 
qu'ici, que la disposition de toutes Ies parties de Tedific^ 
porte le cacliet d'une etudie serieuse des conditions spe- 
ciales, qu'impose une chapelle de pfelerinage en grand re- 
nom. 

Au point ou nous sommes arrives, Fedifice qui nous oc- 
cupe menage un veritable choeur, avec grille de comraunion 
qui en suit le pourtour a hauteur d'appui, et qui penetre 
dans le sanctuaire, de maniere â figurer une esp^ce de deam- 
bulatoîre. 

Les deux escaliers a vis que nous avons signales dans \^ 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 293 

sacristies de la crjpte mettent celles de la chapelle en com- 
munication avec leurs etages superieurs, de meme qu'avec 
Ies combles des chapelles laterales. 

Les deux autres semblables qui partent de la galerie orien- 
tale de la crypţe conduisent au sol de la nef, â la tribune de 
Torgue, et enfin au-dessus des voutes soit de la tribune, soit 
de la nef. Les deux tourelles qui les renferment sont acco- 
tees aux fortes piles qui, au nombre de quatre, forment la 
base quadrilaterale d'un ravissant docher, dont la fleche en 
pierre couronne le centre de la faţade orientale. 

Un porche etait ici indispensable, sinon au complement 
de l'edifice, au moins comme abri fort utile aux fideles qui 
viennent le visiter. 

Or, nous ferons observer que, sur 6 metres de profondeur 
de Test â Touest, on lui a laisse, du sud au nord, toute la 
largeur du vaisseau lui-meme, ce qui donne environ 
100 metres carres de developpement, avec libre aspect de 
Test, du sud et du nord ; car dans ces trois directions, le 
plein mur est remplace par douze arcades dont la retombee 
repose sur trente-deux colonnes geminees. 

De ce gracieux belvedere, la vue se porte en toute liberte 
â Test, sur la viile de Lourdes et sur la curieuse citadelle 
qu'on a perchee a la cime d'un roc, sillonnee, en divers sens, 
de murs de defense et qui finit par âtre tranchee k pic jus- 
qu'ă la berge du Gave. 

Au sud, sont les nombreux sommets et les flancs si diver- 
sement accidentes des montagnes qui dominent de plus pr&s 
cette petite place de guerre, dont le donjon conserve encore 
sa belle ceinture de mâchicoulis. 

Au nord, c'est le bassin du Gave avec ses deux bords 
ombrages d'arbres et entoures d'une vegetation des plus fe- 
condes. 



294 LA CHAPELLE 

Plus loiu, se deroule une vaste plaine semee de mamelons 
enrichis de verdure ; et son etendue, plus degagee de proche 
en proche, finit par se confondre, â perte de vue, avec celle 
d'un horizon sanslimites. L'architecte a donc voulu prepa- 
rer ici une station des plus pittoresques, un delicieux repos 
au benefice des pfelerins. Car au terme de leur course, ils au- 
ront k gravir un long et tres-bel escalier monumental dontie 
projet est arrete. 

Cest au niveau de la crypte qu'on a eu Theureuse idee de 
pratiquer autour de la chapelle un chemin de ronde, dont la 
largeur, de 3 raetres en moyenne, se prete commodement 
aux processions. Une forte balustrade en fonte, dont la forme 
s'harmonise avec le style de la chapelle, est solidemeat eta- 
blie sur le mur de soutenement, afin de mettre Ies fideles â 
Tabri de tout accident, soit autour du chevet, soit du cote 
de la riviere. Mais son elevation, a hauteur d'appui, ne sau- 
rait gener en aucune fa^on Taspect des divtrs point de vue, 
dont la perspective est ici des plus ravissantes. 

Si, par ce chemin de ronde, vous faites en observateurle 
tour de Fedifice, a partir de la base du docher, vous ren- 
contrerez, sur chaque face laterale, trois zones de fenetres 
qui correspondent aux trois etages de Tedifice, c'est-â-dire 
â la crypte, aux chapelles laterales et a la nef . Et toutes ces 
fenetres alternent au nombre de cinq dans chaque zone, 
avec autant de contreforts, jusqu'â la place qui est ordinai- 
rement reserveeâ la saillie du transsept. 

L'art chretien a donne ce dernier nom â un excedant de 
largeur, regulierement menage dans le plan de beaucoup 
d'eglises, entre la nef centrale et le chevet, afin qtie dans 
son ensemble Fedifice reproduise la forme d'une croix. 

Presque toujours Ies deux croisillons qui resultent decet 
elargissement sont en ressaut bien sensible sur Ies murs de 



DE NOTRE-DAMK DE LOURDKS 295 

face, Neanmoins, Ies exceptions sont assez iioinbreuses, et 
elles s'imposent naturellement lorsque Tarchitecte manque 
d'espace libre au droit de ces deux murs. 

Or,nou8 avons deja fait observer que tel est le cas pourle 
plăteau, regularise a si grands frais sur le rocher de Massa- 
bieille. 11 a donc fallu se coatenter, a la limite exterieure 
des chapelles laterales, d'indiquer la saillie en question par 
un leger ressaut, et aussi par des contreforts plus vigoureux. 
En elevatioii, ils encadrent le plein mur qui, du reste, 
change ici de caractere, dans toute sa hauteur, et accuse 
trcs-avantageusement la place traditionnelle du transsept. 

Toutefois, a la zone de lacrypte, qu'un large cordon se- 
pare des deux autres. Ies fenetres gardent leur forme et 
leurs petites dimensions. 

Mais a la deuxieme zone, ii fallait eclairer bien autre- . 
ment Ies sacristies, ce que Tarchitecte a eu le soin de faire, 
sans meconnaître l'avantage qu'il y aurait a rompre, h cette 
occasion, la monotonie des zones par une elegante fa9ade â 
double pignon. 

Le premier de ces deux couronnements triangulaires s'e- 
leve, entre deux pinacles a crossettes, jusqu'â la ligne de 
jonction, fixeo entre le mur de face et la toiture qui couvre 
Ies chapelles laterales. Or, c'est entre la corniche a modil- 
lons de ce toit inferieur et le cordon qui limite la hauteur 
de la crypte que sont menagees Ies baies des deux sacris- 
ties. 

Deux arcatures jumelles, a cintre d'ogive sur colonnettes 
elancees, encadrent la place reservee k ces deux baies, au 
meme niveau superieur que Ies fenetres des chapelles late- 
rales. Et sous chaque cintre s'ouvre une baie plus reduite, 
d'une autre forme que celle de la mame zone, mais plus rap- 
prochee du s« ], commeil convenait a la destination speciale 



29G LA CHAPELLE 

de ces deux fenetres. Ajoutons qu'uae rose independante a 
ciaq lobes, regulierement decoup^s, fournit â rinterieur de 
Fetage superpose son contingent de lumifere. 

Pour augmenter le bon effet que produit sur Ies deux fa- 
şades laterales cette ornementation exceptionnelle^ et si 
propre k figurer la place du transsept^ rarchitecte a ajoure 
de cinq lobes une rose qui s'epanouit dans le tympan da 
premier pignon entre deux pinacles â crochets^ omee de ga- 
bles unis. 

Mais nous voici parvenus â la r^gion du chevet, que nous 
avonsdeja vu entoure de cinq chapelles. Aucune S8illie,sâuf 
celle descontreforts, n'accuse, sur le chemin de ronde, celles 
qui bordent la nef a Tinterieur. Or, ii ne devait pas en etre 
ainsi des gracieux edicules qui, dans le chevet, forment en 
plan la couronne mystique du maître-autel. 

A Texterieur la disposition d'ensemble avait reserv6 une 
largeur a peu preş double k la pârtie du chemin de ronde 
qui, autour de ces cinq chapelles, est destinee aux proces- 
sions. Cest donc sousun angle beaucoup plus ouvert que se 
presente ici, a nos regards, Televation du mur de face avec 
tous Ies ressauts qui Taccompagnent, au benefice de la crypte 
et de Teglise proprement dite. 

De ce sol uni et k decouvert. Ies cinq edicules rayonnants 
s'elfevent avec elegance ; ils montent sans confusion de li- 
gnes, depuis leur base pentagonale jusqu'â la corniche com- 
mune que nous avons deja vue ornee de ses modillons. 

Quant a leurs combles, en pyramide tranchee verticale- 
ment pr^s du sommet, ils rattachent k une mame hauteur le 
point de concours de leurs aretes qui,toutes, vonts'eteindre 
au droit du cordon de la troisieme zone. 

U est evident qu'autour d'un chevet ainsi coordonne. Ies 
contreforts pouvaient disparaitre sans inconvenient. Aussi 



DE NOTRE-DAME OB LOURDBS 297 

Tarchitecte Ies a-t-il supprimes; Mais du glacîs du cordon 
quî couroime la crypte, s'elevent des colonnettes d'angle 
dont le flit deux fois annele sur sa hauteur, rompt la vive 
arete qui devait naître de la renpontre des pans coupcs. 

Entre ces colonnettes s'ouvrent des fenetres afin d'eclai- 
rer Ies cinq chupelles rayonnantes, de maniere â repandrc, 
par des baies ogivales, le jour indispensable au service re- 
ligieux. 

On comprend facilement que ces baies puissent etre, ici, 
plus reduites que dans Ies chapelles laterales, bien qu'elles 
s'elivent a la hauteur de celles qui e'clairent la deuxieme 
zone. 

Cest dans la troisieme zone que regnela claire-voie, c'est- 
â-dire la serie des hautes fenetres. On Ies a combinees, a 
Texterieur, avec un systcme d'arcades simulees, dont Ies 
cintres portent leur ele jusqu'au contact des modillons de la 
corniche superieure. 

Or, de ce parti-pris, qui a eu Tavantage d'economiser Ies 
materiaux, en reduisant ici Fepaisseur des murs de face, 
resulte, en outre, un element d'ornementation que comple- 
tent des colonnettes jumelles, adossees au tympan exterieur 
des fausses-arcades. Ces colonnettes se dressent entre le der- 
nier glacis des contreforts et leur amortissement, mis en re- 
lief un peu plus haut que le chenal du grand comble. 

Nous ferons observer que toutes ces fenâtres de la zone 
superieure ont a peu preş la largeur de celles des chapelles 
laterales; mais elles sont sensiblement plus elancees que ces 
dernieres, ainsi que semblait le demander cette hauteur 
d'environ 14 metres au-dessus du chemin de ronde. 

Toutefois, a partir de la portion du mur de face qui cor- 
respond aux sacristies, la fenfetre s'elargit considerablement 
mais elle se divise en deux baies geminees dont Ies cintres 

TOMfi IVII. 2S 



298 LA CHAPELLE 

en ogive preiment naissance ii un meneau central. Cinq co- 
lonnettes decorent, en outre, la fagade exterieure de leurs 
pîeds droits, et une rose â cinq lobes â jour rehausse Taire 
du tympan qui accompagne ces deux ogives. 

Un peu plus haut se dessine en archivolte commune, une 
forte moulure qui leur sert d'encadrement superieur. Par- 
dessus Ia corniche du grand comble, un second pignon a 
rampants unis se dresse en avânt de la toiture, entre deux 
pyramidions ornes de gables et enrichis de crossettes ; et en 
amortissement definitif, est plantee une croix de pierre dont 
Ies branches nimbees se dessinent un peu plus haut que la 
crete metallique qui couronne le faitage. 

Enfin, entre Ies rampants de ce dernier pignon, Tarchi- 
tecte a ouvert une baie geminee dont Ies deux cintres en ogive 
portent sur le chapiteau d'une colonnette centrale. 

Aussi Toeil se repose-t-il agreablement sur Taire dii tym- 
pan qui, malgre la simplicite de son architecture, termine 
avectant de convenanceTharmonieuse combinaison des li- 
gnes, dont Tensemble caracterise ainsi, ordinairement, Iş 
point culminant destranssepts. 

II est bien evident que dans Tintention de Tauteur d'un 
tel projet, cat ensemble d'ornements reserves aux deux mu- 
railles qui encadrent le choeur, au sud et au nord, devait 
trancher sur tout ce qui Tentoure. Or, TeAfet calcule est ob- 
tenu avec un tel succfes qu'il ne saurait echapper a l'obser- 
vateur le plus vulgaire, malgre le voisinage d'un chevet si 
heureusement rehausse de chapelles rayonnantes. 

Toutefois, c'est â la farade principale que Tarchitecte a 
reserve ses sbinsde predilection. 

Les faşades laterales sont, generalement, tris-secondaires 
reiaţi vement k celle qui nous occupe. Et celle-ci est appelee 
principale dans presque toutes les eglises, surtout a raison 



DE NOTRL-DAME DE LOURDES 299 

de rimportauce que lui donne, sur Ies autres, Tornemeuta- 
tion dont rembellissent, de concert, Tarchitecture, la sta- 
tuaire et Ia sculpture d'ornementation, qui s'y montre si fe- 
conde dans la variete des motifs qui lui sont propres. 

S'agit-il, par exemple, d'un beau monument, construit a 
grands frais, dans le vrai Moyen-Age ? Miile ornements di- 
vers s'unissent pour rehausser sa faQade principale : dais, ai- 
guilles, pinacles, fleurons, rinceaux, stătu es, reliefs, figures 
fantastiques, symboles, allegories, souvenirs historiques des 
deux AUiances s'y developpent a Fenvi, selon Ies lois d'une 
symetrie pleine de gout et d'un veritable interet. 

Au point que Ies broderies de pierre deviennent plus de- 
licates et semblent flotter au gre des vents, on voit naître et 
s'elancer avec aisance ces clochers a jour, ces flcches a clo- 
chetons aeriens^ de dimension et de hauteurs si diverses. 
Cest comme une lutte de vegetation de pierre â travers Tat- 
mosphere, aspirant a atteindre le Ciel afin d'y porter, juS- 
([u'au trone de Dieu, la bonne odeur de Tencensavec le tri- 
but quotidien de la priere publique. 

Quelle riche et splendide parure ! Faut-il s'etonner qHe 
dans Ies coeurs droits, elle realise comme un avant-goftt des 
abords de la Cite celeste, une invitation sublime, tin attrait 
irresistible a penetrer dans Tinterieur de nos templeS; qui en 
sont ici-bas la figure, lielas ! si imparfaite ? 

Cest bien la le sentiment profond, la pensee eminemmeat 
chretienne qu'a voulu reproduire rarchitecte de IS'otrfe- 
Dame de Lourdes. Mais, se trouvant limite aux ressources 
dont ii dispose, pouvait-il lutter, sur le roc de Massabieilte, 
avec Ies belles faqades de Reims, de Bourges, d'Aniiens, de 
Chartres, de Paris, etc, etc. ? 

Nous avons deja fait observer qu'il construit une chapelle 
de pelerinage tres-frequentee. 11 ne pouvait donc guere se 



300 LA CHAPELLK 

dispenser de mettre â la dispositîon des fidel es un porchequi 
pât, â roecasion, servir d'abri et se preter au repos. 

Or, rarchitecte, dilatunt ceporclie de mîuiijre a donner 
au clocher un empâtement couvenable, Ta d<îcore, a droite 
etâ gauche, d'une elegante colonnade dont la bonne ordon- 
nancesaisit au premier aspect. Elle est, d'ailleurs, en par- ..- 
faite harmonie avec Tentree a triple voussure concentrique ; . 
et sur colonnes, que six arcades de fer encadrent a Taspect * . 
de rOrient. 

Cette entree, vers laquelle doit se diriger, de Test k . 
l'ouest, Tescalier monumental, gecouronned'un pignonsur»- . 
eleve, dont Ies rampants sont rehausses de crosses veg^ . 
tales. 

Et, dans Taire du tympan, ori a menage une rosaoe ^ 
aveugle â huit lobes, dont le cadre, en fort relief, est ca» " 
tonne de trois petites rosaces sculptees sur fond, dans le mâov "^ 
goAt. 7>, 

A ce niveau, deux pinacles surmontent Ies contrefor*^\î * . 
d'angle, au droit des chapelles laterales. Ils se dressen 
jusqu'â la hauteur d'environ 4 metres, comme deux sate 
lites preposes a la garde de Tentree de Tcdifice Ces deux] ^ 
nacles sont peu distants des deux tourelles d'escalierc 
flanquent la tour centrale. Et au-dessus du pignon, Taro! 
tecte a orne le mur de face de cette tour d une ample rwv 
rayonnante, k douze trfefles translucides, que le soleil le?. 
illumine, au benefice de la chapelle entiere. 

Un systferae d'arcades aveugles porte, en extra-do0.. 
contour. de cette briliante rose. Et, par-dessus le cor 
qui rarrete en elevation, d'autres arcades de mame ge. - 
mais trois fois plus elancees, el6vent leurs cintres'tril 
jusqu'â la naissance de Tetage destine a recevoir Ies doc 

Nous voici donc parvenus a la hauteur de la voAte 









DC XOTRE-DAME DE LOURDES 30 i 

rieure du beffroî. Le cordon â large glacis dont nous venons 
de parler Taccuse a Texterieur, juste k la hauteur du faîte 
de la chapelle. 

A partir de ce niveau, le beffroi monte de 12 metres, 
flanque de ses doubles contreforts d'angle, dout le glacis eu- 
perieur est decore d'imbrications. Et sur ses quatre flancs, 
de grandes baies jumelles donnent aux cloches toute facilite 
de faire entendre, au loin, leurs volees solennelles dans la 
direction des poiiits cardinaux. A cette hauteur repond la 
base d'une fleche octogonale ornee de quatre lucarnes a pi- 
gnons feuiUages, et cantonnee de cloch^tons qui sont destî- 
nes a racheter Ies angles du quadrilatere. Cette fleche porte 
a 2i metres plus haut la croix metallique dont elle se cou- 
ronne, et qui, toujours radieuse, oppcse une si forte resis- 
tance aux plus violentes agitations de Tatmosphere : 

APTISQUE JUNCTA NEXIBUS 
RELUCET IN FASTICIO. 



IV 



Mais ii est temps de revenir k Tinterieur de la chapelle, 
et d'etudier, en elevation, un plan d'ensemble dont nous 
n'avons donne que Tichnographie. 

Toutefois, avânt de quitter le porche, reconnaissons que, 
de ses trois portes, jTratiquees dans lepaisseur du mur-pi- 
gnon, deux ouvrent directement sur Ies voies qui conduisent 
aux sacristies, tandis que Tentree principale est dans Taxe 
de la nef. 

Arretons-noiis devant cette double baie, de si bonne allure; 
mais exprimons le regret de ne pas trouver Ies voussures 



302 LA CHAPELLE 

couceutriques dont elle se couronne ornees de niches et peu- 
plees de personnages, comme on le voit a la faţade de tant 
d'eglises duXIIPsiecle. L'architecte aurait bien voulupou- 
voir figurer ici, pour redification des pelerins, le triomphe 
de. la grâce sur Ies âmes chretiennes, c*est-â-dire Tinvincible 
courage des martyrs, le zele des confesseurs de la foi, et 
celui des saints pontifes qui en ont ete Ies propagateurs ou 
Ies gardiens; Tinviolable purete des vierges, avec le devoue- 
ment a toute epreuve, et rheroique resignation des saintes 
feuunes; enfin, Tardente sollicitude des anges et des autres 
membres de la milice celeste qui veillent, a Tentree de tant 
d'auţres eglises, autour du trone du Christ redempteur. 

Ce vaste poeme de la vie chretienne ne pouvait pas trou- 
ver ici sa place, faute de ressources; et Tarchitecte adii se 
contenter de dresser, sur le tympan de la porte centrale, un 
trone ou nous voyons Jesus assis, nu-pieds et la tute ornee 
du nimbe crucifere. De sa main droite, ii benit Ies pelerins, 
convies par sa divine Mfere. 

Autour de son aureole oblongue et quadrilobee sont Ies 
quatre symboles ailes de ses Evangelistes. A sa droite est 
representee la nature humaine du Verbe incarne, et au- 
dessous rugit le lion du desert. A sa gaucbe, plane Taigle des 
sublimes revelations, au-dessus du veau qui rappclle Ies sa- 
crifices de Tancieune AUiance. 

Plus bas encore, et â la face extcrieure du trumeau qiii 
partage cette poite en deux compartiments egaux et sem- 
blables,Marie-Iminaculee, ramenant ses deux raains croisces 
sur sa poitrine, inspire le recueillement â ses fideles servi- 
teurs, accourus de loin pour visiter son sanctuaire. « N'oii- 
« bliez pas — semble-t-elle nous dire — que c'est ici la 
« maison de Dieu^ non est hic aliudy nisi clomus Deij que je 
« vous ai menage, nioi-meme, Tentree de ce temple privile- 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 303 

« gie, et que, de plus, je suiş la vraie porte du Cîel dont ii 
« est rimage symbolique. » 

a ~ Secourez, 6 Refuge des pecheurs, secourez ceux qui, 
« apres de tristes chutes, viennent se relever, sous votre 
« egide, et repreudre courage pour naviguer jusqu'au port 
« du salut. » 

La nef oii nous entrons est haute de 19 metres sous ele de 
voflite ; et, comme sa largeur n'en a pas plus de lO, Ies pro- 
portions qui resultent de ces deux dimensions sont, pour un 
observateur experimente, d un tres-bon eflFet, puisque la 
liauteur est preş du double de sa largeur. Sans compter que, 
par un effet d optique sagement calcule, Ies groupes des 
bautes colonnes qui, depuis le sol s*elevent jusqu'â la nais- 
sance des arcs doubleaux, favorisent Ies conditions d'une 
hauteur totale en apparence plus considerable. 

Cette voUte est d'aretes, avec nervures dont le style est 
bien de la premiere moitie du XI IP sifecle, epoque choisie, 
avons-nous dit, pour Fensemble de Tedifice. Ainsi, chaque 
arc doubleau est borde, en son contour, d'une moulure to- 
rique, perpendiculaireraent augrand axe deTedifice; tandis 
ju'un double torillon accompagne Ies tores qui, dans 
l'entre-deux des arcs doubleaux, suivent obliquement la di- 
rection des nervures jusqu'a leur intersection â une ele 
saillante. 

Ces sortes de cles se retrouvent sur tous Ies points ou vont 
5e croiser Ies nervures obliques, et Ton en compte sept qui 
toutes sont rehaussees de moulures au pourtour et d'orne- 
ments sculptes a la face anterieure. Cest ainsi qu'â celle du 
sanctuaire, cette face porte en relief le blason de Pie IX ; 
:elle du cliopur rappelle Ies armes de Mgr Laurence, fonda- 
teur de Ta^uvre, et la premiere de la nef reproduit le sceau 
episcopal de Mgr Pichenot, ancien eveque de Tarbes. Un 
«implc ornement feuillage decorc toutes Ies autres cles. 



304 LA CHAP£LLS 

Nous avons fait observer, k Texterieur, que trois zoncs 
se partagent Televation de Tedifice, en son ensemble, et 
nous en retrouvons le meme nombre â Tinterieur, abstrac- 
tion faite de la crypte, a savoir : la zone des grandes arcades 
qui ouvrent sur Ies chapelles late?niles ; celle des hautes fe- 
netres dont la serie continue forme la claire-voie ; enfin Ia 
zone interme'diaire qui rappelle ici le (rifonum. 

Ce dernier mot, invente avec assez peu de bonheur par 
Ies archeologues anglais^ designe Tetage qui regne souvent 
sur tonte la largeur des nefs laterales, et qui re^oit le jour 
de la maitresse-nef, au moyen d'arcades ouvertes un peu 
plus bas que la claire-voie. 

De la, ii est facile de conclure que le Iriforiinn propre- 
ment dit n'est praticablc que dans Ies grandes egliscs. Et 
comme ii couronne Ies collateraux, ii n'etait pas possible de 
le comprendre dans le plan de la chapcUe de Lourdes; car, 
faute d'espace disponible, du sud au nord, la nef ne pouvait 
pas etre accompagnee de bas-cotes : c'est encore beaucoup 
qu'on ait pu lui donner des cliapellcs laterales, qui devaient 
etre d*une si grande utilite. 

Ce sont, avoiis-nous dit, c^es series d*arcades ouvertes sur 
la nef centrale, au-dessous des hautes fenetrcs qui, â Tinte- 
rieur des grandes eglises, accusent la presence du Irifvwm, 
Mais ii arrive tres-souvent que sa profondeur est reduiteâ 
un tel point qu'elle ne s'otend que sur l'epaisseur des murs. 
Cest ce que Ton voit a la metropole d*Auch, par exemple, 
ou cet etage, loin de prendre tonte la largeur des bas-cotes, 
est une simple galerie, dont la balustrade ne voile a nos 
regards qu une coursiere de O m. 70 cent. de largeur, sous 
voâte oblongue de 4 m. de hauteur. 

11 ne faut donc pas trouver etrange que, dans beaucoup 
d'edifiCes religieux, moins importants que cette catliedrale, 
la coursiere elle-meme se trouve supprimee. On s'est alon 



mS NOTRE-DAMB DB L0URDB8 305 

contente de menager des arcades avengles^ simulees dans Ie 
plein mur, et qui prennent, sous cette forme, le nom d'ar- 
catures. 

Dans Notre-Dame de Lourdes, leur serie, regulierement 
interrorapue par Ies groupes des hautes colonnes, rappelle 
Ies arcades qui, ailleurs, eclairent le tnforinm. Mais elle ne 
realise qu'un ornement d'architecture qui, avec ses clegantes 
colonnettes, nous semble fort digne de tous Ies autres; et ii 
s'etend â toute la zone intermediaire. C'est-a-dire que ces 
arcatures accompagnent Ies deux autres zones, depuis le 
mur oriental jusiu'u rextreiuitd occidentale de Teditice. On 
en voit m5me, a titre de simple decoration, une petite serie, 
a droite et a gauche de la tribune de Torgue, que Tarchitecte 
a menagce sous le docher. 

Kemarquez, avânt d'aller plus loin, que cette division 
de la uef par zones est horizontale. Mais, verticalement, 
Tedifice se partage en dix travees, cinq a la nef et cinq aux 
chapelles absidales, sans compter latravee exceptionnelle du 
choeur, que nous avons constate etre au droit des sacristies. 

Enfin, a cliaque travcc correspondent uniformement, soit 
k droite, soit a gauche, une arcade, un groupe d'arcatures, 
une haute fenetre avec son formeret, et, de plus, un sys- 
teme de nervures symetriquement distribuees a la surface 
de la voâte, dans Tentre-deux des arcs doubleaux. 

La regularite n'est donc pas moins complete, en eleva- 
tion, a rinterieur qu'a Texterieur de cet edifice. Et c'est 
encore cn donnant plus de valeur aux ornements d archi- 
tecture qui lui sont propres que la travee du choeur em- 
peche cette regularite de se convertir en monotonie. 

Cest ainsi, par exemple, que si dans la nef Ies colonnes 
groupecs sont au nombre de trois, soit au sud soit au nord, 
dans le plan vertical des arcs doubleaux, — on en compte 
cinq dans la travee du choeur, attendu que leurs arcs don- 



30& LA CHAPELLfi 

bleaux out uiie plus grande importance, Qt camme force et 
Gomme ornementation. 

Si dans la nef, Ies arcatures de la zone intermediaire qui 
rappellent le triforium sont au nombre de quatre pour 
chaque travee, — nous en comptons six a celles du chceur. 

Si dans la nef, chaque travee a, dans la zone superieure, 
sa fenetre archivoltee, avec cintre et ogive portant sur co- 
lonnettes, — la travee du chcEur a deux baies geminees, de 
meme forme, de memes dimensions et de meme valeur; et 
de plus, elle a un quadrilobe dessine dans le plein mur, eta- 
lant ses decoupures vegetales sous une archivolte commune 
d'un plus grand dîametre. 

De meme, si dans la nef chaque travee a son arcade regu- 
lierement etablie sur colonnettes groupees autour de chaque 
syst^me de hautes colonnes, de maniere a dissimuler la force 
des piles qui portent Ies hautes murailles, sud et nord, — 
dans la travee du choeur, Tarcade, devenue impraticable, 
est remplacee par un mur de cloture. Et, comme an nepou- 
vait pas Feviter, on a eu le soin d'orner de lignes d'archi- 
tecture la nudite de ce mur. 

Une porte de communication avec chaque sacristie etait 
indispensable. Mais elle est accompagnee d'un ensemble de 
moulures et de colonnettes, qui ne contrastent en aucune 
faQon avec sa simplicite. Une colonne engagee divise ce 
mur en deux parties egales, et sur son chapiteau repose la 
retombee de deux arcatures jumelles, mises en parfaite re- 
lation, comme hauteur, avec Ies arcades qui ouvrent vers 
Ies chapelles laterales. Enfin, dans chaque tympan, on a 
place une rosace quadrilobee, aveugle et archivoltee, comme 
simple ornement du choeur, mais sans utili te pour Tinte- 
rieur des sacristies, que, du reste, le XIIP siecle u'etablis- 
sait jamais a cette place. 

4joutQns m^me que Ies eglise& de cette periode n^en 



DE NOTRE-DAME DE LOURDES 307 

avaient ordinairement d'aucune espece. Les edifices qui, 
ians le voisinage, etaient consacres â riiabitation du clerge, 
Y suppleaient largement, comme depot des objets plus ou 
moins precieux qui servaient aux divers details du culte 
public. 

Ce que nous appelons ici le choeur tirait son nom tradi- 
tionnel du choeur des chantres qui s'y reunissaient, pendant 
les offices, afin d*executer ou la psalmodie ou les chants sa- 
cres que prescrit la liturgic chretienne. 

Et, pour un edifice qui, au XIIP siecle, aurait ete bâti 
selon le plan que nous etudions, notre choeur serait Tinter- 
transsept, c'est-â-dire Tentre-deux des croisillons dont les 
sacristies ont dâ prendre la place dans la chapelle de Notre- 
Dame de Lourdes. 

Si donc ii nous etait permis de supposer qu'on voulât ici, 
un jour ou Tautre, reproduire, a Tinterieur et sur Tensemble 
du sol un vrai transsept, c'est-a-dire la grande figure de la 
croix, qu'arriverait-il ? 

Les deux murs qui encadrent actuellement le choeur se- 
raient demolis avec prccaution, et aussi sans prejudice ni 
pour leurs quatre piliers sensiblement plus vigoureux que 
tous les autres, ni pour les grandes arcades dont ils equi- 
librent la retombee. 

A droite et a gauche, se trouverait ainsi tout â fait degage 
l'interieur des croisillons du transsept accuse â Texţerieur; 
et, par cette modification, la chapelle gagnerait, a Tinte- 
rieur de 1 edifice, cette forme de croix â laquelle Fart chre- 
tien renonqait si rarement dans ses plâns du Moyen-Age. 

Ces croisillons, en eflfet, representeraient les deux bras de 
[a croix dont le chevet serait la tete, tandis que sa hampe 
5e developperait naturcllemeut sur la longueur delanef, se- 
on les proportions quisont d'usage en Occident.— Et quelle 



308 LA CHAPELLE 

heureuse transfiguration s'opererait ainsî â Tavantage d*un 
monument deja si remarquable ! 

' Mais cette modification ne saurait etre ici qu'une hypo- 
these, Tiisage des sacristies ayant provalu partoiit coiiime 
annexe indispensable. La place qu'elles occupent ici, faute 
d'espace libre sur tout autre point du roc de Massabieille, a 
dâ forcement leur etre devolue. Et c'est ce qui explique 
comment Tedifice n'a pu conserver, tant â Tinterieur quâ 
Texterieur, que le souvenir de la mystiquc cousccrntioa 
qu'aurait pu lui imprimer, du nioir.s â rihtuieur,. Iu forme 
du sîgue gloricux de la redemptioii des hommes. 

Quoi qu'il en soit de nos regrets pour cette inevitable 
suppression, ii est juste de reconiiaîtrc que Tarchitecte a fort 
heureusement rompu, â cette occasion, la monotonie i^ 
elements semblables dans le voisinage du sanctuaire. 

Mais entrons cnfin dans notre sanctuaire. 

Par dela son arc triomphal, nous retrouvons, sur plan 
pentagonal, Ies niemes arcades qui dans la nef commu- 
niquent avec Ies chapelles laterales sur deux lignes droit^s 
et paralleles. 

Dans cette serie du rond-point. Ies regles de Tarchitec- 
ture imposaient a Tauteur du plan des piles aussi fortes que 
sous Ies arcades de la nef. 

Mais ii en voi le Tausterite au moyen de colonnettes, aussi 
nombreuses pour chacune qu'a Tentree des chapelles late- 
rales. 

Ajoutons que, dans le but de tresser autour du maître- 
autel une couronne raystiqued'une plusgrande valeur, Tar- 
chitecte dresse une colonnette elancee a chacun des anglcs 
rentrants qui naissent de la rencontre des pans coupes. De 
plus, dans Tentre-deux de ces colonnes, ii reproduit, a hau- 
teur de siege, mais sur des dimensions plus reduit^s, lesys- 



DE NOTRC-DAM£ DE LOURDES 309 

t^me d'arcatures dont la zone du triforium se trouve ornee 
toutautourde Tedifi^e. II est bîen evident que ces arcatures 
ajouteiit a la richcsse de ces chapelles. 

Gardons-nousdonc de Taccuser d'economie mal entendue, 
dans le compliiment de cette couronne d'une si elegante sîm- 






II est vrai que, dans la nef, ii a groupd trois colonnes elan- 
cees, entre le sol et le point de depart des ares doubleaux, 
tandis que, dans le chevet, une seule nait du sol et s'eleve â 
travers Ies chapiteaux qui portent Ies arcad.:s pour ne s'ar- 
reter qu'a la menie hautcur. 

l^ourquoi, nous dira-t-on, une telle difference? Cest 
que, pour ce dernier cas, Tangle rentrant laisse moins de 
place libre ; et, d'ailleurs, a la naissance de la vdfite d'aretes, 
adoptce pour Tcdifice enjbier, la gerbe des nervures a, dans 
le chevet, beaiicoup moins d^importance que dans la nef; 
car ici, toutes Ies nervures concourent, au nombre de cinq 
par travce, avec la retombee de chacun des arcs doubleaux 
qui Tencadrent, tandis que, dans le chevet, une seule part, 
avec Tare formeret, du cbapiteau qui couronne la colonne 
d'angle. 

D'ou ii suit que la bonne ordonnance deces divers details 
n'est pas moins complete dans Ies chapelles du chevet que 
Tharmonie des grandes lignes qui ferment Tensemble de l'e- 
difice. 

Mais ii n'est peut-âtre pas hors de propos de faîre obser- 
ver, en outre, que cette harmonie est tout aussî heureuse- 
ment calculee a un autre point de vue ; c'est-6.-dire^ quant 
â la signification allegorique des nombres^ dont la symbo- 
lique du Moyen-Age manquait rarement de tirer parti. 

Dans Ies eglises romanes, le plan du chevet etait genera- 
lement en hemicycle, surtout lorsqu'il ne comprenait qu'une 
seule chapelle. 



3 iu LA CHAPELLE 

Le XIIP sifecle aima mieux batir le chevet sur le plan 
pentagonal ; et ii le dotait de trois ou de cinq chapelles. 

Les siecles suivants donnerent au chevet des nouvelles 
eglises, srpt, ou meme neufde ces sortes de chapelles, selon 
que cette pârtie de Tedifice religieux prenait de Tetendue, 
k la suite du transsept. 

Or, les ecrits du.temps nous apprennent que ces diffe- 
rents nombres determines furent comme une allusion sym- 
bolique, ou a la Trinile des personnes divines ou aux cinu 
plaies principales faites au corps du divin Redempteur; 
aux sept jours de la creation du monde, ou aux septsacre- 
ments qu'a institues le Verbe incarne, par qui tout a et^ 
fait dans les sept premiers jours de la Genese, omnia per ipsim 
facla sunt ; ou enfin, comme k Gimont, par exemple, aux neuf 
choeurs des Anges qui, de la Cour celeste, viennent sur Ia 
terre remplir les missions diverses que Dieu leur a confiees 
dans rinterât de l'espece humaine. 

Dans son plan, inspire par le XIII^ siecle, Tarchitecte 
de Notre-Dame de Lourdes ne pouvait pas meconnuîtrede 
tels enseignements. II a donc choisi le nombre cinq pour 
l'ordonnance mystique des joyaux de la couronne que 
forment les chapelles rayonnantes. Nous venons de voir 
avec quelle grâce elles se groupent autour du trone oii le 
Christ, vainqueur de la mort, voile l'eclat de son triomphe 
sous les saintes especes de TEucharistie. 

De plus^ chacune de ces chapelles rappelle la Triniti des 
personnes en Dieu, par le nombre de ses fenetres; de mame 
que la grande rose a jour de la faţade principale symbolise 
V unite de la nature divine. 

. II nous est donc permis de conclure, soit de Tharmonie 
des grandes lignes, soit de la signification allegorique des 
nombris qu'elles reproduisent, que le plan de la chapelle de 



DK NOTRE-DAME DE LOURUKS 311 

Notre-Dame de Lourdes est dd a Tinspiratiou chretienne ' 
des monuments analogues du XlIIe siecle. 

Toutefois, par Taiinexion des chapelles laterales,il a fallu 
Jonner k la nef un complement caracteristique du XIV® sifecle, 
attendu qu'avant cette deraiere perîode. Ies chapelles 
raypnnantes du chevet etaient seules admises, dans le style 
ogival, a concourir avec le maître-autel pour Ies ceremonies 
du culte. 

N'oublions pas qu'il etait ici tout â fait indispensable de 
donner satisfaction aux exigences d'un lieu de pelerinage 
de jour en jour plus frequente. Le clerge, toujours nom- 
breux dans Ies solennites de grands concours, demandait 
queplusieurs autels pussent etreen mfime temps^disposes 
pour le saint sacrifice. II etait tout aussi necessaire d'etablir 
assez de confessionnauxpour administrer aux memesheures 
le sacrement de penitence k un grand nombre de fideles. 

Or, c'est pour repondre k ces diverses conditions d'un 
edifice tout special qu'on a dii multiplier Ies chapelles 
accessoires qui le bordent entre Ies sacristies et le mur 
oriental. 

Mais, remarquez avec quelle exquise d^licatesse Tarchi- 
tecte a fait de ces pieux edicules Tun des ornements Ies plus 
harmonieux de la chapelle. 

Au droit de chaque pilier, devait s'elever un mur de 
refend ou de separation d'une chapelle a l'autre. Or, ce 
mur est decoupe a jour depuis le retable des autels jusqu^â 
la vodte dont ii doit etre le soutieu. [Jne large baie, dans le 
style du XlIIe siecle, en tient la place ; et, au milieu du 
tympan evide de ses courbes ogivales, une ample rosace a 
contrelobes sert de couronnement k deux ogives jumelles, 
assorties Tune et l'autre de colonnettes a chapiteaux feuil- 
lages. De plus, une frîse sous corniche, sculptee dans le 



312 LA CHAPELLB DB N.-D. DE LOURDBS 

mame goât sur Ies deiix faces de chaque mur de refend, 
rattache ces gracîeux chapiteaux a ceux que Ton a groupes 
autour du pilier qui Tavoisine. 

On ne saurait assurement tirer meilleur parti, au bene- 
fice de chaque chapelle laterale, des ressources artistiqnes 
que le XIII* siecle met a la disposition d'un architecte. ex- 
perimente. 

Mais, pour mieux apprecier Ies efiets si divers de perspec- 
tive aerîenne qui resulte de leur ordonnance par serie con- 
tinue, il faut choisir et varier notre point de vue dans le 
voisinage du mur oriental ; et Tocii sera ravi de cette riche 
combinaisoa de colonnettes, d'ogives et de roses, de cejeu 
de ligne^ qui s'embrassent, se croissent, se groupeiit, se 
replient sur elles-:nemes, ou se melent sans jamais se con- 
fondre. 

L'abbe F. CanAto. 




CÂTHEDRAI.E DE CORDOUE 



LA CATHEDRALE DE CORDOUE 



On sait que la Mesquita ou grande Mosqu^e^ bâtie par le 
roi Abderame, Tan 170 de Thegire, fut convertie en eglîse 
ăprts la conquete de Cordoue par le roi de Castille et consa- 
cxâe par Kaîmond, archeveque de Tolede. Les murs de ce 
magnifique edifice sont construits en grosses pierres, de pro- 
portions inegales, venant de diverses origines. L'inegalite 
du terrain fait que, du cote du midi, on monte a Teglise par 
30 marches, tandis qu'on en descendpar 13 marches du 
c6ti oppose. La faţade du nord est tres-ornementee et flan- 
quee de six colonnes de jaspe d'une rarebeaute. Une im- 
mense cour, pr^cedant Tentree du temple, est plant^e de 
citronniers, d'orangers, de cypres, de palmiers. Cette en- 
ceinte, entouree, sur trois faces, d'un beau portique, est 
pour ainsi dire un jardin en l'air, car elle est supportee par 
une vaste citerne dout lâ voAte repose sur des colonnes. 
Les 17 portes de la cathedrale sont revetues de lames de 
bronze delicatement travaillees; 12 de ces portes restent 
toujours fermees. 

19 nefs d'environ 115 metres de long courent du sud au 
nord et 19 autres nefs moins larges se prolongent de Test â 
Touest. Parmi les 850 colonnes, ii en est d'un jaspe qui imite 
la turquoise; d'autres sont en marbres de diverses couleurs. 

TOMK XVII. 23 



314 LA CATHEDRALE DE CORDOUE 

Sur Tune d'elles on montre un crucifix grave, dit-on, par 
un chretien esclave chez Ies Maures, qui, etant prive de 
toute sorte d'instruments, le tragă avec ses ongles. 

L'endroit dans lequel Ies Maures conserv aient leurs livres 
sacres est devenu une chapelle dediee a saint Pierre; ses 
murs sont incrustes de marbres et de mosaiques. 

La forme primitive du temple se conserva sans alteratîon 
jusqu'en 1528 : c'est alors qu'au milieu meme des nefs on 
construisit une grande chapelle, composee d'une nef et d*un 
choBur. 

On admire dans Ies chapelles un certain nombre de ta- 
bleaux de peintres espagnols ; Ies plus remarquables sont 
dus k Vincent Carducho, J.-L. Zambrano, Antonio del 
Castello, Jean de Penolosa, Antonio Torrado, Pierre de 
Cordova, etc. 

Les Maures avaient une profonde ven^ration pour oette 
mosqu6e ; ils s'y rendaient en pfelerinage, mame de l'Afrique, 
pour la visiter et, chose assez singulifere, ils continuferent 
encore h s'y rendre pendant longtemps, aprfes qu'elle fftt 
tombee au pouvoir des Castillans et convertie en 4glise. 



LES LIVRES DE CHOEUR 

DES EGLISES DE ROME 




MGRiB, ce moyen prompt et facile de repro- 
ii l'inflni utie planclie de caracteres mo- 
d(is qu'elle a ele composec, aurait (iu tuer 
a calligraphte ct de la miniature. II n'en 
a rien ete. On acbeta des livres imprim^s, 
par economie; maif^, quandoncutas- 
k sez d'argeat pour se payer des objels 
j de luxe, oti Rt, comme par Ie passe, 
confectionner des manuscrilE. 
Cet usage s'est mainteiiii â k chapelle Sixtine, oi^ l'on comjite 
aulant de missels differents qu'il y a de fâies ^olonnclles presidees 
par Ie Pape. Cliacun d'eux c^l ^crit sur velin en grossc batarde, 
et plusieurs feuillets, tels quc le premier et celui du canon, sont 
illustres de charmantes mîniatures '. Lors du nouvel offlce de 



{') Lettre d'ui 

■ Gregoirc Paoliiii, natif d'une viile de Sabine, a execute, au XTII* aiicle, 
«OUI le pontificat d'Innoccnt X, un beau misiei mantiBcrit lur felJD, avee 
Tignetlei, qul teri au cardinal officiant pour la f£te de S. Jean, erang^ite. 
Voici ia aignalurc appoiee au dernier feuillet : 

■ Gregoriui Patilinui a Mootopoli in Sabinis scrîbebat. > 

Soui le pontificat de Clement XII, en l7-'}6, Dornimque Blondioi, origioajn. 
de Fratcati et eerivain de Ia chapelle papale, fit u la miii), lur velin, le raitei 
qui sert, te jour de I'Epipbanie, an cnvdiual officiant, & la chapelle Siilioe. 

Sa lignature ac lit au derniei- feuillel : 

« Sedente Clemente XII p. o. m., poutifiuatus aui aniio VIII, Jo. Domini- 
cti« de Biondiiiis Tusculinua, scriptov ca]))>ellie pontifidte, «cribebat anno 
Domini MDCCXXXVin. > 

Le mitaci mannicilt dunt Ic pape fult nsagc Ic jour des Ccndrci, â la cha- 



316 LES LIVRES DE CHQEUR 

riminaculee-Conception, un autre missel devinl necessaire, etla 
sacristie pontificale se vit ainsi enricbie d'un nouveau clief- 
d'oeuvre. 

A Rome, comme partout, s'est infiltra Tesprit moderne, qui, 
au nom du progris, demande des innovations. Neanmoins Rome 
est encore la viile ou Ies traditions se conservent le plus religieu- 
sement. Nous en avons ici un exemple frappant. Feuilletez Ies 
grands in-folios etales dans ie choeur, sur le pupitre, dans 
nombre d'eglises conventuelles, et vous serez etonnes d'y voir 
des manuscrits gothiques qui, de prime abord, vous sembleront 
beaucoup plus anciens que leur date reelle, puisque presque tous 
ne remontent pas au-dclâ des deux derniers siecles. 

A cette epoque^ on ecrivait donc encore en gothique, et Ies re- 
ligieux de nos jours ne sont pas davantage embarrasses pour y lire 
Ies diiferentes parties de Tofficc. Cest alTaire d'hahitude, et nous 
n'en sommes pas tous Ik. Aussi deux fois, lorsque Tempereur 
d'Autriche * et un pretre franţais offrirent ă Sa Saintete Pie IX 
chacun un missel ecrit en gotbique, ce don demeura inutile et 
deyint un pur objet de curiositâ, sans qu'on puisse songer k s*en 
servir, meme exceptionnellemcnt. Voilă eu quoi peche souTent 
l'arcbeologie, faute du tact necessaire. 

II n'en etait pas de mame dans Ies couvents, ou Ton avait a la 
fois des loisirs pour se preparer a cette lecture et Ies traditions 
des anciens pour ne pas etre arrâte par une forme insolite ou des 
abreviations inconnues. En efiPet, Ie systeme gothique a ete fran- 
chement adopte tel qu'il etait, avec ses lettres brisees, ses mots 
inacbeves, ses sigles abreviatrices, ses bordures enluminees, ses 
initiales historiees, son format grand in- folio, son parchemin 
jaunâtre et sa couyerture de bois^ rehaussee de cuir gaufre et de 
cuivres ouvrages. Les livres avaient grand air au lutria et leurs 
grosses lettres, tracees avec un roşeau, se detachaient de maniere 
ă pouvoir se lire de loin. 

pelle Sixtine, porte a la fin la signaturc du calligraphe Franţois Blondini et 

la date de 1790, qui correspond au pontificat de Pie VI : 
< Franciscus Bioudini scribcbat anno Domini MDCCXC. » 
^ J'ai pai'le de ce missel dans mon compte-rendu de Texposition religieuse 

de 1870 (Revue du monde catholique, V. viu, p. 737). 



DLS KCiLlSIiS DK HOME 317 

Je vais i»asser en revue quelques-iins de ces monuments artis- 
liques^ que Ies etrangers ne voient pas parce qu'aucun gaide ne 
s*est mis en peine de Ies leur signaler. Je grouperai par eglise ce 
que j'ai ă en dire. Ce sera reellement une revelation, en raison 
des nombreuses signatures qui se remarquent sur de tels livres, 
faiis pour viyre de longs siecles. Oublies par ceux qui auraient 
du Ies admirer, ii est juste qu'ils soient remis en lumiere, quoi- 
que tardivement ^ 

SAIMT-JEAN DE LATRAN. 

Gette basilique, la premiere du monde, possede un antipho- 
naire, qui contient Toffice courant de Pâques ă TAvent. U est 
ecrii sur velin et en belle gothique, nette et ferme. Une pârtie 
est moderne, mais de la page 89 ă la page 211, tout est reelle- 
ment ancien. L'inscription suivante indique qu'il a ele ecrit ă 
Rome, en 1586, par frere Louis de Bologne, de l'ordre des Ser- 
Tites de Harie : 

Fraier Ludouicus de Bonoma 
Ordinis Seruorum scripsit 
Anno Domini MDLXXXVl 



SAINT-PIERRB AU VATICAN. 

La basilique Vaticane est riche en manuscrits, mais presque 
tous dorment dans ses impenetrables archives ou personne ue va 
troubler leur soinmeil. 

î Je me hâte de proceder k cet inventaire descriptif. Peut-etre mame esUil 
deja trop tard pour preveDÎr le pillage et la mise en vente. La loi italienne 
a Bupprime Ies corporations religieuses et leurs couvents. L'Etat s'est aussitot 
empare des egUses et a livre ă des brocanteurs tout ce qu'il entendait ne pas 
conserver. Une commission speciale a bien ete nommee pour sauvegarder et 
porter aux musees publics tous Ies objets d'art. £st-ce une garanţie suffisante, 
quand on voit ce qui s'est passe sous ce rapport dans toute Tltalie, comme 
j*en ai ete temoin bien souvcnt? D'ailleurs^ l'art n'est pas l'archeologie. J*ai 
donc lieu de trcmbler pour Ies manuscrits dont je m'occupe et qui pourraient 
t6t ou tard dUpaiaitre. J'en ai pour preave Ies tableaux. Ies parchemins, Ies 



318 LES LIVRES DE CHQEUR 

1. Le plus ancien et le plus beau serait, dit-on, Tocuvre du tres- 
illustre [)eiQtre Giotlo. Son style est bien celui de l'epoque, el ses 
miniaturcs exigeraient une longue description, mais on ne le 
voit qu'en courant, et reelleinent ii serait difflcile de prendre 
des notes quand Tesprit preoccupe et tendu n'a mame pas le repos 
indispensable pour goikter et reflechir. De plus, le Chapitre n'ac- 
corde pas facilement la permission qu'on lui demande d'etudier 
Ies originaux. 

Je parlerai plus ă Taise de ceux que j'ai pu feuilleter et ar.no- 
tcr, jiarce qu'ils etaient elales sur le lulrin. 

2. Je signalcrai comme une merveille le livre du celebranl, qui 
porte Ies armes d'Urbain VIU, el dale, par consequent, du com- 
mencement du XVIl^ siecle. Rien n'y manque : beau velin blanc 
ă larges marges, iniliales soignees et variees, vigneltes pleines de 
la plus exqiiisc delicatesse, applicalion de Tor en feuille comme 
au Moyen-Age, epoquc dont ii peut sans faiblir soutenir la com- 
paraison. Malheureusement, ii ne nous revele ă aucune de ses 
pages le noni de son auleur, quc je soiipţonne âlre franţais, en 
raison de ce seul mol saint, emprunte ă notre langue et place 
au-dessQMS de S. Jean-Bapliste. 

3. Un antiphonaire sans dale precise, mais inconteslablemeot 
du XVIII'' siecle, a ete execute par Ies soins du chanoine Domi- 
nique Rivern, en sa qualite do prefet de la chapelle Julie. Par 
chapelle Julie on entend le choeur des chantres et des musiciens, 
qiii (loil ce nom a son fondaleur, le pape Juies II. Ce manuscrit, 
de formal grand in-folio, a ele ecrit sur velin, en leltres roniaines, 
au moyeii de carlons decoupes dont le vide se remplissait au 
tampon noirci. Les rubriques se detaclicnt en rouge et Ies portees 
soni noires, comme les notes. On remarquera qu'il ne contient 
que du plain-chant simple, restituc, c'est-ă-dire debarrasse des 
surcharges de notes et reduit, autant que possible, ă un rylhme 
syllabique. Quoi qu'il en soit, le plain-chant de Saint-Pierre ne 
vaut pas grand*chose et Texecution en est detestable, car teul est 
sacrifie ă la musique. D'ailleurs, on en fail rarement usage, et 

bulles, let emaux roâme, que mainte foia j'ai rencontres dans lea rues ou vai 
etalagea des marchands et qui ae Tendaient & vil prix, parce que c'^taiot 
des objets d'dglise et dea Tieilleriea, roba di frale^ roba vecchia; un peu ploi, 
on eut dit avec mepria robaccia. 



DES EGLISES DE ROME 319 

los antieiines et repons reproduisent toujours la mame formule, 
espece de recitalif tres-mon clone, legerement orne au commea- 
cement et ă la fin, etqui nediff^re pas notablement, commeidee, 
des formules psalmodiques. 

La premiere page est encadree d'une bordure eii grisaille, re- 
haussee d'or. Au revers, une fine vignette represente la naissance 
de S. Jean-Baptiste. Ste Elisabeth, couebee dans son lit^ regarde 
le nouveau-ne que Ton lave, tandis que S. Zacbarie ecrit son nom 
sur une tablette, ne pouvant parler, puisqu^il est muet. Quoique 
appartenant a TAncien Testament, Ies deux epoux sont nimbus, ă 
cause du culte que leur rend la liturgie romaine et de leur ins- 
cription au Martyrologe. 

A la page 149, la lettre L est enveloppee de rinceaux. 

Antiphonae \ et \ responsoria \ juxta ordinem Breviarij \ Romani 
I a cantoribm \ Cappellde Julie \ in basilica \ S. Petri in Vaticano \ 
ad simplicem planumq. concentum \ restituta atque aucla \ Jussu IU 
lustrissimi et i}(evereDdissi)m2 presub's \ Dominici Jtiuerae \ ejusdem 
basilicae canonici ' | et dicix cappellae \ praephecti 

A. La charge des prefets de la chapelle Julie est de veiller ă 
Texecution du chant et a l'entretien des livres de choeur. £n 1728, 
Hgr Nicolas Fortiguerra fit executer sur velin le livre des Venite^ 
qui sert au commencement des matines pour le chant de ce 
psaume, car TofOce divin est integralement chante â Saint-Pierre. 
Le format est petit in-folio, avec notation en plain-chant et lettres 
romaines. Les initiales ont toules des vignettes fleuries, et sur la 
premiere page on voit S. Paul renvers6 sur le chemin de Damas. 

Psalmvs Venite \ ad vsvm cantvs \ sacrosan,^ \ basilicae \ Vaticanae 
jvssv I ///(ustrissi)mi praesvlis \ Nicolai Fortigverra \ ejvsdem basi' 
licae canonici \ et capellae Jvliae praef. \ conscriptvs \ Anno Domini 
MDCXXVni. 

^ Les chanoiaes de Saint-Pierre appartiennent de droit ă la pr^lature ro- 
maine. lls soDt protonotaires apostoliques, dâs qu'iU ont prete le terment 
requis a cet effet. 

^ Les basiliqucs inujeurcs ou pati iai cales portont (outes Ic qualificatif de 
saerO'Sainles, 



320 LES LIVRES DE CHOEUR 

• 

5. En 1753, Hgr Passionei cominandâ l'antiphonaire qui sert 
depuis le Samedi-Saint jusqu'ă l'Avent. Le chant y est restitue â 
sa simplîcite. La portee et Ies rubriques sont en rouge, et Ton a 
employe des cartons decoupes pour former Ies lettres. La pre- 
miere page seule est ornee completement. La suivante montre 
un A, ou des rinceaux courent sur un fond d'or. A Ia page 3, ce 
sont des fleurs, et une rose h la page 160. Ces livres usuels nV 
vaient donc qu'unc ornementation fort sobre. 

Antîphonae \ et \ î'esponsoria \ a sabbato sancto | usque ad adven- 
turn I jtixta ordinem Breviarij Romani I a Cantoribus Cappelias Julix 
I m basilica \ S. Petri in Vaticano \ ad simplicem planumque \ cm- 
centura restituta atque aucta \ jussu î7/(ustrissi}mi et A(eYerendissi)mi 
presulis \ Benedicti Passionei \ eiusdem basiiicae Canonici \ et dicta; 
cappellx I praefecti \ Anno Domini \ MDCCLIII 

6. L'antiphonaire du commun des saints date de 1763. II porte 
le nom du prefet de Ia chapelle Juiie, Mgr Charles Origo, et celui 
du calligraphe Felix Fasoli, libraire â Rome. Le format est grand 
in-folio. La matiere employee est le velin, sur lequel Ia porlee 
et Ies rubricjues ressortent en rouge. Les lettres, de forme ro- 
maine, ont ete execulees par Ie procede du carton decoupe. Quel- 
ques lettres seulement sont ornees : S ă la page 111, V ă la page 
431 ; ă la page 175, Ia Santa Casa de Lorette est transportee sur 
les nuages, sans Ie ministere des anges, et une rose egaie la 
page 190. 

Antiphonx \ et \ responsoria \ de communi \ Sanctorum | una cum 
I officiis recentioribus \ adusum \ SS, Vaticanas basiiicae \ ad simpli- 
cem planumq, concentum \ restituta, et aucta \ jussu 27/(ustrissî)mi ac 
A(everendissi)rw« presulis \ Caroli Origo \ capelle Julie prefecţi \ 
anno MDCC LXIII. 

Felix Fasolus Romanus bibliopola 
scripsit a. d. MDCC LXII f. 



DES EGLISES DE IlOME 321 



SAINT-AUGUSTIN. 

L'eglise de Sainl-Auguslin, construite, ă la fin du XV* siecle, 
par le cardinal franţais Guillaume d'Estouteville, archevâque de 
Rouen, est desservie par des religieux qui snivent la regie du 
saint docteur. Son antiphonaire date du XVI» siecle. II est ecrlt 
sur Telin, de format in-folio, en belle gothique carree, tres-soi- 
gnee, avec des initiales en couleur. La seconde pârtie comprend 
Ies fetes des Saints, de Pâques ă la Pentecote. 

+ In nomine Domini Amen. Incipit secunda pars Antiphonarij festivi 
in festivitatibus Sanctorum a Pascka usque ad Pentecostes : usque ad 
commune Sanctorum exclusiue. 

La deuiieme page offre une bordure ou Ton voit TAnnoncia- 
tion, S. Auguslin, S. Micliel, S. Pierre et S. Nicolas de Tolentin, 
tous reconnaissables â leurs attributs ordinaires. S. Pierre se dis- 
tingue exceptionnellement par une plume, completant le livre 
de l'apostolat. Celle plume fait moins allusionâ Tepîtrequ'ecrivit 
Tapdtre qu'â son titre de docteur infaillible de TEglise univer- 
selle. 

Au dernier feuillet on lit que cet antiphonaire a ele execute, 
en 1541, par Frederic Marius, de Perouse, ecrivain de Paul 111, 
pendant que Tordre avail pour protecteur le cardinal Rodolfi et 
pour general le Reverendissime pere maître Jerome S6ripanni, 
de Naples. 

Anno ex quo Uerbum caro factum 
est M.D.XXXXL Sumptibus et usui 
fratrum conuentus et Ecclesie sancti Augu- 
st ini de Urbe^ Hoc Antipkonarium scri- 
bebat Federicus Marius Perusinus S^^ 
D. N. D. Pauli. iij. scriptor^ Dum A(everendissi)miii, 
D. D. Nicolaus Car^'* de Rodulphis 
A ugustinianam religionem protegebat, 
ac A(everendissi)mM5 Pater Magister Hieronymus Seri- 



322 LES LIVRES Dfi CHOErR 

pannus Neapolitanus Generalîs ad-- 
ministrabat. Completum est sub 
Quart, Kalendas Septemb. 



SAINTE-MARIB-MAJEURB. 

Hgr Pila m'a permis, avec beaucoup\robIigeauce, de voir dans 
Ies archiyes de la basilique Ies livres de chcBur, dont un a figure 
depuis comme specimen ă Texposition religieuse de 1870. 

L'inlerât se concentre sur le graduel du cardinal Leonard de 
la Rovere, qui le fit ecrire ă la main et enluminer en i5t7, alors 
qu'il etait tilulaire de l'eglise Saint-Pierre-ts-liens. Ses armes et 
son nom transmettent ă la posterite le souvenir de cettş donalion 
genereuse. Les heures passent bien Tite quand on a une fois 
commence ă feuilleter ces grandes pages in-folio, ou la miniature 
atleint presque a sa perfeclion. Tout autour des feuillets s'etalent 
de fraîches bordures, ornees d'arabesques et de pierrcs precieuses. 
Les initiales sont generalement historices et toutes ces vives cou- 
leurs ont tres-fr6quemment [)0ur fond une feuille d'or en relief 
et polie ă l'agate. 



SAINTE-SABIRE. 

i. Le couvent de Sainte-Sabine, sur le mont Aventin, oii 
S. Dominique etablit lui-mâme ses religieux^ dans le palais pon- 
tifical que lui ceda le pape Honoriuslll, etait, au XIII" siecle, une 
veritable ecole de calligrapbie. Cest la qu'aete execute, en 1252, 
le beau missel avec vignettes que possede la bibliothfeque de 
Clermonl-Ferrand, qui Ta eu des freres prâcheurs de cette viile, 
auxquels l'avait legue le cardinal Hugues de Billom, eveque 
d'Ostie. J'ai copie cette indication au dernier feuillet : 

Jstud Missale est fratris Hugonis de Billiomo^ ordinis fratrum pre- 
dicatorunij condam cardinalis Hostiemis et fuit factum in conventu 
nostrb Rome sancte Sabine, Anno Domini M ' CC ' L/J et dedit con- 
ventui ordinis fratrum predicatorum Claromontensium. 



DES EGLISES DE ROME 323 

2. A Sainte-Sabine, ii existe encore trois manuscrits notes du 
XIII* siecle. Je sigiialerai ici Tinterât parliculier qu'ils otfrent, 
tant pour la liturgic que pour riconographie. Au bas de la 
page l du premier^ la donatrice se recommande aux prieres des 
religieax, ainsi que son mari Conrad et ses enfants : 

Domina Mamnrieia^ uxor quondam Conradt\ dedit pro isto libro 
pro anima $ua et viri sui, filiorum suorum, Quicumque legerit oret 
pro eis. 

La lettre O montre Jesus-Christ appelant ă lui S. Pierre et 
S. Andre, qui sont assis dans une barque et rament pour rega- 
gner le rivage, au retour de la pâche. 

A la page 8, la lapidation de S. ^tienne prend place dans la 
lettreE. Les chaussuresdu diacre martyrsontgalonneesencroix, 
snivant i'nsagc liturgiqiie du temps *. Au ciel, la main de Dieu 
benit ă la maniere latine. 

S. Jean evangeliste est figure a la pige 12. Sur son pbylactere 
se lisent les premiers mots de TintroU de sa messe, qui le consi- 
dere comme plein de Tesprit de sagesse pour parler dans TE- 
glise : 

In medio Ecclesie. aperuit os eius et impleuit eum Dominus spiri'- 
tiu ' sapientie et ' 

A genoux devant lui, est un religieux, vetu en bleu,avec le ca- 
puchon et chausse de souliers ă la poulaine. La banderole qu'il 
presente ta son patron pour lui rendre grâces porte son nom : 
Bonjcan, flls d'Andre Paul. 

Bonus Jokannes Andree Paulj. gracias ago, 

* Linea opere sutoris facta et Unea procedentes ex ulraque parte. Celle 
ligne centrale, avec les deux lignes lalerales qui B*y ratlachaient, avait l'aa- 
pect de la croix en Y des chasubles golhiques. (Bullet, montim., 1872, p. 400.) 

' Sic pour spiriln. 

* Intellecius» 



324 LES LIVIIES DE CH<}EL*R 

A la page 32, la Presenlation au Temple remplit Ies contours 
de la lellre S. La Vierge chaussee pr^sente son fils, au-dessus d'on 
autel pare, au vieillard Simeon, pieds-nus, coiffe de la tiare et 
sans nimbe. 

L'Annonciation remplit Tinitiale de la page 46. L'ange Gabriel 
tient h la maia une croix â haute tige, embleme de son message. 
Ses pieds sont nus en raison de sa mission et ii montre a la 
Vierge, qui se tient debout par respect, la colombe celeste qui 
descend vers elle, portee par un rayon de lumiere. 

A la page 65, une lettre delicieuse d'ornementation represente 
S. Pierre martyr h, genoux devant un soldat, la rondache au bras, 
qui lui fend la tete avec un coutolas. La translation de S. Domi- 
nique occupe la page 89. 

S. Jean-Ba[)tisle, vetu J'une peau de cbameau, est nimbe et 
pieds-nus. D'une main ii montre le ciel et de Tautre lient un livre, 
embleme de sa predication (page 102). S. Pierre (page iii) a, 
comme ap6tre, Ies pieds nus et le livre de la doctrine et, pour le 
distinguer, sa cbevelure frisee et Ies deux clefs qui symbolisent 
son pouvoir spirituel. S. Paul (page 117) partage avec lui Ies ca- 
racteres communs a tous Ies a potres, mais ii a, pour le faire re- 
connaître, son front chauve et son glaive leve. Page 126, S. Do- 
minique re(oit du băut du ciella benediction que Dieu luienvoie 
de sa main droite, dont Ies deux derniers doigts sont replies sur 
la paume, de maniere ă laisser Ies trois autres dress6s comme 
symbole de la Triiiite. Un autel a pour tout ornement une croix, 
une nap pe â bordure etroite et un parement en eloffe verte. 

L'Assomption parait a la page U3. Tous Ies apdtres, pieds-nus, 
vont ensemble au tombeau de la Vierge. Parmi eux sont meles 
Ies princes des prfitres des Juifs, que Ton reconnaîtâ leur tiare 
et aussi S. Dominique, par un singulier anachronisme que Ton 
rencontre d'autres fois au Moyen-Age. 

S. Michel (page 156), habille d*une tunique et d'un manteau, 
nimbe et aile, au visage imberbe pour exprimer cette jeunesse 
eternelle a laquelle le temps ne porte pas atteinte, foule sous ses 
pieds chausses le dragon infernal qu'il terrasse cn enfonpantdans 
sa gueule beante la pointe de la longue croix dont ii est arme. 
Enfin, ă la page 165, nous avons la Majeste de N.-D., c*est-ă-dire 



DES EGLISES DE ROME 325 

la Vierge assise sur un tr6ne, avec son enfant qui benit ă pleine 
main. 

La derniere p.irtie du Missel comprcnd Tordinairede la messe, 
KyriBy Gloria^ Sanctus ct Agnus, dont le chant vârie suivant le de- 
gre des fâtes. Suivent Ies sequences dans cet ordre : Monli Syon, 
pour Ste Madeleine; Letabundus^ pour la Purlflcation; Ave Maria^ 
pour rAnnoncîation; Adest dies^ pour S. Pierre, martyr; In ce- 
lesti ierarchta, pourS. Dominique; Salve^ Mater Salvatoris, pour 
l'Assomption et De profundis tenebrarum, pour S. Augustîn. La 
suite a ete enlevee. Un feuillet, coUe au couvercle, a seul con- 
senre la prose commune de la Vierge : Virgini Mărie laudes. 

3. Le second manuscrit du XHP siecle contient Toffice note de 
la nuit; ii se compose de 309 feuilles de velin. L'ecriture est moins 
ferme, et Ies grandes initiales, au nombre de dix-sept^ sontun peu 
negligees. Le propredu Temps va jusqu'au Samedi-Saint; vient 
ensuite S. Andre et cette pârtie flnit ă la Purlflcation. A la page 
409, conrme au rite parisicn et dans Ies anciennes liturgies galli- 
canes, Ies Tenebres se terminent par le chant d'un Kyrie special. 

En fait de lettres ornees, je me contcnterai d'en signaler trois: 
un 1 bleu, rouge et blanc (folio Ui verso), une F rouge et 
blanche (folio i64 verso) et une S fleurdelysee (folio 280). 

4. Le troisieme manuscrit duXilP siecle commence au Samedi- 
Saint et flnit a la Toussaint. II est remarquable par ses jolies ini- 
tiales ou alternent le bleu et le rouge; j'en compte vingt-cinq, 
parmi lesquelles une S avec deux grues (f° 76 verso), un Q et un 
O ă face humaine ((" 99 verso, f»2i4), un H au milieu duquel 
S. Dominique iiimbe et vetu de Thabit de son ordre, parle a ses 
religieux agenouilles (r* 207 verso) ; enfln, un vase de fleurs qui 
s'etale entre Ies branches de la lettre U (fo 229.) 

Ce manuscrit a ete complete, et plusieurs feuillets ont ete rac- 
commodes avec un manuscrit egalement du XIII* siecle, qui con- 
tient des fragments de Tinterrogatoire que Neron fit subir ă S. 
Pierre. 

Les vâpres de Pâques soni ainsi ordonnees : apres le Pater, qui 
se dit ă voix basse, on chante le Kyrie eleison du temps pascal i les 
trois psaumes Dixit Dominus, Confitebor et Beatus, Tantienne ^a?c 
dies avec son verset, VAlleluia et son verset. Ia prose Victima^ le 



[]'2ij LES LIVRL'S DE CIIOEITR 

Magnificat et son antienne et cnfin le repons propre & ia resur- 
reclion *. 

5. Sainte-Sabine possede sept manuscrils du XVIII* siecle; 
autrefois ii y en avait au moins douze, puisque Tun d'eux est 
marque de la lettre L. Tous sont en velin in-folio, ecrils en 
rouge el noir au moyen de cartons decoupes. Le manuscrit Af 
exficute en nOO, contient le Propre du temps, de TAvcnt â Pâques : 

Officîvm I de tempore | ab adventu Domini \ usque ad pascha \ anm 

lubilasi \ 1700. 

Le manuscrit B est incomplet et sans date. Celui qui porte Ia 
lettre D est date d^ 1701 et se termine par ce simple mol : Lom 
Dco. 

Officia I propria \ sanclorum \ anno | 170t 

Le manuscrit H est au millesime de 1742 et le suiyant, qui n'a 
plus que quelques feuillets, date de 1745. Le Kyriale^ uni au 
commun-des saints, est de 1702 : 

Liber \ Kyrye. \ cum \ Communi \ Sanctorum \ Anno M.DCC.IL 

Enfin le volume cdte L, execute en 1700 et termine par Tinvo- 
cation pieuse Laus Deo^ renferme Ies messes du temps qui s'e- 
coule de Pâques ă l'Avei^t: 

Mj$sm Domjnjcal(es) \ etproprjw a \ paschate vsqve j ad adventum \ 

domini \ anno lubilsej \ 1700 

^ c Ad vesperas non dicatur Dcus in adiuto. sed dicfo Pater noBter incipU : 
c Kyric eleison. 

« Post Kyrielcis. slalim incJioelur» Antiph, Angelus autem. Psalm. Disit 
Do. Confi. Beatus. Hec dics. Confitemini. AUeluia. Fascha nostruio. 

c Victime Credenduxn est magls soli Mărie vci*aci 

c Quam iiidcorum tuibâ faUaci 

c Magniâcat. Ant, Et rcspicientes. Bl Xpiatus resurgens. jj". » 



DBS EGMSF.S DE ROMK 327 



SAINTE-HARIE-SDR-MINERVE. 

Cette eglise^ qui appartientegalemeniauxDominicains, a perdu 
une pârtie de sas manuscrits. Je n*ai relrouve que ceux qui soat 
nuinerotes C, F, K, M, c'est-ă-dirc qualre sur au moins treizo. 
Ecrits sur velin, de format in -folio, en belle gothique carree, ils 
reţoivent un eclat particulier de leurs belles initiales. Quoique 
du XVIP siecle, ii y a encore du style et de la splendeur dans ces 
manuscrits. 

Le livre C a ete execute par deux artistes : Franţois Griglotti 
de Cortone, qui a signeă la premiere page une fine minialure de 
Dieu benissant le monde, et frere Vincent Melgar,de Valence, en 
Espagne, de Tordre des Freres prĂchcurs, qui en a ete recrivain 
et qui a signe au dernicr feuillet : 

. D. Fran^^. Grigiotti da Cort^. 

F 

Fr. * Jgnatius Ctantes Romanm Prouincialis 

Anglie et fiegni vtriusq. Sicilie Commmarius Generalîs 

Conventus S. Mane super Min, filius donautt. 

fr. Vtncentius Melgar Valentinus filius Conuen- 

tus Predica forum Valentie ex hispania scribe- 

bat. Anno Domini. 1634. 



SAINTE-MARIE-TRANSPONTINE. 

Cette eglise, desservie par Ies grands Carmes,'poss6de plusieurs 
livres choraux en gothique carree sur parchemin. lis sont gene- 
ralement du XVII* siecle et ont pour toute ornementation des 
initiales faites a la plume. J'emprunte Tinscription suivanteau 
livre D. Elle rappelle que ce graduel a eteecrit en 1708 par frire 
Rodolpbe Mărie Naucler, de la provincedeSainte-Marie de la Vie, 

' Lcs rcligioux mcndiants prennent toujours le litre de freres, . 



328 LES LIVRES DE CHQEUR 

ă Naples, son pays d'origine, et sous-prieur ducouvent de Rome, 
pendant le generalat d'Ange de Cambolas, de la province de Tqu- 
louse. 

Moderante Carmeli or^ 

di'nem Rev^^ * Patre magtstro priore 

generali Angelo de Cambo : 

las gallo. Provincix Tolosae. 

Munus Procuratoris Generalis 

exercente fi : ad* : Patre magtstro 

Andrea Capero hyspano. 

Provinciae Aragonix. 
Gubemante coenobium hoc 
S. M. Transpontinw ad, r. P. 
M '. Alberto Annuba Be : 
neventano. Priore ac Ex provinciali 
Provinciae Neapolis. 
F. ^ fiodulphus M^. Nauclerius 
Neapolilanus Provincise S, M. 
a Vita sub Prior j Novum 
Graduale^ veteri partim 
aucto , partim instaura : 
to concennavit f et ad usum 
chori hoc in libro exara : 
vit, anno. 1708 
• 
Je suiş heureux de voir ce beau travailde pluine entrepris sous 
le patronage d'un franţais, le Reverendissime Pere de Cambolas, 
donl nous avons ăla premiere page et au revers Ies armoirics et 
le portrait. Son ccusson se blasonne : de gueules, â un besantcfar- 
gent^ accompagne enpointe d'un croissant montant de meme; au chef 
cousu d'azur, charge de trois etoiles d'or et soutenu d'une fasce dimi- 
nu4e d'argent, 

^ Reverendissime est la qualification qui distiogue le general» Ies autrei 
dignitaires n'etaut que tres-reverends, 
' Revcrendo admodum. 
^ Admodum reverendo Patre Magistro. 
* Frater. 



DES KGLISES DC ROMB 329 

Le portrait est une magnifique gravure execotee par Van Ves- 
terliout, d'apres une toile de Uaoux, datee de 1706. 



SAINT-PIKRRE IN HONTORIO. 

* 

Entre toutes Ies eglises conventuelles, celle de Saint-Pierre, 
situee au sommetdu Janieule, que son sabie jaune a fait surnom- 
mer avec un peu d'exageration la Montagne d'or^ est incontesta- 
blement la plusriche en manuscrits de choeur, a l'usage des Re- 
coUets qui la desservent. Nulle part ailleurs on ne trouve au- 
tant de livres et d'une aussi belle execution. Cest Topavre mame 
des religieux qui y ont travdille dans Ies deux derniers siecles 
pour la plus grande gloire de Dicu. Geiieralement, ils uous onl 
fait connaîtrc leurs noras. Noiis ne ponvons Ies teiiir dans l'ou- 
bli, parce que, sans 6tre des artisles de premier ordre, ils font le 
plus grand bonneur au modeste couvent ou ils ont \ecu dans 
Tobscurite. 

1. Dans ces beaux in-folio Toffice divin est au complet. Je Ies 
classerai ici suivant Tordre chronologique. Les plus ancieiis re- 
montent ă Tannee 1616. 

L'un d'eux porte h la fin cette inscription : Anno Domini 
MDCXVI. 

Ils sont ecrits sur parcbemin en gothiquecarree et illustres d'i- 
nitiales en couleur. Le Feriale a deux volumes ; Tun pour les 
feries deux, trois et qualre, qui correspondent aux lundi, mardi 
et mercredi ; l'autre pour les ferios cinq et six et le samedi.On n'y 
trouve que Toffice de lanuit, matines etlaudes. 

De la mame main est aussi l'office des Tencbres, Officium tene- 
brarum^ ou manquent les lamentations. Au Vendrcdi-Saint, on 
voit, se delacbant sur un fond d'or, la priere de Jcsus au jardin 
des oliviers et le portement de croix. 

S. Lesccond manuscrit contient les laudes. II est intilule Noc- 
tumum. L'initiale du premier psaume est signee du noni de frere 
Pierrc : 

F, Pelrus scribebat Rome. 

Vers la fin, ce mâmc religieux repete sa sigualuro, mais en 

lOMK XVII. 24 



330 LES LIVRES DE CHCEUR 

donnant, outre la date et le pontificat du pape Paul V^ i'iadica- 
tion du lieu de sa naissanee, sous fequel ii etaiit connu dans 
Fordre, suivant Tusage traditionnel des Franciscains. 

Frater Petrus de Podio Bustone 

scrtpsit, anno Domini MDCX VII 

Paulo V. Pontif, max. 

Ce religieux n'etait qu'un^calligraplie, car le volume en ques- 
tion est entierement depourvu de yignettes. 

3. Volei le titre de Tantiphonaire affecte aux dimancties, Anti- 
phonartum dominicale : 

Antiphonarium 

Secundum riCus sanctx Romanx 

EcclesiaSy continens Dominicale^ 

Feriale, et festivum, videlicet, 

Nativii, Xpisti. pentecos, 

Trinit, et corp. Xpisti, 

Frater Franciscus ab Ichia * 

Scribebat, 

Ce titre nous apprend que cet antiphonaire a ete redige selon 
le rite Romain, qu'il contient TofOcedu jour pour Ies dimanches, 
Ies feries et Ies fâtes de Noel, de la Pentecdte, de la Triniie et de 
la Fâte-Dieu, et qu*il a ete ecrit par fra Francesco, originaire 
d'lschia, au royaume de Naples. Qnelques initiales egaient Ies 
grandes pages de parchemin. A la Fâle-Dieu, on voit Ies Francis- 
cains agenouiil^s devant la sainte liostie, elevee au-dessus d'un 
calice porte par des nuages et entoure d'anges dans l'attitude de 
Fadoration. 

Plus loin, la date est inscritc, ainsi que Tusage du livre, qui 
n'a d'autre destination que celle du couvent des Recollets. A la 
fln, fra Francesco repete Ia date, i640, et fait preccJer son nom 
de cette pieuse devise : « L'ecrivain a toujours ecrit pour Dieu. • 



* Sic pour I schi a. 



DES J^HLISES DE ROME 331 

Ad vsum fratrum Minorum 

strictioris observantix» 
In Conventu S. Petri Montts 
Aurei, 

Anrio Domini MDCXL. 

Qui scripsit semper Deo 

scribebat 

Frater Franciscus ab Ischia 

Ord, Fratrum Min, Refor. 

S. Petri Montis Aurei, 

MDCXXX. 

Ici le miniaturiste est distinct du calligraphe. A la page 28, 
briile de tout son eclat une fine miniature sur fond d'argent qui 
montre le Christ naissant, couche dans la creche, la tâte rayon- 
nante, et adora par Ies pasteurs. Mărie et Joseph, nimbes, sont 
aussi agenouilles devant lui. Sur une des pierres de Tetable se lit 
le nom de Tartiste, Frere Jean de Capistran, natif de Vos en Aile- 
magne : 

Fr. Joannes 

Cap. 1 de Vos Ger- 

manus Xto pin, 

1640 xit. 

A la suite de ce petit tableau, viennent de jolies iniliales et 
chaque antienne debute par une note en or. 

4. Un volume spâcial est consacre aux saints de TOrdre sous ce 
titre : Graduale et antiphonarium ordinis noştri, U n'a ni dale ni si- 
gnature; mais, par similitude, je l'attribue aux deux arlisles pre- 
câdemment nommes. Page iO, le Sauveur est figure dans Ia 
lettre O, bânissant de la main droite et tenant dans la gauche 1 e- 
tendard de la resurrection. A la page 32, S. Franţois d'Assise em- 
brasse la croix. Une charmante perspective montre dans le loin- 
tain son couvent etabli sur une montagne. 

*■ Cnpistranus. 



332 LES LIVRES DE ClIOtXR 

5. Le graduel des diraanches, Graduale dominicale^ ecrit aussi 
en pothique sur parchemin, doit sortir des mâmes mains; ii se 
dislingue surtout par ses iniliales coloriees, piei nes de grăceet 
d'originalite. 

6. Les frati^ comine on Ies nomme ă Rome, pour ne pas Ies 
confondre avec les moines, ont un cliant â part, qui ne doit pas 
âtre plus ancien que la fin du XVI*' siecle. Au fond,c'estdu plain* 
chant, niais surcharge de notes, ou un chant figure, qui se rap- 
proche beaucoup de la miisiqnc, et n'a conserve que la notation 
carree ou losangee. J'aime trop ranti(iuite pour approuverde 
tels renianiements ou des crcations aussi frivoles, fanlaisie qui 
n'a rien d'arlistique ct que le teni[>s fera disparaître, car Tunile 
est detruite par les caprices de riiidividualile. 

Cest surlout aux messes que cet art batard se fait Jour. Le livre 
qui contient les Kyrie^ Gloria^ Credo^ Sanctus et Agnus ainsi fre- 
lates, prend un nom italien, Cantorino. Fra Francesco d'Ischia 
ecrivait en i642 celui des diinanches, Cantorino domenicale. 

Ala page 72, la fin de la premiere pârtie, refaite en 4683, ne 
nomme pas Tartiste qui se contente d'offrir son travail au prince 
des ap6tres : 

Explicit libri huius pars prima : 

cuius operis laborem^ scriptor. 

Apostolorum principis. humiliter. 

honori dicauit. anno Domini MDCLXXXIIl. 

mense Junij die vigesima nona •}• 

A la page 132, nous retrouvons le nom de notre ecrivain fa- 
vori, qui declare une fois encore travailler uniqueraent pour 
Dieu : 

Qui scripsit semper Deo 

scribebat, 

frater franciscus ab Ischia 

fratemitatis Ord. Minorum Refor. 

S. Petri Montis Aurei» 

1642. 

Ce manuscrit in-folio n'a qu'une vignette, representant la ce- 
lebration de la messe. L'autel est garni d'un parement rouge â 



DES E&LISES DE HOME 333 

revers bleu. Sur Ies deux gradiiis sont etages six chandeliers, 
nou alignes comine de nos jours ct ainsi que le prescrit la ru- 
brique, mais places deux et un, ponr me servir d'une expression 
heraldique. Le tabernacle estcouvert du [)avillon ordonne par le 
rituel. Un dais carre, coinme celui de la chapellc Sixtine, sur- 
monte l'aulel, ou celebre un prelre, vetu d'une cbasuble rouge , 
dont l'orfroi est d'or. A c6le, a main droite, pend la clochette du 
Sanctus et de Televation. 

7. L'antipbonaire qui renferme le commun des Saints, AnftphO" 
narium commune Sanctorum, a ele ecrit eu ^641 par frere Fulgence 
de la Colonnetta, qui se dit ecrivaîn de la ckapelle Sixtine. En effet, 
j'ai Yu dans la sacristie du palais apostolique du Vatican un mis- 
sel ă sa signature * . 

Antiphonarium 

festivum et commune 

Sanctorum 

Juxta ritum Sanctas Ro- 

manae Ecclesias, et formam 

Brcviarij Ordim's Fratrum 

Minor um, 

Conscr l/J turn ad vsum con- 

ventus sancti Petri in 

M 

Monte Aureo 

a Patre Fratre Fulgentio a Columnella ejusdem Institut, Pro^ 

fessore, necnon Apostolici Sacrarij scriptore^ seden- 

te Vrbano Octavo 

lîomx 

Anno Domiîii.M. DCXXXXI 

^ Ce mtssel sort aux aoniversaires des souverains defunts. On y lit Tins- 
cription suivante au dernicr feuillet : 

Regnante Urbano VIII. 

ponltficatus sui anno 

quinto decimo. 
Fr, Fulgentins Brunus a Columneila 
ord. viinorum shiclioris observ. S. Fran^ 
cisci scribebat RomOB tempore R^i Pairis. 
Jrairis for tunaţi Scacchi eiusdein San- 
ctissimi Sacri^te, Jnno Domini. \iS'M 



334 LliS LIVRES DK CIIOEL'H 

Comme ses predecesseurs, frere Fulgence ecrivait sur parche- 
niin en goihique brisee et historiait ses initiales. Ce qui prouve 
d'iine maniere indiibilable qu'il elait miniaturiste, c'est quej'ai 
trouve son nom â ia page iiO, au-dessous de la leltre O: 

F, Fulgentius Brunus. 

II savait api^liquer i'or et lui donner le relief et le briliant pro- 
pres au Moyen-Age. S. Aiulre illustre la premiere page. U est 
adosse â sa croix ct tient de la main droite le poisson, qui est un 
de ses altributs ordinaires. De la gauche ii montre le ciel. Ses 
pieds sont aus, comme ii convient â un apotre, et son nimbe de- 
note la saintete de sa vie. Derriere lui s'etend la mer, pour carac- 
teriser sa profession de pâcheur. Une bordure de fleurs epcadre 
cctte belle page. 

S. Jean-Baptisle est trois fois represente. A sa nativite, on le 
voit lave i)ar la femme qui assiste sa mfere. Debout sous un oran- 
ger, ii annoncc la venue du Messie et preche la penitence. Plus 
loin, ii montre l'Agneau de Dieu, couche pour exprimer son 
elat de victime et tenant Tetendard qui symbolise sa resur- 
rection. 

Lesdeux cliefs du coUege apostolique ont conserve le type tra- 
ditionnel, uşile â Rome depuis Ies catacombes jusqu'ă nos jours. 
S. Pierre se distingue par la clef que le Christ lui a remise pour 
exprimer le [)ouvoir dont ii a ele revetu* ; S. Paul tient un car- 
touche qui fait allusion â ses epilres. 

* S. Ambroisc, dans son scrroon xwvii de Jejuniis el Quadragesima, ne 
paile quc d'unc scule clcf : (n Rc^emus Pctium ut ipsc iiobis tanquam bonus 
jauilor legiie coelestis aperiat. Quoe autem ista clavis sit diligentius requi- 
ramus. Clavem Petri fidcm essc dixerim Petri^ per quam ccelog aperuit, 
pcnetravit infcrna securus, măria calcavit intrepidus. Sancta enim Apostolice 
fidei viitus est ut cuncta illi elementa pareant, hoc est, non illoe angelice 
claudantur januse, non portoe prsevaleant tartari, non aquarum fluenta sub- 
sidant. Ista autem ipsa clavis quam fidem dicimuS) videamus quemadmodum 
constet et quemadmodum solida sit. Arbittor illam duodecim artificum opera- 
tionejc^nflatam ; duodecim enim apoBtolorum symbolo fidea sancta concepta 
est, velut periti artifices in unum convenientes clavem suo consilio conflave- 
runt. Clavem enim quamdam ipsum symbolum dixerim per quod reserantur 



DES KfiLI<ES DE ROME 33b 

A rAssomptioD, Ies apotres sout reunis autour du tombeau, 
landis que la Vierge est portee aux cieux par Ies anges. Cette vi- 
gnetle estdatee de 1642. 

Enfin S. Pierre et S. Paul sont flgures une autre fois avec 
d'aulres attributs. Le livre de la doctrine caracterise leur aposto- 
lat. Le premier a en plus Ies deux clefs traditionnelles» et S. Paul 
brandit le glaive de sa d^capitation. 

8. Le graduel des saints, qui commence â laToussainty est de- 
die aux habitants de la Gour celeste. 11 porte le millesime de 
1660. 

Incipil Graduale San- 

ctorum, quod praeter commu» 

nem vsum a festo Sanctorum 

omnium suwn singulare sumit 

iniiium : eo quod ipsis vna- 

m'milas, idem fuerit a scripto- 

re dicatum, quorurn {uit ho- 

nori conscriptum, a, d. K 1660. 

L'interet se concentre surtout, dans ce manuscrit, sur Ies vi- 
gnettes, qui sont beaucoup mieux soignees que dans Ies autres 
volumes. Je dois citer en particulier celles qui representent TAn- 
nonciation, la Resurrection, TAscension et la descente du Saint- 
Esprit. Au poiut de vue de Ticonograpbie j'insisterai sur Ies sui- 
vantes. La Trinite est exprimee par un double symbole : en haut 
un triangle environne de lumiere et, plus bas, trois sieges egaux 
et parfaileinent semblables. S. Michel, le glaive leve, terrasse le 
demon qu'il precipite dans Ies enfers ct^de la main gauche, tient 
la bălăuce avec laquelle ii [)ese Ies actionsdes hommes. S. Pierre 
et S. Paul sont debout, en avânt Je Teglise du Vatican. Le chef 
des apdtres parle â S. Paul, qui se reconnaţt ă son glaive. 

dial^oli teDcbrae, ut lux Christi adyeniat; aperiuntur conscientiae dansa pec- 
cata, ut justiţia; fulgeant opeia manifesta. Igitur heec clavis ostendenda 
est fratribus nostris, ut ipsi tamquam discipuU Petri inferna sibi reserare, 
ccelos apeiire consuescant. d 
* Anno Domiui. 



336 LES LIVRES DE lHOEUR 

9. L*anliphonaire solennel, An/i/?AonanM>n «o/emne, contientles 
laudes et Ies petites heures des grandes feles. II date de 1691 etesl 
rehaussă de plusieurs initiales, dont quelques^unes â fond d'or. 

Ad laudes el per koras antiphona. 1691 . 

J'allribue au meme artiste inconnu i'office des Tenebros, Offi- 
ciwn tenebrarum^ egalement ecrit sur un parchemin epais et re- 
sistant. 

10. L'offîce des morls, Officium defunctorum^ est signe, une pre- 
miere fois, du nom de fra Francesco de Brandelio, qui ^crivait 
passablement la gothique, mais peignait fort mal, temoin cette 
miniature â piei ne page ou la Mort, assise au pied d'un arbre 
vert, montreaux passantssesdeuxattributs ordinaires : le sablier, 
qui mesure Ies heures de la vie et la faux qui Ies tranche. 

Finis 
F. Franc, a Brand, scrib, 

Vient ensuite Toffice des sept douleurs de la Ste Vierge, qui est 
egalement signe et date de 1732. Le calligraphe n'oublie pas d'y 
nommer Ic Tres-Reverend Pere Antoine de Fondi, qui etait alors 
gardien du couvent de Saint-Pieire in montorio : 

Laus Den 
F, Fi'anciscKs a Brandelio 
scribebat 
In conventu. S, Petri Montis. Aurei. 

An. 1732 
Admodum R. P. Antonius. M". a Fundi tune tenip. Guard. d^. foni'. 

11 . Le psautier pour Toffice du jour comprend en mame teirips 
rhjmnaire. 11 fut execute en 1683, ainsi que le constate cette si- 
gnature illibiblc : 

F ' A ' A ' L' S ' 
1683. 



DES EGLISES DE ROME 337 

Le parchemin, de mediocre qualite, est tanl6t jaune et tantdt 
blanc. Ecrit en minuscule golhique, le volume attire l'altention 
par ses belles initiales bleues ou rouges, quelquefois ă fond d'or 
et historiees. En 1752, le gardien du couventie trouvant en mau* 
vais elat, le fltrestaurer par frere Jean Francois de Fia no, comme 
rindique Tinscription placee au dernier feuillet. Un mot surtout 
est ă remarquer dans ce souvenir transmis ă la poslerile. Cest 
celui qui rappelle la mise au propre du volume, ce que Ies llaliens 
nomment pulire, traduction du latin depolire. En effet, en obscr- 
vant minutieuşement le parchemin, on voit qu'il a ele racle et 
comme Tecriture ancienne n'a pas complelement dispăru, elle 
forme un yeritable palimpseste. 

Psaltcrium Diurnum 

mulu's hymnis additum 

instaware ac depolire 

fecit, per frat : Jolian- 

Franciscum Terra: 

— riarii 

Reverendul Pater — 

Lodovicus a Buri] o 

— Mâner io — 

hujus conventus. S. 

Petri in Monte Aureo 

— Guardianus — 
Anno Domini — 1752. 

12. En 1756commence la decadence. Au lieu du velin on em- 
ploie le papier. Cependant la gotliique se maintient encore, avec 
Ies initiales en couleur. f/cst ainsi qu'a ele execute par le 
frere Fran goi s de Fiano, (jue nous connaissons deja, le Cantorino 
primo, qui contient Ies messes solcnnellesetaussicellesdes fetes, 
le tout exlrait \.Vauteurs recommandables. Nous aurions aime â sa- 
voir qui ils sont, et quelques lignes de plus nous l'eussent facile- 
ment appris. 

Voici la signature, telle qu'elle est apposee â la fin de cet in- 
folio interessant : 



338 LES LIVRES DE CHOEUR 

Librum hune 

fn tisum chori S. P, in M. Aînreo 

sacratum 

XV parU'm festivasj partim solemnes. Missas 

• Contmentem, 

ex quibmdam probatissimis auctoribus dele^^. 

scripsit F. Francisciis a Fiann 

• Jussu. 

R. P. Francisci Marix a Promeste 

ejusdem conventus Guardiani Vigilantis^K 

Anno Incamationis Dominicx. 

' C13 • ID .CCLVI. 

43. Le Cantorino seconda^ comprenant dix messes solennelles 
que Ton peut chanter ă volonle, a ete compose et acrit sur papier 
en 1776, par le directeur du choeur, qui en rapporte ă Dieu seui 
rhonneur et Ia gloire. 

Soli Deo hono)\ et gloria 
Librum hune 
ad itsum chori S. 
Petri in monte aureo 

sacratum 

decern Missas solemni- 

ores canendas ad libitum, 

P. Moderator 

cotitinentem 

composuit^ scripsit que eius- 

deni Ckori Moderator 

Jussu R. P. Matthcei a 

Roma Guardiani vigilantissimi 

Anno Domini 1776. 

14. Le Cantorino terzo est Toeuvre egalement anonymc du 
mame directeur. Ecrit comine le precedent en 1776 sur papier 
et en gotbique, ii comprend vingt messes pour Ies fetes de 
deuxieme classe et Ies annuels. 



DES EGLISES DE ROME 339 

Lihrum hune 
ad usum chori Sancti 
Petri in Monte aureo 

sacratum 

viginti missas pro Fe- 

stivitatibus 2« clas. et annualibus 

continentem 

romposuit scripsitque 

ad majorem Dei gloriam 

eiusdem chori Moderator 

Jussu 

R. P, Matthei a Roma 

eiusdein Conventus Guar- 

diani vigilantissimi 

A. D. 1776 . 

e dernier volume date de 1788. 11 â pour litre : Graduale 
>anctorum et commune. Trois religieux y ont mis la main. 
! Gaetan de Rome a signe en qualite de miniaturiste, au- 
; d'une bordure rehaussee d'anges tenant Ies insignes du 
3, la palme et la croix, et ceux.des dignites ecclesiastiques, 
le cbapeau de cardinal, la mitre et la crosse : 

P. Cajefanus a Roma delineavit et pinxit 

fiiliales â personnages soni Tceavre du Pere Joseph de 
el Tecriture du Fere Frangois de Roffino, qui s'est charge 
rmer le chant, d'en enlever Ies fautes, de le rendre plus 
t plus naturalei, au besoin,a compose de nouvelles melo« 
ilre Ies messes ponr Ies fâtes mobiles, celles du propre du 
Ies sainls et du commun, on y irouve diverses manieres de 
' le Kyricy le Te Deum et le Credo. Un index, clair et exact, 
s religieux dans leurs lecberches au milieu de celle 

Ad 

Dei opt. max. hon. 

necuon 



340 LES LIVRES DE CHOEUR 

jussu reverendi Patris Mărci a Civetia 
hujus ven, * Conventus S. Petri in 
Monte aureo. Guard, 
vigilantissimi 
missas tam de festis mobilibus^ quam de tem 
pore, atque etiam de sanctis proprias 
et de Comm, Liber ipse complectens 
Jux^ etiam noviss. Missalis Rom, Seraph. Ref. * 
quseque in Choro^ ac prassertim m sacro Princi- 
pis Apostolorum sacello decantări solent, vel re forma- 
vit vel a mendis expolivit, aut faciliores naturalesque reddi- 
dit aut de novo prorsus modulavit; atque tandem omnes con- 
scripsit, una cum Kyrie^ Angelico Hymno^ et Symbolo di- 
versimodo concinatis; atque claro, distinctOj exactoque 

Indice, prasfati Coenobii 

P, Franciscus a Roffino eiusdem 

Chori moderator 

majusculis autem coloratis 

literis, ac emblematibus Librum 

omavit, auxity locupletavit in sor- 

tem laboris adscitus 

Scriptoris in cantu Socius. 

id est P, Joseph â Tergeste 

anno a partu Virginis 

cioioccLxxxvur 



SAINTE-CROIX DE JERUSALEM. 

Lcs in-folios de la basilique sur lesquels chantaient autrefois 
Ies Cislerciens ont âte transportes du cbceur dans la biblioibeque 

* Les eglibcs ct couvents, qui n'oiit pas de titre pai ticulior, prcnnent celui 
de veiierablf. 

* Le» Fraiiciscaiiis unt un missel proprc, dont Ic misscl romuiii fait le fond. 
II est qualifîe ici mixsel ronmin seraphiqae reforme, ce qui iudique'sa com- 
position, son usagc et sa correction par la Saciee Congregation dcb Kites. 



DBS âGLISES DE ROME 341 

de l'abbaye voisine, ou ils senrent ă l'etude de la paleo^rapiiie, en 
raison de leur antiquile. Ici plus de noms d'artistes, mais des vers 
ou des inscriptions commemoratives qu'il est utile de recueillir. 

1. Manuscrit cote G XII (XII** siecle). 

L'ecrivain se rejouit d'arriver â la fin de son long travail, 
comme Ie nautonnier entre joycux dans Ie port. II offre ă Dieu ses 
fatigues et se recommande aux pri^res des lecteurs. 

Vt gaiidere solet fessus lam nauta labore, 

Desiderata diu bttora nota videns* 

Haud aliter scriitor * optato fine libelli 

Exultat, uiso lapsus * et ipse quidem .\ 

Deo et Domino nostro omnipotenţi inuisibilium atque 

uisibilium creatori, honorem deferens orati- 

onibus vestris iuuando me credo, 

2. Manuscrit du XIII« siecle, cote G XVI. 

L'ecrivain insiste sur Ie labeur inseparable de sa posilion etdit 
que celui-lă seul peut le comprendre qui y a goute : 

Scribere qui ne sit ' nullum putat esse laborem 

3. Manuscrit du XIV» siecle, cote G XXIV. 

Le copiste loue Dieu qui a mene son oeuvre patiente ă bonne 
fin ; mais, content i!e lui, ii arfirme qu'il vaut mieux prendre des 
leţons que de niontrer son ignorauce en ecriture : 

Laus tibi sit, Xpiste, quum liber explicit iste. 
Primo disce quam ignoranter scribas, 

A. Autre manuscrit du XIV* siecle, cote G XX. 
La conclusion nous apprend que ce manuscrit fut doime au 
monastere de Sainte-Groix de Jerusalem, qui appartenait alors 

* Sic pour scriptor. 

* Sic pour lasstis^ 

* Sic poor nescil. 



342 LES LIVRES DE CHOKUR DES ÂGLISES DE ROMB 

aux ChartreuXy par le comte Nicolas Orsini, le 5 septembre 13iM. 

hte liber donatm est monasterto Sande Cruciş in Jerusalem de Urbe^ 
ordinis Cartusiensis, per Magnificum virum Dominum Nicolaum de 
VrsiniSj Nolanum et Palatinum ac Soleti C omitem j Anno Domini mii- 
lesimo trecentesimo nonagesimo, die quinto mensis Septembris^ quarU' 
decime indictionis, Et anno etatis ipsius Comitis quinquagesimo rum 
tnchoato die vicesimoseptimo proximo preteriti mensis Augusti. 

X. Bărbier de Montault, 

Camerier de Sa Saiotete. 



ETUDES 



D'ARCHEOLOGIE MYSTIQUE 



SUR 



s Maladies, Ies Irr^gularităs et Ies Difformităs corporelles 



yjL. 



NOMMEES DANS L ECRITURE-SAINTE 

pouR d£signer les imperfections morales et LES VICES 



DIOXI&MB ARTICLB "' 




NFiRMiTi^s d6sign6es dans TEvangile avec UDe iotention 
d'allusion : 



i« La surditâ * ; 

â*^ Le mutisme ; 

3^ Les blessures ; 

4* L'hydropisie ; 

5"* L*arl !it6 des membres 

6** Les ulceres ; 



7*» Les fifevres ; 
8* L'bâmdrragie ; 
9® La paralysie ; 
IO*" La Ifepre ; 
ii^ La possession ; 
12* La mort. 



!• Surdite, — La surditâ spirituelle est la râsistance muette, 
lais Yolontaire et obstin^e aux pr6ceptes 6vang61iques et Tinfrac- 
on de ces prdceptes '. « Li sors, lit-on dans les Bibles moralisâes, 



• Voir le numero precedent, page 252. 

** I d*un £vangile du sacre des Rois de France. — Bibi. de Reims. 

^ La excită spirituelle a deja ^te expliqu^e dans le cbapitre pr6c6deat. 

' Sardi in Evangelio significantur qui non exhibent obedientiam praece- 
torum. (S. Isid. Hisp. Alle[for,) 

Per sardum autem, eo qui inobedientiae... morbo detinentur. — Surdom 
roTebit, qui inobedientiae... morbo laborantem producit (Hesych. Hieros. 
nLeviiic.^ p. 50'i.) Per surdum autem et cscum, eos qui inobedientiae et 



:U4 6TUDES D ARCHfeOLOGIE MYSTIQUE 

s^nefie cil qui ne poet oTr la parole de TEvangile. » Sur la miniatore 
correspondante, on voit le livre des Evangiles gisant par terre, oi 
le sourd spirituel Ta jet6. 

^* Mutisme. — Le mutisme spirituel est r6tat de Târne qui ne 
confesse la foi chr6tienne ni par la profession des lăvres, ni paria 
saintet6 des moeurs, ni par la confession de ses p6ch6s, ni par Ia 
prifere *. ^ 

3* Blessures et plaies, — Les blessures spirituelles consid6r6es en 
g6n6ral sont les atteintes effectives de Tesprit de perversitâ : elles 
embrassent aussi les râsul tats de ces atteintes, c'est-ănlire toutes 
les sortes d*infractions aux pr6ceptes 6vang61iques. Sclontousles 
intcrpretes sacrâs, c'est dans ce sens qu'il faut entendre la parabole 
du voyageur assailli par des malfaitcurs, d6pouill6 par eux et coo- 
vert de plaics, en se rendant de J6rusalem ă J6richo. Ce voyageur, 
disent-ils, est le genre humain, cxpuls6, en la persoane de son 
premier p^re, du paradis dont J^rusalem est Tembleme et exil^ 
parmi le monde, repr6sent6 par J6richo. Les voleurs soot les 
esprits de t6nebres ; les biens dont ils ddpouillent rbomme soot ses 
bonnes oeuvres et ses vcrtus ; les plaies dont ils couvrent son corps 
sont les p6ch6s de toute sorte, qui d6naturent Ia beautâ et Ies 
facultâs de son âme, en en altdrant la sant6 '• 
• 

ignorantiae morbo detinentur, lex innuit, ad quos Isaias dixit : c Sarâi,iii- 
dite, et caeci, intuimini ad videndum > ; hi non maledicendi sunt, sad ad- 
. monendi, si tamen eos converti volumus (Ibid. in Levitic.^ p. 438.) 

Genus humanum... et homo amisit auditum, dum perdidit obedienţii 
virtutem. (II. deSancto Vict. Allegor, in Nov. Test, m, 5.) 

^ Muţi in Evangelio signidcantur, qui fidem Christi non confitatnr. 
(S. Isid. Hispal. Allegor.) 

Sedente ergo Domino in monte, id est, coelorum arce regnante, torkt 
lidelium illi appropinquant, ducentes secum mutos, caecos, daudos, deM- 
les... quia eos qui confessionis Terbum in ore non habebant... evangeiis 
documentis ad fidem convertuntur. (R. Maur. in Matlh. v, 15.) 

Genus humanum... et homo amisit loquelam, dum perdidit confesiioitf 
divinitatis. (II. de S. yidov.. Allegor. in Nov, Test, iii, 5.) 

' Vulnus est peccatum : ut in Job (xvi, '15) : c Gonscidit me vulnereişff 
Tulnerem ■, id est, peccato super peccatum in quibusdam, qui mibi ff 
fidem inhoerent, etc. Perplagam, peccata : ut in Evangelio : c etplagisi*' 
positis abierunt (Luc. x, 30) > : quod daemones, primis parentibas noftn> 
peccatis inflictis, recesserunt. (Rab. Maur. Allegor.) 

In inflrmis suis sancta Ecclesia vulncrc super vulnus conciditort cpaiii 



feTUDES D ARCHtOLOGIE MYSTIQUE 345 

Les blessures des divers membres et des divers sens corporels 
difl&rent les unes des autres par leurs significations. Chacun des sept 
p^ch6s capitaux et plusienrs de leurs d^rivations ont leurs emblemes 
spâciaux dans ces difT6rentes blessures. 

La blessure des yeux sp6cifie le p6ch6 d'orgueil, car ce vice, disent 
les Pferes, fausse la vue, c'est-ă-dire pervertit le jugement dans 
Tordre spiritucl ; ii 6teint ainsi dans les âmes la crainte salutaire 
de Dieu et la juste appr6ciation de leur misere personnelle *. 

Les narines repr6sentant le flair de l'odeur de vie et le flair de 
Todeur de mort, c'est-ă-dire le discernement du bien et du mal et 
la complaisancc cn Tun ou cn Tautre, la blessure des narines 
exprime par sa nature le p6ch6 d'cnvic, c'est-ă-dirc, le sens de 
l'odorat intellectuel devenu maladc et s'irritant aux moindres 
atteintes du parfum de la briliante renomm^,e et des bonnes ceuvres 
d'aulrui '. 

La blessure des oreilles est Tembleme de la colcre, parce que 
rhomme irascible ne peut, sans etrc irrit6, supporter les correc- 
tions, ni les conseils, ni les reproches. La blessure des oreilles 

peccatum peccato additur, etc. (S. Gregor. Moral, in Job^ xvi, 30, et 
Hesychius Hieros. in Levilic, lib. iv, r. 3. pag. 277-278.) Homo qui de- 
scendebat ab Ilierusalcm in Jericho, et incidit in latrones, ipsic Adam de- 
monstrat, qui... cum descendit de Paradiso coelesti in mundum, incidit in 
Angelos tenebrarum (S. hidor. Hisp. Allegor.) 

* Septem latrones sunt septem capitalia vitia... Superbia vulnerat cum 
horaincm in oculis, ne boc (spoliationem suam) videat, aut timeat : et ne 
videat conditionem fragilitatis su» (Vine. Bellov. Spec, moral, Depeccaio in 
generali), 

* Invidia vulnerat (hominem) in naribus, ne bonum odorem proximi sus* 
tineat. (Id Ihid.) — Odorem, inquit (Apostolus), id est, suavem famam 
notitiae suae manifestat per nos in omni loco. id est, ubicumque praedica- 
mus : quia sumus odor Ghristi bonus et suavis Deo, et isi non ita vobis 
odor Ghristi, id est puritas nostraî conversationis Christum redolet, et prse- 
dicationis nostrae longe lateque spirat fragrantia. Paulum apostolum bene 
agentem, bene viventem... fama usquequaque disseminabat. Qiiidam dili- 
gebant,quidaminvidebant. Illi qui diligebant, bono odore vivebant : illiqui 
invidebant, bono odore peiibant. Ideo percutientibus non malus odor, sed 
bonus erat... Et diligebant eum, qui in illo diligebant bonum (quem seque- 
bautur) odorem. Alii autem, quanto magis ei invidebant in gloria pra^dica- 
tionis, et in vita inculpabili, tanto magis invidia torquebantur, et occide- 
bantur bono odore (S. Anselm. Cantuar. in IL Epist, ad Corinlh, cap. n.) 

10ME XVII. 25 



346 ETUDES D AUCHEOLOfilE MYSTIQUE 

repr^senle aussi TiDsensibilit^ ă la voîx de Dieu, et cons^quemmeDt 
la răsistance aux enseigncinents de la foi et h la volontâ divine ; Tob- 
stinatioD, rendurcissement^ rindocilit6 orgueilleuse, la r^pulsionoQ 
le m^pris de la parole ^vangdiquc. Elle figure ^galement toutesles 
sortes de pâch6s dont Toreille se fait Torgane : racquiescement ă la 
calomnie, ă la d6tractioD, aux paroles licencieuses \ 

Les mains 6tant Tembleine de Taction, Ies blessuresetla fracture, 
la contraction et Tinvalidit^ quelconque de cet organe repr6sentent 
la corruption et la pervcrsit6 des actes, notamment de ceux qui, 
mdtaphoriquement du moins, s'accomplissent par Ies mains : telsla 
violence, la rapine, Textorsion, la r(3pulsion des nâ^essiteux ou des 
suppliants, et encore aussi Tavarice dans le sens 6tendu qu'on Iui 
pretait au moyen-âge, sp^cifiant, outre son sens particulicr, lasoif 
efifr6n6e des richesses et rafîection dâsordonnee aux choses maW- 
rielles et transitoires. 

La blessure faite au cwur, et qui, m6taphoriqucment parlant, 
semblait devoir le rendre incapable de retenir quoique ce fAt el 
d'en etre rassasi^, 6tait ([»galement, a ce point de vue, l'embleme de 
la soif insatlable et ă jamais inassouvie dos satisfactions temporellcs^ 

La plaie spirituelle de la bouchc, celle du palais, si6ge du gout, 
et tout mal qui corrompt ce sens et qui putr^fie l'haleine, repr6- 
sente la gourmandise. Parmi les sept caracteres de Tbydropisie spi- 
rituelle que Ludolpbe de Saxe montre comme Temblâme des sept 

* Septem latroncs sunt septem capitalia vitia. Ira... vulnerat aures, ne 
homo possit susţinere verbura correctionis vel admonitionis, vel prasceptL 
(Vine. Bellov. Spec. moral. De peccato in generali.)— Auricula incisa,&a- 
ditum (signat) ad inobedientiam secans. (Ilesych. Ilierosol. in LcvUie.)^ 
Aure amputaţi sunt, qui verbo Dei non obediunt, non faciendo quae jussa 
sunt. (S. Isidor. Hispal. in Letitic, 21.) -- Aurem amputatani babei, qai 
inobedientiae morbo languet, qui detractationibus gaudet, qui delectatur 
turpibus audit'ibus^ qui bonos sermones aversalur. (Hcsycbius Hierosol. m 
Leviiic. lib. vi.| — M6me texte, et dans les memes expressions, dans lei 
commentaires deRaban Maur. 

- Alanus vel pedum contritiones, diripicntes et violantes, superbos sdli- 
cet et avaros signant. (Ilesycb. Hier. in LcvUic.)— Manus nequenon pedei 
siderati, atthti vel etiam abscUi, actioiies indicant depravatas. (Pier. Val 
Lib. 36. De mânu.) •» Avarilia vulnerat raanus, ut cas ad proxmummi- 
sericcrditer extendere (homo) nequeat. Similiter et cor, ut impleri oou u* 
leat. (Vine. Bellov. Spec. moral. De peccato in generali,) 



6TUDES d'ahcheolo&ie mystique 347 

p^h6s capitaux, ii place la fâtidit6 de la bouche et en fait Tem- 
bl^me correspondant ă la gourmaDdise ^ 

Les pieds signifiant Ies mobiles spirituels des actions de rhomme 
et en mame temps son progres dans la voie de Dieu ; les blessures 
qui en paralysent le mouvement et rendent leur marche impossible 
signiQent g6n6ralement les actions perverses. Eatre Ies p6ch6B ca- 
pitaux elles spăcifient la paresse, ou stationnement et immobilitâ 
dans les senticrs spirituels *. 

La blessure des reins fait allusion ă toutes les excitations de la 
concupiscence et de la sensualit6. Dans la comparaison que 
Vincent de Beauvais fait des sept p6ch6s capitaux avec sept bri- 
gands qui d6pouillent Thomme et le blessent en divers endroits de 
son corps, ii donne, avec tous les docteurs de Tflglise, cette mfime 
interpr^tation ă la blessure faite aux reins '. 

4® Hydropisie. — L'enflure, soit universelle, soit partielle du 
corps humain, correspond au p6ch6 d'orgueil. L'orgueil ou enflure 
du coeur, nomm6 par les moralistes chr6tiens a inpatio, tumor men- 
tis^ elatio, vanitos înfiata » , est en effet, dans Tordre spirituel, une 

' Habet hydropicus... oris foetorem. Sic gulosus, oris corruptionem. 
(Ludolph. Saxon, in Vit, Christ, Part. i, cap. 80.) 

* Contritionem manus et contritionem pedes habent illi, de quibus David 
psallebat : a Non veniat inihi pes superbiae, et manus peccatorum non mo- 
veat me i : videlicet, diripientis et violautis. (S. Isidor. Hispal. in Levitie, 
XVIII.) — Prohibetur sacerdos ne sit fractus pede... id est, ne amittat vir- 
tutem bene procedendi in virtutibus (S. Thom. Aquin. Summ. iheolog.) — 
Fracto autem pede... est (sacerdos) viam Dei quam docet pergere non sta- 
det. (S. Isid. Hispal. in Levitic, xviii.) — Pigritia furatur (homini) equum 
corporis, dum totum corpus occupat : pedes vulnerat, ne de Is^cu miserise, 
aut de luto peccati exeat. (Vine. Bellov. Spec. mor.De peccato in generali,) 

' Luxuria furatur (homini) braccas continenţiae, et vulnerat in lumbis. 
Spec, Moral.) 

Cest encore dans ce sens que les interpr^tes des Livres Saints expliquent 
ccs paroles du livre de Job : c In lumbis quippe luxuria est. t> Ubi notan- 
duro est quod non ait c yulneravit i , sed « convulneravit i lumbos meos. Sic 
cnim loqui aliquando unius est, coUoqui vero duorum vel fortasse multo- 
rum. Sic antiquus vatis quia nos ad culpam sine nostra voluntate non ră- 
pit, nequaquam lumbos nostros vulnerare, sed convulnerare dicitur : quia 
boc quod nobis iile male suggcrit, nos sequcntes et voluntate propria im- 
plemus : et quasi cum ipso nos penitus vulneramus, quia ad perpetrandum 
malum ex libero simul arbitrio ducimur. (S. Gregor. MoraU cap. xvi, 
art. 2G. 28.) 



348 fiTUDES D ARCHEOLOGIE MYSTIQUE 

4es maladies de Târne ^ Saint Bonaventure donne l'orgueil poar 
sens spirituel ă TenAure qui constitua la sixl^me des plaies d'Egypte, 
plaies qui soni, dit-il, «la figure des septp6f:h6s capitaux. La sixieme 
plaie, dit ce docteur^ fut a vesica turgens et ampulosa », ce qui 
signifie une enflare et marque le p6ch6 d'orgueil •. » La sixieme 
plaic, dit aussi saint Isidore de S6ville, frappa Ies Egyptiens d'ol- 
c^res accompagn6s d'ampoules et d'une sensatioii do brulure. Les 
ulceres sont la fîgure de la malice et de la corruption de ce siecle : 
les ampoules, de renflurc et de la boulTissure de Torguril ; et la 
sensation de brâlure, de la colere et de la fureur iiisens6e ' ». 

L'hydropisie a trois significations : 

1* Cest en vue de Tenflure qui en est le caractere le plus sensible, 
que rhydropisie figure le p6ch6 d*orgueil *. Aussi, dans sa Vie de 
Notre-Seigneur J6sus-Ghrist, Ludolphe de Saxe a-t-il intitula ainsi 
le chapitre consacra ă la relation de la gu^rison de Thydropique : 
« De hydropico, et exhortatione ad humilitatem *. » 

Cest ă raison de son enflure, que le crapaud, dont la conforma- 
tion le fait ressembler ă une masse boursouffl6e, est, uniquemeat i 
ce point de vue, Tun des embl^mes de Torgueil. « Les orgueilleox 
dit le Miroir moral de Yincent de Beauvais, sont comparables au 



^ Inflaţie est, quando quis tumora cordis turgescit interim. (D. Anselm. 
Cantuar. in ii ad Cor, cap. xiii.) — Yanitas inflata. (Alb. Alcuin. Flacd 
Lib. Be div. offic. Cap. In cupile jcjunii.) — Elati quoque 8unt, qui efft'- 
runt supra mensuram suam, vel qui majorum institutis non acquiescunt, 
dum nolunt pati priorem vel părem. [D. Anselm. Cant. in Ep. ad Rom. 
cap. I.) — On lit au Livre des proverbes c (Deus] disrumpit illos inflatos 
sine voce » (iv. 19). 

* Sexta plaga fuit vesica turgens et ampulosa, et hoc signiiicat inflatio- 
nem, etpeccatum superbiae. (S. Bonavent. De pracceptis secunda: iabuU.) 
s Ulcera post hxc et vesicaa cum fervoribus sexto in verbere producuntur. 
In ulceribuSy arguitur dolosa hujus saeculi et purulenta maliţia : in vesicis, 
tumens et inflata supetbia : in fervoribus, ira ac furoris insania. (S. Ud. 
Ilispal. m Exod, xv.) 

^ Uabet enim hydropicus corporis tumorem : sic supcrb^js, cordis infU- 
tionem (Ludolph. sax. VU. Chnst. i. 80. Et ibid. iUd. ii, 30).— Superbi... 
similes sunt hydropico et superbia hydropisi, quae primo fjclt bomiiieio in- 
flare per indignationem cum tangitur correctione, poftea crepare percoo- 
tumeliae irrogationem. {Specul, moral, Lib. iii. Dist. i. Pars. 3. — Ibii 
ibid. Distinct, vui. Part. 2.) 
• Ludolph. Saxon. Vit, Christ. i, 80. 



ETUDES D*ARCHEOLOr,IE MYSTIQUE 349 

crapaud. Quand on pique cet animal, le venin qui sort de sa plaie 
augmente encore sa bouffissnre et ii 6panche avecv sa vie ce poison 
acre et p6n6trant. De plus, ii roule des yeux monstrueux et allumăs 
par la oolere jusqu'au moment ou cctte enflure Ies rappetisse et Ies 
6teint. Ainsi en est-il du superbe : Torgueil trouble Tceil de son 
âme, c/est-u-dire son jugement, en faussant pour lui Ies objets et 
lui faisant voir toute chose au point de vue de sa passion *. » 

A cause de l'ennure qui Ies caract<^rise, Ies ampoules, Ies furoncles 
et tous Ies d6sordres physiques qui liennent de la forme bombâe 
des tumeurs, sont, dans TEcriture et dans le langage biâratique, 
Tune des exprcssions Ies plus usit6es du vice d'orgueil. La mSme 
signification est attachco aux exub6rances et aux boursoufflures 
des maladies de loute especc *. 

2° Au point de vue de la soif inextinguible qui accompagne Thy- 
dropisie, cette infirmit6 repri^sente Tavarice, dont Tun des princi- 
paux caracteres est de ne pouvoir assouvir son aviditâ '• 



> Superbi similes sunt bufoni, qui cum pungitur, adeo veneno inflatur, 
quod crepando venenum emittit et infuudit. {Sapient, iv.) c Disrumpet Do- 
minus eos inflatos sine voce. » Monstruoscs babet oculos ex quibus spirat 
ignis iudigmitionis, qui protcndunt usque ad extrema terraa; prae tiimore 
niiuio sic est ejus facies influta, ut apertos non babeat oculos. Superbia 
enim est macula qua^ in oculis nascitur, dum quis de eis quae videt in se 
vel sentit de se, exoecatur superbiendo, ut non agnoscat a quo bona sint 
vel cujus sint, vel ad quod data sint. (Vine. Beliov. Spec, mor. iil. List. i. 
p. 3) 

• Vesica est tumor, ut in Exod. ix. 9 et 10. — « Vesic» turgentes » : id 
est. tumores superbientes. (îlab. Alleg, in univ. Script. Sacr.) 

' Ilydropicus, quilibet avarus.., quod avarus, quo magisbabet, eo magis 
babore cupit : sicut bydropicus, quo ampli us bibit, eo amplius sitit. 
(Ibid. ihid.) 

Hjdrops, avaritiam, fandam cupiditatem... signat. (Lud. de Alcazar, In 
epocal. Comment. cap. 21.) 

Avaritia facit hominom insatiabilem : unde avarus comparatur bydropi- 
co, qui bibit, ct numquani satiatur : unde dlcit Eccl. v, < Avarus non im* 
pletur pecunia ». (S. Honavcnt. Dicta salut. De avaritia.) 

Hydropicus cnim, quo umplius bibit. eo amplius sitit : sic et avarus, quo 
mngis pecuniam angct, co magis pecuniar siti ardct. (S. Anselm. Cantuar. 
EtiaiTiil. 1)1 I.uc. XIV.) 

Habet enim bydropicus.... sitis ardorera : sic avarus qunnlo plus de divi- 
tiis bibit, tanto plus hitit. (Ludolph Saxon, iu Vit. Chriat. i. 80.) 

Specialitor antem bydropicus avaritiam designat, quia bydropicus quanto 



350 pXUDES D ARCIitOLO/in: MYSTIOUK 

Au point de vue du poids que porte l*bydropique et qai conatitue 
un fardoau, rhydropique, semblable aux bossus selon l'ordre spiri- 
tuel, reprâsente Târne chargăe de p^chds ou de vices *. L'embon- 
point, ă, son me^uvais point de vue, est d'ailleurs Tembleme de ia 
surabondance et de la r^plătion des jouissances sensuelles de toute 
sorte *. Unanimit6 sur ce point parmi Ies ^crivains sacr6s. 

Ludolpbe de Saxc, rench^rissant sur tous Ies autres sainls 
doctcurs qui ont răpete cette allusion, signale sept coracteres mor- 
tels rdunis dans 1 hydropisie, ct Ies assimile aux sept vices, doot 
cette maladie est quelquefois Tembleme '. 

Par Ies nţemes motifs^ rob6sit6 spirituelle a le mame sens que 
rbydropisie, et correspond a l'orgueil et ă la sensualitâ *. C*esl 

magis abundat humore inordinato et quanto plus bibit, tanto ampliusâtit : 
sic avarus, quanto est copiosior dititiis..., et quo plus divitiis adeptus fue- 
rit, tanto plus sitit. (Ibid. ibid. De hydropico et exhortatione ad humUi- 
iatem et misericordiam,) 

' Hydropicus, qucin Dominus curavit, demonstrat et bos, quos fluxos 
camolium voluptatum exuberans adgravat. (S. Isid. Hispal. AlUgor,) 

* Adeps, carnalis laetitia (signat). (Rab. Allegor, in univ, Seript, Sacr.) 
— Adeps, belluinam hominutn partcm signiiicat. (Suivent do longs d^tails, 
dans Hcsycbius Ilier. in Lcvilic. i.) — Sicut enim ex abundanti cibo adeps, 
ita cx abundantia reium superbia nascitur qua> impinguat mentem diTitis, 
dum elevatur anima superbientis. Superbia quippc cordis, quasi quaedam 
pinguedo est crassltudinis. Unde, quia plerique ex abundantia peccata pe^ 
peti*antur, per Propbetain dicitur : c Prodiit quasi ex adipe iniquitas eo- 
rum. (S. Cregor. Moral. xv. 21.) 

^1^ Habet enim bydropicus corporis tumorem, sic superbus, cordis in- 
flationem. 

2* llabet spirituum compressionem : sic invidus bona compriroit, ne pu- 
blicentur et veniant ad lumen. 

3** Sitis ardorem : sic avarus, quanto plus de divitiis bibit, tanto plus 
sitit. 

4» llumorum indigcstionem : sic iracundus per iram diminuit dies suosi 

b^ Pedum pigritiam : sic acediosus pigritiam affectionum et cogitationum 
ad bene sperandum. 

70 Oris foetorem : sic gulosus, oris comiptionem. (Ludolph. Saxon. Vit. 
Christi, part. i, col. 85.) 

* Repudiatur etiam (Sacerdos) si sit... ponderosus, qui scilicet gestat 
pondus turpitudinis in corde, licet non exerceat in opere. (8. Thom. Aqoin. 
Summ. theol.) 

Ponderosus vero est, qui, etsi turpitudinem non exercet in opere, sed ab 



ETUDES DARCHEOLOlilE MVSTIQUE 351 

daDS Ic sens de Torgueil et deTavarice, que tous'les saints inter- 
prătes entendeDt rinterdiction du L6vitique qui exclut Ies obeses et 
Ies bossus des ordres sacr6s. On voit, au folio 32 d'une Bible ysto- 
riale maDuscrite de la Bibliotheque Richelieu, des miniatures cor- 
respondantes ă ce verset 18* du 21" chapitre du Lăvitique. Sur 
Tune, le grand-pretro des hâbreux, debout, repousse de Tautel, 
par un geste fort ^nergique, un groupe compos6 de camus, de 
bossus, d'obeses. On lit au bas : « Hic a Domino inflati gibbosi 
reprobantur. Li enfl6s..., li camus, sont r6prouv6s de Notrc-Sei- 
gneur par Moyses. » L'autre miniature, qui explique Tesprit de ce 
texte, repr6sente un clcrc en longue tunique blanche, assis, tenant 
une bourse enfl6e, ct regardant avidement un d6mon noir ă ailes 
de chauve-souris (vespertllio, terrenorum cupido) agenouill6 devant 
un vaste coffre-fort et y puisant ă pleines mains. La 16gendo est 
ceci : « Per inflatos, qui sunt turgidi etinvidi, signiQcantur superbi 
et ingraţi : per gibbosos, cupidi et avari, et nihil pauperibus dare 
volunt. Les enfl6s et gros sont orguilleus et non pas mis6ricors : 
Ies bocus sont aussiavciricieus. Tous ceuls-cisont refus6s de Dieu». 

Nous trouvons dans une autrc Bible manuscrite et ystoriale de la 
meme provcnancc, des miniatures identiques avec les memes corn- 
mentaires. Les 16gendes sont celles-ci : « Les enfl^s, les camus et 
les bocus sont r6prouv6s de Dieu. Les enfl6s et les gros sont les 
orgueilleux. Les bocus sont les avaricieux. Celui qui a le nez bocu 
signifie cels qui ont haultes (orgueillcuses] paroles en leurs bou- 
ches * )). 

Par extension et en vertu des principes qu'on vient de lire, Tby- 
dropisie, rob6sit(^ repr^scnlent non-seulement les p6ch6s d'orgueil, 
de sensualit6, d'avarice, mais quelquefois le p6ch6 meme en g6n6ral, 
ou le p^cheur charg6 de vices, et selon le texte de l'Ecriture, c en- 
fantant Tinjustice et l'iniquit^ », ou meme encore le Dămon, qui est 
une massc et l'assemblage par excellence de toutes les perversit^s. 
Tous les demons de la legende de saint Benoît, sculpt^s sur les t^ha- 
piteaux de la crypte de la basilique de Saint-Denis in Francîa, sont 
obeses. 

Le p6ch6, spc^cifjquement, est repr6sent6 dans la Bible manuscrite 

hac cogitationc continua sine moderamine gravatur in mente. (S. Isid. 
Hispal. in Ltvit, xviu.; 
« Mbc. 250. - 6829. - Msc. 7268 fol. 22, Levit. 



352 6TUDES D*ARCHEOLOGIE MYSTIQUE 

de Jeanne d'Evreux (bibliothăque Richelieu] sous la forme d'ane 
femme absolument oue, monstrueuscment aRlig^e d*hydropisie ou 
d'ob6sit6. L*(^pisode oîi elle paraît est le moment ou Dieu pourvoit 
de vetemcnts Adam et Evc crirainels et ou Tange de la vengeancc 
Ies cxpulse du Paradis. A c6t6 de la miniature historique etparcon- 
s6quent litt6rale, est celle du sens spirituel qui met en action ceite 
glose : « lee que Dex boutc fors Adam de paradis et li vesti la cote 
(vetement), s6n6fic Hucrist qui bote p6chi6 fors de son regneet 
trabuche en cnfeD). Ce « p6chi6 bot6 en enfer », c'est, nous 
venons de le dire, une femme sans vâtements, ehez qui une enflare 
des plusmonstrueuses denote Thydropisie ou Tobdsitd, et que Jfea»- 
Christ pousse par Ies deux 6paules et precipite dans Tabîme. 

Abstenons-nous d'autres exemples. Ajoutons seulement ici que 
dans Ies oeuvres de Tart hi6ratique, la nature de T^pisode ou l'by- 
dropisie m^tapborique est mise en sc^ne en fait aisăment dis« 
corner le sens. 

^"^Aridite des membres, — L'aridit(5 ou dess^chement des membres 
apour effet, commc la paralysieelle-niâme, Tinaptitude ou TinsufB- 
sance au service, au mouvement et a Taction. L'aridit6 spirituelle 
est la st6rilit6 de l'âme. Le pied dessdch6 ne peut supporter le poids 
du corps ni lui procurer la locomotion, la main dess6ch6e ne peut 
s'dtendre ni agir. Ainsi, l'âme aride et sterile ne produit ni fiuits 
de salut, ni progres dans la voie du bien, ni Oîuvres de justice et de 
saintet^ ^ 

6*» Ulceres, — La nature des ulc^res est de d^vorer et de d<5com- 
poser Ies chairs. Leur guerison est difficile et ne s'efTectue qu'avec 
lenteur. L*ulcere spirituel est la pers6v6rance dans le mal et Thabi- 
tude de le commottre, qui se changent en perversion *. C'est le sens 

) Homo manum habens aridam significat synagogam (sterile en oeuvres 
m^ritoires) vel animam minime operibus infructuosam, cui cum dicitor 
« Extende manum tuam », admonet semper porrigendam eleemosynam 
paupcribus. (S. Isidor. Hispal. Allegor.) 

* Ulcus est consuetudo mala ; ut in Levitico xui, 12. t Lepra est orta in 
ulcere »: id est, culpa inveterata, apparuit maliţia. — Per ulcera, peccata : 
ut in Evangelio, « sed et canes veniebant, et lingebant ulcera ejus (l.uc 
XVI, 21) »: quo(i pra'dicatores (repr^sentes par Ies chiens gu^rissants] doce- 
bant, et curabant popull peccata gentili (Rab Allegor,)— Mendicus ulcero- 
sus demonstrat gentilem populum, confessionibuş peccatorum humUiatus. 
(S. Isidor. Hispal. Allegor.) 



ETDDEs d'archeologie mystique 353 

que doDne saint Gr6goire aux ulceres qui oouvraient et roDgeait le 
saÎDt homine Job ^ 

7** Fi'evre. — La fi^vre est une ardeur da sang qui mine et d6vore 
Ies forces et d6c6le un d^sordre interne dans Tharmonie du corps 
humain. La fi^vre spirituelle est Tardeur des passions huinaines, 
telles quo Tenvie efTr6n6e et Ies dăreglements des sens *. 

8* Hemorragie. — L'h6morragieest,sclon Ia plupart des commen- 
tateurs, la flgure de Tidolâtrie et aussi, sans doute, en vertu de tous 
Ies mauvais caracteres que nous avons spâcifiăs ă rarticle du sang, 
celle de tous Ies d6r5glements sensuels '. 

9* Paralysie. — La paralysie est commun^ment un relăchement 
de tout le syst^me nerveux, d'oii r6suUe Timpotence et rinfîrmită 
g6n6rale des membres. Les âcrivains eccl^siustiques la nomment 
« membrorum dissolutio ». 

La paralysie spirituelle est l'^tat de Târne que Thabitude du vice 
et celle du sensualisme surtout rendcnt incapable de Texercice des 
vertus chr^tiennes. Le lit dans lequel le paralytique de TEvangile 
.avait langui si longtenaps est Tembl^me du corps adonnâ au sen* 
sualisme, corps qui, apr^s la p^nitencc et la conversion, doit, selon 
la parole de TEvangile, etre emporUS par Târne avcc elle et sup- 



1 Qui (Sathan) mox a facie Domini exiit, atque a planta pediâ usque ad 
veilicem acceptum ferieiido vulneravit, quia nirairum eum lanians percipit, 
a minis incipions usque ad majora pervrnicns quasi omno corpus mentis 
illatis tcntatioiiibus laccrando transfigit. Sed tamcn ad animam feriendo 
non parvenit : quia a cunctis cogitationibus interioiibus inter ipsa vulnera 
delectationum qiias suscipit arcani propositi intenlio resistit : ut quamvis 
delectatio mentem mordcat, deliberatorum tamcn sanctae rectitudini» usque 
ad consensus moUitiem non inflectat. (S. Grogor. Moral.) 

Per plagam, peccata. In Evangelio : c Et plagis imposltis,abierunt i : quod 
Demones primis parentibus nostris, peccatis inflictis^ reccderunt. (Rab. 
AUegor.) 

* Socrus Petri fcbricitans significat synagogam, ?ost\i carnallum deside- 
riorum accensam. (S. Isidor. Hispal. AUegor.) ^ Allegorice vero socrus... 
Petri Synagoga est, quia illa quodammodo mater est Ecclesiaî, t][!iae a vero 
sponso, Petro fuit commendata ad ciistodiendum. Febricitabat ergo socrus 
Petri, quia Synagoga invidentia; a?stibus laborabat, persequens Eccle^iam... 
Gujus manum tetigit Dominus. quando carnalia ejus opera in spihtalem 
usum convertit. (Rab. in Matih, hi. 8.) 

• V. Ung. a S. Victore operum.Tom \, AUegor tas in novum Testamentum, 
IV, 9, ădit. Migne, col. 811. 



354 ETUDES d'archeologie mystique 

porte comme un fardeau, c'est-ă-dire servir ă Texercice continuei 
des combats et des victoires de cette dernierc ^ 

FELICIE d'AYZAC, 

Dame dignitairc de Ia Maisou de SainUDeni» 

(A suivre/, 

* Paralyticus Jacens in lectulo, anima est vitiis desolata in corpore suo, 
qux dum fuerit gratia Ghiibti sanata, confestim pristino dolore recepto, 
resurgit, et lectum carnis. in quo debilis ante jacebat, ad Dominum virtu- 
tum reportat. (S Isidor. Hispal. Allegor.) 

Paralyticus iste signlflcat animam a vitiis rcsolutam, et in mollitie carnis 
torpentem. (Hug. de S. Vict. Allcrţor. in nov. Tentam, m. 9.) 



/ 

/ 



VOCABULAIRE 



DES SYMBOLES ET DES ATTRIBUTS 



emyloyes dans l'Iconographic chretienuc 



DIXIJ^Mn ARTirLE * 



Labarum. — Le labarum qu'on voit flgurer sur divers manus- 
crils chreliens, est la representation que Constantin flt faire de 
l'etendard queJesus-Christ portaită la main quand ii lui apparut 
en songe. C'etait une longue pique dont le bois etait revetu d'or. 
Des deux bras de la traverse, qui forinail la croix, pendait un voile 
tissii d'or et de pierreries, ou brillait le monogramme du Christ 
(leK et le R entrelaces). Constantin fit mettre son portrait et celui 
de ses enfants au-dessus du labarum. 

Lahyrinthes, — Les labyrintkics etaient des comparliments de 
paves noirs, bleus ou jaunes, formes de plates-bandes reclilignes 
ou courbes, figurant des detours eompliques au milieu de la 
grande nef des eglises. Selon M. Doublet de Boisthibaud, ce ne 
serait la qu'nn jeu de patience des ouvriers. M. F. Prevost voit 
dans celui de Reparatus, en Algerie (IV® siecle), un emblâme de 
la roule, feconde en egarements, que l'âme doit parcourir avânt 
d'arriver â la celeste Jerusalem. M. Tabbe Auber pense que c'etiit 
un moyen de pelerinage abrege par lequel on s'acquittait en esprlt 
d'un voyage aux Lieux-Saints, ou dans lequel on faisait memoire 

• Voir Ic numcio d'avril 1874, p. 103. 



356 VOCABULAIUE 

du trajet accompli par Notre-Seigneur, de la maison de Pilate ă la 
montagne du Calvaire. Nous parlageons cel avis el nous croyons 
que ces labyriiilhes, e^ecules surtoui ă partir du XIII* siecle, 
funnt inspir^s par Ies Croisades. Les pieux chreliensqui ne pou- 
vaient aller ă Jerusalem s'unissaionl du inoins aux pelerins en 
parcouranl â genoux ce pieux deiale, exercice auquel fureat 
parfois altachees de precieiises indulgences. 

Lait. — Un filet de lait s'echappe du sein de la Sie Vierge el 
tombe sur les Icvres de S, Bernard el de Sie Callieriue de Ricci. 

Laitue sauvage. — S. de la morlificalion, de la puriOcalion, 
de la coiifesâion. 

Lampes. — Les lampcs droiles el allumees soni Tallribul des 
Vierges sages de Ia |)arabole evangelique ; les lampes renversees 
caracierisenl les Vierges foUes. Quelquefois la cinquieme d'enire 
elles laisse tomber la sienne ei la inonlre du doigl en rianl. Les 
lampes allumees soni Tembleme des bonnes CEuvres. 

Lance. — A. de Tarchange S. Micbel, de S. Adalberl de Prague, 
S. Barnabe, S. Georges, S. Longin, S. Lamberl de Liege, S. Mer- 
cure de Cesaree, de la B. Marguerile de Savoie, de S. Malhieu, 
S. Pierre de Castelnau, S. Tliomas. — Deux lances croiscfs, allri- 
bul veriti^ble de S. Benigne de Dijon, soni parfois metamorphp- 
sees ă lori en croix de Sainl-Andre. 

Langue, — Sie Cbrisline, S. Eusebe de Rome, S. Florenlin, 
S. llacide, S. Quirin, S. Romain, etc, onl la langue arrachee. 

Lanterne, — A. du propbete Sophonie, des Sibylles libynue et 
persique, de Ste Genevieve, Sie Gudule, S. Hugues, Sie Mărie de 
la Cabeza, S. Macaire d*Alexandrie, Ste Menebould. 

Lapides, — Soni reprcsentes lapides : Ste/ Emerentienne, S. 
Elienne, S. Onesime, S. Philippe, apolre, S. Timolhee, ele. 

Lapin. — S. de la timidite, de la peur, de la fecondile. 

Laurier. ^ S. de rimmortaliie. — V. Couronne, 

Leopard, — S. de la haine, de Tarliflce, de la Irabison, de la 
perscverance dans Ie mal. 

Letlre. — S. Gelase lienl ă la main la lellre qu'il adressa k 
Tempereur Henri. 

Levier de foulon, — A. de S. Jacques le Hîneur. 

Levrier, — S. de Tenvie, de Taclivile, de la fldelite conjugale. 

Lezard. — S. du demon, de Tidolâtrie, de fa fourberie, de la 



DKS SYMBOLKS ^57 

prudence. — A. de la Logique, de rAutomue, du mois de Sep- 
tembre. 

Liberaliti. — Figuree par une femme ă cheval sur un coq ct 
ouvrant une bourse. 

Licome. — Aristole nous represenle cet animal conîme ayant la 
forme d'un onagre blanc, portant une longue corne sur le front. 
Les anciens croyaient que cet animal, â Taspect d'une vierge, ve- 
nait se coucher a ses picds pour rendre hommage ă sa purele. 
Les Peres de TEglise ct les auleurs du Moycn-Age ont adopte cet 
embleme. 

Oa croyait. au Moyen-Age, que la licorne ne pouvait âtre atteinle 
par les cbasseurs qtie lorsque sur son cliemin elle faisait la ren- 
contre d'une vierge. En ce moment, cet animal depose toute sa 
ferocite, va reposer sa tâte sur les genoux de la jeune Oile, s'en- 
dort et se laisse prendre. (Isidore de-Seville, Orig. xu, 2.) La 
licorne a figure Jesus-Cbrist dans le sein de Harie, ou, en d'autres 
termes, Tincarnation. — Ou voit quelquefois un individu arme 
d'une lance qui tue la licorne : c'est le vieil Adam qui, par ses 
pecbes, immole le nouvel Adam, c'est-ă-dire Jesus-Cbrist. — A 
partir du XV' siecle, la licorne est devenue le symbole de la 
virginite en general. Cest Tattribut de la Ste Vierge, des Vicrges 
ssges de la parabole cvangelique, de Ste Adalsinde, de S. Albert 
le Cârme, S. Antlielme de Belley, S. Cyprien d'Antiocbe, S. Fir- 
min le Martyr, SleJustine, Sie Glossinde, Ste Hiltrude, S. Nar- 
cisse de Jerusalem. 

Ltem^e. — A. de Timmortal te. 

Lîevre. — Dans les monuments de rantiquite chrelienne, c'est 
la traduclion figuree de divers passages de TEcriture relatifs a la 
coursc de la vie. Cest peul-etre aussi un euibleme de la vigi- 
lance. Poursuivi par un cbien, le lievre peut exprimer la mise- 
rable condition des premiers cliretiens, harceles par la persecu- 
tion. (Marligny). 

Au Moyen-Age, le lievre symbolise Tinconslance, la lâchete, la 
peur, la fuite dos occasions dangercuses^ la fecondit^, rinconli« 
nence. C'cbt Tatlribut de TAutomne, du mois d'Octobre^ de la 
Crainte, de Tlngratitude. 

Limagon. ^ S. de la paresse, de la resurreclion. 

Lime. — A. de la Rhetorique. 



358 VOCABULAIUE 

Lin, — S. de la saintete, de Tlnnocence conservee par la mor- 
tiflcation^ ile la purete, en raison de la blancheur de ses tissus: 
on Ies donno pour vâtements a Dieu, ă Jesus-Christ^ ă TEgiise, 
au sacerdoce, aux autels. 

Lion, — Le lion rappelle la soliiude et le desert, quand ilac- 
compagne des saints qui ont vecu dans le silence de la retrăite, 
commc S. Jerdme, S. Anloine, S. Paul ermite, S. Onuphre, Sie 
Mărie TEgyplienne, ctc. 11 est Tembleme de la force cbretienne, 
place sous le^ pieds des marlyrs, comine S. Adrien, Sie Nathalie, 
etc. 11 rappelle Ies scenes sanglantes de rampbitlieâlre ă c6tede 
S. Ignace, de Ste Eupbemie, etc. 11 a egalement une sigoiGcation 
bislorique quand ii accompagne Daniel et Samson. Dans Toroe- 
mentation destombeaux, ii sym bolise tantot le courage gucrrier, 
tanl6t la victoire remporlee sur Ies passions. Pris en bonne pari, 
le lion est surtout Tembleme de Jesus-Cbrist, designe sous le nora 
de lion de la tribu de Juda; pris en niauvaise part, c'est le demon : 
Conculcabis leonetn et draconem. Par sa majesle, ii figure surlout 
la royaule de Jesus-Cbrist ; ii represente sa resurrection, parce 
qu'au Moyen-Age on croyait que Ies lionceaux, en naissanl, res- 
taient trois jours sans vie, et que leur pere, apresce laps de temps, 
Ies ressuscitait en soufflant sur eux. C'est parce qu'il est le sym- 
bole de la resurrection qu'il est devenu Tattribut de S. Marc, qui 
decrit tres au long la resurrection du Sauveur et dont Tevangile 
est Iu ă la fele de Pâques (G. Durând). Nous croyons que le lion 
garde cette signiQcation quand ii est sculjite aux portes des eglises, 
et qu'il ne faut pas y voir, comme on Ta fail, des emblemes d*au- 
torito et de juridiclion, ni une imitation du cave canem des an- 
ciens. (Voir notre Kolice intitulee : Le lion et le boeuf sculptes m 
portaiU des eglises,) 

Le lion symbolise encore Torgueil, la colere, le courage. Le 
lion est Taltribut de Da\id, de Ruben, de Juda, de S. Agapitj S. 
Ade, Sie Doniinique de Troyes, Sie Gertrude d'Altemberg, S. Leu, 
Ste Mărie TEgyptienne, S. Pantaleon, Ste Tbecle, S. Venant, el 
des aulres saints qne nous avons mentionnes plus băut. C'est 
aussi Tembleme de Tete et du mois de juiliet. 

Lis. — S. de la purete, de la virginile et, par extension, de 
Jesus-Cbrist, de Mărie, de TEglise, de Târne forte. « La virginile 
est coiuparee au lis, dit Tbomas de Cautimitre, d'abord t cause 



DES SYMBOLES 359 

de sa blancheur de neige, el aussi parce quc le coeur de cette 
fleur, protege par ses six enveloppes, semble se garder de tout 
danger de contacls et erreurs. » — A. de Tlnnocence, de la Pu- 
deur, d'Ezechiel, de la Ste Vierge, de S. Joseph, de Tange Gabriel 
dans rAnnoncialion, des Yierges chretiennes en general, de S. 
Albert de Sicile, de S. Antoine de Padoue, du B. Bertrand de 
Bade, de S. Casimir de Pologne, S. Cajetan, S. Carloinan, S. Cas- 
sien, Ste Catlierine de Suede, Ste CaUierine de Sicnne, S. Domi- 
nique, Ste Euphemie, S. Franţois d'Assise, Sie Gerlrude, S. Jean 
de la Croix, S. Louis de Gonzague^ S. Nicolas de Tolentino, S. 
Simon Stock, S. Tbonias d'Aquin, etc. 

Litre. — Bande de peinlure noire, large de 50 â 60 centimMres 
â rexterieur etâ Tinterieur deseglises; signo de deuil pour la 
mort du patron de Teglise. Quand elle n'etait proQlee qu'â Texte- 
rieur, on lui donnait le nom de ceinture funebre. Ce droit etait 
devolu aux patrons, aux fondateurs, aux seigneurs haut-justiciers 
et^ par tolerance^ aux seigneurs de Tenclave ou etait bâtie Te- 
glise. II n'est point rare de rencontrer encore aujourd'bui des 
litres sur Ies murs des eglises rurales. 

Livre. — C'est un attribut de Jesus-Christ, des evangelistes, des 
apdtres, des prophetes, des docteurs, des evâques, des abbes, des 
fondateurs d*ordre, des diacres et des saints qui out compose 
quelque ecrit. On voit specialement un livre entre Ies mains de 
Ste Anne, montrant ă lire ă la Ste Vierge enfant ; de S. Antoine, 
Ste Agathe, S. Atlianase, S. Andre, S. Barthelemy, S. Basile, Ste 
Genevieve, Ste Cecile, Ste Catlierine, S. Etienne, S. Gregoire de 
Naziance, S. Jacques Ie Majeur, S. Jacques le Mineur, S. Jerdme, 
S. Jean CUrysostome, S. Leonard, S. Nicolas, S. Pierre, S. Paul, 
S. Pbilip[)e, etc— S. Aelred ecrit son livre de Virginitate Deiparx; 
S. Benoît, sa Regie; S. Benoîl d'Aniane, sa Concordia regularum; 
S. Leindre, Contra arianos-, S. Fulbert de Ciiartres^ de Laudibus 
B. Mariae; S. Gregoire le Grand» son Commentaire de Job; S. Gre- 
goire de Tours, de Gloria martyrum; S. Herman Contract, son 
Salve Regina; Ste Hihlegarde, de Sacramento altaris; S. Hilde« 
fonse, rfe Virginitate Marix ; S. Lanfranc, de C or pore et sanguine 
Domini; S.OJon, ses Stătuta Cluniacensium ; S. Pascbase Radbert, 
de Sacramento corporis Christi; S, Rupert, de Sancta Trinitate» Le 



.it5U VOCAfiULAlRE 

livre est aussi l'attribut de diverses sciences personnifiees et de la 
sibytle de Cumes. 

LoL — La Loi ancieone est figuree par le livre de la Loi,arroDdi 
au sommet ; la Loi nouvelle, par un livre carre. 

Loir. — S. du pecheur endormi dans le mal. 

Loup. — S. du demon, de Tlieresie, de la cruaute, des ravis 
seurs, des avares, des liypocrites, des inercenaires. — A. de Tin- 
jiislice, (Iu mois iJe janvier, de S. Andre Corsini. de S. Beriiard 
de Tiron, S. Kustaclie, S. Herve, S. Malo, S. Marc rennile, S. 
Popi on, Sie R.uliana, S. Reinacle, Ste Valburjre, S. Vaasl, ele. 

Lumiere. — Llle symbolise Jesus-Clirist, Ies justes, la pârtiei- 
palton de râme elevee â la nalure de Dieu, Ies corps ressuscites. 

Lune. — Elle est symbolisee tanldt par une I6te de femmeavec 
un croissant au fronl, tantdt par une corne de taureau ou un 
croissant. A son tour, elle symbolise, par opposilion au solei! : 
1* Tancien Testament, qui emprunte sa lumiere au nouveau, 
comme Tastre des nuits le fait ă Tastre du jour ; 2*" la seconda 
puissance (fempire), soumise ă la premiere (le sacerdoce), flguree 
par le soleil ; 3*" quand elle est sous Ies pieds de Mărie, daas son 
assomption [luna sub pedibus efus), elle %ure, par ses pbases, la 
mobilite des choses creees que domine lă Vierge dans son eter- 
nelle gloire. Cest pour celle mame raison que la lune est donnee 
pour attribut a Tlnconslance. 

Luxure. — Figuree, taiitât par une dame clievauchant sur une 
cbevre et tenant une colonibe, tantdt par une femme nue, dont 
Ies seins sont mordus par des serpents eulaces autour de ses 
cuisses. 

Lynx, — Image du regard divin qui voit toul. 

Lyre. — S. de Tbarmonie, de la concorde, de Tunion. — A. de 
la Poesie, de la Musique, d'Orpbee dans Ies Catacomba^ de Ste 
Cecile. 

J. CORBLET. 

(A SUI ore,) 



L'EXPOSITION 



D'OBJETS D'ART RELIGIEUX 



de Lille 



Nous publierons prochainement sous ce titre une assez longue 
86rie d'^tudes sur la belle Exposition de Lille. Aprăs une pr^para- 
tioD de deux mols seulement, cette grande soleQnit6 artistique et 
religieuse a 6t6 inaugur^e samedi dernier, ă trois heures du soir, 
ea prcsence des autorit^s, par un discours du Prâsident de TExpo- 
sition et la visite des 26 saloos de Thâtel de TancienDe Pr^fectnre 

• • • 

da Nord. Tous se sont retir^s satisfaits^ enchant^s, dans Tadmira- 
tion de ce qu'a pa faire en si peu de temps Tinitiative des hommes 
de foi et de d^vouernent qui ont 6t6 mis ă la tâte de cette oeuvre 
capitale. 

. Depuis lors Ies visiteurs affluent, Ies amis de TArt cbrâtiea 6ta- 
dient> tous sortent avec Ies impressions Ies plus heureuses, de cetfee 
visite aux objets d'art de la Reliţ^ion. 

G*est que ces objets d'art sont nombreux et cboisis ; c'est que TEx- 
position de Lille est une grande et magniflque exposition. Plu- 
sieurs affirment qu'elle ne le cade en rien a celle que Ton visite en- 
core en ce moment ă Paris (celle d'Alsace-Lorraine), et qu'ă cer- 
tains ^ards elle Temporte sur celle-ci. 

'îoici XVII. S6 



362 EXPOsmoN d'objets d*art religibux 

Cest de cetie Exposition que aous allons entretenir Ies leciears 
de la Itevue de FArt chritien. Nous Ies conduîrons d'objet en objel, 
de salle en salle, comme noas avons fait, ii y a dix ans, pour Tex- 
positîon de Malines, soeur aîn6e de celle de Lille. Le voyage sera 
plus long, car Ies objets sont bien plus nombreux. Arras et Amiens 
ODt lutt6 amicalement avec Lille ; Saint-Omer s'est distiuguâ d'uDe 
maniăre extraordinaire ; Beauvais a fourni son contingent ; Angeis 
a envoy6 des merveilles ; la Belgique n'a pas oubliâ ses anciens 
compagnons de travaux artistiques ; c'est de toute part une 6mu- 
lation charmante, une touchante rivalit6 de d^vouement^ un amoar 
de Tart qui se r6veille et fait prăsager bien des jours heureux. 

La coUection des Manuscrits est splendide ; celle des ^maux est 
atenuante ; celle des Tapisseries nous offre des choses qui nous 
montrent combien nous sommes petits et combien nos ancâtres 
6taient plus grands que nous dans leurs oeuvres et dans leur goât. 
Nous avons beaucoup de Broderies de chasubles, de chapes, de dai- 
matiques du Moyen-Age ; TOrfâvrerie briile par ses croix de Glair- 
marais, du Paraclet,de Saint-Bertin, et beaucoup d'autres. EUe oftre 
d'aiileurs^ en nombre 6tonnânt, des pyxides 6maill6es, des calices, 
des ciboires, des ostensoirs, des statues, une foule d'objets divers. 

Les ivoires et Ies sculptures en bois sont en abondance et beau- 
coup sont remarquables; les objets en cuivre, en plomb, en mâtaox 
divers ont fourni de magnifiques spâcimens. 

La Peinture ancienne a de v^ritables chefis-d'oeuvre, et la pein« 
ture moderne a fourni un contingent exceptionnel. 

Les objets ayant servi au culte priv6 ont aussi b\A envoyâs en 
nombre convenable : c'est dire que toutes les catigories de cette 
belle Exposition sont parfaitement et noblement reprâsent^. 

D^s le prochain numâro nous commencerons avec nos lecteurs la 
visite et la description de ces beaux objets d'art : nous avons voulu. 



BXPOsmoN D'OBJBTâ d'art rbligieux 363 

Ies ea avertir ici, et saisir cette occasion de reprendre avec eux des 
relations d6j& ancleoDes, et toujours agrăables, puisqu'il s*agit de 
choses que nous aimons et qu'lls aiment, des belles choses du culte 
de Dieu ^ 

Lille, le 16 juin 1874. 

L'abb6 E. Van Drival, 

Cbanoine titolaire d'Arras. 

' Le travail de M. Van Drival sera accompagnâ de nombreuses planches 
gravăes dont quelques-uncs seront coloriăes. 

{Note de la Redaction.) 



TRAVAUX 

DES SOCIlâTES SAVANTES 



Sociiti d'histoire de Paris. — II n'y avait pas d'Association ni 
de Revue sp6cialement C0Dsacr6es ă rhistoire et aux antiquit6s de 
Paris ou de rile-de-France. Cettesorte de scandale vient decesser, 
cette lacune vient d'etre combl6e. Quelques ărudits se soni r^unis 
et viennent de fonder la « Soci6t6 pour i'Histoire de Paris. » Ils se 
proposent de publier une Revue trimestrielle ou Ton continuera 
kimineusement Ies traditions de rabbâ Lebeuf. Sans esprit de parti, 
sans passion^ ils vont se mettre ă Toeuvre et 6tudier, de plus piis 
qu'on ne i'a jamais fait, la topographie^ Tarcbâologie et Tbistoire 
parisiennes. Cest un g6n6reux dessein, et 11 faut crier aux fonda- 
teurs : a Courage ! » 

La pr^sidence de la nouyelle Soci6i6 a €i& donn6e ă M. L^opold 
Delisle : on ne pouvaitfaire un meilleur cboix, et c'est pour nousla 
plus sare de toutes Ies garanties. Comme ii s'y fallait attendre, Ies 
noms des 616ves de I'Ecole des Chartes forment ici la grande ma- 
joritd, et c'est dans un modeste bureau des Arcbives nationales que 
toute Tentreprise a 6i6 conţue. Nous ne commettons aucune indis- 
crâtion en signalant Ies futurs travaux de M. Auguste Longnon sur 
le Pagus pansiacus et toute la topographie du Parisis; de M. Yiol- 
let, surles juridictions criminelles ; de M. Fagniez, sur Ies corpo- 
rations ouvriferes ; de M. Cousin, sur un plan de Paris au XVI* sife- 
cle que Ton va peut-âtre publier m exlensoy etc., etc. Des aujour- 
d'hui d'ailleurs, le Bureau et Ies Commissions de la Soci6t6 sont d£- 
flnitivement constitu^s. Nous y voyons avec plaisir Ies noms de 
MM. Anatole de Barthâlemy, Gh. Jourdain, J. deLaborde, et noas 



TRAVAUX DES SOCIETES SAVANTES 365 

souhaitons ă cette oeuvre excellente un succes qoi râponde ă ses es- 
pârances comme aux ndtres. (Monde). 

Soci^tâ des Antiqaairds de France. — M. Gu^ria contiDue la 
commaDÎcation verbale commenc^e par lui, & une s6ance pr6c6dente, 
sur Ies synagogues antiques de la Palestine. II rappelle que la dâ- 
couverte de ces âdifices est trăs-r6cente ; auparavant on eu coosi- 
dârait Ies ruines comme 6tant Ies restes d'anciennes ăglises chr6- 
tiennes; on en connaît sept ou huit aujourd'bui.Laplupartontcinq 
nefs sans abside et trois portes corrcspondant ă la nef centrale ei 
aux deux nefs extremes de droite et de gaucbe. La mulUplication 
des supporls verticaux fournis par Ies quatre rangâes de colonnes 
qui garnissent uniform^ment rint^rieur donne lieu de penser que 
ces 6difices 6taient couverts par des tcrrasses, ce qui est, au reste, 
la disposition commune des maisons et des monuments anciens de 
la Palestine. M. Gudrin donne quelqucs d6tails nouveaux sur lasy- 
nagogue de Tell-Boum^ Tancien Capbarnaum, dont Ies dimensions 
ătaient ă peu preş de 10 mMres de longueur sur 8 de largeur ; ii 
parle ensuite de celle de Keraseh^ Tancien Corrozaîm, qui en est 
voisine, dans la montagne, mais plus petite ; et cnfin de celle de 
Refer-Berem. Cette derni^re pr6sente cette double particularită, 
1* qu'une des six portes est surmont6e d'une inscription b6braîque 
dont le sens est: « Paix sur le monument et sur ceux qui rontbâti ; » 
2" que cette porte est pr6c6d6e d*un porcbe dont l'existence permet 
de supposer une disposition analogue a Tell-Haum ou Ton a trouv6 
un voussoir dont l'origine semble pouvoir s'expliquer ainsi. 

Academie de Clermont. — La Classificaiion des iglises du dio- 
cese de Clermont^ par M. Mallay pare, est un travail consid($rable, 
qui a coât6 ă Tauteur de longues recberches et qui sera toujours 
consult6 avec fr'jit. L'auteur y a joint une introduction qui offre 
par ellc-mâme un v6ritable int^ret; car elle comprend Ies pro«^s- 
verbaux des visites pastorales faites par plusicurs 6veques aux 
XVII* et XVIII* siecles. On y voit, par exemple, que, de 1725 a 
i741, Massillon afait miile trois cent vingt visites pastorales, et 
qu*il a trouv6 dans Ies paroisses visit^es : 861 ciboires en argent ; 
856 porte-Dieu en argent; 846 soleils-visoirs en argent et 1 en 
iiain; 1,374 calices en argent; 509 reliquaires en argent; 1,252 en 



366 TRAVAUX DES SOCIETl^S SAVANTES 

diverses matiăres ; 3,065 autels ; 592 chapelles ; 35 hdpitaux ; 49 
ătablissements de charitâ ; 18 couvents d'hommes ; 15 couvents de 
femmes ; 57 âcoles de garţons ; 43 âcoles de filles ; 786 sages- 
femmes; 24 chapitres; 299 chanoines, etc. Au reste, Ies procb- 
verbaux aoxquels nous empruntoDS ces dâtailsne sont pas Ies seah 
documenis que M. Mallay ait eus entre Ies mains. U s'est livra, du* 
rant plusieurs annâes, h une y^ritable enquâte sur Ies âglises et 
ohapelles du dioc^se de QerniODt, et ii est parvenu ă donner par 
arrondissement une nomenclature des 6difices paroissiaux, en indi- 
quant, pour chacun d'eux, la date de la construction ou de la res- 
tauration, et une description, le plas souvent sommaire et quelqne- 
fois d6taill6e. Nous ne sommes pas en mesure de garantirqne 
Taut^ur ne se soit jamais tromp6, ni de relever ses erreurs, en sup- 
posant qu'il en ait commis. Ce travail de critique exigerait ane 
6tude approfondie & laquelle nous n'avons ni le temps ni Ies moyens 
de nous livrer. Mais nous n'h6sitoDS pas h signaler le travail de H. 
Mallay, pris dans son ensemble, comme une statistique dress6e 
avec conscience, et qui nous paraît devoir âtre fort utile aux faturs 
historiens de TAuvergne. {Revue des Societes savantes.) 

Congrds des Sociitis savantes. — Le Moyen-Age,«un peu trop 
dălaissâ dans ce Congres, a 6t6 repr6sent6 par un travail dft ă 
M. L6on Ballereau (de Lugon), qui a Iu un bon travail sur le por- 
tail de Viglise Saint-Ntcolas-de-Brâm (Vend6e), qu'il attribne aa 
X* sifecle, et dans lequel se fait sentir Tinfluence byzantine. — 
M. Buhot de Kersers (de Bourges) a donnâ lecture de quelqaes 
fragments de son int6ressante statistique monumentale du canton 
des Aix-d'Anguillon (Gber). Ce travail, qui est parfaitement pr6- 
sentâ et accompagnâ de nombreux dessins, peut âtre pris comme 
modale pour ce genre d*6tudes, et ii donne h regretter de ne pas 
encore poss6der un plus grand nombre de ces statistiques si utiles 
pour notre histoire provinciale. 

Dans la s6ance gânârale du 11 avril, a eu lieu la distribution des 
r6compenses accord6es aux Soci6t6s savantes des dâpartemeots. 
Ont obtenu des prix de 1,000 francs et une m6daille de bronze : 

Dans la section d'arch^ologie : 
La Soci6t6 des Antiquaires de l'Ouest, ă Poitiers ; 
La Soci6t6 d'histoire et d'archâologie de Chftlon-sur-Sadne ; 
La Gonunission arobâologique de Narbonne. 



TRAVAUX DES SOC16TES SAVANTES 367 

Dans la section d'histoire et de philologie : 
La Soci6t6 des Antiquaires de Picardie ; 
La Sociâi6 des sciences historiques et naturelles de TYoDDe, 

h Auxerre ; 
La Soci6t6 d'j^mulation de Montbâliard. 

Sociitâ historiqae de Saintes. — Une Soci6tâ vient de se fonner 
h Saintes, point central du dâpartement de la Charente-InKrieure, 
pour la publication de documents inâdits, piăces et travaux histo- 
riques concernant Ies provinces de l'Aunis et de la Saintonge, Ia 
G6nâralit6 de La Rochelle, qui s*6tendait de Coutras & Marans, et 
Ies anciens diocăses de La Rocbelie et de Saintes ; soit Ies six arron- 
dissements de Ia Gharente-Inf^rieure, ceux de Gognao et de Barbe- 
zieux, quelques cantons de Ia Yendăe et du Poitou. Les incendies 
dont cette contrâe a eu particuli^rement ă soufTrir, sans compter 
les termites, et tout râcemment Tan^antissement complet des ar- 
chives si importantes de la viile de Saintes, ont montrâ la nâcessitâ 
de multiplier par Timpression les pieces [uniques. Le but de la 
Soci6t6, essentiellement historique, est donc de prâserver de la 
destruction, en les publiant, les pifeces de nos archives priv6es ou 
publiques qui ont 6chapp6 ă des d^sastres trop r6p6t6s, de fournir 
ces matâriaux ă. ceux qui ont le goât des recherches historiques 
sans avpir toujours le moyen de les faire ; de mettre h la portde de 
tous des documents manuscrits qui, dispers6s, souvent fort difficiles 
ă lire par les personnes peu vers^es dans la science palâographique, 
ne peuvent âtre fructueusement consultăs, et aussi de ranimer 
Tamour de T^tude, et de faire connaître le pass6 d'une contr6e encore 
trfes-imparfaitement connue. Le moyen d'arriver & ce râsultat, c'est 
i'association. Ghaque sougcripteur s'engage & verser 12 francs par 
an, et regoit Ies publications de la Sociât^. 

8oci6U des Antiquaires de TOuest. — M. le Prâsident a rendu 
compte d'une nouvelle dăcouverte des plus importantes qui vient 
d'âtre fisute, ii y a trăs-peu de jours, dans Tenclos des RR. PP. Do- 
minicains de Poitiers. On a trouv6 une s6rie de tombes dont Tune, 
la plus remarquable de toutes, pa^aît avoir 6i6 vlol6e, car on n'y a 
rencontrâ que tr^s-peu d'ossements. G'est la tombe du plus illustre 
des abb 6s de Saint-Gyprieni Rainaud, qui vivait au IX* sidcle et 



368 TRAVAIJX DES SOCIETES SAVAXTES 

qui joua ă cette ^poque un rdle tres-împortaDt dans TEglise. L au* 
thenticitâ de cette tombe est iadiscutable par la dăcouverte qu'oD a 
faite, dans Tun des angles, d'une plaque en plomb, dite en stjle ec- 
cl6siastique pitacium, sur laquelle est grav6e ă la pointe Tioscrip- 
tioD suivante : aHic requiescit venerabilis pater, nomine Rainaldos, 
a in pago Pictaviensium ortus, magister prius scholarum famosus, 
« dein Casse Dei monachus,ibique prior claustralis probatus,postre- 
« mo iu boc monasterio abbas ordinatus, quod rexit XXVI annis, 
(( VI mensibus, XVIII dîebus, migrans ad Christum X Kalendas 
M Junii, episcopo Pictavorum Petro, comite Wilelmo. » 

Cette plaque, que Ies RR. PP. Dominicains gardent comme nn 
pr6cieux souvenir, a 6t6 photographi(5e par Ies soins de M. le Prâsi- 
dent, qui en a fait passer uiţe 6preuve sous Ies yeux de la SociM 
Le R. P. dom Ghamard a promis ă ce sujet une commuDication 
6crite. 



REVUE DE L-ART CHRETIBN. 




SPECIMEN D'ANTigmTES TROUVEES ENARTOIS. 



BIBLIOGRAPHIE 



L'ARTOIS SOUTERRAIN. 

La demiăre livraisoa d'ua ouvrage en cours de publication de- 
puis plusieurs ann^cs et întitula : i!tude sur FAirâbatie avânt le 
VI* sieclef par Auguste Terninck, membre de Ia Soci^tâ des Anti- 
quaires de France, a păru vers la fin de mai . 

Ce travail est une int6ressante introduction ă l'histoire de TAr- 
tois; le lecteur y trouve sur Ies moeurs de ce pays, ses cou- 
tumes, ses arts et sa topographie avânt Vhre m^rovingîenne^ des 
dâtails curieuxet pr6cis, accompagn^s souvent de belles planches 
photographiques. 

Une analyse de VAtrebatie serait longue et peu facile; au reste, 
qu'en est-il besoin pour la faire appr6cier? Aujourd'hui, on ne 
peut d6jă plus se procurer VAtrebatie en librairie ; T^dition est 
6puis6e. Ce fait âloquent nous dispense d'en dire davantage. 

Un succes si rare, de >iyes et nombreuses soUicitations qui luipar- 
viennent chaque jour, ont d^cid6 M. Terninck h. donner immâdia- 
tement une seconde 6dition ; mais celle-ci sera un travail plus com- 
plet que le premier et, sous certains rapports, nouveau,car Tauteur 
nous fera profiter des d6couvertes faites par lui dans de râcentes et 
nombreuses explorations, et de plus ii âtendra jusqu'ă Charlemagne 
le cadre de ses 6tudes. 

L'ouvrage comprendra trois grandes divisions qui formeront au- 
tant de volumes. 

Le premier volume traitera des 6poques antârieures ă la conquete 
Romaine. 

TOMK XVII. ^7 



37U BlBLlOi;UAPHlF. 

Le second ^tudiera Ic pays pendant la domination du peuple- 
Roi. 

Le troisi^me nous montrera sa transformation apres le regne de 
Clodion, et Ies modifîcations si profondes qui s*op6r^rcnt alors dans 
Ies moeurs et dans Tîndustrie^ par le contact et sous Tinfluence des 
nouveaux maîtres, Ies Francs. 

Dans le cours de chaque p6riode, Ies diverses ^volutiuns del'art, 
qui, jamais stationnaire, suit invariablement Ies mouvements poli- 
tiques et sociaux des nations, seronţdi^crites avecsoin,etlescauses 
et Ies âpoques de cos 6volutions aussi souvent et aussi nettement 
que possible dâtermin6es. 

Le travail de M. Terninck offre un grand int6ret au point de 
vue găn^ral comme au point de vue local. En effet, si Ie sujet 
est excluşi vement restreint au pays d'Artois, quant ă F^tude des 
monument», et si, par suite, toutes Ies consid6rations n'ayant pas 
trăit direclement ă ce pays sont âcartees, jamais n6anmoins Tauteur 
ne n6glige d*exposer et de discuter ă fond loutes Ies questions g6- 
n^rales, tous Ies faits bistoriques n^cessaircs pour nppr^cier et 
dăterminer Ies d^couvertes et Ies antiquităs locales. A cot intârei 
g6n^ral, se joint rutilit6 incontestable de Touvrage pour ceux qui 
s'occupent d'arch6ologie ; ii leur sera toujours un guide sâr dans 
leurs recberches; car, chose inflniment prăcieuse, M. Terninck 
donne presque toujours ă l'appui de ses opinions ou de ses solutions 
le dessin d'objets, de monuments d^couverts ou 6tcdi6s par lui. 

L*int6rât local, pour le Nord de la France, e^t 6vident, 
puisque, par ses nombreuscs plancbes jointes au texte, ce tra- 
vail est comme la reprăsentation vivante, avec leur hlstoire com- 
plete et raisonnâe, des monuments, objets d'art ou d'industrie, 
et de la t)pograpbie de TArtois aux diverses 6poques qui ont pr^ 
c6d6 Ie r^gne de Charlemagne ; brof, c'est une văritable hlstoire do 
travail dansTArtois dt;puisles temps prâhistoriquesjusqu'au milieu 
du Vill'siăcle, trac6e ă Taide des nombreuses richesses trou v6esdaos 
le sol art6sien. Et c'est afin de mieux prc^ciser ce caractere de son 
ouvrage que Tauteur, abandonnant Tancien titre, ddnue ă la nou- 
velle 6dition celui de : Artois souterraîn, 

VArtois souterramj au lieu des photograpbies de Ia premi&re 
^dition, conliendra, outre des cartes archdologiques et topogra- 
phiques, et des plâns de monuments celtiques, castra^ souterrains, 



ItlHLKHiKAinUE 371 

tombes, tumuli, etc, un tr^s-grand nombrc de belles chromolitbo- 
grapbies repr^sentant ies antiquităs trouv^es dans Ies limîtes du 
pays : en tout, environ soixante planchcs reproduisant pr^s d'un 
MiLLiER d'objets. Ges planches formeront un magnifique album des 
plus int^ressants et des plus remarquables. 

La chromollthographie ci-jointe, composde sp6cialement pour la 
Itevue de FArt chretien^ donne un specimen curieux de celles qui 
doivent orner VArtois souterrain, On a entassâ dans son cadre 
restreint le plus possible d'objets vari^s et choisis dans diffârentes 
6poques. 

Yoici la nomenclature de ccs objets : 

4. Arme en silex. — 2. Flfeche en silex. -- 3. Hacbe (6poque 
quaternaire). — 4. Scie en os. — 5. Hacbe en silex poli. — 6. Hacbe 
en bronze. — 7. Amulette en silex. — 8. Couteau en silex. — 9. 
Monnaie de Gomius. 

Epoque gall^romaine. — 10. Mosaîque. — 11. Statuette en 
bronze. — 12. Clcf en bronze. — 13. Epingle en os avec figure 
sculpt^e. — 14. Style en bronze. — 15. Cbasse en ivoire. — 16. Urne 
en terre rouge. — 17. Collier en verre. — 18. Gollier en 6mail. — 
19. Vase du IV* siăcle. — 20. Urne avec gravure. — 21. et 22. 
Sonnettes en bronze. — ?3. Booc en bronze. — 24. G6nie cn 
bronze. — 25. Fiole en verre. — 26. Fiole en verre du IV silele. 
^ 27. Urne en verre. — 28. Bijou en bronze emaillă. — 29. Gruche 
avec peiutures. — 30. Vase avec reliefs. — 31. Boutcillc en terre. 
— 32, Sanglier en bronze. — 33. Bague en or. — 34. Fibule 
âmnillâe. — 35. Plat avec reliefs. — 36. Vase rouge ă reliefs. 

ilpoque merovi'ngîenne. — 37. Bijou cloisonnd, r® p6riode. — 
38. Bijou avec filigranes et cabochons, 3* p6riode. 

II n'entre pas dans le cadre de la Itevue de faire la description de 
ces objets; ndanmoins ii peut âtre agr6able ă nos lecteurs que leur 
^Itention soit attir6e sur Ies objets principaux. Nous allons donc Ies 
dăcrire sommairement d'apres le travail de Tanteur, en renvoyant 
aux numeros de notre planche. 

10. — Mosaîque (gallo-romaine). — Tres-beau specimen dont 
notre planche ne donne qu'une pârtie, fante d'espace. (Dans Toa- 
vrage, la mosaîque sera reproduite enti^rement.) En volei du reste 
la description complete : Gette mosaîque se compose de petits cubes 
de pierres de diverses couleurs, incrust^es dans un mastic log6 dans 



372 BIBLIOciR-APHIE 

une grande dalie creuse. Ges cubes sont ea terre rouge, ea ţraie, 
en pierre bleae da pays et en marbre noir. Ils forment quatre 
compartiments saperpos6s. Dans le premier, des triangles noîrs 
sur fond blanc; dans le second, deux cpqs, la queue et la crete 
rouges, noires et blanches, portant un collier noir et rouge, et 
cantonn^s de deux rosaces noires. Le troisifeme compartiment 
contient des enroulements gracieux, rouges, noirs, blancs et bleus. 
Dans le quatrifeme sont de grands carrăs noirs au centre desquels 
des 6toiles rouges, flanqu6es de quatre-feuilles ronds et blancs. — 
Ges mosaîques servaient de dallage. 

11. — Gbarmante statuette en bronze trouvăe & Arras (6poqae 
gallo-romaine). Femme coifTâe ă la Tutulus, vâtue de la tunka 
muUebriSy et recouverte de la palia serr6e autour de la taiUe. 

12. — Glef remarquable en bronze trouv6e ă Th6rouanne (gallo- 
romaine). — La poignăe, allongăe en ovoîde, est perele â jour. Le 
panneton d6coup6 en labyrintbe indique dans la serrure une dis- 
position des gardes tr^s-ing^nieuse ct fort compliquâe. 

18. — Collier en verre emaill6 (III* siecle). Ce collier trouvâ â 
B^thune est entier et a meme conserv6 son attacbe. — Perles ă 
fond vert et ornements d'un rouge âclatant. Au milieu, une grosse 
perle ronde ; et de deux en deux perles cylindriques, une perle 
arrondie en forme de lentille. 

19. — Vase du IV* sifecle. Vase approchant la forme de nos urnes 
modernes, mais sans anse : Ies flancs sont 16gărement arrondis ; le 
pied 6troit, le goulot large ; pate noire. La panse est divisâe hori- 
zontalement par trois cordons ; le sup6rieur form6 par un guillo- 
chis, Ies autres par une simple ligne. Entre le premier et le second 
cordon Ies trois lettres S. C. F. săpar6&s par de gros points; entre 
le second et le troisi^me cordon des enroulements. Le tont, cordons, 
lettres et ornements, peints en blanc. 

24. — G6NIE en bronze, trouv6 ă Fampoux. — Tâte omde d'on 
toupet ă.la Ctrrus in vertice; corps jeune et nu ; surla hancbe droite 
une sacoche tenae par un simple cordon pass6 sur Tâpaule gauche. 

37. — Bijou ornithoforme, cloisonnâ de grenats encadr6s et s6pa- 
r6s par des lamelles d'or. Ce systeme £tait usit6 dâs Tâpoque de 
Chilp6ric, puisque des ornements du mame genre ont 6t6 trouvis 
dans son tombeau. 

38. — FiBULE en or ou recouverte d'nne plaque de ce m^tal. Elle 



BIBLIOGRAPHIE 373 

se compose de trois cerdes coDceDtriques. Le cercle central garni 
d'uQ grenat et le second orn6 d'enroulements en relief de flli- 
granes; le troisi^me garni alternaţi vement de cabochons demi- 
ronds et bleus, et de grenats enchâssăs dans des lamelles d'or for- 
mant un triangle divis6 en trois compartiments. Des ornements 
filigranes et en relief s^parent Ies c€d)ochons des triangles. 

N. B. — VArtois souterrain est en souscription jusqu'au 20 juil- 
let au prix de 24 francs rendu franco. — Le prix de librairie sera 
de 30 francs, pris en magasin. — On peut souscrire aux bureaux 
de la Revue de VArt chreiien. 



L'ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME ET LES ORIGINES DES 
fiGLlSES DE FRANCE, par le R. P. Dom Chamard. — Paris, Palme, 
1873. 

Cet excellent travail, qui a păru d'abord dans la Revt^ des 
Questions historiques, est une r6futation tres-savante et trăs-complăte 
de rouvrage publi6 par M. Tabb^ Chevalier sous ce titre : Ies On'gines 
de l'eglise de Tours, d'apres rhistoire, L'auteur de ce dernier 6crit, 
couronn6 par l'Acaddmie des inscriptions, afTectait de donner le 
nom d*^cole lăgendaire ă ceux qui font remonter au premier siăcle 
Torigine d*un grand nombre de nos Eglises. Dom Gbamard dâmontre 
que le titre d'6cole historiquc leur appartient incontestablement et, 
pour resler sur ie terrain oii Tappelaient ses coiltradicteurs, ii ne 
cite que des textes d*bistoriens, en laissant de cdt£ Ies l^gendes de 
saints qui certes ont pourtant tres-souvent une haute valeur cri- 
tique. On trouve dans cette importante dissertation une connsds- 
sance approfondie des P^res de TEglise, un grand esprit de critique 
et uoe courtoisie de discussion dont n'ont pas toujours fait preuvc 
ceux qui ont abord6 cette difficile et passionnante question. 

j. c. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 

(Archiologie eî Beaux-ArtsJ 



ACAD]6MIE D'AMIENS (Mâmoires, 2» 
sârie,tome X. Amiens, 1873. in-8° ) 

— A travers Ies livres i auto* 
graphes, par M. Auguste Decaieu. 

— âtude biographique sur Siraon, 
corote d'Amiens et de Cr^py, par 
M. rabb6 J. Corbiet. — Uart dar\8 
l'antiqui^d, par M. A. Roger.— No- 
tice sur Gribeauval, par M. E. Hen- 
nebert. — Etc. 

BBASSIEB (rabb6). — Un sanctuaire 
sur Ies mont<d'Auvergne.In-8,xx- 
215, Paris, Poussielgue. 

BDLLETIN MONUMENTAL. Tom. II, 
n° 5. — A. de Dion : Le châ^eau de 
Fr6teval. — Nanninga Uitterdyk : 
L'abbaye d'Aduard (Pays-Bas;. — 
Baron de Verneilh : Excursion ar- 
chăologique dans le Nontronnais. - 
M^lan^es. •* Chronique. 

BDLLETTINO DI ARCHEOLOGIA CRIS- 
TIANA. 1874. iVo /. ~ Scopeila 
della basilica di S. Petronilla col se- 
polcro dei martiri Nereoed Achiileo 
nel cimitero di Domitilla. — Sco- 
perte nel cirnitero di Pretestato^ di 
Callisto^ di S. Agnese in Roma. — 
2 pi. 

CARDEVAQDE (A. de). — Notice his- 
torique sur la citadelle d*Arras. In- 
8, 75 p. Arras, imp. Schoutheer. 



COMMISSION HISTOBIQIIE DU Di- 
PABTEMENT DD NORD (BuiWin, 
tom. XII. Lille. 1873, in^). - l-a 
sainte et noble familie de Lille 
(1 686 - 1 793 ) par le comte de Fon- 
taine deResbecq.— Statistiquef^ 
dale du dăpartement du Nord. Le 
Caremb.iut, par M. Th. Leuridan. 
— Manuscnt du couvent de Sainti» 
Catherinc-de-Sienne, deDouai. No- 
tice descriptive par M. E. de Coas- 
semaker. — M^moire pour senir 
ala revendication du cofli*et re»- 
fermant Ies principales reliques (i« 
saint Chrysole, par M. TabW Der- 
vaux. — Decouvertc d'un cimeticre 
gallo-romain, k Avesnes ; — Origine 
de cette viile, par M. Lebeau. 

DAVILLIER ;le baron Ch.). M^moire 
de Velasquez sur quarante et unia- 
blenux envoy^s par Philippe IV a 
TEscurial. R^impressiondel'exeffl- 
plaire unique (1658i, avec int»^ 
duction, trad. et notes, et un p« rtr. 
de Vălasqupz, gravd ă Teau forte par 
Fortuny, in-8, 61 p. Paiis, AiibiJ- 

DEMMIN (A.). Eucyclopădie hi^tori- 
que, arclioologique, biogiapliiQQ* 
et monogrammatiquc des beaux* 
arts plastiques. Architecture et mo- 
saîque, c^ramique, sculptare, pein- 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 



375 



et gravure. 3* pârtie, in-8, 
1962, p. et 2000 grav. Paris, 
, Jouvet et Cie. 
DINS (Ef. Notice sur Ies rao- 
)ts epigraphiques de Bavai et 
is^e de Douai. Inscriptions. 
t6 d*oculistes. Ctupreitites de 
8. Voies romaines, in-8, 185 
M pi Paris. Duraoulin 10 fr. 
. de» Mim. de la Soc. (i* /r/r. 
es et arts de Douai. — I irâ 
xewpL) 

i£ (Ch,). Maiirice-Qiientin de. 
ur, peintre du roi Louiu XV, 
kO p Saiiit-Qiientin, Langtet. 
de la Pttite flcvue — Papier 
Tivi k 250 exempl. nuni.) 
— La croix dt» proce^^Mon de 
iin (Nordi. Duuai, L. Crepin, 
ie delaMadeieine. 1871. 
jIN. — Les rues et Ies cris de 
au XIII*^ silele, pi^ces histo- 
i publiees d'apres les manus- 
de la Biblioth. pat. ct pnc^- 
Tune etude sur les rues de Pa- 
I XI 11* s'^ule. Paris, librairie 
Willein, 8, rutî de Vemeuil, 
petit in-8 teillieie. Pr. 5 fr. 
'E DES BEADX-ARTS..- Mai. 
(lanc : Grammaire des arts 
atifs f suite). — G. Duplessis : 
luuard Detaille.— La chapelle 
ilais liiccardi. — P. Mantz : 
lerie de M. Suermondt (suite) 
Darcel : Architecture romane 
idi de la France (i). — Fred. 
ot : Daubigiiy (ii).— P. Sen- 
e : ( hambre de bain du car- 
Bibriena. — O. Rayet ; M<^- 
;rouv6e â Ulion. — P. S'dille : 
r BalUird — 10 grav. et eaux 

'E DES BEAUX-ARTS DE 
36, n« 9. Der Zwinyer in 
len^ avec cinq grav. — Expos. 



de Vienne (suite). — Galeries de 
Rome (suite). — Etudes mir Albert 
Durer. — Litt^raturc d'ârt. — No- 
tices. 
H^RON DE VILLEFOSSE (Ant ). Des 
mesures en usage en Brie aux XII* 
et XI Ve siecles, in -4, Î5 p. I*aris, 
au si^ge de la Socit^tâ rrauQ.iisc de 
numismatique. (Extr. dt's Măm. de 
la Soc. frâng, de niimiim.) 

INDIC ATEUR DE L'ARCH^OLOGDE.— 
Avril. Publications. — Musi^es et 
collections. — Congres et sociăt^s. 

— Cours et confiârences. - Faits 
divers. — Ventes et avis. 

JOURNAL DES BEAUX-ABTS.- 13 
Avril. Concours de gravures.— Le 
gout des arts on Hollande. — Ta- 
bleaux hollandais. — Musăe de 
Soiith-Kensington (suite).— Expo- 
sition de Beau x -Arts par des 
damcs.— Pi ogramme de S3'denhara. 

— Chronique. — 24 avril. La che- 
min^e des Francs de Bruges. — Les 
noces du roi de Navarre ; le voeu de 
Louis XIII. — Soci(^t^ des dames 
artistes de Londres ; exposition.— 
Ventes d'autographes.— Correspon- 
dances d*Autricbe. — Chroniques . 

LEIDT (Joseph). — On remains of 
primitive art in the Bridger basin 
of southern Wyoming, dans le 
Sixth anuual report of the Uni- 
ted States geologii-al Survey, par 
F.-V. Hayden, Wa>hington, 1873, 
in.8^ pages 651-653, pi. 7-12. 

LEMAITRE (v.). Le Louvre, ^tude 
bidtorique sur le monument et sur 
le niusee depuis leur origine jusqu*â 
nos jours. In -4, xi-184 p. Paris, 58> 
rue de TUniversitâ . (Extr. de$ 
Mim, de la Soc, ftanţ, de numism. 
et d'archâol , ) 

REMBADI ^A.). Sulla Scoperta di due 
busti in terra cotta rappresentanti 



376 



INDEX BIBLI06RAPHIQUE 



r uno Michelangiono BuoDarroti e 
Taitjo Vittoria Golonna. Illustra- 
zione . In-8, 48 p . Firenze, tip . di 
G. Mariani. 
REVUE ABCHâOLOGIQDE.- ^vHl. 
Al. Bertrand : S6pulture k incinâ- 
ration de Poggio Renzo (Italie) . — 
P. Nicard : Carte arch^ologique 
du docteur Keller (Suisse orientale). 

— A. de Barthălemy & F. de 
Saulcy : Note sur le gros tournois. 

— Gte A. de Gobinean : Gatalogue 
d'une collection d'intailles asiati- 
ques (suite) — G. Fagniez : inven- 
taire du trasor de Noire-Dame de 
Paris, de 1343 â 1446 (suite). ^ 
E. Miller : Extraits de TOnomasti- 
con de J. Pollux. — Bulletin men- 
suel de rAcaddmiedcsinscriptions. 

— Nouvelles archdologiqucs. — Di- 
bliographie.— Deux planches. 

RIO(A. F.). DerArtchr^tien.Nouv. 
^dit., entierement refondue et 
consid. augm. Quatre volumes in- 
12, 4357 p. Paris, Bray et Retaux. 

BOUGE (le Vte E. de). M^moire sur 
Torigine ^gyptienne de l'alphabet 
phenicien, par M. le \icomte Em- 
manuel de Roug6, de TAcad^mie 
des inscriptions et belles-lettres . 
Gr. in-8, H-li4 p. et 3 tableaux. 
Paris, Maisonneuve. 

SAULCY (F. de). Syst^me mon^taire 
de la republique roinaine â l'dpoque 
de Jules G^sar. In4, 32 p. et 10 
pi. Paris, au si^ge de la Soci^t^ 
de nuinismatique et d^arch^ologie . 
{Exir. des Măm. de la Soc. franţ, 
de numis,) 

SCHLIEHANN (Henri) . Antiquitds 
troyennes. Rapportsur Ies fouilles 
de Troie. Traduit de Tallemand 
par Alex. Rizos Rangab^. Gr. iu-8, 
Lvu-320 p. — Atlaii des Antiquit^s 
troyennes. Illustrations photogra* 



phiques faisant suite au rapport sur 
Ies fouilles de Troie. In-fol., 57 p. 
et 318 pi. Leipzig, Brockhaos, 
75 fr. 
SOGIlâTâ ABCHâOLOGIQDE DE yOB- 
L^ANAIS. (Mhnoires, t. XII. Or- 
l^ans, 1S73, in-8^ avec un atlas 
in-P de 16 planches.) — La doctrine 
secrMe des Templiers, par M. J. 
Loiseleur. — Recberches et fouilles 
arch^ologiques sur le territoire de 
la commune de Sceaux (Loiret), en 
un lieu nommâ le Pr^-Haut, par 
M. l'abbd Gosson. — Objets trou- 
vcs dans la Loire, durant Tăt^ de 
1870, par M. Tabb^ Desnoyers. — 
La salle des theses de TUnivereiU 
d'Orlăans, par M. Boucber de Mo- 
landon. — Le cMtelet d'Orl^ns an 
XVe siccle et la librairie de Gharles 
d'0rl6ans en 1455, par M. L. Jarry. 
— La librairie de Tuniversit^ d*Or- 
leans. par M. L. Jarry. — Etc. 

SOCIETâ DES ANTIQUAIRES DD GEN- 
TRE, AB0URGES.(3f($moirc«. Is70- 
1871-1872, tome IV. Bourges, 1873, 
in-8^ avec planches.) — Exploration 
d'une s6pulture a Dun-le-Roi, par 
M. A. de Lachauss^e. — Villa ro- 
roaine d(^couverte â Levet, par M. 
Amăd^e Rapin. — Epigraphie ro- 
maine dans le departement du Gher, 
par M. A. Buhot de Kersers. ^ 
Note sur un tr^s-ancien vitrail de 
la cathddrale de Bourges, par M. 
Albert des .M61oizes. — Le droit du 
treizieme sur le vin vendu en dătail 
a Bourges, par M. Toubeau de 
Maisonneuve. — Etc. 

THEILLIERE irabb^). — Notes histo- 
riques sur Ies monast^res de la 
S^auve, Dellecombe, Glavas etMont- 
faucon. !'• et2* livr. S^auve-B^nite. 
Bellecombe. in-8, 160 p. Saint^ 
£tienne, Freydier. J. c* 



CHRONIQUE 



Rome. — On a dâcouvert dans la biblioth^que Vallicelliana^ k 
Rome, cntre autres documents pr6cieux, un palimpseste du VI* 
siăcle, et la Bible autographe d*Alcuin, maître de Gharlemagne, la 
plus ancienne qui se trouve en Europe, api*6s celle de la Biblio- 
theque Laurenziana de Florence et du palais de TEscurial ă Madrid. 
Ges trois Bibles ont servi, sous le pontificat de Sixte Y, ă la râdac- 
tion de la Vulgate. 

— Nous avons sous Ies yeux une pyxide d'argent dor6 que M. le 
comte de Spee, cbanoine du ddme d'Aix-la-Ghapelle, a trouv6e par 
hasard cbez un marchand d*antiquit^s de la rue Frattina, a Rome. 
Le couvercle est fait d'une mâdaille d'or frapp6e ă Osnabruck 
(Prusse), SEDE vacante; sur la face de cette mâdaille est repr6sent6 
S. Piefre tenant uneclef,comme patron de la cath6drale. Au revers, 
S. Gharlemagne, comme empereur et fondateur de ladite cath6- 
drale : s. carol. m. fund [sic). Tout autour, ă la face et au revers, 
sont disposâs Ies ^cussons des cbanoines d'Osnabruck. M. de Spee 
y a revu avec son propre blason, six blasons de sa familie. 

La figure de Gbarlemagne est nimb6e comme celles des Saints. 
Ses restes sont conserv^s ă Aix-la-Ghapelle : le corps dans une 
châsse splendide, tout orn^e d'^maux et de pierres pr^cieuses ; le 
chef dans un buste colossal de vermeil rehaussâ de pierreries ; le 
bras dans un bras d'argent dor6,.donn6 par Louis XI ; un morceau 
consid^rable de la vraie croix qu'il por tai t au sommet de son dia- 
deme ; Toliphant d'ivoire dont ii se servait ă la chasse ; et enfin, le 
si6ge en marbre blanc sur lequel ii fut assis dans son tombeau et 
qui depuis a 6t6 employâ au couronnement des souverains du Saint- 
Empire romain. {Correspondance de Rome.) 



378 CHROXIQUE 

— On 6crit de Rome« le 2 mai, au Boster de Mărie : 

Le Saint-Păre a reţu hier Ia Gommission d'archâologie sacr6e, 
qui lui a ofTert de magnifiques desseins repr6seDtantla basiliqoe de 
Sainte-Pdtronille, qu'ou vient de dăcouvrir dans la propri6t6 de Tor 
Marancia, acbet6e dernierementparMonseigneur deM6rode. Gette 
Gommission a aussi pr&ent6 h Sa Sainietâ le morceau de Tinscrip- 
tion de saint Damase, qui confirme rauthenticitâ de cette tr^s- 
ancienne basilique. Le Pape s*est montr6 fort satisfait de ces tra- 
vaux, et, pour Ies encourager, 11 a mls a la disposition de cessavants 
une somme assez consid6rable. Ges fouilles sont văritablement irt6- 
ressante";, car elles nous plongent, avec un cbarrae infini, dans Ia 
primitive Eglise. D6jă, la basilique estaux Iruis quarts d6couverte, 
et Ies coloones renvers^es, Tabside d6pouill6e de sa chaire, Ies sar- 
copbages de murbre qui sont cncore h leur place, Ies inscriplionsă 
demi bris6es, Ies loculi entr'ouveits dans le tuf, produisent une iin- 
pression de r^alit6 qui p6n6tre Târne et la ravit. 

Lă, on voit l'endroit oii fut la chaire pontiiicale de saint Gr6goire 
le Grand et des autres pontifes qui y c616brerent Ies saints mysteres 
et y firent entenclre la parole de Uieu. Les 6pitaphes, ayant au- 
dessus les signes du christianisme, finissent toutes par ces mots : 
In pace Christi. 

L*6nainent archdologue, M. Io coramandeur J.-B. de Rossi, sur- 
veillc constamment ces fouilles, avec un z^le et un dâvouemeot 
infatigables. II a pu r6parer Tinscription de saint Hamase, qui avait 
6t6 ddjă publice par Gruter, d'apres le code palatin de Neideberg, 
mais sans aucune indication. Mabillon seul Tavait tir6e du code 
d'EinFÎedlen, avec cette indication : In sepulcro Nerei et Achdleiin 
via Appia ; et avec le titre : Nereus et Achiileus marfi/res, 

— Le c61ebre mus^e Kircher, des Pferes J6suites, a 6tâ pris paria 
commission liquidatrice des biens eccli^siastiques. Ge mus^e, que 
les J6suites avaient form6 par des soins constants pendant ă peu 
ţvks deux si^cles, va passcr dans des mains inconnues. Tous les 
savanls et les catholiques regreţteront cette immense pert^, caron 
avait r<iuni dans ce mus^e une fonie de monuraents chr6tiensse 
rapportant ă Ticonographie des premiers temps du christiaoisme. 

L*(Eavre de Lionard da Vinci. — II vient de paraître en Angle- 
terre sous ce titre : Leonardo di Vinci and his Works, un livre eşti- 



CHRONIQUS 379 

mable et d'une fort belle exâcution typographique. La vie de Til- 
lustre artiste a 6t6 r^dig^e par M"^* Heatbon; et M. Gh. C. Black y 
a joint un Essai sur Ies travaux scientifiques et litteraires de L6onard; 
un catalogue des tableaux Ies plus importants dus au peintre de la 
Cene termine le volume. A cet 6gard, on s'est servi du catalogue 
joint au livre un peu fantaisiste de M. Ars^ne Houssaye et ă la liste 
dress6e en i849 par M. Rigollot. La Westminster Review qui rendun 
compte favorable de Touvrage anglais fait observer quele catalogue 
n'est pas complet : par exemple la Sainte Familie^ conserv^e au 
mus6e de THermitage (Saint-P6tersbourg), est d6crite en d6tail; 
mais ii n'est pas fait mention de la Madonne (la Litta Madonna) qui 
se trouvc dans la meme galerie. Lcs gravures qui accompagnent le 
Leonardo di Vinci sont fort bien ex6eut6es d'apr^s le Permanent 
process Wondburg; cellos qui reproduisent des tableaux onteu pour 
mod^les Ies meilleures gravures; cellos qui concernent Ies desstns 
ont 6iâ prises sur lcs originaux, et la plupart sont toutes nouvelles. 

( Polybiblion.) 

Constantinople. — Un curieux sp6cimen est venu enrichir la 
collcction de TArt chr6tien; c'est une statue du Bon-Pasteur, vetu 
scloD la tradition des Catacombes, d'une tunique courte, et portant 
sur SCS ^paules un b^licr. Gette antique stutue de marbre, malbeu- 
reusement mutilde, appartient ă Tart byzantin primiţii. On po sede 
beaucoup de bas-rolicfs ct de pcintures repr6sentant le Bon-Pasteur, 
ma:s on n'en connaissait pas de statuc. Celle-ci, r6cemment d6cou- 
verte, vient d'âtre plac6e dans le mus6e de Sainte-Irfene, a Constan- 
tinople. On sait que la figure du Bon-Pasteur 6tait, dans lospremiers 
si^cles de TEglise, le typc sous leqtiel un repr6sentait le plus sou- 
vent Notre-Seigneur J6sus-Christ; mais cet usage deviut beaucoup 
pluo rare dans la suite. 

Terre-Sainte. — Un peu avânt que Ies 6v6nements de Betblâem 
eussent lieu, la Porte ct le Sultan avait dona6 k Ia Fiance un gage 
de Icur d6sir de vivre en bonnes relaiions et du souci qu'ils pre- 
naient de satisfaire nos croyances religieuses. 11 existe sur la route 
de JafTa ă J^rusalem, au village d*Abou-Gosh, Ies restes d'un cou- 
vent bâti ă Tăpoque de la domination franţaise en Terre-Sainte. 
L*6glise est seule bien conserv^e ; elle porte le caractere de Tar- 



380 CHRONIQUE 

chitecture du XII* siâcle, et, ă ce point de vue, offre un v^ritable 
întărât. CompI6tcmeDt abandoDDâ, expos6 ă toutes Ies insultes, ce 
monument y^n^rable 6tait condamn6 h disparaître sous le martean 
des d^moUsseurs. L'ambassadeur de France ăConstantinople avait, 
Tan dernier, signal6 a feu Aali-Pacha Tintfirât qu'il y avait ă le 
sauver de la ruine^ et cet homme d'^tat avait spontan6ment offert 
de solliciter de S. M. le Sultan le don de ce monument h notre 
pays. 

Gette offrc gracieuse avait 6t6 acceptâe, et notifîcation de la d6- 
marche avait 6i6 faile au Ministre des affaires âtrang^res, ainsi que 
de Taccueil favorable qu'elle avait rencontr6. 

La mort d*Aali-Pacha, ainsi que Ies circonstances qui la sui- 
virent, avaient suspendu Texdcution de la promesse qui avait M 
faite ă notre ambassadeur. Mais, des son arriv<5e aux affaires, Khalil- 
Sch6rif-Pacha, avec un grand empressement, set acc616rer Tac- 
complissement des formalit6s n6cessaires au transferi de la pro- 
pri6t6. Et le 25 Kvrier, Tambassadeur de France pouvait envoyer 
au Ministre des aCTaires ^trangeres la correspondance 6chang6e ă 
cet 6gard. 

Ce n'est pas au point de vue de Texercice du cuUe que Tacquisi- 
tion de T^glise d*Abou-Gosh est importante, car elle ne renferme 
aucun sanctuaire tradltionnel. Mais au point de vue artisLique elle 
a une tres-consid6rable valeur. 

Ce monument est un specimen tres-curieux de Tarchitecture des 
Croisăs *. Les voutes de ses trois nefs sont intactes et elle pourrait 
mame etre rendue au culte. La nouvelle du don fait par le Sultan 
itait donc de nature a r^^jouir Ies sa van ts, et ă t^moigner de la sol- 

1 .... Quoique appartenant ăvidemment ala familie des monumente des 
Croisades, T^glise de Kariath-ElEnab (village d'Abou-Gosh) se distingue 
par certaines particularit^s int^ressautes. Gomme les autres, elle se com- 
pose de trois nefs d'^gale longueur, termin^es par trois absides, la nef cen- 
trale ^tant plus băute que les deux autres et 6clairăe par un ittiig de pe- 
tites fenâtres ; elle est voditâe d'arăte avec arcs doubleaux simples sans 
moulures ni nervures, soutenue ext^rieurement (â T^tage sup^rieur seule- 
ment) par de petiU contre-forte peu saillante.... 

.... Mais, a c6t^ de toutes ces analogies, elle pr^sente quelques diff^- 
rences : ainsi, elle n'a pas de transsept, et par cons^quent peu de coupole ; 
les trois absides ne sont pas apparentes â Text^rieur, et sont dissimulees 
dans r^paisseur du mur du cbevet ; la crypte, tout enti^re b&tie de maia 



CHRONIQUK 381 

licitude qa'inspirent au gouyernement fran^^is Ies traditions reli- 
gieuses dont ii e^t Ie gardien. 

Les titres de propriăt6 âlaient joints h renvoi qui 6tait fait, et le 
Ministre des affaires 6trangăres de Turquie donnait Tordre aux au- 
torităs imp^riales de Jărusalem de remettre Tădifice au pouvoir du 
consul de France en cctte viile. 

Aussit<5t, M. de Yogii^, notre ambassadeur ă Gonstantinople, se 
faisait Tinterprăte du gouvernement frangais pour exprimer au 
Sultan toute sa gratitude. M. de Vogu6 priait Khalil-Pacha de faire 
savoir combien 11 6tait touchă de la gracieuset^ avec laquelle Sa 
N(ajestâ, apprenant le goât de notre ambassadeur pour les souve- 
nirs arch^ologiques^ avait pens6 ă lui faire une faveur personnelle. 

(ConstitutionneL) 

d'homme^ s'^tend sous T^glise dont elle reproduit les dispositions princi* 
pales. 

.... Les arcs doubleaux de la grande nef s'appuient sur des supports 
d'une forme toute particuli^re. Ce sont de courtes colonnes coud^es que je 
ne puis mieux comparer qu'â un bras humain sortant du mur, et au bout 
duquel, en guise de main. s'dpanouit un chapiteau k crochets et â volutes, 
imitation lointaine des cbapiteaux corintbiens. Cet omement bizarre, tout 
a fait inconnu en Occident, se trouve dans rarchitecture arabe et notam- 
ment dans les maisons de Damas ălev^es aux XVe et XVI« si^cles. 11 me 
semble donc, dans le monument qui nous occupe, avoir ^t^ empruntâ ă 
Tart arabe. 

.... Toute Tornementation int^rieure consistait en peintures a frăsque; 
les murs cn portent encore des traces nombreuses. Dans les absides, des 
membres de saints sont encore visibles. Surla paroi du mur septentrional, 
on voit les restes de rcpresentiitions architecturales^ de personnages nom- 
breux d'ev6ques avec le pallium, dont la tournure est tout a fait byzantine. 

.... Les fenâtres de l'^glise, soit inferieures, soil sup^rieures, sont 
^troites, basses, ^bras^es, en un mot enti^rementroinanes. Leur archivolte 
est en ogive, mnis diCf^re du plein-cintre aussi peu que possible. 

.... L'^glise inf^rieure se compose, comme T^glise Eup^rieure, de trois 
nefs, avec trois absides, et de voCites d'arâte portăes par des piliers carr^s. 
L*encombrement actuel m*a empeche de dăterminer la bauteur răelle de 
la crypte, et de constater si răellement, ainsi que jc le suppose, elle se 
prolonge sous tout 1 Edifice. Cettc disposition, qui rappelle celle desSaintes- 
Chapelles de France, est tout â fait int^ressante et particuli^re ă Teglise 
d'Abou-Gosh ; je ne sache pas qu*elle ait ^t^ encore remarqu^e dans au- 
cune autre ^glise de la Terre-Sainte. La crypte ^tait aussi om^e que 
r^giise sup^rieure ; elle ătait dăcor^e de peintures dont les restes sont vi- 
sibles ; on distingue encore des dtoiles sur la paroi de la voCite. 

(Db Vogu£, Le$ £gli$e8 de la Terre-SainU.) 



[\H2 « HUONIQUE 

Les richesses artiitiques de la France. — Nous avons Bouvent 
entendu des artistes ou de simples amatenrs d'art et de curiosit^ 
exprimcr le regret qu'aucuD document public ou priv6 ne permît de 
connaître et d'appr6cier Timportance des tr6sors enfouis dans dos 
collections nationales, dans nos 6glises, nos mus6es de province et 
nos monuments publics. La France ignore profond6ment ses ri- 
chesses ; rinventaire qui les lui r^velerait ne flatterait pas seule- 
ment notre juste orgueil, ilrehausseraitsingulierementaux yeux de 
r^tranger Tdclat de notre nation. La publication d'un iaveotaire 
g6n6ral fut proposăe au Con^r^s des soci6t6s savantes des d^par- 
tements en 1856. M. le directeiir des Beaux-Arls vient d'en proposer 
la miseă ex6cution da:is un lapport au Ministre, rapport public r6- 
cemment au Journal officieL Cette publication n'a rien d'ailleursqui 
ne soit d*ex6cution facile. Ce que la Belgique, avecla seule force de 
son esprît patriotique et de son esprit municipal, a entrepris et 
men^. ă bien pour la plupart de ses villes, la France, avec toutes 
ses ressources de corps savants, â'adrainistrHtions d'art, de conser- 
vateurs de collections publiques, d'luspecteurs des beaux-arts, 
d'inspecteurs de monuments hi4oriques et d'âdifice:; dioc6sains, le 
doit conduireais6ment ă bonne fin. 

II est certain que si l'on attendait,pourcommencerla publication 
d*un si volumineux travuil, qu'il fât complet dans toutes ses parties, 
ii ne pourrait voir le jour qu'ă une 6poque tr(^s-6loign6e, mais rien 
n'empdche de commencer Timpresslon des divers cbapitres, au fur 
et ă mesure qu^ils se produiront. La publication se composeraittoat 
d'abord de deux s^ries: Tune appliqude a Tinventaire des richesses 
d'art de nos collections nationales, Tautre appliqu6e ă Tinveutaire 
des mus^es d^partementaux et coromunaux, des âglises, monu- 
ments, etc, de Paris et de province. Des tables, soigneusement 
<^labor6es et indiquant les artistes et les localit^s cit6s dans l'ou- 
vrage, seraient ins6r6es ă la suite de chaque volume, et ces tables 
seraient le lien răel, la clef indispensable de cet immense râpertoire 
d'oeuvres et de noms. 

Pour ^tudier les questions multiples se rnttachant ă cette publi- 
cation, le directeur des Beaux-Arts a constitu6 unecommissioncom- 
posde de MM. Chabouillet, con«?ervateur sous-directeur du departe- 
ment des m6dailles a la Bibliolbeque naţionale ; Ch6ron, bibliothâ- 
caire a Io Bibliotheque naţionale ; Gl6ment de Ris (comte), conserva- 
teur-adjoint au musăe du Louvre; Cousin (Jules), bibliotb^caire de 



la viile de Paris; Delaborde (vicomte Henri), membre de Tlnstitut, 
conservateur du d6pdt des estarapes k la Biblioth^que naţionale ; 
Goncoui-t (Edmond de), 6crivain d'art; Guiffrey (J. J.)i ^^^ Archives 
nationales; Gruyer (A.), inspccteur des Beaux-Arts; Lafenestre 
(Georges), sous- -hef â la direction des Beaux-Arts; Louvier de La- 
jolais, prdsident de la commission consultative k TUnion centrale 
des arts; Monlaiglon (de), professeur ă T^cole des Chartes ; Mantz 
(Paul), chef de bureau au ministere de rintărieur; Michaux, chef 
de la divlsion des Beaux-Arts ă la pr^fecture de Ia Seine ; Reiset, 
directeur des mus6es nationaux ; ilonchand (de), inspecteur des 
Beaux-Arts; Scrvaux, chef de division adjoint au ministere dellns- 
truction publique ; Souli6 (Eiid.), conservateur du musăe de Ver- 
saiiles ; de Wattcville (baron Os.), chef de la division des sciences 
et lettres au ministere de Tlnstruction publique. Le directeur des 
Beaux-Arts propose au Ministre de confier ă cette commission la 
conduite de la publication de Tlnvcntaire des richesses d*art de la 
France. Ges prupositions ont 6t6 approuvâes par le Ministre, etnous 
ne tarderons pas sans doute ă voir s*61ever Ies premi^res assises de 
rimportante publication d6sir6e depuis si longtemps par lesartistes 
et Ies amateurs. 

Paris. — L*un des sujets religieux Ies plus demand6s en ce 
moment aux arlislos est le Sacră-Coenr. Cette rcprâscntution Ggurâc 
de Tamour du Chribt pour Ies hommes offrede s^iieuscs diflicullâs : 
c'est une transfiguration d'une nature toute particuli^re k placer en 
face des r6alit6s terrc.trcs, et le pinceau est souvent impuissant ă 
la traduire. 

Parmi Ies bonnes toiles de ce genre installdes depuis peu dans Ies 
âglises de Paris, ii faut citer celle de M. Dauban, qui d6core Tune 
des chapellcs de Saint-Louis-en-rile M. Dauban a reprăsenti, au 
naturel; Tapparition du Chrif^t, dans le couvent des Yisitandines de 
Paray-le-Monial. L'Homme-Dieu transflgurâ et montrant son divin 
coeur embras^ d*amour puur le monde se fait voir k Maiie-Mar- 
guerite Alacoque dans le chceur roâme des religieuses, au-dessus 
de la grille du choeur. La Bienheureuse seule Tapergoit ; son regard 
et son visage expriment Textase, tandis que ses cumpagnes, age- 
nouill^es dans leurs stalles, demeurent ^trangeres au prodige. 

II semble que cette scene historique pourrait âtre reproduite avec 



384 CHHONIQIIE 

avantage pcur Ies artistes chargâs de reprâsenier le Sacr6-Goear. La 
viile de Paris, en acceptant avec iloges l'oeuvre de H. Dauban, a 
indiquâ un moyen de mâler Tbistoire au miracle ei de faciliter ainsi 
rex6cation d'un difficile sujet. 

— La restauration de la Sainte-Chapelle, commencâe ii y a biea 
des annăes, touche enfin h son terme. Les sculptures du portail de 
r^glise du rez-de-chauss^e sont achevâes. II reste maintenant ă 
refaire les marches des deux escaliers conduisant ă Tâglise haute et 
aux parties sup^rieures de Tâdifice. On a commeQcâ ces râparatioDS 
par Tescalier de gauche qui touche au Palais et par lequel montaleot 
les gens de service et les offîciers des rois de France, quand ils 
allaient assister ă la messe. Les marches 6taient entiârement ns6es, 
et on vient d'abattre tout l'intârieur de Tescalier. 

On refera aussi Tescalier de droite, moins endonmiagâ que l'autre, 
et par lequel montent encore les nombreux visiteurs de cet ilâgaot 
et remarquable Edifice du XIII* siăcle; on Tavait readu praticable 
en recouvrant en bois les marches d^grad^es par l'usage et par le 
temps. U sera bientdt possible de d^gager ce monument du chantier 
et des barriâres de planches qui l'encombrent depuis pr&s de treote 
ans. 

— Le sculpteur Bonaassieux va aussi bientdt mettre la demi^re 
main au monument expiatoire de Mgr Darboy, qui sera placi dans 
une des chapelles du chevet de Notre-Dame de Paris. L'artiste a 
choisi le moment ou le vân6rable archeveque^ d6jă atteint par les 
balles des f6d6r69^ trouve encore la force nicessaire pour lever les 
bras au ciel et b6nir ses bourreaux. L'effet de cette oeuvre est 
tr^s-saisissant. 

— La salle du Louvre, ou sont les Captifs de Michel-Ange, vient 
de s'enrichir d'un nouveau bronze attribu6 h ce maître. Cest une 
figure d'homme nu et debout et terrassant un dragon. U âtait răligo^, 
dit la FrancCy dans un coin du parc r6serv6 de Saint-Cloud ; oubli6 
la pendand la guerre, ii fut pr6cipit6 par les Prussiens dans Tun 
des bassÎDs du parc. Quand on Ten retira, couvert de limon et for- 
tement oxydi, on s'aperQut que c'âtait lă une oeuvre d'art de 
premier ordre. 

Saint-Germain-en-Laye. — LlndictUeur de Farcheologue et du 
coUectionneur signale Fentrâe recente au musâe de Saint-Germain 



CHRONIQUE 385. 

d'uD monument achet6 dans TArdăche, et regard6 commeun autel 
chr6tien du IV* silele. Cest « une grande table rectangulaire, en 
)) marbre blanc, h bords redressăs, au pourtour desquels courent 
o des pampres ; sur Ies faces de la table, ii y a sur le devant le 
» monogramme du Ghrist, au milieu, avec six agneaux et un petit 
» âdicule de chaque cdt^ ; sur le derri^re ăgalement le monogramme 
» du Ghrist, mais entre douze colombes; sur chaque face laterale, 
u une couronne, au milieu de six colombes ; k Tlntârieur de la 
» table, aux coins, quatre croix de consâcration dans des cercles.» 

La nouvelle iglise Saint-Martin d'Amiens.— La yille d'Amiens 
vient d'etre dot6e d'une ^glise qui, par la solidit6 de la construc- 
tion, l'ampleur de ses dimensions, Tharmonie de ses lignes, r616- 
gance de ses d^tails, peut rivaliser avec Ies plus beaux monuments 
qui ont ^t^ construits de nos jours, dans la France du Nord, en 
style ogival du XIIP siecle. 

L'6glise Saint-Martin se compose d'une nef principale, ayant onze 
mătres de largeur, d'axe en axe des piliers, et d% deux bas-cdt6s 
ayant chacun six metres de largeur, ce qui donne, pour Tintârieur, 
une largeur de vingt-trois metres. 

La longueur de la nef et des bas-cdt^s, depuis le mur de sout^ne- 
ment de la tour jusqu'ă T&xe triomphal, s6parant la nef du sanc- 
tuaire, est de trente-huit mătres soixante centimătres. 

La profondeur du sanctuaire est de douze mătres cinquante cen- 
tim^tres, et sa largeur, de dix mătres quarante centimătres entre 
Ies murs. 

La fagade d'entr6e, comprenant un grand portail,sous latour, et 
deux portails lat^raux correspondant aux bas-c6t6s, occupe une 
profondeur de neuf metres. 

La tour, surmont6e d'une fleche en maţonnerie et d'une croix en 
fer, aura, quand elle sera termin6e, une hauteur de cinquante-huit 
metres au-dessus du sol de la place formant parvis. De chaque cdt6 
de cette tour, se trouvent des escaliers en vis, contenus dans des 
tourelles de forme octogonale en magonnerie, surmont6es de clo- 
chetons de meme construction, qui font le plus heureux efifet, et 
donnent accăs soit u la tribune des orgues, soităTătage desclochcs 
ou a la galerie du Triforium, 

La hauteur inti^^ieure de la nef, depuis le sol jusqu*au-dessous 

TOMR XVII. 28 



386 CHUONIQLE 

des vofttes, est de vingt-et-un metres; Ies bas-c6t^s ont, sous 
voiites, une hauteur de onze mătres. 

La longueur de la ncf est divisce en sept trav6es ayant chacune 
cinq metres cinquante ccntimetres d'axe en axe, sâpar6es eatre 
elles par des piliers en pierres de roche, de forme cylindrique, can- 
tonnds de colonnes engagees destin6es ă sup porter Ies arcs des col- 
lat^raux et ceux de la nef. 

Tous Ies arcs int6rieurs. Ies encadrements de portes et fenetres, 
lea couronnements et glacis de contrei'orts^ corniches, etc., sont en 
pierre de taille; Ies murs de pourtour de la nef sont couronnes d'uoe 
61^gante galerie k jour, en pierre; Ies murs et voutes sont en briques 
revetues d'un enduit au plâtre, ă Tintdrieur, et rejointoyees avec 
soin, k Text^rieur. 

Les soubassements du pourtour sont en gr6, surmontăs d'une 
forte assise de pierre. 

L'6glise Saint-Martin occupe, dans son ensemble, une superficie 
d'environ treize cent cinquante metres, non compris les sacristies. 

Les constructioQs ont 6t6 commenc6es en 1869, d'apr^s les plaas 
et sous la direction de M. Antoine, architecte; les travaux ont 6t6 
habilement effectuâs par MM.Gu6nard,pere et fils, entrepreneurs ă 
Amiens. 

L^abbaye de Chalochâ. — Malgr6 les fouilles faites par M. Râu- 
reau dans les Ghartes sur Chuloch6 qui appartiennent ă la Biblo- 
theque naţionale et aux archives du d6partement de Maine-et- 
Loire, la date de la fondation si importante pour Thistoire de cette 
communaut6 n*avait pu etre retrouv6e. Aprfes avoir compl6t6 sur 
ce point l'histoire du savant continuateur du Gallia Christiana (t. xiv, 
col. 720), M. Denais nous fournit, dans VAbbaye de Chaloche au dio- 
cese d'Angers, 119 â 1790 (gr. in-8 de 19 p.), d'aprăs un inventaire 
dress6 par le notaire Jacques Vallin, quelques d6tails sur les objets 
d'art qui se trouvaient dans Tabbaye en 1763, k la mort de Dom 
Carnot. L'auteur insiste avec raison surla n6cessit6 d*explorer par- 
tout avec activitâ ce qui nous reste des anciennes minutes des no- 
taires, mine aussi pr6cieuse qu'elle est n6glig6e, et quoi qu'en dise 
sa modestie, ii prcclle aussi bien par Texemple que par la parole. 

{Polybiblion.) 



»?■''!■ 



CHRONIQUE 387 

BesanQon. — Le portrait de sainte Th6răse existait en une mer- 
yeilleuse peinture dans le couvent des Dames carmâlites de Besan- 
Qon, avânt la premiere R6volution, mais ii avait dispăru comme 
tant d'autres choses de grand prix. L*an dernier, rapporte V Union 
francomtoise, ce portrait a 6t6 d^couvert dans une pauvre 6glise de 
villagc et remis au couvent qui en 6tait le legitime possesseur. Une 
inscription trouv6e sur le revers du portrait ne laisse pas de doute 
sur Tauthenticitâ de roeuvrc. 

Les Dames carm61ites, pleines d'amour pour leur m^re et leur 
fondatrice, ont voulu multiplier Timage de cette sainte universelle- 
mcnt et si justement v6n6r6e. 

La peinture indique un maître renommă. La richesse du coloris 
et la vigueur dans les tons d6notent un peintre c61^bre ; ii est res- 
plendissant. 

Le portrait a 616 fait d'apres un modele pelnt du vivant de la 
Sainte et d'apres nature. 

Ce portrait, au revers, porte cette remarque, et ii a 6i6 donn6 
aux Dames carm6lites par Mme de Gantecroix. 

Une statue ă M. de Caumont. — Une statue de bronze va âtre 
61ev^e ă M. de Caumont, sur une des places publiques de Bayeux, 
sa viile natale. Ce monument sera Ie produit d'une souscription pu- 
blique. M. de Caumont est le pere de TArchăologie, science mo- 
derne ă laquclle on doit un Enorme dâveloppement dans les ătudes 
historiques et qui a produit un nombreincalculable de publications 
luxueuses de toute espece. Le nom de M. de Caumont est immor- 
tel, car ii rappellera a la post6rit6 l'bomme qui a le plus contribui 
ă l'extension de la science du passă et au respect des oeuvres de nos 
peres. M. de Caumbnt fut aussi Tapdtre infatigable de la d6centra- 
lisation litt6raire et scientifique. Cest, non-seulement une des 
gloires de Ia France, mais aussi de TEurope enti^re, car partout ii 
a r6veill6 le sentiment du devoir et la vinăration des masses en fa- 
veur des souvenirs et des t^moins des temps qui ne sont plus. Les 
souscriptions peuvent etre envoydes ă M. Le Petit, cur6-doyen de 
Tilly-sur-Seulles (Calvados), ou ă M. Gaugain, trăsorier de Ia So- 
cicte frangaise d'arch^ologie, rue de la Marine, a Caen. j. c. 



A NOS ABONN£S 



La Bevue de CArt chretien, fond^e en 1857 par M. Emile Thibaud 
ei par moi, a d6jă fourni une carriăre de dix-huit ann6es, saos ja- 
mais recourir auz annonces et aux răclames, ce qui pourtant, de 
DOS jours, est presque une condition de vie pour Ies revues comme 
pour Ies liyres. 

Les trois premiers volumes ont 6t6 imprimăs ă Amiens, chez 
MM. Garon et Lambert ; les dix suivants, a Arras, par notre tres 
regrettable ami, M. Rousseau-Leroy. Depuis 1870, ce recueil est 
6dit6 par son successeur M. A. Planque, directeur-gărant de la So- 
ci6f6 du Pas-de-Calais. 

Le d6pdt de VArt chretten^ a Paris, a 6t6 successivement conG6 ă 
plusieurs libraires avec lesquels nous avons toujours eu d'excelleots 
rapports ; mais ils n'ont pu preter qu'un faible concours ă la diffu- 
sion de notre Revue. 

A partir de ce moment, le plus habile et le plus entreprenant de 
nos grands libraires catholiques, M. Victor Palm6, T^diteur des 
Bollandistes et de tant d'autres importantes publications dont ii a si 
bien su assurer le succes, devient notre correspondant ă Paris. 

D^s juillet prochain, VArt chretien publiera par num^ro 5 & 6 
feuilles compactes grand in-8^ et formera par an deux volumes 
d'environ 500 pages châcun, orn6s de gravures sur bois, de cbro- 
molîthographies et de planches grav^es, que nous rendrons plus 
nombreuses que par le pass6. 

La prochaine livraison ouvrira le tome I de la deuxieme s6rie 
(18* volume de la collection), et contiendra 3 ou 4 planches hors 
texto. 



A NOS ABONNES 389 

Des circoostances indâpendantes de notre volontâ ont souvent mis 
en retard la publlcation des Dum6ros mensuels. Des mesures sont 
prises pour que chaque livraison paraisse r6guli6remeat le 15 de 
chague mois. II sera falt droit imm^diatement aux r^clamatîoDs 
concernant le service de la Revue, lesquelles devront toujours âtre 
adress6es â TEditeur, rue des Oaze-Mille-Vierges, ă Arras, et ac- 
compagn6es autant que possible de la derni^re bande. 

Les tirages ă part qui seraient demand6s par Ies autears seront 
exp6di6s dans les dix jours qui suivront la publlcation du dernier 
article. 

Sur le dâsir qui nous en a 6t6 exprima, nous analyserons plus 
souvent les travaux des Sociât6s savantes; nous accorderons une 
plus large part aux d6couvertes, aux fouilles, aux missions scienti- 
fiques, aux restaurations de monuments, aux nouvelles arch^olo- 
giques et artistiques; enfin, chaque mois, nous donnerons la no- 
menclature des ouvrages r^cemraent parus, en France et ă l'dtran- 
ger, relatifs â TArchâologie et aux Beaux-Arts. 

Nous publieroQS les travaux suivants dans les prochaines livrai- 
sons : 
Van Drival : Antiquităs p6ruviennes du Mus^e d'Arras (avec deux 

chromolithographies). — L'Exposition rătrospective de Lille (avec 

de tres-nombreuses planches). 
Cu. LucAS. — La d6coration du Panthâon. — Le concours architec- 

tural de T^glise du Sacr^-Cofur de Montmartre (avec plâns). 
Bărbier de Montault. — Le bapteme au Moyen-Age; — et divers 

articles sur les monuments et les antiquit6s chr^tiennes de Rome. 
J. Corblet. — Un sceau d'inquisiteur. — Suite du Vocabulaîre des 

symboles et attributs employ6s dans Ticonographie chr6tienne. — 

La cath6drale de Chartres. — Bibliographie et chronique. 

F. d'Ayzac. — Etudes de zoologie mystique. 

Ch. Salmon. — De Tintroduction du christianisme dans Ie Nord de 
la Gaule. 

G. Lecocq. — L*abbaye de Notre-Dame de Soissons. 
Pardiac. — Une cloche historiqueă Bordeaux. 

Davin. — Los anciens monuments du christianisme a Rodez. 
Poulbriere. — Deux 6glises du Bas-Limousin. 



390 A NOS ABONNES 

Grimouard de Saint-Lauhent. — Monographies de divers chefs- 

d'oBuvres de TArt chrâtieii. 

Et divers autres travaux de MM. Tabbă Auber, de Barthelemt, 
E. Breton, Tabbă CoChbt, E. Le Blant, Th. Lejeune, Ch. de Linas 
A. DE Marsy, Emile Thibaud, etc., etc. 

Nous faisoDS appel ă tous dos autres collaborateurs et ă ceux qoi 
voudraient s'y adjoindre, pour nous tenir au courant du mouvemeot 
arch^ologique etartistique et pour enrichir notre Recueil, agrandi 
de format, de ces ^tudes d'^rudition et de critique qui, nous dit-oo, 
n'ont pas 6t6 sans quelque iniluence sur le progres des sciences ar- 
ch6ologiques et de l'art religieux contemporain. 

J. CORBLET. 



TABLE DES ARTICLES 



CONTENUS 



DANS LE TOME DIX-SEPTIEME DE LA REVUE DE L'ART CHRfeTIEN 



Anontmes. Le Pays de Moab, 210. 

— Le Reliquaire de la vraie Croix k 
la cathedrale de Sens, 214. 

— La Familie de Bethanie, 217. 

— Exposition d'objets d'art religieux 
ă LUle, 270. 

— La Cathedrale de Cordoue, 313. 
Ayzac (M°»« F^licie d'). fitudes d'ar- 

cheologie mystique sur Ies maladies 
et Ies difformit^s coi'porelles, 252, 
343. 
Bărbier de Montault (Mgr). Les 
Crosses du Mus^e chr^tien du Va- 
tican, 31. 

— fipitaphe de Prosper Publicola k 
Rome, 99. 

— Les Cloches de Rome et d'Anagni, 
122. 

— Reliquaire de S. Lazare a Saint- 
Pierre du Vatican, 208. 

— Les Livres de choeur des ^glises 
de Rome, 315. 

BOBART (F.). L'Architecte, 94. 
Ganeto (M. l'abbe). La Chapelle de 

Notrc-Dame de Lourdes, 281. 
Cerf (rabbe Ch.). La Chapelle du 

cardinal Gousset, a Reims, 49. 
Cochet (l'abb^). Le Tresor de Cailly 

(Seine-Inf^rieure), 86. 
Corblet (rabb6 J.). Vocabulaire des 

symboles et des attributs employ^s 

dans l'iconographie chr^tienne, 55, 

83, 141, 193, 355. 

— L'^glise du Sacre-Coeur k Mont- 
martre, 144. 



— D^mochar^s ou une fausse 6tymo- 
logie du mot mouchardy 240. 

— Bibliographie, 101 , 369. 

— Index bibliographique, 374. 

— Travaux des Soci^t^s savantes, 364. 

— A nos abonn^s, 388. 

— Chronique, 53, 103, 164, 222,275, 
377. 

— Tables des matieres, 391. 
Dramard (E.). La Cathedrale de 

N.-D. de Boulogne-s.-M., 5, 57, 113. 

HifeNAULT (rabbe). Peintures de la 

crypte de N.-D. de Chai*tres, 151. 

— L'^glise de Loigny, 155. 

Lance (Ad.). Une Mission arch^olo- 

gique en Alg^rie, 89. 
Latteux. Essai sur rhistoire du verre 

et des vitraux peints, 38, 71, 169. 
Le Blant (Edmond). Lettre â M. 

Tabbă Corblet sur quelques obser- 

Tations de M. Naudet, 159. 
Lejeune (Th.). Le monastfere, 1*6- 

glise et la vierge miraculeuse de 

Bonne-Esp^rance (Belgique}, 225. 
Marsy (M. a. de). Do Tancienue d^- 

coration de la faţade de rH6tel-de- 

Viile de Compifegne, 264. 
Petit (£lie). La statue miraculeuse 

de Boulogne, 205. 
Thibaud (£mile). Les monuments de 

Montferrand, 186. 
TiMBAL (Gh.). La d6coration du Pan- 

th6on, 196. 
Van Drival (M. rabbâ). L'exposition 

retrospective de Lille, 36 1. 



TABLE DES DESSINS 



ArtoIS souterrain (P), chromolitho- 

graphie du n» de Juin, 369. 
AuTEL de la Cath^drale de Boulogne- 

sur-Mer, planche du n» de F^vrier, 

57. 
Chapelle de N.-D. de Lourdes , 

planche du mois de Juin, 281. 
Crypte de Notre-Dame de Boulogne, 

planche du n^ de Marş, 113. 



Interieur de la Gathedrale de Gor- 

doue, planche du n® de Juin, 313. 
Plan optique de N.-D. de Boulogne, 

planche du n^ de Janvier, 1. 
Statue de N.-D. de Bonne-Espe- 

rance (Belgique), planche du n* de 

Mai, 225. 
ViTRAIL de rimmaculee-Gonception, 

planche du n« d'Avril, 169. 



TABLE ANALYTIQUE 



DES MATlfeRES 



CONTENUES DANS LE TOME DIX-SEPTifiME DE LA REVUE DE l'aRT CHR^TIEN * 



Academie — de Clermont, 365; — 
naţionale des Beaux-Arts, 104-460. 
âilly (le cardinal Pierre d*), 56. 
Alo^rie, 89-93. 
Amien8,110, 385. 
Anagni, 134-140. 

AlfNONCIATION(r), 60, 265. 

AMTiPHoifAiRES, 318, 320, 330, 333. 
AiiTiQuiTfis romaines, 86, 115, 000. 
ARBREde Jess6, 81, 178. 
Arch6ologie mystique, 252-263, 343- 

354. 
ArchiTectb (r), 04-98 
Architecture — 5, 05 et 117 ; — 

musulmane, 90, 91. 
Aridit£ desmembres, 352. 
Artistes, 105, 198. 
Artois souterrain (!'), 369. 
Assomption, 324, 335. 



Attributs, 83-85, 141-143, 193-195 

355-360. 
AucH, 81. 
Autbl Torlonia, b7-61 . 



Balt.ard (M. Victor), 106. 

Barbiir de Montault (Mgr), 60, 

108, 166,167, 168. 
Bartolani, artiste romain, 59. 
Bazin (M.), 175. 
Beaut£ du Ghrist, 194. 
Belleoambe, peintre, 53. 
BfiNIGNE (S.), 72. 
Benoit-Joseph Labre (le B.), 61. 
Bernadette Soubirous^ 290. 
Bbrtra!«d-de-la-Tour, Gomte d'Au- 

vergne, 7. 
Bettencourt (M.), peintre, 13. 
BiBLiOTHâQDE do Boulogne, 10. 
Blason, 47. 



^ Nous n'avons pas insera dans cette table Ies noms des auteurs d'arUcles 
et de dessins ; ils 8ont imprim^s d'une maniere assez saillante dans Ies deux 
tables pr^c^dentes pour que nous ayons cru cette repetition inutile. — 

J. OORBLET. 



394 



TABLE ANALYTIQUE 



Blessures, 344. 
BoiSBRtEs, 61, 62. 
BoiTEUx mystique, 257, 
BONIFACE VIII, 436. 
BoNNE-EsPERANCE (Hainaut) , 225 , 
239. 

BONTEMPS (M.), 171. 

Bossus, 259. 

Boulogne-sur-Mer, 5, 57, 113, 205, 

BOURRASSjg (M.), 74. 

BouRGES, 77, 80. 
BOURGOGNE (Ducs de), 7. 
BouRREAUX du Christ, 159-163, 275. 
BouviER(M.), 110. 
Brame (M.), 108. 
Brongniart. (M.), 171. 



Cailly (Seine-Inf.), 86. 

Gafronnier (M.), 171. 

Carnevali architecte, 58. 

Catacombes, 276, 278. 

Catalani, artiste romain, 59. 

Cataracte, 260. 

Gatb£dralb — de Boulogne, 5,57-70, 

113-121; — de Cordoue , 313; 

— de Paris, 106 ; — de Sens, 214. 
Caumont (M. de), 387. 
Ctcnt, 255. 
Ceirture funfebre, 359. 
Chabak (M. le Ct« de), 248. 
Ghaires, 62. 

Chalogh£ (abbaye de), 386. 
Chahard (Dom), 373. 
Chapelles, 49, 157. 
Charles le T£m]£rairb, 7. 
Chartrbs, 77. 79. 
Chassieux, 259. 
Chenavard (M.), 203. 
Cheiinevi^res (M. de), 104, 105, 196- 

200. 
Chevbt, 296. 
Chceur, 25. 
Ohribtophb (S.), 83, 84. 



Chroniqub, 1041 12, 164-168, 222- 

224, 275-280.... 
Cisterciens, 77. 
CiTfi Moabite, 212. 
CLfiMBNT P' (S.), pape, 277. 
Clermokt-Ferrand, 187-192. 
Clermont-Ganheau (M. de), il2. 
Cloches de Rome et d'Anagni, 122- 

140. 
GoLLiBR romain, 87. 
CoMPiftGNE, 56, 264. 
CoMPifiGNE (Pabb^), 11. 
CONCOURS d*Architecture, 145. 
Congr£:s des Soci^tăs savantes , 366. 

CONSTANTINOPLE, 379. 
CORDOCE, 313. 

GouRONNEMBNT de N.-D. de la Treille, 

270. 
GoussEMAKER (M. E. de), 53. 
Crosse, 31-37. 
Crucifix, 6. 
Gryptes, 1 13, 151-154, 285, 287, 280. 



D 



Dagobert 1«', 5. 

Dartrks, 262. 

David (Emeric), 74. 

D^couvBRTBs, 56, 86, 110, 276. 

Delacroix (Eugfene), 108. 

DfiMOCHARfes, 240-251. 

DiDRON (M.), 84, 173. 

DiFFORMiTfes corporelles, 252. 

DiJON, 72. 

D6me, 21, 22, 28, 29. 

DouAi, 53. 

Dramart (M. E.), 205. 

Dunkbrque, 173. 

Durând (Guillaume), 46. 

Durand(M. Hippolyte), 282, 302,310. 

Duthoit (M.), 89-93. 



EooLE de peinture, 79. 



TAULS ANALVTrOUE 



SES modenies, 96. 


FoiN, 47. 


TiESS, 39, 40. 


Folie, 48. 


Ji de Limoges, 32. 33. 


FOSTAINE, 48. 


LET (M.), architecte. 30. 


FoBCE, 48. 


HAME, 166, 167. 


FoROE, 48. 


APHES, 99 


POUDRE, 48. 


IME, 112. 


FouET,48. 


.Aui,T(M.), 86,88.. 


FotllLLES, 378. 


.opifis, 258. 


FouRMi, 48. 


)OE [S.;, ^irftque d'Amiena, 214. 


FounuAisE, 48. 


iOiLE, 101. 


FRAKfOIS 1". 56. 


ItiES d'Amieps, 244. 


Frein, 48. 


iSiTioN retrospective de lâlle, 


Fhuits, 48. 


0-274; 361 . 


FuMfiE, 48. 


F 


Fdseao, 48. 


.lAUX, \h. 


G 


iiCATiOK de vitraux peints, 171- 


Galiardi, artista romain, 59. 


5. 


Gale invfiHree, 261. 


iLEdeB^thanie, 217-221. 


Gamd, 83. 


). 4,j. 


Garqouilles, 83. 


;oi», 45. 


GATTKArx(\l.|, t07. 


((la), 45. 


GAVE(le),281,293. 


ÎTRE8. 45, 4b. 


Geai,83. 


DAMTE,6. 


GtAHTS, 83. 


46. 


Gen^vuier, 84. 


îussoN(.'H.),2l3. 


GeRENTE(M. H.). 173. 


i de captifs, 16. 


Glaive, 81. 


40. 


Globe de feu, 84. 


HEB. 16. 


Globe du moiide, 81, 


RE, 353. 


Glofres, 84. 


IE, 46. 


Gloutohskrik, 84. 


IER, ifi. 


GouriLiou 84. 


iRES de la Vierge, 176. 


GOURMAKDLSE, R4. 


.E,46. 


GouBSET (le cardinal), W, 51. 


ttAND(oUeau), 46. 


GouT (mauvais), 97. 


*BE.U!, -46. 


Graduels, 322, 331, 335, 539. 


«MES. 46. 


Gravures. 102. 


MIE, 46. 


GlELOTS, 84. 


J« de lys, 47. 


Grenade, 85. 


URS, 47. 


Grenadikr, 85. 


TTE, 47. 


CBBNOniLLBS, 85. 


HON, 260. 


Griffon, 85. 


47. 


GsiL,85. 



39t) 



TABLE ANALYTIQtiE 



GUIXO», 85. 

Crimduard de Suiit-lAurent(H.), 84. 

Gris (couleur), 85. 

Gkisailles, 76- 

Gbotte d« LourdeB, 283. 

Grue (oiscau), SS. 

GTstKiK (U.). 365. 

GtlERRlEIlS, 85. 

GmoNARiF (M.|, 72. 

GoiLLOtlNE, 85. 



Hachb, UI. 

Haffreikoue (ygr), 10, It, 12,13, 

15. 18, 22. 67, 58, 67, 114, H5, 

117, H8, 119.121. 
Haignere (l'abbe), 12, 113, 205, 207. 

lljSLLtBARDE, UI. 

Harpe, 14 

HAAtifeâ II. 

II6LiOTHOPii:,141. 

H£MORn\arE, 353. 

Henri VIII. roi d'Angleterre, 9, 206. 

H£h£bie(1'), 141. 

HfiRISSOH, 141, 

Herriib, 263. 

1I£ron, 142. 

HiuREs du roi Ren^. 166. 

HiBou, 142, 

Hippo-Centaure, 142. 

Hippo-Cerk 142. 

HlRONDELLES, 42. 

HoASVAUX {P&s-de-Calais), 205. 
H0PITA05, 142 
HOBLOGB de sabie, 142' 
Hotel de Bourgogne, 55. 
HoTBL-DE-viLLB de Compîfegne, 261- 

269. 
Houlette, 142. 
Hom[,142. 

HUHIL1TE,142. 

HuPFE (Oiseau), 142. 
HyACiHTBB («mleur), H2. 
Htdsopisie, 347. 



Hy£nb, 142. 
HssoPE, 142. 



Ibis, 143. 
ichneumon, 143. 
[C0N0ORAPHiE,45-48, 83-85,101, 141- 

143, 193-195, 355-360. 
Idolatrie, 143. 
IDOLES, 143. 
IF, 143. 

UlAOE de la Vierge, 143. 
iMtcouRT (Ardennes), 22Î. 
iMMAr.uLEE-ConcEPTios (1'), 65.175- 

178. 
IncekdIes, 1 i3. 
Inbex hibliojţraphique, 374. 
1nfihxit£3, 343. 
inquisition, 241. 
iNSCRiPTiosB, 'i9. 50, 51, 112, -237 

284. îl-140. 
Insignes militaires, 143. 
1N5TRUHENT8 de \a. Patsion, 143. 
iKVEsriTtiiB f^odale, 8. 
IvoiiE, 143. 

IVBAIE, 143. 



Jakus, 193. 
Jakvieb, 193. 
Jardin, 193. 
Jaune, 193. 
Jean-sass-Peur. 55. 
JiBt»iE(S.), 40,41. 
J^nusALEM, 112. 
J'Erusalem celeete, 193. 
JEsus-Christ, 191,358. 
JOHAB, 194. 
Joca, 195. 
JuBi, 195. 

JUDITU, 176. 
JCILLET, 195. 

JuiM, 195. 



TAHLE ANALYTIQL't: 



39' 



?K (M. J.), 43, 75. 
Jif, 355. 
Mgr), 239. 

NTHE, 355. 
TJg-AlAIS, 6. 

156. 

s sauvages, 356. 
356. 
356. 

OT(Mgr.), 51. 
)is(M.), 75. 
:, 356. 
INE, 356. 
110. 
5, 356. 
356. 

(M.), 173. 
bronzier, 58. 
;CE (Mgr), âv^ue de Tarbes, 

R, 356. 

fNE (M. Claudius), 175. 
(S.),219. 

^T (M. Edmond), 275. 
ES, 5, G. 
.D DK Vinci, 378. 
DI, inarbrier, 58. 
.D, 356. 
R, 197. 
s, 356. 

(M.), 39, i3, 44, 78, 79. 
de foulon, 356. 
n, 356. 
, 356, 
aD(rabbâ), 11. 

LITE, 357. 

E. 357. 
357. 
.357. 

>70, 361. 

\.357. 

57. 

5, 7'i,7î», «I. 



Lin, 358. 

LiON, 358. 

Lis, 358. 

LiTRB, 359. 

LiVRES, 359. 

LivRES de choBur des ^glises de Rome, 

315-342. 
Loi, 360. 

LoiONY (^glise de), 155-158. 
LoiR, 360. 

LOUANDRE (M.), 6. 

Louis XI, 6. 

Loup. 360. 

LouRDES (chapelle Notre-Dame),281. 

Lusson(&1.J, 173. 

LUHIÂRB, 360. 

LuxuRE, 360. 
Lynx, 360. 
Lyri, 360. 



Maochabâes, 176. 

Madeleime (Ste), 218, 219. 

Mains, 346. 

Maladies. 252. 

Mallay (M.), .... 

Mar^chal (M.), 172. 

Marbres, 59. 

Marquant (M.), 52. 

Marseillb, 108. 

Marst(M a. de), 56. 

MAETHE(Ste), 218,221. 

Martin (le P. Arthur), 145. 

Massabibille (Roc de), 282, 283. 

Maures, 314 . 

Mermillod (Mgr), ^vfeque d'H^bron, 

32. 
Mesnil-St-Firvin, 175, 182. 
MicuBL (M. Franscisque), 248. 
MiNiATURES, 53, 318. 323, 324, 331, 

335, 35L 
MissELs, 324, 325, 332, 338 . 
Mlssion arch^ologique eu Alg^rie, 

89-93. 



398 



TABLE AVALYTIQUE 



MOAB(lepays de), 210-213. 
MoNAST£tiE de Bonne-Esp^rance (Bei- 

gique), 225-239. 
MoNNAiES romaines, 87. 
MoNTFERRAND (Puy-de-D6me, 186- 

192. 

MONTALEMBERT (M. de), 63, 64. 

Monument du g^n^ral Lamorici^re, 
223. 

MoNUMENTS de Montferrand, 486-192. 

MosAiQUES, 58, 59, 73, 280, 371. 

lIosQu^Es, 90, 91, 313. 

MoucHARD, etymologie de ce mot, 
240-251. 

MoucHY (Antoine de), 240-251. 

UouFLES, 183-184. 

Musca, 246. 

MusfiE — chr^tien du Vatican, 31-37 ; 
— de Cluny, 222 ; — du Louvre, 
107, 384 ;— historique de la guerre, 
222 ; — de Saint-Germain, 384. 

MuTiSME, 344. 

My8t£res du Moyen-Age, 217. 



IV 



Nantua, 108. 
Narines, 345. 
Nativite de Mărie, 67. 
Naudet(M.), 159-163,275. 
Nef, 291. 

Nez (difformit^ du), 256. 
NiELLES, 35, 36. 



Panth£on (d^coration du), 196-204. 
Papyrus ^gyptien, 109. 
Paralysie, 353. 

Paris, 55, 81, 82, 106, 165, 383, 384. 
Paschasie (Ste), 72, 73. 
Pedum, 34. 

Peign6-Delacodrt (M.), 243. 
Peinture sur verre, 71-82, 169-185. 
Peintures murales, 62-69, 145. 
PâLERiNAQES, 5, 8, 9, 235, 288. 

PiCANTWS, 267. 

PiCHENOT (Mgr), 6vâque de Tarbes, 

303. ' 
PiE V, 177. 
PiElX, 177,378. 
PiERRE (S.), 37, 334. 
PiERRES pr^cieuses, 60. 
Plaies spirituelles, 344. 
Plain-chant, 332. 

PORCHE, 293. 

PoRTRAiTS historiques, 81. 

POTTIER (M.), 87. 
POUSSIELGUE-RUSAND (M.), 214. 

PoussiN (le), 197, 198. 
Prâsentation (Ia), 66. 
PROCfeS, 108. 
PRUDENS(Aureliu8), 72. 

PSAUTIERS, 336. 

PuBLicoLA (Prosper) , archev^ue 

d'Arles, 99. 
PtissALicoN (H^rault), 54. 
Purific ATiON (la), 66. 



OBfisiTâ spirituelle, 263, 350-. 
Oreilles, 315. 
Orientation, 286. 
Orties, 142. 

08SUAIRE, 112. 



Palestine, 379. 



R£b£COA, 176. 
Reims, 49, 73. 
Reliquaire— delavraieCroix, ăSens, 

214-216;— de S. Lazare. 208-209. 
Ressons sur-le-Matz, 240, 251. 
Restaurations. 106. 
Revub de r Art chr^tien, 388. 
Richesses artbtiques de la France, 

382. 
R^vrrection, 358. 



TABLE ANALYTIQUE 



399 



RiNALDi, mosaiste, 58. 

RoHAULT de Fleury (M.), lOl, 103. 

Rome, 40, 99, 122-135, 276, 315, 376. 

— Capitole, 131. 

— Saint-Augustin, 321. 

— Saint-Jean de Latran, 317; — 

— Saint-Jean et Saint-Paul, 126. 

— Saint-Jean Porte Latine, 130. 

— Saint-Laurent, 277. 

— Saint-Martin-des-Monts, 129. 

— Saint-Philippe, 133. 

— Saint-Pierre, au Vatican, 164, 208, 
317. 

— Saint-Pîerre in Montoiio, 329. 

.— Saint-Sauveur delle Coppelle, 128. 

— Sainte-Croix-de-J^rusalem, 3i0. 

— Sainte-Marie in Cosraedin, 125. 

— Sainte Marie-Majeure, 322. 

— Sainte-Marie-sur-Minerve, 327. 

— Sainte-Marie-Transpontine, 327. 

— Sainte-Sabine, 322. 

Rossi (M. J.-B. de), 51,275,276,378. 
RouEN, 80, 81, IU. 
RuE, 6. 



SACRfi-CoojR, 173, 383. 

SACR£-C(EUR(^glisedu),âMontmartre, 
144-150. 

Sacristie, 308. 

Saînt-Cloud, 22. 

Saint-Qermain-en-Late, 384. 

Sara, 176. 

Sculptures, 69 ; — sur bois, 62. 

Soci^Tfi — d'Archeologie de Seine et- 
Marne, 103 ; — d'histoiro de Parisi 
36i ; — de statistique de Marseilie, 
107, 165; — historique de Com- 
piegne, 56 ;— historique de Saintes, 
367 •, — des antiquaires de France, 
365;— desantiquairesderOuest,367. 

SouLACROix (M.), 67, 68, 69. 

Statle — de Notre-Dame de Bonne- 



Esp^rance, 233-239;— miracaleuse 
de Boulogne, 205-207. 
Stenheil (M.), 173. 

SURDITE, 343. 

Symbolisme, 16, 4548,83-85, 141-143, 
193-195, 309, 310, 355-360. 



Taie de ToDil, 260. 
Tarascon, 221. 
Terninck(M.), 369. 

TfiROUANIfE, 10. 

THERfesE (Ste), 387. 
Thibaud (M. fimile), 172. 
Thomas d*Aquin (S.), 137, 138. 
Tlemsen, 91. 
ToMB£AUX.apparents, 54. 
ToRLONiA (Charles), 57. 
TouLousE, 79. 80. 
TouR Jeanne d' Arc (a Rouen), UI. 
TouRNEUR (M. rabb6), 73. 
TouRS, 77. 
Transsept, 24, 294. 
Triforium, 304. 

TRINITfi, 46. 

Troyes, 80, 81. 



u 



Ulc£res, 352. 



Venise, 42. 

Yerre (son histoire), B8-44. 

Verriâres, 51, 52. 

Vic (Lorrainei, 224. 

ViEROE (la Ste), 5, 6, 7, 65, 153, 236, 

281. 
ViERGES noircs, 166. 
ViLLENEUVB (Vaucluse), 107. 
Villers-Brbtonneux, 175. 
viollet-le-duc (m.), 74, 21'!. 



4UU TABI.E ANALYTIQUi: 

ViRGiMiTÂ, 357, 358. \iv 

▼isiTATioN (la), 60. 

ViTRAUx peinU, 73, 7ti. Woillez (M. Eugene], 47. 

ViTRirvE, 286. 

V(£U National ((Euvre du), 144. Z 

VOLTAIRE, 245. 

VOLUTES, 32. ZlZA, 212. 

VOUTE, 27. 



Arras, imprimerie Planqae ct Git,rne des Ooie-Mille-Vierges. 



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